‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 44 sur 101 · THALÈS · texte numérisé non relu

THALÈS

pas au Créatear en nous dévoilant les beautés de la créature. Enfin j il proscrit jusqu'à la beauté ^ ce don de Dieu. 11 dit à la femme chrétienne : « Si vous avez reça la beauté en partage , oubliez-la ; du moins , ne cherchez pas à la rehausser : effacez-la , s'il se peut, car le propre de la beauté , c'est de nourrir les passions. » Vaine prétention du fanatisme délirant ! étrange illusion, de croire qu'il soit possible de muliler Thomme, et d'étouffer dans son germe le génie actif et inventeur de l'humanité !

C'est ainsi que Tertullien , dans son horreur du monde païen , interdit aux chrétiens toute fonction publique , tout service militaire. Après avoir si brutalement condamné la poésie , il ne devait pas épargner davantage la philosophie : aussi, voyez comme il la traite. Pour lui, la philosophie est l'hérésie ; c'est Tœuvre des démons j le désir, de connaître n'est qu'une curiosité criminelle ; les philosophes sont des patriarches d'hérésies (PrœscripU, c. 7). Bizarre exemple des faiblesses et des contradictions de l'esprit humain ! Dans ce même traité De anima, où il ne voit en Socrate qu'un sophiste , ce Tertullien qui dédaigne la philosophie , qui l'anathématise et qui a réfuté Epicure , en vient à faire l'âme corporelle ! 11 est impossible de tirer un autre sens de l'étrange définition qu'il en donne (c. 9) : Ostensa est mihi anima corporaliter, et spiritus mdebatur; sed non inanis et vanœ qualitatis, imo quœ etiam teneri repromitterei , tenera et lucida, et aerii Colorie, et forma per omnia humana.

Cette déplorable théorie de l'àme humaine est complétée par une doctrine non moins fâcheuse sur la nature divine , cette autre base fondamentale de la religion et de la morale. Dans son livre Contre Jlf amon (liv. i, c. 25) , non-seulement il la montre assujettie à des affections tout à fait semblables aux nôtres , au courroux , à la haine , à la douleur ^ mais il lui attribue une substance corporelle : Quis ne-gabit Deum cornus esse, si spiritus est (lib. u, c. 16)? Aussi finit-il par dire tout crûment {Adv. Hermog., c. 25) qu'il n'y a pas de substance qui ne soit corporelle : Quum ipsa substantia corpus sit cujusque. Voilà donc à quels abîmes aboutissent les contempteurs de la raison humaine !

Tertullien mourut en 2t^5 , âgé de plus de quatre-vingts ans , sans être retourné au giron de l'Eglise. A....D.

THALES , un des sept sages et le premier philosophe de la Grèce, le fondateur de l'école ionienne , descendait d'une famille phénicienne et naquit à Milet, Tune des villes les plus florissantes alors parmi les cités ioniennes de TAsie Mineure, dans la 1'* année de la xxxv* olym< piade, c'est-à-dire vers l'an 640 avant J.-C. Cette date^ adoptée, sur la foi d'Apollodore , par la plupart des historiens de la philosophie, s'accorde assez bien avec la tradition que Thaïes aurait prédit l'éciipse de soleil qui , sous le roi Alyatte II , mit fin à la guerre des Lydiens et des Mèdes. En effet, d'après de récents calculs, celte éclipse aurait eu lieu en 609, époque où Thaïes avait trente et un ans. Les traditions qui nous sont parvenues sur la vie de ce philosophe n'attes^tent guère qu'un seul fait , la réputation de science et de sagesse dont il jouissait. Nous avons une preuve de son sens politique dans le conseil qu'il

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doDoa SiW loDienSy menacés par la puissance des rois de Lydie^ de faire d^ Téos le centre de la nation , et d'y tenir des assemblées géné^ raies. Des écrivains du i^' et du ip siècle de. l'ère chrétienne racontent qu'il visita l'Egypte, la Crète et une partie de TAsie. L'on n'a aucune raison de nier ee récit quand on songe que les voyages remplaçaient alors les livres et étaient à peu près une nécessité pour tous ceux qui voulaient s'instruire; mais il serait difficile de dire quelles connaissances Thaïes rapporta des contrées qu'on lui fait parcourir; car l'état intellectuel de ces contrées au commencement du vi* siècle avant notre ère est loi-^ème un problème. On ignore également la date précise de la mort de Thaïes ; mais on suppose , d'âpre les événements auxquels il assista y qu'il arriva à un Age très-avancé. Il ne nous reste absolument rien, ni un ouvrage , ni un fragment

