CHOU
ton. Voy. Xénophon, Mcmor., lib. II. c. ix ; — Diogène Lacrce, liv. II, c. cxxi; — Suidas.
CROMAZIANO (Agatopisto). Pseudonyme de Buonafede. Voy. ce nom.
CROUSAZ (Jean-Pierre de), né en 1663, mort en 1749, fut professeur de philosophie et de mathématiques à Lausanne et à Groningue, puis conseiller de légation et gouverneur du prince Frédéric de Hesse-Cassel. Ses ouvrages, presque tous écrits en français, ne se font pas remarquer par l'originalité des idées ; mais ils renferment un grand nombre d'observations judicieuses qui en rendent encore aujourd'hui la lecture instructive. Crousaz était un homme d'un esprit droit et doué d'une certaine sagacité. Choque des hy-
{>othèses et des conséquences que renfermaient es systèmes de son temps, il s'attacha à les réfuter par des arguments empruntés au sens commun. Il combattit principalement le scepticisme de Bayle, l'harmonie préétablie de Leibniz et le formalisme de Wolf. Il développa en même temps un assez grand nombre de questions particulières, sans adopter aucun système; ce qui l'a fait ranger parmi les éclectiques. Nous apprécierons rapidement ses principaux ouvrages.
Le premier est sa Logique, ou Système de réflexions qui peuvent contribuer à la netteté et à retendue de nos connaissances (3 vol. in-8, Amst.. 1725, 3" édit.). Ce titre seul caractérise assez bien la manière de Crousaz et peut donner une idée du livre. Quoique les principales divisions de la logique des écoles y soient reproduites, les formules et les règles abstraites sont soigneusement écartées ; mais en revanche on trouve en abondance des applications, des exemples, des digressions et des citations. En outre (et cette innovation mérite d'être signalée), le premier volume tout entier est une espèce de psychologie. Ce mélange d'éléments hétérogènes fait perdre à l'ouvrage son caractère scientifique, mais ce n'en est pas moins un livre précieux encore aujourd'hui pour ceux qui débutent dans l'étude de la philosophie. Peut-être mériterait-il d'être tiré de l'oubli et recommandé à la jeunesse des écoles et aux gens du monde.
Dans ses Observations critiques sur Vabrêgéde la logique de Wolf (in-8, Genève, 1744), Crousaz fait assez bien ressortir ce qu'il y avait de vide et de pédantesque dans cet appareil de formes scientifiques sous lesquelles le disciple de Leibniz cache souvent le défaut d'ordre et de profondeur réelle dans les idées et le vice de ses classifications arbitraires. Il attaque aussi le système des monades et de l'harmonie préétablie, dont il aperçoit les défauts, mais sans en comprendre l'originalité et lavaleurphilosopl.ique. VExamen du pyrrhonisme ancien et moderne (in-f-, la Haye, 1737) est principalement dirigé contre le scepticisme de Bayle. Ce livre est composé de trois parties. La première fait connaître les causes du scepticisme et les moyens d'y remédier. Sans parler du défaut d'ordre qui s'y fait remarquer, l'auteur s'étend longuement sur les causes dialectiques, morales et politiques, n'insiste pas assez sur celles qui tiennent à la nature de l'intelligence humaine et de ses facultés. La deuxième partie est consacrée à l'exposition et à la réfutation du scepticisme ancien, renfermé dans les ouvrages de Scxtus Empiricus. On y retrouve les mêmes défauts, la confusion et une appréciation superficielle. La critique de Bayle, qui remplit la troisième partie, et qui est le but véritable de l'ou"rage. est beaucoup plus longue et plus détaillée. Elle renferme, a côté d'un grand nombre d'observations justes, des raisonnements faibles. En outre, l'adversaire de Bayle abandonne tout à fait ici le ton de modération qui sied au philo-
sophe, et sort des limites de la véritable polémique. 11 n'épargne pas à l'auteur du Dictionnaire philosophique les imputations les plus injurieuses. Crousaz semble s'être fait l'écho de toutes les haines que Bayle s'était suscitées de la part des théologiens de son temps. Son livre est un résumé de leurs accusations, et, sous ce rapport, u est instructif. Un autre ouvrage du même auteur est intitulé : De l'esprit humain, substance différente du corps, active, libre et immortelle (in-4, Bàle, 1741). Il est rédigé sous forme de lettres. C'est une réfutation du système des monades et de l'harmonie préétablir1 . Crousaz finit par substituer à l'harmonie préétablie une explication superficielle, et dont le plus grand inconvénient est de couper court à toute recherche philosophique : la volonté de Dieu. L'âme est une image de Dieu; or Dieu a voulu que l'âme pût exciter certains mouvements dans le corps. C'est l'argument paresseux dont parle Leibniz; de plus, cette explication ne ressemble pas mal à la théorie des causes occasionnelles et à l'hypothèse de l'harmonie préétablie elle-même.
Crousaz publia dans sa jeunesse deux autres traités : l'un sur le Beau, 2 vol. in-12, Amst., 1724, 2e édit.; l'autre sur l'Éducation des enfants, 2 vol. in-12, la Haye, 1722. Le traité du Beau, qui a joui d'une certaine réputation, est un ouvrage inférieur, pour le fond et pour la forme, au livre du P. André. Crousaz définit le beau, l'unité dans la pluralité, l'harmonie et la convenance des parties. Ce principe, qui est également celui du P. André, et qui est emprunté à saint Augustin, n'exprime qu'une des conditions du beau, et ne peut s'appliquer à tous les genres du beau. Aussi Crousaz s'etî'orce-t-il vainement d'y ramener les exemples qui paraissent s'en écarter, ce qui le conduit à des explications aussi singulières que subtiles. Ainsi, selon lui, les images des choses les plus laides nous plaisent à cause d'une certaine unité qui est dans la ressemblance. Comment trouver le beau dans le grotesque, qui est l'absence même d'unité et naît de l'irrégularité de la bizarrerie? C'est, dit-il. qu'il y a accord entre l'idée que s'est proposée 1 artiste et l'exécution; or son idée a été précisément de représenter l'extraordinaire. D'ailleurs, ce défaut d'unité nous fait mieux sentir l'ordre et l'harmonie là où ils existent. Le sens du beau a besoin d'être aiguisé par le contraste. La partie qui traite de la diversité des jugements sur le beau, du goût et de son perfectionnement, renferme des réflexions justes, mais peu profondes. Enfin l'auteur fait l'application de ses principes à la science, à la vertu et à l'éloquence. Les sciences sont belles, parce qu'elles comprennent une grande pluralité de connaissances qui, néanmoins, se trouvent ramenées, à l'unité d'évidence et de certitude. L'harmonie de l'homme et de ses actions avec son essence et son but constitue la beauté de la vertu, qui réside dans cet accord et cette unité. La beauté de l'éloquence provient de la pluralité des objets jointe à l'unité d'esprit et de ton dans l'expression. Crousaz s'étend aussi longuement sur la musique, l'art le plus favorable en apparence à cette théorie. En résumé, il règne dans cet ouvrage une confusion perpétuelle entre les idées du beau, du vrai, du bien et de l'utile. Le Traité de Vcducation des enfants, composé sous un point de vue purement* pratique, renferme un grand nombre de préceptes sages et utiles: il exerça une salutaire influence à 1 époque où il parut. Crousaz publia aussi des Réflexions sur l'ouvrage intitulé la Belle Wolfienne, in-8, Lausanne, 1743, et une Critique du poème de Pope sur Vhomme, où il combattait de nouveau le système 'le Leibniz. Cri, B.