‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 28 sur 101 · SYNCRÉTISME · texte numérisé non relu

SYNCRÉTISME

faut encore les combiner et les concilier entre elles de manière à former un tout homogène , un système à la fois plus solide et plus étenda que les autres^ une science conforme à la nature des choses et dont les systèmes particuliers représentent les différentes phases. Le syncrétisme, au contraire y c'est le simple mélange, la juxtaposition et non la^conciliation de plusieurs opinions différentes et même opposées. Nous en trouvons le premier exemple chez Philon d'Alexandrie, qui, nourri également de la philosophie grecque et des doctrines de TOrien^ principalement du système de Témanation, s'efforça de les réunir, le plus souvent sans les comprendre et sans se douter des contradictions engendrées par ce mélange. Les gnostiques sont dans le même cas, sinon que la confusion , chez eux, est plus dans les croyances religieuses que dans les idées philosophiques. Au contraire, chez Potamon et Numénius les systèmes philosophiques font les principaux frais de cette monstrueuse alliance. A toutes les époques de transition, de rénovation, de luttes ardentes, soit dans l'histoire de la philosophie, soit dans celle de la religion, soit dans celle des lettres, nous rencontrons le même fait toujours frappé de la même impuissance. Ainsi , à Tépoque de la renaissance des lettres en Europe, des esprits passionnés, mais plus curieux -que profonds, et qui unissaient un reste de foi à leur amour pour l'antiquité, les Pic de la Mirandole, les Reuchlin, les Marsile Ficin , les Nicolas de Cusa , les Juste-Lipse , ont essayé de concilier les dogmes du christianisme, les uns avec Platon et la kabbale, les autres avec Platon et les doctrines d'Alexandrie, d^aulres avec le système pythagoricien , d'autres avec le stoïcisme. Un peu plus tard, au commencement du xvu' siècle, un théologien allemand, du nom de Georges Calixte, fit la tentative de réunir dans un même symbole de foi, les catholiques et les protestants, et ne réussit qu'à irriter contre lui les deux pastis. Ce fut même pour lui et pour ses partisans qu'on inventa, si nous ne nous trompons , le nom de syncrétiste, car nous ne l'avons pas rencontré une seule fois auparavant; et l'on conçoit qn^on ne soit pas empressé de le revendiquer. Des efforts semblables onIPété faits au x\iv siècle pour concilier la métaphysique de Descartes avec celle d'Aristote, et sa physique avec celle de la Genèse. Dans un autre temps et dans un autre ordre d'idées, on a voulu marier ensemble les traditions surannées du moyen âge sur le droit divin et les privilèges héréditaires de cerfaines castes avec les idées modernes de liberté , de justice, d'égalité devant la loi. Enfin, devant la lutte qui éclata , il y a quelques années, dans le domaine des lettres, entre les classiqueêel les romantiques, quelques écrivains ont voulu réunir dans leurs œuvres les deux écoles , en les corrigeant l'une par l'autre. Mais leurs efforts, quoique secondés par le talent, n'ont abouti qu'à des productions équivoques , incapables de satisfaire aucun parti. C'est que le syncrétisme , dans quelque sphère de la pensée qu'il se manifeste , n^est pas un système, ni un principe , mais un simple désir, celui de pacifier l'intelligence et d'apaiser toutes les discordes ; il est encore bien éloigné de la science par laquelle ce vœu peut être accompli. Il nous rappelle un peu ce consul romain qui , arrivé en Grèce , appelle devant lui les philosophes des différentes écoles et leur offre généreusement sa médiation pour les mettre d'accord»

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SYNDÉRÈSE (aw^ioLl^taiçy de ouv, avec, et ^lon^iiù, diviser^ division ou déchirement intérieur). Ce terme a été employé d'abord dans un sens parement théologiqne , pour désigner Tétat de contrition , de déchirement où se trouve rame, quand , faisant un retour sur elle-même^ elle compare ce qu'elle est à ce qu'elle devrait être ; puis il a été pris^ chez les docteurs du moyen Age , dans une acception purement philosophique. En effet , pour les auteurs scolastiques , soit saint Bonaventurci soit saint Thomas d'Aquin, soit Gerson, la syndérèse, c'est l'amour pur du bien , ou l'amour du bien absolu , qu'ils plaçaient audessus de la volonté ou de V appétit rationnel, comme celui-ci était placé an-dessus de Yappétit sensible. Ce sont les trois degrés qa'ils distinguaient dans la sensibilité , vis affeetiva , confondue avec la volonté^ et auxquels correspondaient trois degrés de l'intelligence y à savoir : les sens, la raison et Yinielligence pure , mens , intelleetus purus.

