‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 30 sur 101 · SYNESIUS · texte numérisé non relu

SYNESIUS

jQgésdu vulgaire.. •• Si les lois de notre sacerdoce m'accordent loot cela j alors je pourrai être prêtre , philosophant dans mon intérieur, et j an dehors , m'amusant a des fables ^ et, sans rien enseigner, sans pourtant rien réfuter, rester du moins dans mes opinions préétablies. .... Si je suis appelé au sacerdoce, je ne veux pas feindre des opinions que je n'aurais pas, j'en prends Dieu, j'en prends les hommes à témoin. La vérité appartient à Dieu , devant qui je veux être irréprochable. Sur ce point-là seul je ne feindrai pas.... Quant à mes opinions, je ne les dissimulerai pas, et ma langue ne se révoltera pas contre ma pensée. En parlant ainsi, je crois plaire à Dieu. Mais je ne veux laisser à personne le droit de dire qu'en laissant ignorer ée que je suis, j'ai ravi l'élection. »

L'Eglise fit-elle à Synésius les concessions que paraissent exiger ici ses^scrupules , pour accepter j'épiscopat? A cet égard, l'absence de documents historiques nous réduit aux conjectures. Ce qu'il y a de certain , c'est que nous voyons Synésius évéque de Ptolémaïs en frll, la troisième année du règne de Théodose le Jeune > fils d'Arcadius et d'Honorins. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que l'intention si solennellement annoncée par lui , dans la lettre précédente , de rester fidèle à la philosophie , se retrouve exprimée tout aussi nettement , et à plusieurs reprises, dans l'épltre 11, adressée aux.prêtres de son diocèse , et dans l'épttre 95 à Olympius , où il dit : « Si je ne suis pas abandonné par Dieu , je reconnaîtrai que le sacerdoce n'est pas une déchéanee de la philosophie , mais une ascension vers elle. » Il parait seulement, par la suite de cette épltre 95™'', qu'il voulut faire pendant plusieurs mois l'épreuve de ses nouvelles fonctions.

Une fois évéque , Synésius remplit ses nouveaux devoirs avec un dévouement conscienciec^x. Cet esprit si porté à un mysticisme contemplatif ne recule devant aucune des obligations de la vie active. Il devient défenseur zélé de la province, tantôt auprès du gouvernement de Constantinople , tantôt contre les barbares. Ses Lettres nous font connaître la résistance énergique qu'il opposa à Andronicus, un de ces gouverneurs militaires qui opprimaient la Cyrénaïque, et qu'il fit déposer. Lors de l'invasion des barbares , il organise la défense et donne l'exemple d'un courage opiniâtre. Il fait forger des armes et se met à la tète des habitants. Comme on lui reprochait de faire un métier si peu conforme à son caractère épiscopal : « Quoi ! répondit-il, on ne nous permet donc que de mourir et de voir égorger notre troupeau !»

Qxiand la ville fut assiégée, il lutta jusqu'au dernier moment, faisant la garde à son tour, passant les nuits sur les remparts, et travaillant par ses efforts et son exemple à ranimer le courage abattu des citoyens. Enfin , voyant approcher le jour fatal de la ruine : « Pour moi, dit-il , je resterai à mon poste dans l'église; je placerai devant moi les vases sacrés de l'eau lustrale; j'embrasserai les saintes colonnes qui soutiennent au-dessus de la terre la table sainte. Là , je m'asseoirai vivant, et je tomberai mort. Je suis ministre et sacrificateur de Dieu, et peut-être faut-il que je lui fasse le sacrifice de ma vie. Non, Dieu ne dédaignera pas l'autel pur dé sang , quand il le verra souillé du sapg d'un pontife. »

m SYWANCS.

Syoésiad survécut à ces désiiHreSy qui ravagèrent la GyréuaTque en 413 } mais on a peu de renseignements sur ses dernières années» La dale même de sa mort est inconnue ; mais on ne peut la reculer au delà de 430, puisque son Mre Evoptios , qui lui succéda comme évA^ que sur le siège de PtolémalSf assista en cette qualité au conoile d'Bphèse qui se tint^n 431.

C'est un spectacle digne d'attention que le travail intérieur de cet lesprit actif et curieux y de cette Ame ardente et enthousiàsie , pour résoudre les grands problèmes proposés à Tintelligence humaine ; c*eit une étude intéressante de suivre ses efforts soutenus pour comprendre la nature divine, et surtout d'observer l'effet que durent produire sur ce génie tout empreint des idées de la Grèce antique , la révélation d'une religion nouvelle et les mystères du christianisme venant se greflbr sur les doctrines platoniciennes. Ce qui distingue Synésius de tous les écrivains de son époque, c'est une rare indépendance d*es>prit et de caractère : là est le secret de son originalité. Tous ses écrits portent la trace d'une pensée qui ne relève que d'elle-même. Si Von

S eut reconnaître en lui un alexandrin , au mysticisme qui l'inspire , u moins il ne porta jamais le joug de l'école. Nous avons vu cette Vie de philosophe contemplatif, si passionné pour la science et pour la poésie, embrasser avec abnégation lea devoirs de la vie active , et se couronner dignement par le dévouement d'un héiK)s , d'un Saint pon«» tife prêt à sacrifier ses jours pour le salut de son troupeau.

SYNTHÈSE. Voyez Méthode.

