SYSTÈME
par Tanalyse^ c'est-à-dire par Tobservation , et finissent par la synthèse j une synthèse qui s'applique exactement aux faits et aux rapports constatés par l'analyse. Les autres, au contraire , voulant commencer par la synthèse et se passer de l'analyse, débutent^ en effet, par rbypothèse : car ce que l'esprit ne tire pas de la nature même des choses par une observation rigoureuse, il est obligé de l'inventer. A vrai dire, une hypothèse n'est pas même une invention, mais un fait unique ou un petit nombre de faits mal étudiés dont on veut faire dériver tous les autres. Ce n'est donc pas Tesprit de système*, mais l'esprit d'hypothèse qu'il faut bannir de la philosophie et de toutes les autres sciences.
Les systèmes de philosophie, si nombreux et si variés qu'ils soient en apparence , peuvent tous se réduire à quelques types généraux qu'on rencontre à toutes les époques de l'histoire , et qui se développent, se transforment et quelquefois se mêlent sans jamais changer au fond. En logique, car c'est de là que tout le reste dépend , il n'y a que trois systèmes principaux : celui qui consiste à admettre l'autorité de la raison et la possibilité de la science, c'est-à-dire le dogmatisme; celai qui consiste à nier ces deux choses, ou le scepticisme; et celui qui cherche la vérité dans une faculté supérieure a la raison , ou le mysticisme. En métaphysique , comme nous l'avons déjà remarqué {Voyez Métaphysique), on distingue : le dualisme, qui considère comme deux principes éternels, et non moins nécessaires l'un que l'autre, l'esprit et la matière; le matérialisme^ qui ne reconnaît que la matière comme principe des choses; Y idéalisme, qui ne reconnaît que l'esprit ou plutôt la pensée; le panthéisme, pour qui la matière et l'esprit, les corps et les âmes, ne sont que des attributs et des modes, ou des aspects particuliers d'un principe unique; enfin le spiritualisme, qui reconnaît dans l'esprit, non-seulement la pensée, les idées , mais une puissance active , libre , personnelle , qui a créé la matière et le monde. La psychologie suit les destinées de la métaphysique et se confond le plus souvent avec elle , au moins en ce qui concerne la substance de l'âme. Enfin, en morale, les uns n'admettent pour règle que l'intérêt ou le plaisir, c'est-à-dire la voix des sens, ce sont les épicuriens; les autres, la raison, le devoir, ce sont les stoïciens; et d'autres le sentiment ou l'amour, dont la plus hante expression, en morale comme en logique , est le mysticisme. On peut arriver à des types plus généraux encore : car tout système se rattache ou aux sens, ou au sentiment , ou à la raison , ou enfin à la conscience, qui «mbrasse et qui domine toutes les autres facultés. Les sens nous donnent le matérialisme, le sensualisme, l'épicurisme, le scepticisme; le sentiment nous donne le mysticisme ; la raison , détachée des autres facultés et employée toute seule , dans ses principes abstraits , conduit à l'idéalisme et au panthéisme. La vraie philosophie est celle de la conscience , qui consacre, en psychologie, l'idée de la liberté; en métaphysique celle de la création , et réunit, en morale, le devoir avec le sentiment*
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l'Â'f tÈlV y ami et disciple de saint Jastin, né en Assyrie, vers Tan iSO aé J.-C; fit dès sa jeunesse une éjlude sérieuse et approfondie de ta litiéràlure et de la philosophie des Grecs. Après avoir, dans de longs voyages, visité les villes les plus célèbres de TOrient, il se rendit è Rome, comme au centre des lumières. C*est là qu'il connut saint Justin et qu'il embrassa le christianisme. Peu après le martyre de son maitk'e, il quitta Rome et retourna dans TAssyrie , sa patrie, où il mourut Vef^ Vàn 176. Quand on suit Tatien dans les phases diverses de sa vie, on reconnaît en lui un esprit curieux et inquiet, qui ne put s'arrêter k rien, pas même à la vérité. En cherchant une idée de perfection, ii finit par tomber dans l'ascétisme^ et fonda la secte des encratites, se séparant ainsi de la doctrine chrétienne, dont il avait été un ardent ap^tt-é.
Sa coQversion au christianisme fuUle résultat d'une étude longue et sérieuse de toutes les religions et de toutes les sectes philosophiques ^ mises en regard avec la religion nouvelle. La comparaison qu'il fil des mœurs et des idées des peuples païens avec celles des chrétiens fut tout à l'avantage de ces derniers. C'est alors, vers l'an 168, qu'il composa son Discours contre les Grecs, le seul de ses ouvrages qui nous soit parvenu. Ce livre a pour but de prouver l'ancienneté et rexcellence du christianisme et sa supériorité sur toutes les autres doctrines. Tatien s'efforce de prouver que les Grecs se vantent à tort d'avoir donné naissance aux sciences et aux arts; il prétend qu'ils ont appris des peuples étrangers tout ce qu'ils savent ; qu'au lieu de perfectionner les sciences, et en particulier la philosophie, ils l'ont altérée et en ont fuit un mauvais usage. Il reproche amèrement aux philosophes les contradictions de leurs sectes diverses; puis il développe, en opposition, la doctrine chrétienne de Dieu et du Fils de Dieu, non sans y mêler beaucoup d'idées nlatoniciennes , notamment celle des trois essences dont se compose Inomme, savoir : le corps, qui est formé de la matière; rflme matérielle et l'esprit divin. Tout ce morceau est écrit d'ailleurs avec violence et respire une sorte d'inimitié contre la civilisation grecque. L'auteur y exhale surtout son indignation contre les mœurs relâchées qui régnaient encore à Rome , et contre la licence effrénée répandue alors parmi les païens.
