‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 43 sur 101 · TERTULLIEN · texte numérisé non relu

TERTULLIEN

ties est une preuve incontestable de la faiblesse de son jogement. Ce feu f ces emportements , ces enthousiasmes sur de petits sujets , marquent sensiblement le dérèglement de son imagination. Combien de mouvements irréguliers dans ses hyperboles et dans ses figures ! combien de raisons pompeuses et magnifiques qui ne prouvent que par leur éclat sensible, et qui ne persuadent qu'en étourdissant et qu'en éblouissant Tesprit !»

TertulUen passe pour avoir exercé quelque temps le sacerdoce à Rome. Il avait assisté aux jeux publics que Tempereur Sévère fit célébrer en 204 ; c'est à celte occasion qull composa son traité Contre Ut tpeetaeles. Les jeuk du cirque et ses spectacles sanglants , qui étaient tine passion générale pour les Romains, excitent son indignation ; mais il attaque surtout le tbé&tre, qu'il appelle le sanctuaire de Vénus , où naissent et fermentent toutes les passions. Le rigorisme de TertuUien fut mal accueilli du clergé de Rome ; ce fut alors qu'il retourna en Afrique , peu édifié des mœurs des populations de lltalie } et quelqjue temps après, au dire de saint Jérôme, irrité par Tenvie et par les mjures des clercs de l'Eglise romaine, il tomba dans l'erreur des montanistes. Il adopta cette hérésie dans la maturité de l'âge, et y persista, tout en se séparant , plus tard , de Blontanus lui-même. Ainsi il vent que , dans la persécution , chaque fidèle meure à son poste : il n'est jamais permis de fuir le martyre. Il proscrit les secondes noces, qui sont à ses yeux des adultères déguisés. Dans son livre Sur le voik des vierges f on reconnaît un reflet des ntœurs africaines : «Tonte vierge , dit-il , qui se montre, s'expose a ne l'être plus ; elle a cessé d'être vierge. »

Tout schismatique qu'il était lui-même , TertuUien fut l'adversaire le plus rude , le plus opiniâtre et le plus passionné des hérétiques. Il écrivit tour à tour contre Hermogène, Praxéas, Marcion, et contre les valentiniens. 11 est l'ennemi déclaré des gnostiques, il les poursuit avec une haine ardente et tout africaine. Dans le début de son traité Contre Marcion, parlant des peuples féroces qui habitent les bords du Pont- Euxin , il ajoute ces mots , qui donneront une idée de la violence de sa polémique : « Mais ce qui peut se dire de plus funeste et de plus barbare de cette contrée , c'est qu'elle a donné le jour à Marcion , homme plus hideux qu'un Scythe, plus inhumain qu'un Massagète, plus audacieux qu'une Amazone , plus obscur qu'un nuage , et plus fallacieux que lister.

L'Eglise catholique, défendue par lui avec une si farouche énergie, dut le désavouer. Il avait dépassé le but ; la mesure lui manque en toutes choses. Dans son livre Sur l'idolâtrie, Terlullien , en vrai barbare , attaqué avec fureur les plaisirs de l'imagination et les œuvres de l'industrie. Avec l'idolâlrie , il proscrit tout art, tout commerce^ toute profession. Il prohibe la lecture des anciens poëtes comme imprégnés de paganisme ^ bien difi'érent de saint Basile , qui se plaît à montrer comment les letlres sacrées peuvent s'inspirer des lettres profanes *, et de Grégoire de ISazianze, qui reproche surtout à Julien d'avoir voulu déshériter les chréliens du trésor de la science. Il voudrait anéantir l'art , comme si la contemplation de l'idéal ne tendait pas à nous dégager des liens de la matière ; comme s'il ne nous élevait

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