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CRIT

toutes celles qui présentent de la confusion et de ^obscurité sont douteuses.

Il faut le reconnaître cependant; cette règle n'est pas infaillible dans l'application, et Descartes, le premier qui l'ait proclamée, n'hésite pas à avouer (Disc, de la Mélh., IVe partie) « qu'il y a quelque difficulté à bien remarquer quelles sont les choses que nous concevons distinctement. »

Plusieurs philosophes sont partis de là pour modifier le critérium de l'évidence ou pour le contester d'une manière absolue.

Leibniz pense qu'indépendamment de la clarté des idées, il faut, pour juger de leur vérité, savoir avec certitude si elles n'impliquent pas contradiction ; en un mot, si elles sont possibles. La possibilité est connue de deux manières : a priori, par l'intention directe de l'àme ; a posteriori, par l'analyse qui ramène les idées composées à leurs éléments (Médit, de cognit. verit. et ideis). S'agit-il des notions expérimentales, il faut examiner si elles se lient entre elles et avec d'autres que nous avons eues ; c'est le seul moyen; à en croire Leibniz (Rem. sur le livre de VOrig. du mal), de distinguer les perceptions vraies des rêves et de l'hallucination.

D'autres philosophes, allant plus loin, ont regardé l'évidence comme une règle non-seulemeut incomplète, mais illusoire et dangereuse, qui menait au scepticisme en beaucoup de points, et dont les meilleurs esprits abusent journellement pour persister dans leurs erreurs. Selon eux, le critérium de la certitude doit être cherché en dehors de la raison individuelle, dans l'accord des opinions; la vérité est ce que tous les hommes croient: l'erreur, ce qu'ils rejettent.

Le vice capital de ces doctrines est de s'écarter de l'observation. Soit que nous doutions en effet, .suit que nous affirmions, nous n'avons pas conscience de suivre d'autre lumière que l'évidence. Dès que l'esprit découvre une vérité, il y croit parce qu'il l'a vue ; mais il ne se rend pas compte de la possibilité de ce qu'il affirme : il réfléchit i e moins à l'opinion que les autres hommes peuvent en avoir ; sa décision est prise longtemps ayant qu'il les ait consultés, même dans les cas où il peut le faire.

Nous ajouterons qu'il y a une singulière inconséquence à ne pas se contenter de l'évidence ou à prétendre s'en passer. A quel signe, en effet, reconnaître ce qui est possible et ce qui ne l'est pas? sur quoi les hommes conviennent et sur quoi ils diffèrent? quel est le sens de leurs discours? et, pour aller plus loin, s'il existe des hommes, si nous existons nous-mêmes? Ce ne sera pas, sans doute, le consentement universel qui nous donnera la certitude de ce consentement, ni la possibilité qui se servira à elle-même de règle et de mesure? Comment donc apprécieronsnous d'abord, appliquerons-nous ensuite cette règle destinée à guider l'homme plus sûrement que ne le feraient les claires idées de la raison? Nous n'avons d'autre moyen que d'en appeler à ces mêmes idées. Qu'on le veuille ou non, il faut toujours les consulter. L'homme a besoin de l'évidence, même pour combattre l'évidence, et les philosophes qui la dédaignent le plus, ne marchent qu'à sa lumière.

Au reste, si trop souvent nous nous laissons er par de fausses erreurs que nous ne distinguons pas des purs rayons de la vérité, nous devons moins en accuser le critérium de l'évidence, excellent en lui-même, que notre promptitude à juger et les bornes naturelles de l'esprit humain. L'homme se trompe parce qu'il ignore, et il ignore parce que la condition d'un être fini est de ne connaître qu'une portion de la réalité. Tous les secours du la logique sont impuissants

pour guérir ce vice radical qui tient à la nature des choses et de l'intelligence. La possession d'un critérium infaillible, en nous permettant de saisir la vérité en toutes choses, et de ne jamais la confondre avec le faux, nous égalerait à la Divinité : il est insensé d'y prétendre. Voy. Erreur. C. J.

CRITIAS, fils de Callaeschrus et parent de Platon, fréquenta pendant quelque temps Socrate, dans le commerce duquel il espérait se former à l'art de conduire les hommes ; mais il ne tarda pas à se séparer d'un maître si austère, qui, au lieu de favoriser ses penchants ambitieux, cherchait au contraire à lui inspirer l'amour de la vertu. Après avoir été chasse de sa patrie, il y rentra avec Lysandre en 404 avant J. C, fut nommé un des trente tyrans chargés de donner des lois à la république, se signala par ses cruautés, et, après avoir rempli de meurtres l'Attique, périt dans un combat contre les troupes libératrices de Thrasybule. Un dialogue de Platon porte le nom de Critias.

CRITIQUE (philosophie), voy. Kant.

CRITOLAÙS, philosophe grec, né à Phaselis, ville de Lydie, étudia la philosophie à Athènes sous Ariston de Céos. à la mort duquel il devint le chef de l'école péripatéticienne vers l'an 155 ou 158 avant J. C. Les Athéniens l'envoyèrent, avec Carnéade et le stoïcien Diogène, en ambassade à Rome, où il se fit remarquer par son éloquence. Cependant Sextus Empiricus (Adv. Maihem., lib. II, p. 20) et Quintilien (histit. orat., lib. II, c. xvn) nous apprennent qu'il condamnait la rhétorique comme étant moins un art qu'un métier dangereux. Il a vécu, selon l'opinion la plus probable, au delà de quatre-vingts ans. Ce que nous savons de ses doctrines nous montre qu'il était resté fidèle à l'esprit général du péripatétisme. Il admettait, comme Aristote, l'éternité du monde et du genre humain, et il s'élevait avec force contre cette vieille tradition du paganisme, que les premiers hommes ont été engendrés de la terre. En morale, il faisait consister le souverain bien dans la perfection d'une vie droite et conforme à la nature, c'est-à-dire dans l'union des biens de l'esprit et du corps et des avantages extérieurs; ajoutant, toutefois, que si on mettait sur l'un des plateaux d'une balance les bonnes qualités de l'âme, et sur l'autre, nonseulement celles du corps, mais encore les autres biens étrangers, le premier plateau emporterait le second, quand même on ajouterait à ce dernier et la terre et la mer. Critolaûs a eu pour disciple Diodore le péripatéticien. Voy. Ciceron, Tuscul., lib. V, c. xvn; — Philon, Quod mundus sit incorruptibilis, p. 943 et sqq. ; — Jean Benoît Carpsuv a publié une Dissertation sur Critolaûs. in-4, Leipzig, 1743. X.

CRITON, le plus fidèle, peut-être, et le plus affectionné de tous les disciples de' Socrate, à qui il confia l'éducation de ses fils Critobule, Hermogène, Épigène et Ctésippe, était un riche citoyen d'Athènes. Comme sa fortune lui attirait des envieux, Socrate lui conseilla de se lier avec Archédème, jeune orateur sans fortune, dont le zèle et le talent surent imposer silence à ses ennemis. Criton, qui n'avait jamais cessé de pourvoir à tous les besoins de Socrate, ne l'abandonna pas à l'époque de son procès. Il se rendit d'abord sa caution pour empêcher qu'il ne fût arrêté, et, après sa condamnation, il lui offrit les moyens de s'évader. Diogène Laërce attribue à Criton dix-sept dialogues sur divers sujets de morale et de politique, auxquels il faut joindre, d'après Suidas, une Apologie de Socrate. Aucun de ces ouvrages n'est parvenu jusqu'à nous. Platon a donné à un de ses dialogues le nom de Cri-

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