Après avoir continué quelque' temps à Rome l'enseignement de son mattre, Tatien se retira dans sa patrie , où il commença, l'an 170 , à répandre les premiers germes de son hérésie; car la naissance de l'hérésie des montanistes , que les témoignages les plus respectables s'accordent à rapporter à l'an 171 , paraît un peu plus récente que celle de Tatien. Celui-ci jeta les fondements de la secte des encratites, qui de la Mésopotamie s'étendit dans les provinces de TAsie Mineure, et en Occident, jusque dans les Gaules et dans TEspagne. Le nom à' encratites fut donné aux sectateurs de Tatien, en raison de la continence et
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de certaines abstinences qu'il leur imposait. S'appuyant sur ce pa3sage de VEpUre aux Galates, c. yi, ^^ 87 : « Celui qui sème dans la chair recueillera la corruption de la chair , » }\ proscrivit le mariage à T^gal de l'adultère : il interdit à ses disciples Tusage de tout ce qui avait eu vie| il leur interdit aussi l'usage du vin , se fondant sur ce que le prophète Amos reproche aux Juifs d'en avoir fait boire aux Nazaréens*
Dans sa doctrine entraient plusieurs dogmes empruntés à quelque! autres sectes* Il admettait avec Marcion deux dieux : Tun bon , Tautre mauvais, et dont Tua était subordonné à Tautre. Dans Texplica* tion qu'il donnait de la création du monde , il parait s'être inspiré des rêveries des valentiniens. Ceux-ci disaient que le vriti Dieu avait tout créé par son Verbe , en employant toutefois le ministère d'un démiurge ou créateur y qu'ils supposaient avoir ignoré ainsi l'opération de la divine sagesse y en sorte qu'il se parût à lui-même seul créateur. Tatian disait d'une manière un peu différente , mais non moins erronée, que ce mot de l'Ëcriture , fiât In^ , était un vœu et une prière et non uq commandement : de là ce mot de TertuUien » que « tout en lui respi^ le valentinianisme. » En effet , outre ce démiurge qui ne fait pas Ifi lumière, mais qui désire qu'elle se fasse, Tatien admettait aussi Tintervention des éons dans le développement du montfe , et partageait l'opinion des dokètes, que le corps du Christ n'est qu'une apparence.
Il s'était séparé des païens, parce qu'il les voyait en lutte et en contradiction les uns avec les autres; il s'attacha aux chrétiens, parce qu'il crut trouver en eux l'unité de doctrine et d'autorité. L'idéal qu'il dierchait, c'est-à-dire le modèle parfait de la vie en coçamun, ne Itv paraissant pas non plus exister là , ils*adres69 à une secte qiû loi promettait d'entretenir dans son âme les mœurs les plus pures, à l'aide de la plus austère continence. C'est alors qu'il composa son livre, anjourd hui perdu, de la Perfection selon 1$ Saw>9ur. Il y coniUmnait le mariage comme une impudicité; il y miettait en regard l'ancien et le nouvel homme : celui-ci vivait selon les préceptes d'un dieu différent de celui de l'homme ancien, à qui il reprochait la aensudité, l'usagç du vin , le luxe des habits. Le germe de ces erreurs se trouvait d^^ dans son Discovrs contre lei Grta^ où il prétendait que la sagesse ie^ philosophes païens était empruntée des livres hébreux.
Il y a dans la doctrine de Tatien un fond de tristtease ; il sembfe croire que l'âme humaine appartient naturellement aux ténèbres, et que lorsqu'elle est abandonnée à c^le-méme , elle penche vers la ma^ tière; qu'elle tombe alors sous la domination des mauvais génies^ et s'adonne au culte des ^doles^ L'esprit de Dieu ne riéside pas dans tO!|s les hommes ; il s'est uni à quelques justes seulement^ et par eux 1^ autres hommes ont connu ce qui était caché. Au fonfl de 4sette fjépara*tion profonde entre ceux qui possèdent léans leur sein l'esprit divin H immortel, et ceux qui ne participent pas à cet esprit , résidé un prini^ analogue à celui qui creusait une séparation tton moins profooda çtntre les Grecs et les Orientaux , qu« Tatien appelle dans sa langue les bar^ bares. Ici encore apparaît la distinction qofe les gnostiques nsconMls»saient entre les hommes spiriiuek «t les àonimes psychiques. O^^ Te christianisme, qui s'adressait à l'humafiité tOuiantière, ne po^v9i( admettre une telle séparaition, ^^.au