‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 409 sur 439 · VI K · texte numérisé non relu

VI K

VIE

taux, ce sont des phénomènes mécaniques, hydrauliques, chimiques, dus à l'action des forces diverses de la nature, ainsi qu'à celle des différents fluides impondérables, la lumière, la chaleur, l'électricité, le fluide magnétique; et rien, absolument rien qui ne doive et ne puisse étroitement se rattacher à l'action de ces diverses forces. Au dire des auteurs et des fauteurs de ces systèmes, si tous les actes de la vie ne peuvent pas encore être expliqués par l'action de ces différents fluides, ou par les lois de la mécanique et de la chimie, c'est que la science de la vie n'est pas encore assez avancée pour arriver à ce résultat tout entier. Mais elle y arrivera certainement, surtout si elle se persuade bien qu'elle ne doit pas chercher la vérité dans une autre voie.

Il y a d'autres philosophes, ou, pour parler plus exactement ici, d'autres physiologistes qui pensent, au contraire, qu'il n'y a aucun rapport à établir entre les conditions et les forces de la matière vivante et celles de la matière inerte, que ces deux natures de conditions et de forces sont essentiellement distinctes et ennemies, 'et que c'est dans cet antagonisme même qu'on doit faire consister la vie. De là, comme nous l'avons déjà dit, la définition qu'a donnée de la vie le plus illustre représentant, dans notre pays au moins, de cette école de physiologistes, Bichat. Mais, après avoir avancé que les forces de la vie sont essentiellement distinctes des forces de la nature non vivante, et avoir soigneusement dénombré, pesé, déterminé ces forces, ces physiologistes s'arrêtent, et déclarent que la science doit s'arrêter avec eux. Au delà de ces forces inhérentes aux organes et n'étant en quelque sorte que ces organes agissant, ils ne cherchent pas s'il y a quelque chose, ils n'admettent pas qu'il puisse y avoir quelque chose, unlprincipe qui soit celui de ces forces. Cette doctrine, qui, comme nous venons de le dire, est celle de Bichat, est devenue celle de l'école à laquelle il a en réalité donné naissance, l'école de médecine de Paris, l'école des organicistes, dont Broussais a plus qu'aucun autre affirmé et étendu les principes.

Le pas que les organicistes de l'école de Paris n'ont pas voulu, ne veulent pas franchir, a été franchi depuis longtemps par une autre école, une école de médecins philosophes, qui se fait gloire, et prend en quelque sorte son nom de cette hardiesse. L'école de Montpellier a rapporté les forces de la vie et les actes dont ces forces sont comme le côté virtuel à un principe unique, qui est le principe de la vie. Suivant Barthez, le Bichat de cette école; suivant d'autres, avant et après lui, le principe vital, essentiellement distinct de la matière organisée, la régit et la dirige dans tous les actes qui sont les actes de la vie, mais qui ne sont que les actes de la vie. Peut-être, avoue pourtant Barthez, ce principe n'est-il pas aussi distinct de l'âme qu'il l'est du corps, peut-être tient-il de quelque façon et par quelque côté à rame. Mais toujours est-il qu'en laissant à cette dernière la direction et la responsabilité de tout ce qui est sensibilité et pensée, il garde pour lui seul tout ce qui, dans le corps vivant, se passe sans sentiment et sans pensée.

A suivre l'ordre des idées, et non point l'ordre des temps et des faits, il y avait encore un pas à faire dans la détermination du principe de vie, et ce pas était indiqué par ce qu'avançait, de la liaison au moins possible de ce principe à celui de la pensée, le chef de l'école vitaîiste. Ce pas franchi par Stahl, le plus grand, sinon le premier, parmi les physiol [ui se sont dé-

cidés pour ce grave parti. Le véritable principe de vie, a dit Stahl, est en même temps et indivisibiement le principe du sentiment et de la pensée. L'âme est d'autant mieux la maîtresse et la directrice du corps qu'elle habite, que ce corps, elle l'a créé et façonne à sa guise; elle en a bien plus de facilité à le gouverner. L'âme ne préside donc pas seulement aux fonctions de la sensibilité et de la pensée, elle préside à toutes les fonctions, à toutes les actions de l'économie vivante, et jusqu'aux plus profondes, aux plus secrètes, aux plus intimes.

