‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 48 sur 101 · THÉON · texte numérisé non relu

THÉON

la véritable idée de Dieu; en an mot, tool ce que noos comprenons aojoQrd'hui sous le nom de théodicée (Voyez ce mot).

La théologie naturelle n'est pas la même chose que la théologie rationnelle. La première ne porte aucune atteinte à la théologie positive, et ne demande pour elle que le droit de se iqoouyoir dan3le cercle de nos facultés naturelles, sans attaquer et ^ans essayer de démontrer les dogmes révélés. La seconde , au contraire, porte dans le sein même de la révélation la critique de la raison: elle analyse, elle dissèque , elle commente, elle explique comme il Ini convient les textes sacrés, les monuments et les traditions sur lesquels Repose renseignement religieux. C'est particulièrement en Allemagne, au sein du protestantisme , que cette manière de comprendre la théologie a pris tont son développement.

Le domaine de la théologie positive nous étant interdit par la natqre et par le plan de ce Recueil , ta théologip naturelle se confondant avec la théodicée et la métaphysique, nous nous bornerons ici à cette siqapto observation historique : partout où il a existé une théologie dans la véritable acception de ce mot, elle a été le berceau de la philosophie. Dans rinde, tous les systèmes philosophiques sont autant dMnterprétatioDS des védas , c'est-à-dire de systèmes théologiques. Il en est de même de la Perse, autant que nous en pouvons juger par les deux monuments qui nous restent du mouvement philosophique de ce pays , l'un d'une authenticité problématique ^l'autre d^une date assez récente, le Désatir et le Dabistan. Chez les Jqifs, la kabbale, cette audacieuse doctrine qui nie la création et afQrme l'unité de substance, n'est qu'un simple commentaire de TEcriture sainte. Il n'y a pas jusqu'à la théologie poétique de la Grèce qui ne puisse être considérée comme la source des systèmes informes de l'école ionienne. Enfin c'est la théologie chrétienne, faisant servir à son usage VOrganum d'Aristote, qui a donné naissance à la philosophie scolastique, devenue ^ son tour la mère de la philosophie moderne.

THÉON DE Smtrne , philosophe platonicien qui vivait vers le commencement du n* siècle de notre ère , a composé un manuel des sciences mathématiques, destiné spécialement à faciliter la lecture de ce qui concerne ces sciences dans les œuvres de Platop, ou, en d'autres termes, il a rédigé un cours élémentaire de mathématiques plus particulièrement à l'usage des philosophes platoniciens. Suivant lui^ les sciences mathématiques sont l'arithmélique, la géométrie (plane), la stéréométrie , l'astronomie et la musique. Il annonce l'intention de consacrer un traité spécial à chacune des quatre premières sciences, Quaqt à la musique, il la subdivise en trois parues : 1"* ipusique arithmétique (théorie des nombres qui représentent les rapports des sons musicaux) ; S*» musique organique (c'est-à-dire réalisée par forgapedela voix pu par des instrumenlis) ; 3o musique cosmique (application de la musique arithmétique à Tharmonie des sphères célesteç. Se c^s UQi$ parties, il écarte la seconde, comme inuUfe aux pbilosop})^ p]gtpnicjenp) il déclare qu'il joindra la première à l'arithméliaue, aont (elle fait partie, et qu'il consacre à la musique CQsmique spufe çpi^ cinquième traité. Il existe de nombreux manuscrits et pue ^itioja , donf)é0 par Ismi^l

ii^

Boulliaa (in- 4^ Paris, 16^ y), do Manuel ariihmétique rédigé par ThéoQ de Smyrne, à Tusage des philosophes platoniciens. Cet ouvrage, important pour l'histoire des spéculations de l'antiquité sur les propriétés des nombres y se compose de quatre-vingt-treize chapitres, dont trente-six y savoir, les chapitres trente- trois à soixante-huit, concernent principalement les nombres musicaux. C'est donc à tort que réditeur a divisé cet ouvrage en deux parties, et qu'il a intitulé Tensemble des soixante et un derniers chapitres nspl {&ouaixYi;, tandis que c'est là le titre particulier da premier de ces chapitres, et que les vingtdnq derniers ne concernent nullement la musique. C'est donc à tort aussi que M. de Gelder, en publiant les trente-deux premiers chapitres seulement (in-S*", Leyde, 1827), a cru publier VArithmétiqw deTbéon tout entière. Si Théon a réellement composé les traités annoncés par lui sur la géométrie plane et sur la stéréométrie, il n'en est resté aucune trace. La fin du chapitre 93^ et dernier de Y Arithmétique manque, et ce chapitre incomplet est suivi d'une annonce du Traité d'astro^ nomie. On connaît deux manuscrits de ce dernier traité, mais qui tons trois offrent les mêmes fautes, extrêmement nombreuses, et les mêmes lacunes : le manuscrit de Paris est une copie du manuscrit très-défeotneux de la bibliothèque Ambrosienne de Milan. C'est un manuel d'astronomie, tel qu'un philosophe platonicien pouvait le faire après l'époque d'Hipparque et immédiatement avant celle de Ptolémée. Oo y trouve une multitude de documents nouveaux et précieux pour l'histoire de l'astronomie, de la philosophie et de la littérature grecque en général , des citations de prosateurs et de poètes perdus , et notamment d'amples ex traits des ouvrages astronomiques du péripatéticien Adraste d'Aphrodisie et du platonicien Dercyllidès, qui interprétaient diversement les opinions astronomiques de Platon, en tâchant de les concilier avec les découvertes d'Hipparque. A la fin de ce traité , on trouve une annonce du Traité sur la musique cosmique, rédigé par notre auteur, surtout d'après les travaux du platonicien Thrasylle de Phlionte; mais ce dernier traité a péri. L'astronomie de Théon de Smyrne a été publiée pour la première fois, traduite et commentée, par l'auteur de cet article (in-8% Paris, 1849, Impr. nat.). Th. H.-M.

