‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 3 sur 101 · SENSUALISME · texte numérisé non relu

SENSUALISME

cartes a voulu déterminer la partie même du cerveau où l'âme fait sa résidence et où elle rencontre toutes les images sensibles : il suppose que o*est la glande pinéale, eonarium. D'autres ont donné la préférence soit aux ventricules du cerveau , soit au corps calleux , soit au centre ovale. Newton a représenté l'univers comme le sensorium de Dieu.

SENSUALISME. Sous ce nom, de formation très-récente, on a coatume de désigner tous les systèmes qui , directement ou indirectement, font dériver toutes nos idées de l'expérieuce des sens, en réduisant l'intelligence, et par suite toutes nos facultés, à la sensation. Le sensualisme n'est pas la même chose que l'empirisme , quoique trèssouvent, surtout en Allemagne, on les prenne l un pour 1 autre^ L'empirisme n'est que remploi exclusif de Texpérience, au préjudice du raisonnement et des idées à priori. Or, l'expérience s'étend plus loin que les sens: toute expérience n'est pas nécessairement sensible. L'empirisme, c est la prétention bien ou mal fondée de n'admettre que des faits, sans aucune explication, sans aucun ordre ni arrangement systématique. Le sensualisme, au contraire, est un véritable système, où un seul fait, la sensation, doit servir à Texplication et à la génération de tons les autres.

Le sensualisme , pris dans l'acception que nous lui donnons et qu'on lui donne généralement en France, se présente sous trois formes : le sensualisme objectif, qui, s'occupant moins de notre faculté de connaître que des choses que nous connaissons , ne croit qu'à l'existence des objets sensibles ) le sensualisme subjectif ou psychologique, qui, plus attentif à la nature de l'esprit qu'à celle des choses, parce que la con naissance que nous avons de celle-ci dépend de la première , cherche dans la sensation l'origine de toutes nos connaissances et de toutes nos facultés; enfin le sensualisme moral, plus généralement connu sous le nom d'épicurisme ^ qui considère les émotions des sens, le plaisir et la douleur, $oit présents, soit éloignés , comme le seul critérium du bien et du mal.

Le sensualisme objectif c'est le matérialisme : car la matière ou les corps sont les seuls objets que nos sens puissent atteindre. Le matérialisme est la première forme du sensualisme, ainsi que le prouve l'histoire. La raison en est que l'homme, à quelque point de vue qu'il se place, s'occupe de l'univers avant de se replier sur lui-même. Mais la matière peut être considérée sous deux aspects bien différents : on peut la confondre avec les corps mêmes ; on peut la concevoir comme un principe commun à tous les corps, et dont ceux-ci ne nous présentent que des formes particulières ou des modifications. Dans le dernier cas on s'élève nécessairement au-dessus des sens; on admet une force op des lois dont la raison seule pourra nous donner l'idée: dans le second, on n'aura devant soi que des apparences, que des phénomènes fugitifs et variables^ formant, selon l'expression des anciens, un flot perpétuel, ^o-n ; nous ne saurons pas ce que sont les choses en elles-mêmes, nous ne connaîtrons que nos propres sensations, et le matérialisme aura fait place au sensualisme proprement dit. Ne voyons-nous pas , en effet , Protagoras , sorti d^ l'école matérialiste de Pémocrite , soutenir que l'homme est la mesure de toutes choses ? Cette doctrine

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