Cette doctrine de la présidence générale et absolue du corps par l'âme, suivant Stahl, s'est appelée animisme, comme celle des médecins philosophes de Montpellier a reçu le nom de vitalismc, du nom du principe spécial qu'ils ont attribué à la vie.

Ces deux doctrines du vitalisme et de l'animisme, souvent comparées, rapprochées, ont été quelquefois confondues, prises l'une pour l'autre ; et, il faut l'avouer, indépendamment de toutes autres raisons, la détermination que fait Barthez du principe vital, ce qu'il dit de ses rapports avec l'âme, pouvait y autoriser. Il touche, en effet, de bien près à l'âme, ce principe qui pourrait bien n'être, conjointement avec celuici, qu'un attribut, une modification dune seule et même substance, qu'il est indifférent d'appeler âme.

Quoi qu'il en soit, ces doctrines ont ceci de commun, que, soustrayant beaucoup plus que ne le fait la doctrine des forces vitales, les actes du corps vivant à la souveraineté exclusive de la matière, même organisée, elles placent, l'une et l'autre, ces actes sous l'empire d'un principe intelligent. C'est donc par ces doctrines, ou à propos d'elles, que peut surtout se poser cette dernière question, relative à la doctrine de la vie. Cette vie, que le vitalisme et le stahlianisme placent sous la direction d'un principe intelligent, quel rapport a-t-elle avec l'intelligence de ce principe, ou tout au moins avec sa sensibilité? La vie et la sensibilité sont-elles deux choses essentiellement distinctes, ou deux choses essentiellement unies?

Nous n'apprendrons rien à personne en rappelant que cette dernière opinion a été soutenue non-seulement à l'occasion des animaux, mais à l'occasion des végétaux, et soutenue il y a plus de deux mille ans. Après Empédocle, après Démocrite, Platon attribuait de la sensibilité aux plantes, et cette opinion, traversant le cours des âges, a compté parmi ses sectateurs un certain nombre de philosophes et de physiologistes, dont l'Anglais Darwin est, nous croyons, un des derniers.

Toutefois, il faut le dire, cette sensibilité accordée aux plantes par des philosophes, surtout philosophes, se rapportait particulièrement à ce qu'on pourrait appeler leur vie de relation, à ceux des actes de leur vie générale qui les mettent en rapport avec les corps ou les agents extérieurs, et qui témoignent des impressions qu'elles en reçoivent.

Mais des philosophes, moins philosophes, plus modernes, et se croyant plus sévères dans leurs idées et dans leur langage, on dit que les plantes sont sensibles dans leur intérieur comme dans leur extérieur, dans leur vie de nutrition, comme dans leur vie de relation; que c'est, en un mot, en vertu d'une sensibilité intérieure que s'accomplissent en elles les actes les plus intimes de la vie. El s'ils onl dil cel i des plantes, ils l'ont dit bien davantage encore des animaux et de leur vie de nutrition. Cette vie intérieure des animaux, ou Dlus brièvement leur vie, se lie

VIE

VIE

esscntic.lement, ai dire de ces physiologistes, à une véritable sensibilité.

Voyons donc enfin ce qu'il faut penser de cette manière de voir, ou au moins de s'exprimer.

S'il est une ebose que nous devions connaître, à laquelle il semble que nous puissions appliquer son vrai nom. un nom qui n'appartient qu'à elle, c'est la sensibilité : car cette sensibilité c'est nousmêmes, pour moitié au moins, à ne rien exagérer. Pas de mot pourtant dont on ait autant abusé. Pas de faculté, pas de manière d'être qu'on ait aussi arbitrairement étendue.

Qu'agrandissant outre mesure l'empire de la sensibilité, on ait cherché à y comprendre tout ce qui ressort de l'entendement et de la raison elle-même, c'était une usurpation, mais une usurpation concevable : car ces trois empires se touchent, et par plus d'un point se confondent; ou .plutôt ils ne forment qu'un même empire. dans lequel régnent ensemble, en se faisant souvent la guerre, deux ou trois principes distincts.