Îui émane directement de Thaïes; peut-être même n'a-t-îl jamais rien crit, quoiqu'on cite de lui des vers sur l'astronomie nautique, et qu'on lui ait attribué un poème sur la nature, comme celui de Xénophane et de Parménide. De même que sa vie, son enseignement ne nous est connu que par des traditions transmises par des écrivains de différents Ages , mais qui s'accordent assez bien sur les points les plus essentiels pour ne laisser aucun doate dans l'esprit.

Thaiès est tout à la fois le fondateur de la physique , c'est-à-dire de la philosophie naturelle (^uatoXo^Ca) , comme l'affirme Aristote, et de la géométrie et de Fastronomie , comme le pensait Eudème dïins son histoire de l'astronomie. Ses Connaissances géométriques paraissent avoir été assez avancées pour lui permettre de mesurer la hauteur des pyramides par leur ombre. On dit aussi qu'il a découvert quelques-anes des propriétés des triangles sphériqnes , et qu'il a donné la première démonstration de l'égalité de deux angles adjacents à la base du triangle isocèle. Comme astronome, nous venons de voir qu'il passa pour avoir prédit une éclipse de soleil. Il savait donc calculer les révolutions de cet astre ainsi que celles de la lune. Il regardait la lune comme un corps opaque qui emprunte sa lumière du soleil , et divisait l'année en trois cent soixante-cinq jours. Mais ce qui nous intéresse surtout, c'est son essai de philosophie naturelle.

S'appuyant sur cette croyance commune à toute l'antiquité, que rien ne vient du néant et n'y peut retourner (Aristote, Métaph., liv. ii, c. 8), Thaïes cherchait dans la nature un élément (aToixeîov) dont tous les êtres sont engendrés et dans lequel ils doivent se résoudre. Nous disons qu'il cherchait un élèmtnt et non pas un principe («px^) ; car ce dernier mot n'apparatt que plus tard dans la langue philosophique. Cet élément que cherchait Thaïes lui paraissait être l'eau, et voici, si nous en croyons Plutarque [De placiOsphilosophorum^ lib. i, c 3), sur quelles observations il fondait son hypothèse : V L'eau est la source de l'humidité, et l'on remarque que la semence de tous les animaux est humide. Or, si les animaux naissent de l'humidité , pourquoi n'en serait-il pas ainsi de l'univers tout entier ? 2° L'humidité est nécessaire à la nourriture et à la fécondité des plantes comme à la semence des animaux , car nous les voyons périr dès qu'elles se dessèchent, d^ La chaleur même du soleil et des astres semble se nourrir des vapeurs de la terre, c'està-dire de l'humidité. A ces trois arguments, Simplicius, dans son

THÂLÈi.^. geS

Commentaire sur la Physique d*Aristote (T^" 8) > en ajoute un ^atrième : que l'eau admet facilement toutes les formes (turOitorov toS fi^oc)^ et par conséquent que ce sont les formes diverses:^ de ce corps Unique ^ue bous prenons pour des corps différents. Il est possible^ comme le supposent quelques historiens de la philosophie , entre autres Aristote > que Thaïes ait subi Tinfluence des croyances mythologiques, que TObéaii est le père > et Thétis la mère de tous les êtres i que l'Océan environne la terre comme une ceinture. Mais, sans les observations que nous venons de rapporter, ces croyances n'auraient jamais pris rang dans l'hisUrfrè de la philosophie.

L'eau étant la seule matière ou U semence de l'univers, c^est en se raréfiant et en se condensant qu'elle produit tous les corps. A son pltJliÉ haut degré de dilatation elle est le feu; à soh plus haut d^ré de condensation , la terre ; l'air tient le milieu entre ces deux extrêmes. Mais, malgré ces transformations, elle conserve toujours ses propriétés distinctes; autrement on ne concevrait pas le rdle qu'on lui fait jouer dans la nutrition et la génération, et le motif qui l'a fhit préférer, comme principe de l'univers, aux autres éléments : auâsi fae pouvonsrnous pas admettre l'assertion de Plutarque, que Thaïes, de même qn'Héradite^ regardait la matière comme un flux perpétuel, c'est-à-dire comiÈe un phénomène sans réalité.