SYNÉSIUS est assurément une des physionomies les plus originales que nous fasse connattre l'histoire intellectuelle du rr^ et du v* siè-^ cle. Né en Afrique, à Cyrène, élevé au selp du paganisme et initié à tous les secrets de la science grecque, il acheva de se former dans les écoles d'Alexandrie. Il fut un des disciples les plus assidus, les plus fidèles et les plus brillants de la belle Hypatie, si célèbre par son savoir, son éloquence et ses vertus, et aussi par la mort cruelle que lui fit souffrir une populace fanatique.

C'est dans les ouvrages mêmes de Synésius qu'il nous faut chercher des renseignements sur sa vie. A part une indication, ou plutôt une espèce de légende conservée dans le Pratum spirituale, de Jean Moschus, sur la conversion d^Evagrius au christianisme par Synésius, nul autre auteur ancien ne parle de notre philosophe. Parmi les écrits qui nous restent de lui, ses lettres, au nombre de 156, sont la source la plus abondante où nous puissions puiser pour les détails de sa vie, et un des monuments les plus intéressants des idées, des mœurs et de l'esprit de cette époque. Sept de ces lettres sont adressées à Hypatie, et toutes témoignent d'une admiration qui ne se démentit jamais : « 0 ma mère (lui écrit-il, lett. 16), ma sœur et mon maître, toi qui dans tous ces rôles as été ma bienfaitrice; j'ajouterais un autre titre, si j'en connaissais un qui exprimât mieux mon respect. » Dans une lettre à son frère, il rappelle la sainte philosophe, chérie de la Divinité. » Il la consultait sur ses ouvrages, entre autres sur les trois suivants , dont il lui annonce renvoi dans la lettre 153 : le Dion, où il rend compte de ses études, de sa manière de travailler, et s'étend avec une certaine complaisance sur sa merveilleuse facilité à imiter le style des auteurs les plus divers ; le Traité des Songes , quMl prétend lui avoir été inspiré pendant la nuit, et qui contient des observations tour à tour ingénieuses et triviales sur l'origine et la signification des rêves ; enfin sur le nombre parfait , c'est-à-dire le nombre mystérieux trois.

Après avoir suivi les leçons d'Hypatie à Alexandrie, Synésius voulut visiter Athènes, où il espérait trouver encore les traditions de la philosophie dans les écoles de l'Académie et du Lycée; mais il fut bientôt détrompé. Ses lettres attestent un prompt désenchantement. Il écrit à son frère (lett* 135) : <« Athènes, jadis la cité domicile des sages, n'est

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plu» célèbre mainten^iit que par des appréteors de miel. Ajoutez à eela ce couple de sages plutarquims qui, dans lei| IbéAlres^ rassemblent lea jeonea gens, non pas par la renommée de leur éloquence, mais par laura amphores da THymelte. »

Synésius se bjila donc de revenir à Cyrëne, où il se livra À la eallure des lettres et de la philosophie. On le raillait de ce qu'il restait simple particulier, tandis qua ses proches ambitionnaient les magistratures ; « J'aime miepi, disait-il, voir mon Ame gardée par une coy-* ronne de vertu , que mon corps environné de soldats , puisque l'état des affaires n-admet plus pour administrateur un philosophe. » Cependant, malgré son jeune Aga, son mérite attira bientôt sur lui rat«* tantion de ses concitoyens dans une occasion importante. La Cyré* naïque, désolée A la fois par l'invasion des barbares, par les exactions de ses gouverneur^, et aussi par d'autres fléaux, tels que des tremblements de terre et des nuées de sauterelles apportées par le vent du midi, qui dévoraient toutes les semences et menaçaient le pays de .la famine, erul devoir recourir à l'empereur pour lui demander des secours et la réductiou des impôts qui pesaient sur la province. A cet effet, upe députalion fut envoyée à Arcadius, A Conslantinople, et Sy* nésius fut choisi pour porter la parole et oflfrir à l'empereur Yaurum çorQnqrium, espèce de contribution volontaire dans l'origine, mais que les villes furent bientôt contraintes de payer. Synésius s'acquitta dignement de sa mission, qui fut pour lui Toccasion du premier d0 sas ouvrages, intitulé niel 6a9iXsi«c> àe« Devoirs de la royauté.

il passa trois ans A Constantinople A solliciter des secours pour le Pentapole, et par sa persévérance, que ne purent lasser bien des tribulations, il obtint enfin quelques soulagements pour sa patrie.

C'est en l'année 400 qu'il revint dans son pays; et si, comme on le dit, il p'était Agé que de dix-neuf ans lorsqu'il fut envoyé A Constantinople , on serait autorisé A placer sa naissance A Tan 378. De retour en Afrique , il se livra de nouveau avec joie A ces studieux loisirs qu'il a décrits avec tant de charme.