Mais que, par une exagération opposée, et descendant des hauteurs de la conscience dans les silencieuses profondeurs du corps, on ait rattaché à la sensibilité des phénomènes dont elle ne révèle pas la présence, et qu'on leur ait imposé son nom, voilà ce qui est beaucoup moins concevable, et pourtant ce qui a été fait.

Bichat, appliquant une désignation nouvelle à quelques opinions antérieures, et par exemple à celle de Glisson, a donné le nom de sensibilité organique au principe de phénomènes qu'aucune sensation, aucune émotion, fût-ce la plus grossière, ne fait connaître au moi de l'organisme dans lequel ils s'effectuent, phénomènes d'absorption, de circulation, d'exhalation, de sécrétion, de vie nutritive en un mot, commune aux végétaux et aux animaux. Cette désignation, à laquelle on a quelquefois substitué une désignation analogue, celle, par exemple, de sensibilité latente, a fait fortune en physiologie, où elle est presque journellement reproduite, et où elle représente le premier ordre de nos fonctions. Ce n'est pourtant qu'une métaphore, Maine de Biran ne l'a pas encore dit assez haut, qui peut être tolérée dans cette science, mais qui ne doit pas l'être ailleurs.

On appellera du nom qu'on voudra, irritabilité, excitabilité, ou de tout autre plus convenable, cette propriété en vertu de laquelle nos parties, mues du dedans ou du dehors, d'un mouvement appréciable ou seulement conclu, vivent d'une vie harmonique et commune; on insistera sur ce fait que, par suite de rapports réciproques et dans des circonstances données, la sensibilité s'y substitue eu s'y ajoute; on ne doit pas donner à cette propriété le nom de sensibilité. Il n'y a sensibilité que là où il y a conscience, un certain degré de conscience. Or, le moi n'est pas conscient de la vie même des organes qui sont ses instruments directs.

Une fois qu'on a donné le nom de sensibilité au principe de tous les actes, sans exception, de notre vie organique, on est invinciblement conduit à étendre cette qualification non-seulement au principe de la vie végétale, mais encore à celui de tous les grands et petits mouvements de composition et de décomposition de la nature minérale; car tous ces mouvements, comme ceux de la vie des végétaux et des animaux, s'exécutent d'après les lois les plus régulières, et en vertu d'affinités qu'on pourrait presque appeler des choix. Et l'on ne s'arrête pas là : soit que le mot amène l'idée, soit que l'idée ait appelé le mot, on finit par déclarer que cette sensibilité est une sensibilité véritable, une sensibilité qui se sent; opinion qui fait d'un minéral

une créature animée, du monde un grand animal, et qui, plus d'une fois soutenue, porte dans l'histoire de la philosophie un nom qu'il n'est pas besoin de rappeler.

Que telle soit l'essence des choses, tel le principe de leurs mouvements, non-seulement nous ne pouvons rien en savoir, mais tout en nous proteste contre cette imagination : et la comparaison qu'il nous est donne de faire des caractères distinctifs des trois règnes de la nature, et les relations que le sens commun nous fait établir entre nous et les diverses classes d'êtres qui les composent, et notre propre conception de nousmêmes.

Loin de lier l'idée de sensibilité à toute idée de mouvement, même d'un mouvement qu'il ne fait que conclure, l'homme comprend qu'il y a des mouvements dus à un pur mécanisme, mécanisme minéral, végétal, animal, n'importe; il le comprend parce qu'il le sait, et il le sait parce qu'il le voit, parce qu'il se le montre à luimême.

N'invente-t-il pas des mécanismes, des mécanismes nombreux, variés, admirables, dont son intelligence est la mère, mais auxquels il n'a pas donné sa sensibilité? L'homme porte en lui un mécanisme analogue, bien supérieur assurément à tous ceux qu'il exécute, mais d'où la sensibilité est également absente. Pour lui, sentir, au sens même le plus restreint et le plus physique, c'est rapporter à une partie de son corps la manière d'être nouvelle qui résulte d'une application étrangère et quelquefois d'une émotion spontanée. Ainsi il rapporte à un endroit particulier du tégument externe la modification qui naît en lui de l'application d'un objet quelconque. Il ne rapporte nulle part l'application, la pression du sang à l'intérieur des cavités du cœur. 11 rapporte à certaines parties de l'intérieur de 1? bouche la modification qu'il éprouve du contact d'un corps savoureux. Il ne rapporte nulle part l'application des matières alimentaires sur l'intérieur de l'estomac; et c'est là un parallèle qu'on pourrait multiplier à l'infini.

