DIOD
de sa physique. On voit que Digby avait plus d'esprit que de bon sens, et l'on ne s'étonne pas qu'il ait donné dans les erreurs de l'alchimie.
Le portrait du chevalier Digby est conservé à la bibliothèque Bodléienne à laquelle il fit don de 238 manuscrits précieux.
Sans mentionner ici ses ouvrages d'histoire naturelle; les œuvres philosophiques de Digby sont: A Treatise on the Nature of Bodies, accompagné de A Treatise dcclaring the opérations and Nature of mari's soûl, out of which the immorlality of reasonable soûl is evinced, Paris, 1644, 1vol. in-4 ; — Institutionum peripateticarum libri V, cum appendice theologica de origine mundi, Paris, 1651, in-8; — Discours sur la poudre de sympathie, Paris, 1638 et 1673, in-12; Londres, 1658 (traduit en anglais). Voy. Chalmers, Dictionnaire biographique. A. L.
DILEMME. Argument qui consiste à poser comme données deux propositions contradictoires [Sic >rj[i.(/.a], lesquelles doivent cependant conduire à la même conclusion. Tel est l'argument si souvent cité que Bias faisait contre le mariage: «La femme que l'on prend est belle ou elle ne l'est pas ; si elle est belle, elle se donne à tout le monde, et l'on est jaloux et malheureux ; si elle ne l'est pas, on ne peut pas la souffrir, et l'on est encore malheureux : donc il ne faut pas se marier. » On voit que cet argument est un double syllogisme, ou plutôt un double enthymème, puisque le principe général est presque toujours supprimé.
Les rapports que le dilemme présente avec l'argument disjonctif (voy. ce mot) l'ont souvent fait confondre avec lui. Il s'en distingue cependant par les caractères suivants : lu Le dilemme pose deux propositions contradictoires entre lesquelles il n'y a pas de choix possible, en ce sens que, quelle que soit celle que l'on choisisse, la conclusion sera la même. L'argument disjonctif présente bien aussi des propositions opposées, mais pour en choisir une à l'exclusion de l'autre ou des autres, et non pour montrer qu'elles conduisent toutes à une seule et même conclusion. 2° Dans le dilemme, les propositions contradictoires constituent la mineure ou l'expression des données; dans l'argument disjonctif, au contraire, c'est la majeure qui est la proposition disjonctive, et la mineure est une proposition simple, expression du choix fait ou à faire nécessairement.
De peu d'usage dans la science, le dilemme est particulièrement employé dans la discussion, où il présente à l'adversaire le choix de deux propositions contradictoires qui doivent conduire toutes deux à une conclusion défavorable pour lui; ce qui l'a fait appeler argumentum utrinque feriens. C'est pourquoi il est nécessaire que les deux propositions soient réellement contradictoires ; si elles ne sont que contraires, l'argument est sans valeur. Lors même que les deux propositions sont contradictoires, l'une d'elles n'est pas toujours l'expression exacte de la vérité. Ainsi, dans l'exemple cité plus haut, il se pourrait qu'une femme, sans être belle, possédât cette figure suffisamment agréable que Favorinus appelait forma uxoria. Il faut encore veiller à ce que chaque conclusion soit une conséquence nécessaire des prémisses, ce à quoi ne satisfait pas l'exemple cité; car il est vrai qu'une femme belle peut être en même temps vertueuse, et sans être belle elle peut être aimée. C'est donc moins les propositions que la réalité elle-même qu'il faut considérer, si l'on veut éviter que le dilemme soit retourné contre son auteur, ou, comme on dit, rétorqué. Consultez la Logique de Port-Royal, 3e partie. J. D. J.
D1CT. PUlLuS.
DIODORE de Tyr, philosophe péripatéticien, disciple et successeur de Critolaùs à la tête de son école. Il florissait, par conséquent, vers la fin du ne siècle avant l'ère chrétienne. Nous ne connaissons de ses doctrines que ce que Cicéron nous en apprend (Acad., liv. II, ch. xlii ; de Fin., lib. V, c. v) : c'est-à-dire qu'il faisait consister le souverain bien dans la vertu réunie à l'absence de la douleur. — Un autre philosophe, portant le même nom et attaché à la doctrine d'Épicure, est mentionné par Sénèque, comme un de ses contemporains. Tout ce que nous en savons, c'est qu'il a hâté sa mort par un suicide (Sénèque, de Vila beata, c. xix).
DIODORE le Mégarique, surnommé Cronus, est un dialecticien de premier ordre, peut-être le plus grand dialecticien de l'antiquité.
Sa vie n'est pas connue. Né à Jasos, en Caiïe, dans la seconde moitié du ive siècle avant notre ère, il suivit, peut-être à Mégare, les leçons d'Apollonius Cronus, disciple d'Eubulide. Apn-s quoi, nous ne le retrouvons plus qu'au temps de sa maturité, dans le palais de Ptolémée Soter, dont il est l'hôte et l'ami. On dit qu'un jour, en présence du prince, il resta sans réponse à une difficulté que lui proposait Stilpon. Raillé par le roi, il se vengea noblement en composant un livre sur la question qu'il n'avait pu résoudre, et mourut de douleur. On ajoute que ce fut Ptolémée lui-même qui, par allusion à sa lenteur, lui donna le premier, en cette circonstance, le surnom de Cronus qu'avait porté son maître. (DiogèneLaërce, liv. II, ch. ni.) Ces anecdoctes un peu suspectes donneraient lieu à des objections sans nombre. Ce qu'il y a d'incontestable, c'est le mérite éminent de Diodore et l'éclat de son rôle philosophique.
Profondément pénétré de l'esprit de son école, ce vaillant dialecticien (valens dialecticus) , comme Cicéron l'appelle, attaque de front le péripatétisme, l'épicurisme, le stoïcisme, en un mot tout dogmatisme qui ne se renferme pas dans la formule mégarique : « Rien n'existe que ce qui est un, toujours semblable et identique à soi-même. » Son argumentation porte sur trois points étroitement liés entre eux : l'existence du mouvement, les relations de la puissance et de l'acte, la légitimité des propositions conditionnelles ; faisons-la connaître en quelques mots.
1° Existence du mouvement, Diodore, qui nie le multiple et le divers, ne peut pas ne pas nier le mouvement. Il fait plus, il le déclare impossible ; il l'est du moins dans la doctrine de ses adversaires. Le monde, disaient les épicuriens, se compose d'atomes essentiellement mobiles, infinis en nombre et infiniment petits. Diodore part de là. Le mobile indivisible, dit-il, à quelque instant qu'on le considère, n'occupe jamais qu'un espace indivisible comme lui. Or, il ne peut se mouvoir ni dans le lieu où il est, puisqu'il l'occupe tout entier, ni dans le lieu où il n'est pas, puisque, pour s'y mouvoir, il faudrait qu'il y fût. Donc, il ne se meut pas. Mais il s'est mû, ajoute Diodore, et ce qui le prouve, c'est le fait du changement de lieu.
N'insistons pas sur cette absurdité d'un mouvement passé qui ne fut jamais présent. Au fond, la contradiction n'est peut-être qu'apparente ; car, pour Diodore, le passé n'est plus ; autrement dit, n'est rien. Venons à l'argument. Absolument parlant, est-il concluant? Non; car le mouvement ne pouvant se produire que dans la durée comme dans l'étendue, si on le cherche dans ce qui exclut l'étendue et la durée, dans un point indivisible de l'espace et du temps, on imagine un problème dont les données sont con-