Thaïes est surtout un physicien ; ce qui ne veut pas dire> comme on l'a supposé plus tard, un philosophe matérialiste ou sensualiste. 0 recherchait la matière première, ou, pour parler son langage^ la semence de l'univers *, mais il ne niait en aucune façon l'intervention d'une puissance immatérielle. Tout au contraire, selon le témoignage unanime des auteurs de l'antiquité à qui nous devona là éonnsîstancc de sa doctrine , Aristote (De anima, lib. i , c. 2), Simplicius (in Physic. Arist., P 20), Diogène Laêrce (lib. i, § 27), Cicéron (De nau dmr., lib. I, c. 20; De legibus, lib.n, c. 11), etc., il ne concevait pas le mouvement sans une force motrice vivante, qu'il se représentait également comme une âme, comme une divinité^ comme une puissance invisi-^ ble ou un démon. Aussi enseignait-il que l'aimant et l'ambre jaune ont une âme, puisqu'ils attirent les autres corps; que le mfonde entier est animé ou plein de dieux , xal t^v xtf(r(i.ov Ifx^uxov xàÀ ^«((aovov lixi^ri (Diog» Laérce). Croyait-il, comme Aristote le suppose (De anima, lib. i» c. 5), et comme le répète après lui Stobée (Eelog. physie. lib. t, p. 54, éd. Heeren.)^ qu'il n'y a qu'une seule âme mêlée à la matière; on, eoniine Cicéron l'assure {de nat. Deoriim, lib. i, c. 10), qu'il n'y a qu'une Seule intelligence qui a formé toutes choses de l'eau, aquam esse hUHMi rerum^ Deum eam mentem quœ ex aqua cuneta fingeretf Nouil n'osoM rien affirmer à cet égard ; mais la première de ces deux opinions ne nous parait pas s'accorder avec les expressions mythologiques : «t tout est plein de dieux ou de démons; » et quant à la seconde, elle contredit le témoignage de l'antiquité , qu'Anaxagore est le prem^ qui ait parlé de rintelligence. Nous pensons qu'il s'est contenté d'àmrmer 1 existence des dieux et des âmes sans chercher à en détenninef la nature ; son esprit était tourné vers la physique générale, non vers la métaphysique. Admettant l'existence des Ames, il a dâ, selon toute vraisemblance > croire à leur immortalité; miris ce dogme étant 4^

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reconnu dans les mystères y 'il n'est pas vrai , comme quelques-uns Tont supposé (Diogène Laêroe^ liv. i ^ § 24 )9 qu'il en soit le premier auteur dans la Grèce.

On peut consulter^ sur Thaïes , outre les histoires générales de la philosophie et les histoires particulières de l'école ionienne, de Canaye, Recherches sur la philosophie de Thaïes dans le t. x des Mémoires de l'Académie des inscriptions. — Ploucquet, De dogmatibus Thaletiê Milesii et Anaxagorœ, etc., in hf*, Tubingue, 1763. — MUlIer, De aqua, principio Thaletis, in-4% Altdorf, 1719. — Doederlin, Antmadversiones historieo-criticœ de Thaletis et Pythagorœ theologica vatione, in-8° (sans nom de yille) 1750. — HarbsiuSy De Thaletis doctrina de principio rerum , imprimis de Deo, mW y Erlangen, 1780. — Flattius^De theismo Thaleti abjudicandoy ïn-'^, Tubingue, 1785.

THEANO, célèbre pythagoricienne , qui était , selon les uns/ la fille de Brontinus de Crotone et l'épouse de Pythagore^ selon les autres^ l'épouse de Brontinus 9 un des premiers pythagoriciens. Porphyre dit y dans sa ViedePythagore, que, de toutes les femmes pythagoriciennes 9 Théano seule est devenue célèbre ; mais il ne nous apprend pas à quel titre y si c'est par la vertu ou par la science. On lui attribue des lettres et divers fragments qui ont été réunis par Th. Gale, dans ses Opuscula mythologica, physica et ethica, p. 740; par Wolf^ dans son recueil intitulé Fragmenta mulierum grœcarum prosaica, p. 224; par Fabricius, dans sa Bibliothèque grecque, t. V% p. 508) mais tous ces écrits sont évidemment: supposéi^. X.

