STAPFER
il vit ses efforts mésinterprétés^ au moins parfois^ par les siens. Il remplit encore divers offices y mais peu importants ^ et passa plusieurs années à Monlfort-FAmaury^ où Toccupait très-spécialement l'éducation de ses enfants. De retour à Paris en 1817^ il y vécut jusqu'en 1840. Outre quelques œuvres très-secondaires (telles qu'une traduction de Faust, une Description de VOberland, une Histoire de Berne, etc.) , on doit à Stapfer^ 1** De philosophia Socratis, 1786; — 2* la Mission divine et la nature sublime de Jésus- Christ déduite de son caractère (all.)^ 1787; — S"" De vitœ immortalitate firmata per resurrectionem Christi, 1787; — 4"* De natura, conditore et incre* mentis reinublicœ ethicœ , 1797; — S"" Du développement le plus fécond et le plus raisonnable des facultés de l'homme, d'après une méthode dirigée par l'étude philosophique de la marche de la civilisa^ lion (ail.) y 1792. Les deux derniers ouvrages sont sans contredit les plus importants de Stapfer, et le De natura reipublicœ ethicm surtout ne manque pas d'une certaine hauteur. Mais si Ton tient à connaître la natur'e de Fesprit de Tauteur, il est au moins aussi néces^ saire de connaître et les trois premiers écrits , et les articles Socrate , Kant et Villers qu'il a donnés ^ parmi bien d'autres , à la Biographie universelle. Stapfer ne fut point un génie inventeur, et l'on ne peut dire qu'il ait rien ajouté à la philosopnie ; mais il mérita bien d'elle en s'y livrant résolument lorsque le pouvoir la trouvait importune et voulait l'étouffer sous le sobriquet aidéologie; il en savait l'histoire, il était doué des qualités essentielles pour exposer. Il aimait à suivre toutes les évolutions de la civilisation et de l'esprit humain ; quelquesunes le passionnaient. Telles furent celles que représentent les noms de Kant parmi les modernes, de Socrate e( du Christ dans le monde. De là son article Kant en un un temps où seuls en France Villers et madame de Staël avaient esauissé la doctrine de cd philosophe ; de là deux autres ouvrages signalés plus haut^ etrarticle Socrate. Postérieur de quarante ans à la monographie de Stapfer sur le même sujet, cet article est excellent , et presque tout en est adopté : il s'y trouve plus d^un aperçu particulier a l'auteur. Quant à la philosophie même, et non plus à l'histoire de la philosophie, Stapfer peut être qnaUfié d'éclectique, éclectique eu qui se rencontrent la partie morale et pratique du kantisme et la foi au christianisme. Convaincu que nos facultés intellectuelles par elles-mêmes ne peuvent savoir la vérité en soi, convaincu peut-être encore plus de ce qu'il appelle Timpuissance du sens moral, il proclame le besoin delà révélation. Socrate, dit-il , l'avait pressentie et presque annoncée ; au double point de vue théorique et pratique, Socrate avait porté l'idée de vertu au plus haut point que l'homme puisse atteindre par ses propres forces, et ^râce à lui déjà la philosophie , de cosmologique ou physique qu'elle était , devint religieuse. Pour compléter son œuvre , il fallait la mission divine du Christ, dont, comme Villers, il admire « Tesprit sérieux > mesuré et ingénu, Tâme calme, transparente et profonde comme l'éther. » Il gémit, et il s'étonne que Kant ne voie dans Jésus de Nazareth que le premier des hommes , et répugne à l'origine surnaturelle du christianisme. H s'écarte aussi de Kant en ce que la métaphysique à ses yeux ne doit tenir que peu de place , quoique la place la
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plus haute ; mais il s'attache surtout à la psychologie et à la morale. Dans cette dernière sphère ^ il proclame comme principe vivifiant par excellence la philanthropie universelle \ et en psychologie il se rapproche de récole écossaise par le caractère plutôt modéré que rigoureux des observations. Il ne méconnaît aucune faculté^ aucun état de ràme^ pas même Textase; mais il avertit que Textase est incompatible avec Tempire sur soi : car il réduit Tétre qui la sent à un état passif, entièrement opposé à l'état moral de l'homme qui surveille tous ses sentiments pour leur résister au besoin et pour les régir. Stapfer at-
développement intellectuel et celui du sens moral , et. ce double développement, il le voit se refléter de Thomme pris individuellement dans l'humanité. La République éthique , au reste , n'est pas un ouvrage de politique. Stapfer n'a rien écrit sur cet sujet; mais il ressort et de ses ouvrages et de toute sa vie qu'il professait un libéralisme trèsmitigé , qu'il voulait la pondération des pouvoirs, qu'il penchait pour l'aristocratie; que, regardant le mécanisme électoral comme la clef d'un gouvernement sage, il eût établi ce mécanisme à deux degrés ou qu'il l'eût hérissé de nombreuses complications. En un mot, il eût été du banc des doctrinaires } et môme il faut dire que, sans avoir été jamais homme politique en France , on doit voir en lui un des promoteurs, en quelque sorte un des fondateurs dé la politique doctrinaire.
Val. p.