Dira-t-on, bien que ce ne soit qu'une nouvelle manière de reproduire la même erreur, dira-t-on que chacun de ces organes, que nous regardons comme insensibles, ou plus exactement comme non sentant, sent pourtant, sent à sa manière, mais qu'il garde sa sensation pour lui seul, sans la transmettre au centre de perception? Ce serait une intéressante petite république que cette multitude de moi dont chacun ne sentirait que soi seul, ignorant de tous les autres, et ne se souciant en aucune façon de ce qui se passe à quelques millimètres de lui 1 L'homme n'est pas déjà fort raisonnable, et sa santé est loin d'être plus solide que sa raison. Mais on peut tenir pour assuré que dans une pareille anarchie de moi organiques, il ne serait jamais que malade, soit du corps soit de l'âme, et, de plus, qu'il serait bientôt mort.

Il n'y a qu'une manière d'en finir avec cette anarchie de petits moi, la manière dont on en finit avec toutes les anarchies : c'est de les soumettre au despotisme d'un seul moi, du grand moi, du vrai moi, à peu près comme l'a fait Stahl, en mettant à la réforme tous ses ministres muets, aveugles et sourds, qu'on a voulu lui donner sous les noms d'arebée, de principe vital, d'àmc nutritive, irrationnelle, matérielle, etc.; dénominations, à notre avis, un peu creuses, malgré la figure qu'elles font encore dans le monde physiologique, et auxquelles on pourrait appliquer le titre d'une des plus intéressantes comédies de Shakspcare , Beaucoup de biiiit pour rien.

YIE

Ce n'est pas qu'il faille tout adopter de Stahl. Son interprétation des faits ne leur est pas toujours parfaitement conforme, quelquefois même elle les contredit. Cette demeure, par exemple, que l'âme se bâtit à elle-même dans les ténèbres de notre origine, nous semble une oeuvre d'architecture, nous ne dirons pas assez difficile à comprendre, car dans ces matières tout l'est, mais assez difficile à mettre d'accord avec l'ordre d'apparition des faits. Nous croyons qu'ici comme ailleurs, l'hôte n'arrive que lorsque le logis est prêt. Mais ce qu'on peut dire avec Stahl, c'est que dans cet édifice, tout n'est pas transparent ou sonore, et que le maître n'y voit et n'y entend pas tout. Seulement, comme la maison est bonne^ qu'elle est l'ouvrage d'une main dont l'habileté égale la toute-puissance, que les serviteurs en sont bien dressés, le service, dans les parties mêmes qui sont soustraites à l'œil ou à l'oreille du maître, se fait comme s'il l'avait ordonné. Quelquefois, et par suite d'une modification mystérieuse, telle de ces parties actuellement sombres et muettes s'éclaire soudain, devient retentissante, et le maître voit et entend ce qu'il n'avait ni vu, ni entendu jusque-là.

En d'autres termes, et pour parler sans figure, dans cet être double que nous sommes, le moi, le principe, quel qu'il soit, qui sent à la fois et a conscience, n'exerce son activité et sa clairvoyance que de compte à demi avec les organes, qui. de leur côté, sont obligés de compter avec lui.

Parmi ces organes, il y en a, ceux de la vie exclusivement nutritive, dont le jeu purement vital ne donne lieu à aucune émotion qu'ait à contrôler la conscience. Ce n'est que dans les occasions les plus rares, et par l'effet de quelque changement dans leur disposition ou leur santé, que le moi, averti de leur activité par une souffrance, rapporte cette sensation insolite à un point de l'économie qu'il avait ignoré jusque-là.