THÉISME. Si l'on s'en tient à Tétymologie du mot (eeo'c, Dieu) , le théisme est simplement le contraire de l'athéisme et comprend toutes les opinions qui affirment l'existence d'une divinité ^ sans distinction des différences qui existent entre elles quant à la nature de Dieu. Ainsi, il devrait , avec cette acception , exister également dans le panthéisme y ou la croyance que tout est Dieu ; dans le polythéisme , ou la croyance qu'il y a plusieurs dieux; dans le dualisme, ou la croyance qu'il y a deux principes divins : le bien et le mal, Tesprlt et la malice; et dans le monothéisme, ou la foi en un seul Dieu distinct du monde. Mais la langue philosophique y attache un sens plus précis : elle appelle théisme la conviction de ceux qui admettent un Dieu libre, intelligent, auteur et providence du monde. En effet, ce n'est qu'à ces conditions qu'on croit en Dieu. Ceux-là ne croient pas en lui véritablement, qui le confondent avec Tunivers, ou qui lui ôtent la liberté et la conscience, par conséquent la bonté, la sagesse, et détruisent toute idée de providence ; ceux qui , le dépouillant de son unité, le dégradent en même temps de son infinilude, et le font descendre au rang des créatures. D'après celte définition , le théisme n'est pas moins opposé au panthéisme qu'à l'athéisme; car il ne sépare pas la providence de la liberté de Dieu , de son unité et de son existence. Le théisme, comme nous Tavons déjà dit , diffère du déisme ( Voyez ce mot ) , bien que dans les noms il y ait cette seule différence , que l'un vient du grec et l'autre du latin. Le déisme exclut quelquefois l'idée de providence, ou tout au moins d'une providence morale, d'une intervention divine dans les af-

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faites de rhumanité ; il est hostile à toute révélation ^ à toute tradition, et ne voit dans les faits qui portent ces noms qu'un fruit de Timposture. Le théisme , au contraire, ne $uppose point ces restrictions. Voyez Dieu.

THEMISTIUS 9 surnommé Euphradès à cause de son éloquence, naquit dans une petite ville de la Paphlagonie, vers Tan 330 de l'ère chrétienne. Il eut pour père le philosophe Eugenius, qui lui donna une éducation distinguée et dont il a lui-même écrit Toraison funèbre. Successivement professeur à Nicomédie , à Constantinople, à Rome, puis de nouveau à Constantinople, sans parler de plusieurs séjours qu'il fit à Antioche et en Galatie , il dut aux brillants succès de son enseignement Thonneur d'être chargé de plusieurs ambassades et celui d'être appelé (en 365) par Constance dans le sénat, faveur bien rare alors pour un philosophe, et puis l'empereur lui-même prit soin de la justifier dans une lettre au sénat , qae nous pouvons lire encore aujourd'hui. Julien et Valons lui avaient, dit-on, offert la préfecture de Constantinople; il est certain que le grand Théodose la lui conféra en 384* , et sansdouleil Fexerca pendant plusieurs années. Il atteste, dans son XXXI® discours, avoir consacré quarante ans de sa vie à des fonctions publiques ; et dans son xx!!!"" discours il se vante d'avoir donné vingt ans aux spéculations de la science. Ces chiffres, où il se mêle peut-être quelque emphase oratoire, ne sont pas faciles à concilier. Quoi qu'il en soit , Themistius avait laissé de nombreux ouvrages , dont une grande partie est parvenue jusqu'à nous. Plusieurs de ces écrits sont des discours d^apparat, des remerctmenls officiels ou des panégyriques , dont la composition se rattache aux devoirs mêmes des charges importantes que l'auteur a remplies ; ils n'intéressent la philosophie que par le soin qu'y prend Themistius de la montrer honorée et glorifiée en sa personne, et par l'expression quelquefois éloquente de certaines vérités morales. Ses autres ouvrages peuvent se diviser en deux classes : leb traités ou discours sur des sujets de philosophie, et les commentaires . ur Aristote. Ni les uns ni les autres ne nous donnent une haute idée de l'originalité de son esprit. Ses discours sur l'amitié, sur la différence ( u philosophe et du sophiste, à propos des attaques dont il avait été l'ol^jet , son exhortation à la philosophie , ne contiennent guère que des lieux communs développés en assez beau style par un lecteur assidu et un admirateur passionné de Platon et d'Aristote. On y sent une âme honnête, profondément convaincue des devoirs que la philosophie impose et de l'efficacité morale de ses leçons. Bien qu'on l'ait, un jour, confondu avec un hérésiarque postérieur à lui de plus d'un siècle , bien quUl ait eu pour ami saint Grégoire de Nazianze (Voyez les lettres 139 et 140 de ce Père), il est tout à fait étranger non-seulement au christianisme , mais à toute controverse entre le paganisjne et la nouvelle religion ; il ne parait pas même connaître les tdexandrins et leurs disputes, alors si bruyantes. U professe à l'égard de Platon et d'Aristote un culte quelque peu emphatique, sans ch^cher d'aillçurs à concilier ces deux maîtres dans les divergences, souvent si graves, de leurs doctrines. On croit néanmoins, çà et là, sentir dans sa morale un reflet de la morale évangélique : il a sur la fraternité humaine des ae-;

