‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 24 sur 101 · SUBSTANCE · texte numérisé non relu

SUBSTANCE

les qualités et les phénomènes : ce mot, d'origine scolastique, n'est qae la traduction fidèle do grec OiroxEi>Evov , composé de la même façon , de Oiro et de xtiaai y et qai apparaît poar la première fois, avec la même signification y aans la langue philosophique d'Aristote). Aucun homme jouissant de son bon sens ne contestera cette règle de grammaire : Tout adjectif se rapportée un substantif; ou cet axiome de logique : Tout attribut suppose un sujet. Mais ces deux propositions ne sont. Tune dans le lan^ge, l'autre dans la forme générale de nos jugements, que l'expression d'un principe métaphysique : tout phénomène, toute qualité, toute manière d'être se rapporte à une substance. En effet, dans chacun des objets que nous percevons ou que nous concevons seulement comme possibles, nous sommes obligés, par une loi immuable de notre nature, de distinguer deux parties : des phénomènes qui passent et une substance qui demeure ; des qualités variables ou multiples, et un être identique; et ces deux parties sont tellement liées dans notre intelligence , qu'il nous est impossible de les admettre Tune sans l'autre ; nous ne comprenons pas plus un être sans qualités, que des qualités sans un être. C'est cette loi de notre esprit qu'on appelle le principe ou la loi de la substance. Il n'en est point déplus fondamentale et déplus importante 3 car si Ton essaye , à l'exemple de certains philosophes , de la supprimer ou de la révoquer en doute , on voit à l'instant même s'évanouir toute durée, toute unité, toute différence entre les êtres; il n'y a plus que des phénomènes qui se mêlent et se confondent, sans qu'il reste même un témoin de leur variété et de leur succession.

Dans le principe de la substance nous avons deux choses à considérer : d^abord la notion même ou l'idée de substance dont nous devons déterminer les caractères, l'origine et la formation ; ensuite le rapport qui existe dans notre esprit entre cette idée et celle des qualités ou des phénomènes, et la certitude où nous sommes que le même rapport existe dans la nature des choses.

Les caractères de la substance, ceux qui forcent notre esprit à la concevoir comme une partie de l'existence radicalement distincte des phénomènes , sont , comme nous venons de le dire , l'unité et Fidentité. Le sujet, l'être, est un; les qualités et les phénomènes sont multiples : le sujet, l'être tant qu'il existe, demeure toujours le même ; les phénomènes se suivent et se remplacent. Mais comment une telle idée se présente-t-elle à notre pensée ? Si le sujet de cette pensée, notre esprit, notre mot ^ ne sont pas essentiellement un, il est évident que nous ne pourrions concevoir aucune idée hors de nous ou au-dessus de nous. Pareillement, si le sujet de notre pensée, notre moi, n'était pas toujours le même au milieu des modifications qui se succèdent en lui, il lui serait impossible de reconnaître aucune autre durée ou identité. Par conséquent, la notion de la substance, comme la notion de cause, est d'abord une notion particulière, personnelle, que nous puisons dans notre conscience. Il y a plus , la notion de substance , comme nous l'avons dit ailleurs (Voyez Cause), n'est que la notion même de cause avec le caractère de la durée et de Tidentité. En effet, qu'est-ce qui fait que le moi, ou le sujet delà pensée, n'est pas simplement une idée, une abstraction, une condition générale de l'intelligence , mais un être réel et déterminé, une personne vivante? C'est qu'il n'est pas réduit à la

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