Ici le moi est éveillé par suite de l'établissement d'un rapport nouveau entre son activité et celle des organes. Dans d'autres cas, au contraire, il reste sourd aux impressions des organes mêmes avec lesquels il est habituellement en commerce intime, c'est-à-dire aux impressions des sens

Sroprement dits. Fortement occupé ailleurs, rééchi en lui-même ou absorbé par quelque sensation, il ne prend ou ne partage l'initiative d'aucune autre. Les conditions nerveuses dans lesquelles son attention, son activité mettent à la fois le cerveau, le nerf de transmission et le sens, ces conditions ne sont pas remplies; les corps extérieurs, dans leurs molécules ou leurs masses, ont beau se heurter au sens; ni celui-ci, ni le nerf, ni le cerveau ne répondent. Dans ce cas, il ne faut pas dire que la sensation est inaperçue; c'est un non-sens; elle n'existe pas, parce que le moi et son organe n'agissent pas. C'est ainsi que ces milliers d'impressions, résultat de nos rapports continuels avec "es êtres qui nous environnent, un bien moindre nombre qu'on ne l'imagine, arrivent à la conscience, soit pour y être perçues à loisir et classées dans la mémoire, soit, et beaucoup plus souvent, pour y être senties avec une rapidité qui n'ôte rien à la réalité de la perception, mais qui donne lieu à un oubli soudain.

Telle est, à noire avis, la meilleure manière d'envisager la vie, la sensibilité, leurs rapports dans le roi des elfes vivants, dans l'homme. Il sérail difficile, sauf quelques modifications, quel ruts de langage, de ne pas

are cette manière de voir au reste des animaux. Les animaux ont évidemment, comme nous, du sentiment, de l'imagination et sans

doute quelque chose de plus ; et si cela est, Descartes a peut-être eu tort de leur refuser toute espèce d'âme.

Quant à l'autre division tout entière des êtres vivants, en d'autres termes, quant aux végétaux, non-seulement il n'y a pas à leur accorder une âme, mais il n'y a pas à mêler à leur vie du sentiment, le sentiment même le plus obscur, ni même à s'en tenir, à cet égard, au doute dans lequel est resté Ch. Bonnet.

Les végétaux vivent en vertu d'un mécanisme et d'une composition organiques, par suite d'un système de forces, dans lesquels jusqu'ici on n'a pu saisir qu'une opposition au moins apparente avec le mécanisme, la composition, le système de forces de la nature inerte. Mais jusqu'ici aussi, dans cette vie des végétaux, dans leur mécanisme, leur composition, leur système de forces, si l'on a pu noter et nommer métaphoriquement des impressions, des actes, une sorte de préférence ou de choix à l'égard des matières alibiles. on n'a pas pu y voir et y admettre, en réalité, de la sensibilité et du sentiment. La phrase célèbre de Linné reste toujours, et jusqu'à plus ample informé, la caractéristique des trois règnes de la nature : « Les minéraux existent, les végétaux vivent, les animaux vivent et sentent. » Lapides crescunt, vegetabitia crescunl et vivunt , animalia crescunt, vivunt et sentiunt. (Philosophica botanica.)

Les auteurs à consulter sont : Platon, Timéc ,

— Aristote, de Plantis, lib. I, ci; de Anima, lib. II, c. x et passim; — Diogène Laërce, liv. X, Vie d'Épicure; — Lucrèce, de Nalura rerum;

— Bérigard, Circulus Pisanus, 1641, circulus I,

— Descartes, V Homme (Œuvres, édit. de Victor Cousin, t. IV) ; — Glisson, de Naturœ substantiel energetica, sive de vita naturœ, Londres, 1672;

— Cl. Perrault, Essais de physique; Mécanique des animaux ; — Stahl, Theoria medica vera ;

— Haller, Primœ lineœ physiologiœ; Elément a physiologiœ; — Ch. Bonnet, Contemplation de la nature, 10e partie, ch. xxx et xxxx; — Barthez, de Principio vilali, Montpellier, 1773, Nouveaux éléments de la science de l'homme, Paris, 1806; — Bichat; Considérations sur la vie et la mort; Anatomie générale, Considérations générales; — Cabanis, Rapports du physique et du moral, 10e mémoire; — Tiedemann, Traite complet de physiologie de l'homme, traduction française; — J. Muller, Manuel de physiologie, traduction française, prolégomènes ; — Alex. Alquié, Précis de la doctrine médicale de l'école de Montpellier, 1846; — P. Bérard, Cours de physiologie fait à la Faculté de médecine de PariSj 1848, 1", 2e et 3e livraisons; — Bouillier, le Principe vital et l'âme pensunle, Paris, 1862, in-8 ; — Tissot, la Vie dans l'homme, Paris, 1861, in-8; — Bouchut, la Vie et ses attributs, in-8, Paris, 1862; — Laugel, les Problèmes de la vie, Paris, 1866, in-18; — E. Saisset, l'Ame et la vie, Paris, 1864, in-18; — Charles, de Vitœ natwra, Burdigalae, 1861, in-8; — Philibert, du Principe de vie suivant Aristote, Pans, 1865 in-8; — A. Lemoine, le Vilalisme et l'animismt de Stahl, Paris, 1864, in-18; — Biichner, Forcé et matière, trad. franc., 2 vol. in-18, Paris, 1866; Science et nature, trad. franc., 2 vol. in-18, Paris, 1866; — Moleschott. la < irculation de la vie, trad. franc., Paris, 1866, 2 vol m-18.