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cents qoi louchent et qni étonnent de la part d'on païen ; et dans Toraison fanèbre de êoû père^ il fait l'apothéose de ce vénérable personnage à pea près ooinme tin ôratear chrétien décrirait rentrée d'an saint parmi les élus de Dieu. Mais ce qui est plus remarquable y ce qui caractérise singulièrement une époque où le paganisme , longtemps persécatenr, semble à son tour craindre la persécution , c'est le V' discodrs , adressé à Jovien poar le féliciter d'avoir proclamé le libre exercice de tous les cultes ; qaels que soient les motifs et les sentiments dont il sHnspire, l'auteur devance là les plus belles pages de nos orateurs et de nos publicîstes modernes en faveur de la liberté de conscience. Malheureusement y Themistius est de ces écrivains qui ne savent pas s'arrêter à temps , et qui gfttent souvent les plus belles choses par la déclamation et la subtilité. Reprenant ailleurs (discodrs xii*', à Valens) la même thèse , il s'égare jusqu'à réclamer en matière de religion ce que nous nommerions aujourd'hui la libre concurrence, comme ane sorte d'émulation qui y selon lui , entretient et vivifie la piété parmi les hommes. — Les commentaires de Themistius sur Platon, que mentionne Photius, ne se sont pas conservés. Quant à ses commentaires Stir Âristote, il les caractérise lui-même (discours xuii» et préface de la paraphrase des Derniers Analytiques) avec une exactitude que nous pouvons vérifier soit sur les originaux y soit sur les traductions latines qui en ont été publiées. Ce n'étaient pas de ces résumés éloquents ni de ces paraphrases enthousiastes comme en déclamait son père Eugenins (Voyez discours xx% p. iSiy 235); interpréter docilement la pensée du maître , développer un pen l'excessive concision de ses foribules y éclairer l'obscurité y quelquefois calculée peut-être, de rehSéignementésotérique, tel est l'unique but que se propose Themistius : aussi son commentaire y utile pour l'intelligence du texte aristotélique y n'a ni la profondeur ambitieuse des alexandrins , ni leur érudition 9 souvent précieuse pour nous aujourd'hui , par suite de la perte de tant de livres anciens qu'ils avaient consultés. Peut-être d'ailleurs quelques parties en sont-elles inédites , car Pbotius prétend que l'auteur avait commenté tous les livres d*Aristote; or, ce qui nous reste de ces paraphrases ne comprend que les Derniers Analytiques, les Leçons de Physique, le Traité de VAme avec les petits traités qui s'y rattachent (trad. lat. d'Hermolao Barbare, Venise, uni y plusieurs fois réimprimée; texte grec, Venise, 153i!p, chez Aide); les livres du Ciel (Venise, 157i!p), et la Métaphysique (Venise, 1676) ; encore ces deux derniers n'existent que dans une traduction latine qui, pour la Métaphysique, a été faite elle-même sur une traduction hébraïque. On trouve des extraits des divers commentaires de Theinistius dans le Recueil de Scolies (1836), malheureusement inconkplet jusqu'ici, que publie M. Brandis, sous les auspices de l'académiè-de Berlin, à la suite des Œuvres d'Âristote. — Les discours doivent être lus , soit dans la belle édition de Hardouin (Paris , 1684* , Impr. roy.)y soit dans l'édition de M. G. Dindorf (Leipzig, 1832), qoi est la plus correcte et en même temps la plus complète, car elle renfernae seule un discours de Themistius, découvert et publié pour la première fois par M. À. Mal, à Milan, en 1816. Ces discours n'ont pas encore été traduits en français ; malgré leurs défauts ; ils mérite-