SYBIANtJS, fils de Philoxène, était né à Alexandrie et y avait fait ses études dans la seconde moitié du iv* siècle, au temps de Théon le père d'Hypatie et de l'archevêque Théophile; mais il s'était bientêt rendu à Athènes et attaché à Plutarque II , dont il secondait l'enseignement, lorsqu*y vint Proclus vers l'an 434 de notre ère. Deux ans après la mort de Plutarque, il devint le chef de l'école et de lassociation (axo^vî; xal ^lATpiC^ç, dit Suidas), par conséquent le maître de Proclus, qu'il dirigea au delà de sa vingt-nuilième année, ce qui place la mort du maître après 442. C'était à la fols un philosophe très-savant et un mystique très-crédule. Ses ouvrages, sa méthode, les sources où il puisait, et les textes qu'il expliquait avec ses élèves, prouvent Ttin et l'autre. Sept livres de Commentaires sur Homère, quatre sur la i*o- Utiqueûe Platon, dix sur l'accord'd'Orphée, dePythagore et de Platon relativement aux Oraeleà, et d'autres compositions, toutes perdues pour nous, attestaient son érudition. Isidore, le mari nominal d*Hy-

Îatie, qui ne cessait de scruter les anciens, Plotin surtout, maiâ aussi ambiique , ses amis et ses compagnons , disaient que Svrianus était le meilleur d'entre eux. Syrlanus^ qui n'avait pas vu Jamblique, mort avant Tan 333, n'a pu être qualifié de compagnon de Ce philosophe (aTCft^o;) que dans un sens très-large ; il ne le connaissait que par ses écrits , mais il était son partisan ; il était fort attaché à ce platonicien qui, tout en expliquant les Dialogues, songeait sans cesse à Pythagore , aux Egyptiens et aux Chaldéens. C'était bien là le fond de ses prédilections et le secret de sa méthode. En effets continuateur de celle

SYRIENS (PHILOSOPHIE CHEZ LBS). m

de Plotarqae, Syrianus lisait avec ses disciples , en moins de deni ans, tout Arisloie, « Puis il passait avec ordre, dit Marinas {fié dé Prfhélus) de ces petits mystères aux vrais mystères, ceux qui dessillent les yeux et purifient l'Âme , à Platon. » De Platon Syrianus s'élevait aox Orphiques et aux Oraelet de la Chaldée , abandonnant quelquefois à ses auditeurs le choix d'un cours sur les uns ou les autres.

De concert avec Plutarque et la fille de ce dernier, qui seule conserva après lui la science des grandes orgies et toute la théurgie, Syrianus fut donc le véritable fondateur de cette portion de renseignement mystique qui distingue Técole de Proolus. Ce célèbre philosophe y eut sa part, mais son panégyriste Marinus la fait assez petite par le soin qu'il prend de la faire très-grande. « En effet, quand il pria son mattre, nous ditil, de ne pas laisser inachevé le Commentaire sur les Orphiques, commencé d'après les communications de Syrianus, Proclus lui ob*^ jecta qu'il en était détourné par une apparition de son vénéré mattre, et se borna , malgré toute la ruse et les instances de son élève, & annoter ce que Syrianus avait écrit sur ces matières. » Cela nous prouve que, de l'aveu même de Proclus, c'est dans Tbistoire plus approfondie des Origines philosophiques de Plutarque II et de son élève Syrianus qu'il faut chercher les Origines philosophiques de Proclus pour ce qui re* garde une partie notable de ses doctrines; qu'elles ne se trouvent pas dans ce qu'on appelle communément l'école d'Alexandrie ; qu'elles se voient, au contraire, dans celte association (^tarptSii) athénienne quise rattache à Jamblique et à ^désius, l'un et l'autre auteurs de modifications si profondes dans renseignement de Porphyre et de Plotin.

SYRIENS (Philosophie chbz les). Nous n'avons point à nous occuper ici du mouvement de philosophie grecque dont la Syrie en deçà de TEuphrale fut le théâtre sous la domination des Séléucides et sous celle des Romains, ce mouvement appartenant à l'histoire du génie grec. Nous n'avons pas, non plus, à apprécier le rôle que joue la Syrie dans la formation du dogme chrétien, et dans le développement des sectes gnostiques, bien qu'elle y ait largement déployé son originalité, surtout par Técole de Bardesane. Nous croyons quMl faut réserver lé nom de philosophie syriaque aux études péripatéticiennes qui fleurirent chez les nestoriens et les jacobites du vi* au ix* siècle, et servirent de préparation à la philosophie arabe.

Le péripatétisme s'introduisit dans Técole d'Edesse, vers le milieu du V* siècle, avec le nestorianisme. Jusque-là la littérature des Syriens avait été exclusivement ecclésiastique. Les nestoriens , en s'établissant en Syrie à la suite du concile d'Ephèse, y apportèrent avec eux tout Tensemble de l'encyclopédie grecque, et par conséquent Aristote, le maître de la logique. On sait, d'ailleurs, que les nestoriens, comme en général toutes les sectes hérétiques qui prenaient leur point de départ dans la philosophie , se montraient fort attachés au Slagirite, et appliquaient hardiment sa logique et sa métaphysique à l'interprétation des dogmes religieux. C'est ce qui explique comment le fondateur da nestorianisme en Syrie, Ibas d'Edesse, si connu par le rôle qu'il jooe dans les disputes théologiques du v^ siècle , fut en mèoie temfNi le

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