TERTULLIEN. 8S
publia les premiers ouvrages auxquels il a dû sa célébrité. Le témoignage formel de saint Jérôme y dans son traité iu Ecrwamê ecûlé-êiaitiques, nous apprend que TertuUien fut ordonné prêtre y et qu'il exerça le sacerdoce jusqu'au moment oà il tomba dans l'hérésie de Hontanus. Il est assez difficile d'assigner une date précise à chacun de ses livres ; toutefois, quant à l'ordre chronologique, on peut les diviser en deux grandes classes : la première comprend ceux quil composa lorsqu'il était encore catholique^ la seconde, ceux qu'il a écrits depuis qu'il fut devenu montaniste. Ces derniers sont faciles à reconnaître , car 0 ne manque jamais d'y parler du saint esprit de Montanus, dcè prophéties des montanistes et de leurs jeûnes extraordinaires , de déclamer contre les secondes noces et contre l'absolution donnée par les catholiques à ceux qui avaient péché depuis le baptême , et , enfin , contre les catholiques, qu'il appelle pêychigues , c'est-à-dire charnels et grossiers.
C'est à répoque de la persécution provoquée, vers Tan S(M>, contre les chrétiens , par PlauUen , favori de Septime Sévère , que TertuUien composa le plus connu de tous ses ouvrages, VApologéUque, oà, en réclamant la liberté de conscience au nom des chrétiens , il les justifie avec chaleur des crimes qui leur sont imputés. TertuUien déploie dans cet écrit une véritable éloquence : « Nous ne sommes que d'hier, dit-il , et déjà nous remplissons les villes et les villages, l'armée et les palais , le sénat et le Forum ; nous ne vous avons laissé que vos temples. Si, pourtant ,. nous voulions faire l^a guerre, ce nous serait chose facile : nous aurions moins de troupes que vous , mais nous savons mourir : avec quelle persévérance ne combattrions-nous pas ! » -^ «Vous nous punissez, s'écrie-t-il ailleurs, parce que nous n'adorons pas vos dieux > et vous-mêmes ne les reconnaissez pas pour des dieux I » Il développe cette pensée avec puissance , en déroulant la série de vices et de crimes qui sont personnifiés sous les symboles du vieux polythéisme. A la fin de ce traité , l'auteur nous montre l'idée de la fraternité du genre humain , appela à remplacer le prindpe étroit et égoïste du patriotisme antique : le chrétien brise l'tinité de la cité romaine , pour se faire citoyen de l'univers : Unam omnium rempublieam agnoscimus mundum.
Comme écrivain, TertuUien à d'énormes défauts joint quelques qualités , la vivacité et une certaine énergie originale ; mais il est obscur, incorrect. Un de ses éditeurs a composé un glossaire africain pour l'expliquer. Chez lui , la verve et les mouvements de la passion triomphent des aspérités d'une langue inculte , et la rudesse de son style réfléchit en quelque sorte l'àpreté de son caractère. Malebranche, dans un chapitre de sa Recherche de la vérité, où il traite de la force de l'imagination (c. 3 de la 8' partie du ii« liv.) , a iiait du génie de TertuUien une appréciation pleine à la fois de justesse et de finesse : « TertuUien , dit-il , était à la vérité un homme d^une profonde érudition ; mais il avait plus de mémoire que de jugement , plus de pénétration et plus d'étendue d'imagination que de pénétration et d'étendue d'esprit. On ne peut douter qu'il ne fut visionnaire et qu'il n'eut
Eresque toutes les qualités que j'ai attribuées aux esprits visionnaires. ,e respect qu'il eut pour les visions de Montanus et pour ses prophi-