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raient de l'être. — Consulter, pour plus de détails sur Themistius, FabricinSy Bibliothèque grecque, t. iy, p. 790, édit. Harles } A. Maï , préface et notes des discours mentionnés ci-dessus. E. E.

THÉODIGÉE (de Oeo^, Dieu, et ^{xyi, plaidoyer, jostiàcaiion : justification de Dieu). Ce mot est de la création de Leibnitz , qui l'a pris pour titre d*an de ses ouvrages : Essais de Théodieée sur ta bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal {V^ édit. , in-8* , Amst., 1710). Fidèle à l'étymologie de ce titre ^ qui est complètement inconnu avant lui, Leibnitz ne se propose pas de traiter ex professa et méthodiquement de la nature de Dieu; il veut seulement^ comme il dit lui-même, plaider sa cause contre certains adversaires , principalement contre fiayle; il entreprend de répondre aux objections qu'on peut tirer de l'existence du mal contre la bonté divine, et de concilier avec la liberté humaine la suprême sagesse qui a tout prévu , qui a tout ordonné d'avance , qui n'a rien laissé à l'arbitraire et au hasard. Leibnitz ne s'en tient pas à ces points métaphysiques; il étend sa défense jusqu'aux dogmes fondamentaux de la théologie chrétienne : le péché originel, la prédestination et la grâce ; et , avant tout , il cherche à montrer la conformité de la foi et de la raison. Nous avons exposé ailleurs la doctrine de Leibnitz ( Voyez Leibnitz )> et nous ne reviendrons pas ici sur la manière dont il a résolu ces différents problèmes. Notre seul but est de faire voir que , dans sa pensée , la théodieée n'était pas une science à part, ou une partie distincte de la philosophie, mais uniquement le nom d'un ouvrage, d'un traité fort irrégulier et fort complexe, écrit dans certaines circonstances et sous Tinfluence de certaines préoccupations. Il arriva naturellement qu'après lui, mais presque toujours en Allemagne, on écrivit, sous le même titre, des traités semblables , consacrés également à la défense de la bontés de la sagesse, de la justice divine, et à l'explication du mal. Il en résulta que la théodieée fut considérée comme cette partie de la métaphysique qui consiste non à démontrer directement les attributs moraux de Dieu, mâjs à les défendre contre les objections tirées des désordres de la société et de la nature. C'est précisément ainsi que la définit Kant dans son petit écrit, JDu mauvais succès de tous les essais philosophiques en théodieée (1791, dans le tome m, p. Itô, de ses Mélanges). « On entend, dlt-U, par une théodieée, la défense de la suprême sagesse de l'auteur du monde contre les accusations dont la raison la poursuit à la vue des désordres du monde. » Non content de la définir, Kant en trace le plan général. Il la divise en trois parties qui ont pour objet de justifier t)ieu, la première dans sa sainteté, en présence du mal moral j la seconde dans sa bonté, en présence du mal physique; et 1^ troisième àans sa justice , devant le désaccord qui existe entre te bonheur et la vertu.

Hors de l'Allemagne, ces questions étaient réunies à la métaphysique ou faisaient partie de ee qu'on appelait la théologie naturelle. Enfin ce n'est que depuis quelques années , après la renaissance des études historiques et du spiritualisme en France^ que le nom de théodieée a été mis en usage dans notre enseignement public pour désigner la quatrième et dernière partie de la philosophie, oelle qui traite à Id^

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