STEINBART (Gotthilf-Samuel), né à ZûUichau en 1738, mort en 1809, après avoir enseigné pendant longtemps, comme professeur ordinaire, la philosophie et la théologie à Francfort-sur-1 'Oder, a propagé sous une forme populaire, et s'est efforcé de concilier avec le christianisme la doctrine si accréditée alors de l'intérêt bien entendu. A cette morale facile , qu'on est très-surpris de rencontrer chez un Uiéologien, se joignait une logique tout aussi peu profonde. Il soutenait que la vérité est inaccessible à l'homme, et que nos connaissances n'ont qu'une valeur relative. Son principal ouvrage , celui qui lui a valu la célébrité dont il jouissait a pour titre Système de la philosophie pure, ou Théorie du bonheur selon le christianisme, in-8'', Berlin , 1778 et 1780; Zullichau, 1786 et 1794 (ail.). Oi livre ayant soulevé de très-vives critiques, surtout parmi les théologiens, Steinbart leur répondit par un nouvel écrit qui n'est en quelque sorte qu'un appendice do précédent : Entretiens philosophiques pour servir d'explication plus étendue à la théologie du bonheur, 3 oahiers in-S*", Ziillichau, 1782-44, (ail.). Les autres ouvrages philosophiques de Steinbart, également rédigés en allemand, sont : Examendes motifs de la vertu, d'après U principe de l'amour de soi, in-8°, Berlin, 1770; — Introduction de l'entendement humain à une connaissance aussi parfaite que possible, 2 vol. in-8'', Zûllichau, 1780; — Le même ouvrage, sous le titre suivant : Introduction utile de l'entendement à l'art de penser par soimême d'une manière régulièrcj^ in-8^, ib., 1787 et 1793; — Notions ftmdamentales de la philosophie du goût , in-8% ib., 1785. On trou<*
77â STÉSIMBROTE.
vera sa biographie dans le Magasin des prédicateurs de Reyde, t. v^ p. 695. X.
STÉSIMBROTE de (Tbasos noos est signalé par Platon (dans
UllUlCUS puctica Aa ujc;iuuu«^ uv t «iiiv>g\/&i^ ^ r t/yc/i6 piud uaui £^ niiiUSurnia
homérique). Il ne reste de son travail, sur ce sujet, qu'un petit nombre de citations assez courtes et assez obscures dans les commentateurs d'Homère. Le grammairien , auteur du lexique intitulé Grand étymo^ logique^ lui attribue aussi un livre itir les Mystères ou «tir les Initia^ lions (nepl TeX8T«v), que paraît aussi avoir eu sous les yeux le scoliaste d'Apollonius de Rbodes. Suidas, enfin, lui donne pour disciple, sans doute dans l'interprétation critique d'Homère, le célèbre poète Antimaque, de Golophon. E. £.
STILPON9 un des chefs les plus célèbres de l'école mégarique, naquit à Mégare et y passa la plus grande partie de sa vie. La date de sa naissance nous est inconnue; mais on sait du moins que, contemporain de Démétrius Poliorcète et de Ptoiémée Soter, il florissait trois cents ans avant notre ère et atteignit un âge très-avancé. Tel était le talent avec lequel il enseignait sa doctrine, qu'il s'en fallut peu, dit Diogène Laërce (liv. 11, §§ 113-119), qu'il n'y convertît la Grèce entière. Il ne fut pas moins admiré pour l'élévation de son caractère et l'austérité de ses mœurs. Mégare étant tombée au pouvoir de Démétrius, fils d'Anligone , ce prince ordonna qu'on épargnât la maison de Stilpon, et qu'on lui rendît tout ce qu'il avait perdu. Mais le philosophe refusa cette faveur, en disant qu'il avait conservé tous ses biens , puisqu'il possédait encore la raison et la science. Une autre fois, il refusa à Ptoiémée Soter, devenu maître à son tour de sa malheureuse patrie, de l'accompagner en Egypte, et il préféra aux plus séduisantes promesses sa pauvreté et sa liberté. Ainsi que Xénophane, mais avec plus de réserve , il paraît s'élre attaqué au polythéisme et au culte extérieur en général. Cratès le cynique lui ayant demandé si les prières étaient agréables aux dieux : « Imprudent, répondit-il, ne me fais point de pareilles questions en public; attends que nous soyons seuls. » Malgré le respect universel qu'inspiraient ses vertus et son éloquence, il se fît bannir d'Athènes par un jugement de l'aréopage, pour quelques propos inconsidérés sur la divinité de Minerve.
Ainsi que tous les philosophes de l'école mégarique, Stilpon soutenait « que l'être est un, que le non-étre est divers, que rien ne naît, rien ne périt, rien ne se meut d'aucune façon » {Aristoclhs, cité par ^M&hh^j Préparation évangélique y liv. xiv,c. 17) ; c'est-à-dire qu'il ne reconnaissait que l'être absolu, immuable, immobile, et qu'il niait la pluralité des êtres. Entre ces deux choses : l'être absolu, tel que la raison nous le fait concevoir, et les êtres particuliers, les choses contingentes que nous percevons par les sens , il ne voyait aucune relation , aucune transition possible; de sorte que Tètre ne peut participer en rien des choses contingentes, ni les choses contingentes de l'être, et que les perceptions de nos sens sont de pures illusions. C'est la doc-