VILLEMANDY (Pierre de), recteur d'un colle théologie français-b Ige, étal li en Bol- Lande au xvnc sh i uté assez Bolidemenl les sceptiques '1" son temps. L'ouvrage, public à Leyde en 1695, où cette

réfutation est entreprise, porte le titre suivant : Scepticismus dcbellatus, scu humanœ cognitionis ratio ab imis radicibus cxplicula; ejusdcm ccrliludo, advcrsus sccpticos quosquc vetercs ac novos invicta asscrla; facilis ac tula certitudinis hujus obtinendœ melhodus prœmonstrata.

Dans cet écrit, qui respire en somme un éclectisme fondé sur le bon sens et sur quelques idées cartésiennes, il distingue trois sortes de doutes : celui des pyrrhoniens, celui des académiciens et celui des sceptiques ordinaires qui tiennent un certain milieu entre la nouvelle Académie et Pyrrhon. Le nombre de ces sceptiques y est étrangement étendu. Villemandy donne ce titre à Machiavel et à Spinoza, parce que leurs doctrines ébranlent plus d'une vérité nécessaire à l'esprit humain; comme il le donne aux casuistes et aux mystiques. Mais il s'occupe principalement de l'antiquité; dont le doute lui semble beaucoup plus intolérable, minus tolerabilior (p. 8), que le doute des penseurs modernes, des disciples de Montaigne ou de Gassendi. En examinant le scepticisme des auteurs scolastiques, il s'attache à renverser cette maxime que Dieu pourrait changer le bien en mal et le mal en bien; de même qu'il blâme les cartésiens d'avoir supposé que les vérités de l'ordre naturel sont susceptibles, par suite d'une influence surnaturelle, d'être converties en erreurs. Le scepticisme ordinaire lui semble insoutenable en présence de la certitude des sens et de l'évidence de l'entendement. Les sens sont soumis, dit-il, à l'action inévitable des corps, à leur pression, à leur vibration, à leur impulsion : donc, le monde des corps est réel, [.'entendement est doué d'attention et de réflexion, de conscience : il sait qu'il pense, qu'il a des notions. Or, si la conscience de ces notions atteste l'existence de l'être qui pense et qui doute, la diversité de ces mêmes notions atteste l'existence des objets divers qui, en affectant notre âme, y font naître les notions. La diversité de nos pensées garantit ainsi la diversité des causes qui les produisent, c'est-à-dire des objets extérieurs (p. 44-599). Villemandy s'appuie, dans ces sortes de raisonnements, tantôt sur les conséquences psychologiques et métaphysiques du je pense, donc je suis (p. 88), tantôt sur cette idée de perfection absolue qui lui paraît la meilleure preuve de l'existence de Dieu (p. 92 et suiv.). Il s'appuie sur les fondements du cartésianisme, alors principalement qu'il critique d'illustres cartésiens, Malebranche, par exemple, ou d'anciens sectateurs de Descaries, tels que Poiret. Sa tendance constante est celle d'une sage et savante conciliation, qu'il avait manifestée dans un ouvrage antérieur, sorte de parallèle de la philosophie officielle et des deux doctrines nouvelles de Gassendi et de Descartes : Manuductio ad philosophiez aristoteleœ, epicureœ et cartcsianœparallelismurn, in-8, Amst., 1683. C. Bs.

