‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 33 sur 101 · STBŒNS (PHILOSOPHIE CHEZ LES · texte numérisé non relu

STBŒNS (PHILOSOPHIE CHEZ LES

qae par des extraits et des anal3rses fort incomplètes. On ne peut mieox compare!^ la fortune d'Aristoie chez les Syriens qu'à^a fortune durant la preoMère période de h philosophie seolasliqoe. Arislote est pour les Syriens ce quMI est ponr Alenin, ce qa*il est p^nr Abailard, exclusivement lofieiené Ce n'est que par les traductions arabes du ix^ siècle que les œavree d'Artsteie ont été connues de TOrient, comme ce n'est que par les traductions latines du xii« siècle qu'il est devenu ponrl'OcoiNdent le matire de toute science.

Parmi les oomnentateurs d'Aristote, les Syriens ont traduit Philopofk et Nicolas de Damas; mais ils nVn ont pas fait on usage fort étendu. Quant aux autres écoles de la Grèce, les Syriens n'ont eu sur elles que les notions les plus vagues. Platon ne leur est connu que par sa renommée et par quelques opuscules apocryphes. Ils ont eu pourtant des traductions de moralisies et de poêles gnomiques. Le mar* nuscrit 14638 du BriH$h Mustttm contient des collections de sentences attribuées à Ménandre, à Py thagore et à Théano^ tout à fait différentes de celles que nous possédons.

Mais e*est surtout par le rôle qu'ils ont joué dans l'initiation des Arabes à la philosophie , que les Syriens méritent d'occuper une place dans rhbloire de l'esprit humain. On peut dire sans exagération que cette iniitatiovi fut exclusivement leur œuvre. Dès l'époque de Mahomet et sous les Omeyyades, les nestoriens s'étaient acquis de l'importance auprès des Arabes par leurs connaissances médicales. Sous les AbbasideSy ils obtinrent à la cour des khalifes un à'seendant vraiment extraordinaire^ et devinrent le principal instrument de leurs desseins civilisateurs. Il faut se rappeler que ce n'est que par une très-décevante équivoque que l'on applique le nom de philosophie arabe à un ensemble de travaux entrepris en dehors de Tesprit arabe y sous l'influence d'une dynastie qui représente la réaction de la Perse contre l'Arabie, et à laquelle préside un khalife (Al-Mamoun) sur le salut duquel les musulmans rigides ont élevé des doutes sérieux. Les musulmans orthodoxes virent d'abord du plus mauvais œil ces études étrangères 9 et il s'écoula plus d'un siècle et demi avant qu'ils s'enhardissent à les cultiver pour leur propre compte. Jusque-là la science arabe resta le privilège de quelques familles syriennes et chrétiennes , Beni- Serapion, Beni-Mesue, Baktischouides, Honeinides, attachées presque toutes à la domesticité des khahfes, et par lesquelles fut accompli l'immense travail qui fit passer en arabe tout l'ensemble de la science eH de la philosophie grecques. En parcourant les listes de traducteurs qui nous ont été conservées , on voit que tous , presque sans exception , étaient chrétiens et Syriens, et l'on arrive à ce résultat, qu'aucun musulman ne participa à ce premier travail et n'eut connaissance de la langue grecque. La plupart de ces traductions se faisaient par l'intermédiaire do syriaque; souvent le même traducteur exécutait les deux versions, syriaque et arabe. Ainsi l'école de Honein fit passer consécutivement dans les deux langues tout le corps du péripaiélisme, dont les Syriens n'avaient possédé jusque-là que la partie logique, et encore d'une manière incomplète. Mais il est arrivé que les traductions syriaques, qui à côté des traductions arabes n'offraient qu'un assez mince intérêt, ont toutes disparu } c'est par erreur que l'on a cm que

SYSTÈME. 8Si

la bibliolbèqne LaurentieDiie p«8^e quelques parties de TceuTre 4a Honeiû. Plus tard f ao x* sièele, quaiid on éprouva le beaoio de re* faire \ts \ersions arabes d'Arisloley ee sont encere deox Syriens» Âbou-'Bascbar Mata et Ja^ya-^bea^Adi ^ que Toa Ireoire à la lèle de ce travail.

Tel est d(mc le rôle des Syriens dans TbistMre de la pbHosopbie : eoDttnuateurs immédials de la philosophie greeqie en décadence au yi" siècle 9 ils la prennent au point où Us la trouvent ^ réduite presque à la logique d'Aristote^ et la transmettent ainsi anx Arabes. LeaSy'riens, non plus que les Arabes^ n'ont thom Aristote pour leur maître; les uns et les autres Tout reçu de la Iradilioii des éeoles grecques. On peut dire que le moment décisif où se fonde l'autorité d'Arislote et où com menée la scolastiqne, est celui où la seconde génération de Téeole d'Alexandrie y se porte vers le péripalétisme. C'est sur ee prolonge^ ment de Técole d'Alexandrie qu'il faut cbereber le point de soudure île la philosophie syriaque avec la philosophie grecque^ et de la philos»«> pbie arabe avec la philosophie syriaque. IXans aueun des dewx pash sages ^ il n'y eut eréation ni spontanéité; il y eut transasission et acceptation d'un système d'études déjà consacré et envisagé comHie ta forme nécessaire de toute culture intellectuelle*

