‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 410 sur 439 · VOET · texte numérisé non relu

VOET

qu'impose l'introduction d'une doctrine étrangère. Néanmoins, avant la publication de Y Allemagne de Mme de Staël, l'œuvre de Villers est ce qu'il y avait de plus exact et de plus complet en langue française sur les principes et la méthode de Kant. C. Bs.

VINCENT de Beauvais, en latin Vincentius Bellovacensis, naquit à Beauvais ou dans le Beauvoisis, au commencement du xme siècle, étudia à Paris et y prit l'habit de dominicain, probablement avant 1228. Le bruit de son érudition étant parvenu à la cour, saint Louis le choisit pour lecteur et lui témoigna en tout temps une estime particulière. Vincent nous apprend lui-même que le roi prenait plaisir à lire ses livres, et lui procurait les manuscrits dont il avait besoin pour les composer ; que la reine Marguerite, Thibault de Navarre, et Philippe, fils de saint Louis, chez lesquels il était admis, l'engageaient à écrire, et qu'il composa plusieurs ouvrages pour répondre à leurs désirs. Echard (Scriptores ordinis prœdicatorum, t. I, p. 212) place sa mort en 1264. Le plus important des ouvrages de Vincent, celui qui lui assure un rang très-distingué parmi les écrivains de son temps, c'est le Spéculum mundi, ou Spéculum majus, véritable encyclopédie des connaissances humaines au xmc siècle, particulièrement de la théologie et de la philosophie, sur lesquelles se concentrait toute l'activité intellectuelle de cette époque. D'après le prologue des plus anciens manuscrits, il se divise en trois parties, et non point en quatre, comme le donnent les manuscrits d'un âge moderne et les éditions imprimées. Chaque partie porte un titre spécial qui en indique l'objet : Spéculum naturelle, ou le Miroir de la nature; Spéculum doctrinale, ou le Miroir scientifique, contenant le résumé de toutes les sciences alors connues et la théorie des principaux arts; Spéculum historiale, ou le Miroir historique, contenant l'histoire universelle du monde jusqu'au milieu du xme siècle. Echard a démontré jusqu'à l'évidence que la quatrième partie, intitulée Spéculum morale, le Miroir moral, est un extrait de la Somme de saint Thomas d'Aquin et d'autres ouvrages théologiques du temps, écrit dans le xive siècle. C'est dans le Spéculum naturale que Vincent de Beauvais traite de l'âme, conformément à la division d'Aristote, qui fait entrer la psychologie dans la physique. Il passe en revue, dans cette partie, l'ouvrage des six jours de la création, d'après l'ordre établi par la Genèse, en commençant par les éléments et en finissant par l'homme, après un premier livre consacré à Dieu et aux anges. Dans le Miroir scientifique il est question de la philosophie, de la théologie, de la morale, de la grammaire, de la rhétorique, de la logique, de la poésie, de la politique, de l'économique, du droit civil, de la médecine, des mathématiques, etc. Aristote, Boëce, saint Bernard, Cicéron, mais le premier surtout, sont les auteurs qui ont été le plus mis à contribution. Le Miroir historique est le inoins intéressant; il porte toutes les traces d'une époque de superstition et d'ignorance. L'ouvrage tout entier a été imprimé pour la première fois en 10 vol. in-f", Strasbourg, 1473, puis en 4 vol. in-f°; Douai, 1624. Les qua- :ii été imprimées séparément à Venise, en 1493 et 1494; à Mayence, en 1474; à Baie, en 1481 ; à Nuremberg, en 1483. La partie historique a été traduite en français sous le Miroir historial, 5 vol. in-f°, Paris, 1495 96. — L'historien Schlosser a traduit en allemand cinquante et an chapitres du livre VI du Miroir si ienliflQue, sous le titre de Manuel

d'éducation de Vincent de Beauvais, à l'usage des princes et de leurs instituteurs, 2 vol. in-8, Francfort, 1819. — On peut consulter sur Vincent de Beauvais, Jourdain, Recherches critiques sur les traductions d'Aristote, note Q. X.

VITALISME. voyez le Supplément.

VIVES (Louis-Jean) se rattache à cette série de libres penseurs qui commencèrent, au xvie siècle, à ébranler l'autorité d'Aristote, et préparèrent la grande révolution cartésienne. Ne à Valence (en Espagne) en 1492, Louis Vives fut d'abord professeur à Louvain, puis à l'université d'Oxford. L'indépendance de son caractère attira sur lui des persécutions. Après avoir été précepteur de Marie, fille d'Henri VIII, il osa blâmer le divorce du roi, fut emprisonné, puis exilé d'Angleterre, passa en Espagne, et revint se fixer à Bruges ou il mourut en 1540, après avoir été l'ami d'Erasme et de Guillaume Budé.

Après avoir écrit d'abord en faveur de la philosophie scolastique, qu'il avait étudiée à Paris. Louis Vives, comme plus tard Bamus; s'attaqua à Aristote dans son Traité sur la Dialectique; si les innovations qu'il propose ont peu de valeur dans le champ même de la logique, elles ne manquent pas d'importance dans l'histoire de la philosophie, comme tentatives en faveur du libre examen. Nous en trouvons la preuve dans la préface des Exercitationes paradoxicœ adversus Arislotelcm, par Gassendi.

« J'étais enchaîné, dit-il, par le préjugé général qui faisait approuver Aristote par tous les savants. Mais la lecture de Vives et de mon ami Charron m'a donné le courage d'agir. »

Les Œuvres complètes de Vives ont été publiées, une première fois, à Bâle, en 1555 (2 vol in-f"), une seconde fois, à Valence. Celui de tous ses ouvrages qui intéresse le pius la philosophie a pour titre : de Causis corruptarum artium, en trois tomes, dont le dernier contient les traités : de Prima philosophia ; de Explanatione essenliarum ; de Censura veri: de Instrumenta probitalis et de dis/nitalione; de Initiis secliset laudibus philosophiez. Il a aussi publié, à part, un traité de Anima et vita, in-4, Bâle. 1538, et Dialeclices, lib. IV, in-4, 1550. X.

VOET ou VOETIUS (Gilbert) est le plus violent et le plus redoutable adversaire qu'ait rencontré la philosophie de Descartes en Hollande. C'est uniquement sous ce point de vue que nous avons à le considérer, sans nous occuper de ces innombrables controverses théologiques ou s'est passée toute sa vie. Voetius est un de ces types de fanatisme et d'hypocrisie que trop souvent on rencontre dans l'histoire des luttes et des persécutions de la philosophie. Né en 1593, à Heusde, il fit ses études à l'université de Leyde, et il y exerça ensuite le ministère sacré jusqu'en 1634, où il fut nommé professeur de théologie et de langues orientales. Bientôt il s'y fit un certain crédit auprès des magistrats et du peuple, par l'ostentation de son zèle en faveur de la religion réformée et contre les sectes dissidentes, mais surtout contre le papisme. Voici le portrait qu'en fait Descartes dans sa lettre au P. Dinet : « C'est un homme qui passe, dans le monde, pour théologien, pour prédicateur, et pour un homme de controverse et de dispute, lequel s'est acquis un grand crédit parmi la populace, de ce que, déclamant tantôt contre la religion romaine, tantôt contre les autres qui sont différentes de la sienne, et t mtôt invectivant contre les puissances du siècle, il fait éclater un zèle ardent et libre pour li religion, entremêlant aussi quelquefois, dans ses discours, des paroles de raillerie qui gagnent l'oreille du menu peuple. » Il se fit le champion de toutes les anciennes doctrines] el déjà, avant

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