VILLERS (Charles de), né à Boulay en Lorraine, le 4 novembre 1765, mort à Gœttingue le 11 février 1815, appartient à l'Allemagne autant qu'à la France, par des écrits variés, composés dans l'une et l'autre langue, et mérite un souvenir dans les annales de Ta philosophie, comme le premier interprète français de la doctrine de Kant.

Capitaine d'artillerie en 1792, Villers quitta la France, après s'y être fait un nom, comme défenseur du régime monarchique, par trois publications plus satiriques que sérieuses : les Députés aux États généraux, l'Examen du serment civique, et la Liberté Par ce dernier ou-

vrage, ou il déclare les Français indignes des bienfaits de In liberté, parce qu'il les émit incapables de désintéressement et plongés dans les vices ci Les vanités d'une civilisation immorale

et irréligieuse, Villers s'était atliré de périlleuses inimitiés. Forcé de fuir la persécution, il avait cherché un refuge à Gœltingue et à Lubeck. Ce fut là qu'il se familiarisa avec la littérature et la philosophie modernes des Allemands, à tel point qu'il devint, en 1811, professeur titulaire à l'université hanovrienne.

Des livres solidement conçus, mais écrits sans art et sans charme, avaient attiré sur son savoir, son esprit et son amour de la vérité, l'attention des principales académies de l'Europe. L'Institut de France couronna en 1804 son Essai sur l'esprit et l'influence de la Rêformalion de Luther son titre le plus sûr à l'estime de la postérité (5e édit., 1851) D'autres corporations savantes ne tardèrent pas à se l'associer. Pendant la première restauration, Louis XVIII, se souvenant de son ancienne défense de la royauté constitutionnelle, le nomma chevalier de Saint-Louis. Quoiqu'il eût loué le protestantisme, il mourut dans la communion catholique, et dans toute la force de l'âge, dès 1815, également regretté de la Société royale de Gœttingue et de l'auditoire universitaire de cette ville. Les universités allemandes perdirent en lui leur plus intelligent appréciateur, comme l'atteste le travail qu'il leur consacra en 1808, sous le titre de Coup d'ceil sur les universités et le mode d'instruction publique de l'Allemagne protestante.

Villers avait préludé à son exposé de la doctrine kantienne par un ouvrage plus général, où la nouvelle philosophie était consid< ii traits rapides, mais propres à exciter l'intérêt des étrangers : nous voulons parler des f.clli-es westphaiiennes sur plusieurs sujets de philosophie, de littérature et d'histoire (in-12, Berlin, 1797). Quatre ans plus tard, parut sa Philosophie de Kant, ou Principes fondamentaux de la philosophie transcendantale (2 vol. in-8, Metz, 1801). Ce livre, qui devint promptement ci îlèbre, se compose de deux parties, l'une critique, l'autre dogmatique. Dans la première, Villers attaque les systèmes que Kant prétendait remplacer ou renverser, spécialement sortis de la doctrine de Locke, le sensualisme français et anglais, celui surtout qui s'était répandu en Allemagne même sous la protection de Frédéric II et à la suite des libres penseurs réunis à Potsdam. Dans la seconde partie, il expose les principales théories de Kant, celles de la Critique de la raison pure beaucoup plus amplement que celle des deux autres Critiques. Une série de parallèles entre l'idéalism dantal et la doctrine des idéalistes antérieurs, comme Berkeley, termine le tout, et n'ajoute pas peu à la valeur du livre.

Villers devait, par ce travail, piquer la curiosité de l'Europe, jusque-là demeurée indifférente au mouvement produit en Allemagne par le criticisme kantien. 11 devait même obtenir ce succès par le défaut le plus saillant de l'i c'est-à-dire par les généralités un peu et les attaques un peu déclamatoires qu'il ne cesse d'y tourner contre la philosophie nante dû xviii" siècle. La verve mordante dont la nature l'avait doué ne recevait pas toujours un emploi digne de la tache élevée et sérieuse à laquelle Villers s'était consacré. Si nobles que ses desseins, le bon goûl < - û l dû le garantir de sorties ti"',) vives et trop fréquentes. Quant à l'analyse du système allemand, elle

ir un vice contraire : elle est lie:

trop sèche, trop loin de remplir les conditions

Page 1