« Viens, lyre harmonieuse , après les chansons du vieillard de Téos, après les accents de la Lesbienne , fair^ retentir dans des hymnes plus auguste^ le chant dorien , non plus pour célébrer de délicates jeunes glles au sourire voluptueux , ni l'aimable adolescence des garçons dans la fleur de leur Age : c'est l'enfantement pur et sans tache de la sagesse fécondée par Dieu même , qui me presse de faire résonner les corder de ma lyre pour une poésie divine, et qui m'ordonne de fuir le poison délicieux des amours terrestres.

a Car, qu'est-ce que la force, qu'est-ce que la beauté, qu'est-ce que l'or, qu'est-ce que la renommée et les honneurs de la royauté, auprès de la pensée de Dieu ? Que l'un soit habile a lancer un coursier, l'autre A tendre Tare ; qu'un autre garde de riches trésors et entasse des monceaux d'or; qu'un autre ait pour parure une chevelure flottante sur ses épaules , et qu'il soit chanté par les jeunes garçons et par les jeunes filles pour le brillant éclat de son visage;

« Pour moi , qu'il me soit donné de couler une vie tranquille et sans bruit, ignoré des autres, et connaissant les choses de Dieu. Puissé-je avoir la sagesse, guide habile de la jeunesse^ guide habile de la vieil-

SYKËSItlS. sâ!t

ksie f reine habile de la richesse ! La sagesse supportera sanis peine et en riant une pauvreté inaccessible aux sôacis de la vfe> potirvn seillé>^ ment que j'aie assez pour n'avoir pas à recourir à lA chetttoière dû voisin 9 et pourvu que le besoin ne me réduise pés A dé f^èiré soucis*

« Entends le chant de la cigale^ nui boit la tosée du tnatfn* Voi^, les cordes de ma lyre résonnent d'elles-mêmes^ et lenr voix divitoè résonne tout à Tenlottr de moi. Quels aeceais Va dotie enAintér en knôi l'inspiration divine? »

Tel est le début du premier hymne de BynéèioS. Déjft , dank ée pMlude du poêle, on peut pressentir le philosophe, curieux dé eonnittWh Itf ehoies de Dieu. Ouelques*uns même ont vu dàtts tenfintefneiit pur H sane iaehe de la etigeue fécùndéefat Dieu fhé^e> l'indice nt)n équivoque du dogme du Verbe divin» qu'une religioti nouvelle annon^it alors aux hommes. On sait en effet que Synésius se Qt chrétien , puié- ^ue^ par la suite > il devint évéque. La suite de ce premier hymne porte la trace incontestable des dogmes nouveaux} mais» il fiiut bien le dire» si l'auteur fut chrétien» ce Ait à sa manière» sans Jamais Sacrifier l'indépendance de Tesprit philosophique^ et non setiS glaner» dans bttts d'une des sectes gnostiques qui pullulaient alors» quelques opimOtts suspectes d'hérésie. Ainsi » il continue dans ce même hymne :

« Celui qui est à lui-même son principe » le père et le conservateur des êtres» l'être incréé au-dessus des sommets les plus élevés do ciel » jouissant de sa gloire immortelle» Dieu» siège inébranlable ; unité pofe des unités» première monade des monades» qui knet l'unité dans ce qu'il y a de plus simple et de plus élevé parmi les êtres» et qui les engendre dans un enfantement supérieur à toutes les substances» d'où» a'élançant elle-même sous sa forme primitive» l'unité ineffable répandue dans l'univers a atteint la puissance trinaire(7pu^pu(A€Gv, à trois têtes).

« Et la source» supérieure en nature à toutes les substances » se couronne de la beauté des enfants qui jaillissent du centre» et se répandent autour de ce centre. »

8i nous trouvons dans ce passage une affirmation assez Ibrmelle du dogme de la Trinité» si le poète se montre ici orthodoxe dans son Intention» peut-être est-il à craindre qu'il ne soit pAs tout & fait irréprochable dans son langage. Uunitéfuré deê unitéi, la prentiète ntoMtde éeê monadeê, la êouree êupérieure en netU&è à touM tes àubàtaneee, le eitence qui doit couvrir les mystères ineffables» sont évidemment des expressions empruntées à la langue de l'hérésie valenllnienne. Synésibs semble même quelquefois tomber dans une espèce de dualistne gnoMique» admettant deux principes» l'un lumineux» l'autre ténébretUl» qui est le même que la matière.

« Cet esprit tout entier» dit-il à là fin de ce mênire hjfttUe» un partout» tout entier pénétrant dans le tout» fait toufnoTer la profondeur des cieux ; et» en conservant cet univers» il se produit épara sOUs mille formes diverses. Une partie de cet esprit préside au eours des étoiles» Tautre au chœur des anges ; une autre enfin » sOUs ses chaînes peinantes» a revêtu la forme terrestre» et s'est séparée de ses Créateurs. Elle a vu le ténébreux oubli » admirant la terre» triste séjour des aveugles soucis» DieuTabaissé aux choses mortelles. El il reste pourtant ; oUi» il reste quelque lumière ièhs ses yen VOtMs ï B xH\/6 efiedM à oëax

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