La philosopbie syriaque se confond désernMie avec ta pMloiephfîe arabe. Quelques Syriens ^ toutefois^ eontinoèrent encore à écrire sur la philosophie dans leur langue gavante. Tel fut Grégoire Barbebrssns (I22&-I286)y connu comme historien arabe sous le nom d'Abolfaradj. Cet écrivain, le plus fécond sans eo«tredit que la Syrie ait produit , représente exactement cette manière de fondre ta texte d'Aristote dsAi une paraphrase continue y qui est celle d'Albert le Grand. Son encyclo»* pédie^ intitulée le^et»rr« d$ la sagtête, comprend TensemMe complel de la discipline péripatétique ^ et ses innombrables traités de phikMie^ phia ne sont de mèoie que de» remanîemenls du texte arL^otéâque. Il n'y faut chercher aucune originalité , non plus que da»» 1^ écrita d'Ëbedjesu , patriarche de Nisibe (mort en i318)« Aujourd'hui encore Vlêogoge de Porphyre et le ncpi ip{ftiivci(x< so»t des livres ctassiqoes chei les Chaldéens ou Syriens orientaux. Quaot aux Maronitas, Ûa sont toujours restéi étrangers aux études philosophiques.

Lee mamuscrils de philosophie syriaque' sent assez rares. La bibliothèque Laurentienne seule y en Europe y pouvait passer pour assez riehe en ee genre, avan^t que le BtUuk Mmeum eût acquis la précieuse bibliO'* thèque de Stûnle^Marie-deipara de Nrtrie, laquelle a rendwà la scicMe une foule de textes que l'on croyait perdus. L'auteur de cet article a publié , d'après tas renseignements puisés dans cea manuscrits , une thèse taiiney Dephiloêophia peripaUtiea apad Syroê, in^S^, Paris, i%2w La Biblwûkèque orienuUe é'Assemant et les deux opuscules de MMw Wenrich et Fluegel, sur les traductions d'auteurs grecs en la»gués oricDlatas ^ contenatanl d^à^ ipielques reoseignemenl» épars sue ce sojel. • E. R.

SYSTÈME (aûaTYifxa, de aûv avec, et de laràvat, placer, élever ; Ht-* téralemesH, construetioUy h réunion de plusieurs choses en un seu) looi). Oa appelta ainsi ^ fion-seulemenft en^ {ÂilosopIMe, maie dans Va«tee }gé

83â SYSTÈME.

autres sciences , une réanion d'idées et de raisonnements tellement liés entre eux , qu'ils ne peuvent se comprendre complètement les uns sans les autres , et qu'ils découlent tous ensemble de certains principes communs. Mais pourquoi éprouvons-nous le besoin de ranger nos idées dans cet ordre , et notre esprit ne trouve-t-il le repos que dans l'unité ? parce que nous croyons que le même ordre , que la même unité est dans la nature des choses : c'est ainsi qu'on parle en astronomie de divers systèmes planétaires^ en anatomie, d'un système nerveux» d'un système ganglionaire. Le mot système a donc an double emploi : il s'applique tout à la fois à nos idées ou à nos connaissances , et aux objets de nos connaissances ; et dans l'un et l'autre cas il présente le même sens, il exprime les mêmes rapports.

Maintenant, que faut-il penser de tout ce qui a été dit et se dit encore tous les jours contre l'esprit de système ? L'esprit de système doit-ii être banni de la science? Autant vaudrait dire qu'il fout bannir de la science l'esprit d'ordre et d'unité ; ou, mieux encore, autant vandrait supprimer la science elle-même^ car, sans unité et sans ordre, en un mot sans système, la science n'existe pas, et il ne reste à sa place que des idées confuses, que des jugements stériles, isolés et sans preuves. Cela est évident pour les mathématiques, c'est-à-dire les sciences les moins accessibles à l'erreur et qu'on qualifie particulièrement d'exactes : car la certitude absolue qui lemr est propre vient précisément de ce qu'elles forment une chaîne non interrompoe de déductions, suspendue à un petit nombre de définitions et d'axiomes. Gela est également vrai des sciences physiques, et, en général, de toutes les sciences d'observation , quoique par une raison toute difiérente. En effet , il n'existe pas dans la nature un seul fait ni un seul objet absolument isolé et indépendant, mais tous s'engendrent ou au moins se modifient les uns les autres : comment donc prétendrionsnous les connaître tels qu'ils sont, si nous ne les connaissons pas dans leurs rapports? De plus, parmi ces rapports, les uns sont particuliers et accidentels, les autres généraux et invariables : comment concevoir et retenir les premiers, s'ils ne sont subordonnés aux derniers et liés les uns aux autres commodes conséquenoes à leurs prémisses? Peu importe que les conséquences soient connues avant les prémisses ou les faits avant les lois; le lien qui les unit n'en est pas moins réel et nécessaire. Que dirons-nous de la philosophie, dont l'objet propre est de rechercher le principe de tous les principes , c'est-à-dire le seul qui soit digne de ce nom , et ce qu'il y a de commun à toutes nos connaissances? Une telle science n'est-elle pas la plus haute expression de l'idée que nous nous formons d'un système? Une philosophie sans système n'est qu'un empirisme grossier , qui équivaut à la négation même de toute philosophie. La philosophie , pendant longtemps, n'a pas été autre chose que la science en générai, et ses premiers systèmes sont les premiers essais des différentes sciences particulières : du système ionien est sortie la physique ; du système pythagoricien , les mathématiques et l'astronomie } du système éléatique , la métaphysique proprement dite.

Ce qui est vrai, c'est qu'il y a deux espèces de systèmes: les uns légitimes, et les autres qui ne le sont point. Les premiers commencent

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