THÉOPHRASTE, fils d'un foulon nommé Mélantas , naquit à Erèse, ville maritime de l'Ile de Lesbos, vers l'an 372 avant J.-C.^ et mourut à Athènes dans un âge fort avancé , mais qu'il est impossible de marquer aujourd'hui avec précision au milieu des témoignages contradictoires qui nous sont parvenus sur ce sujet. Sa vie , comme celle de presque tous les philosophes célèbres de l'antiquité , ne nous est connue que par des récits incomplets et mêlés de fables. Nous n'en signalerons que les traits les plus importants et les plus vraisemblables. Théophraste fit sa première éducation à Erèse , où il eut pour maître un certain Leucippe ou Alcippe^ puis, étant venu à Athènes , il y écouta d'abord les leçons de Platon, ensuite celles d'Aristote, dont.il devint lé meilleur élève et l'ami. On lui attribue l'honneur d'avoir deux fois délivré sa patrie de tyrans qui l'opprimaient. Ces glorieux souvenirs se rapportent sans doute à la première période de sa vie ^ car, depuis la mort d'Aristote ; peut-être même depuis la retraite de ce philo-

sophe à Chalcis y nous troavoDS Théophraste à la tête da Lycée. Son euseignement y eut un succès immense, interrompu toutefois à deux reprises par la persécution^ ou du moins par de haineuses attaques. Ainsi que tant d'autres philosophes , avant lui et après, Théophraste fut un jour cité devant les tribunaux comme coupable d'impiété; mais Agonidès , Fauteur de cette accusation , ne put la soutenir, et faillit être condamné lui-même. On doit avouer que, parmi les sentences qui nous sont parvenues sous le nom de Théophraste , il s'en trouve une où la Fortune est proclamée la maîtresse du monde; mais si cette sentence est authentique , il y faut voir plutôt quelque boutade passagère que Texpression d'un dogme sérieux. £n effet, soit dans ses Caractères, où il se moque de la superstition, soit dans le fragment de sa Métaphysique, soit dans un fragment conservé par Stobée (sect. m, § 50), soit dans un témoignage historique cité par Simplicius (Commentaire sur Epietète) , Théophraste se montre déiste au sens le plus clair et le plus raisonnable de ce mot. C'était peutêtre assez pour lui valoir la haine des zélés païens, comme Agonidès et comme ceux que Platon nous représente dans VEutyphron ; mais ce n'est pas assez pour que la critique moderne souscrive à ces vieilles calomnies. Au reste, la tentative d' Agonidès n'est pas le plus grave indice de Tesprit d'hostilité qui régnait alors dans certaines régions d'Athènes contre les philosophes. Vers le même temps m certain Sophocle , fils d'Amphiclide , réussit à faire porter par le peuple une loi qui défendait, sous peine de mort, d'enseigner la philosophie sans ce que nous appellerions aujourd'hui l'autorisation préalable de l'Etat. Sa loi équivalait à un décret de bannissement contre les professeurs; tous, en effet, s'exilèrent, et Théophraste à leur tète. Mais la liberté était trop dans les mœurs d'Athènes pour qu'une loi pareille pût rester en vigueur. Attaquée, dès l'année suivante, par Philon, et vainement défendue par Démocharès, neveu de Démosthène (il reste quelques fragments de son étrange défense) , elle succomba , et les philosophes rentrèrent dans leurs écoles. Celle de Théophraste était la plus nombreuse; Diogène Laêrce prétend qu'elle réunissait près de deux mille élèves, chiffre qu'il est bien difficile d'admettre, à moins qu'il n'exprime le nombre total de ceux qui , durant plusieurs années, se succédèrent dans l'école de notre philosophe. Ce qui est mieux attesté, c'est que Théophraste apportait à son enseignement, outre une érudition universelle et vraiment comparable à celle de son mattre Aristote, toutes les recherches d'une exposition savante, qui ne se refusait même pas certaines séductions de mise en scène. De là, sans doute, la fable, plus gracieuse que vraisemblable, suivant laquelle Théophraste, primitivement appelé Tyrtamus, aurait dû son nouveau nom à la divinité de son langage, comme a dit Cicéron. Une partie

riche collection. Comme écrivain, Théophraste n'est guère signalé à l'estime des gens de goût que par le petit livre des Caractères^ mais, soit qu'on reconnaisse dans ce livre un recueil de portraits à l'usage des orateurs (l'auteur avait écrit d'autres ouvrages de rhétorique «pu

> n'étaient fas sans originalité), on à Tusage des auteurs comiques (l'auteur eut f dit-on , Ménandre pour disciple), ou une analyse en prose des portraits tant de fois tracés par les comiques contemporains ; soit qu'on y reconnais/se le fragment de quelque traité de morale, ces trente pages , souvent mutilées et obscures, ne donnent pas une idée exacte de l'exquise perfection de stylç dont les anciens ont parlé, Divers fragments, épars dans Stobée et les compilateurs, offrent, coînine lâs grands Traités sur les plantes , le caractère d'une simplicité rapide et correcte ; mais il y manque cette vigueur de trait , ce sublime de penyée, qui relèvent souvent, même dans les sujets 1^ plus arides, la sôsheresse du style d'Aristote. Comme philosophe, Tbéophra^te n'est guère moins difficile à juger sur œ qui nous reste de ses ouvrages , et noqs regrettons que ces débris insuffisants, mais nombreux encore, n'aient pas été jusqu'ici réunis et étudiés avec toute l'attention qu'appelait le grand Qom de leur auteur. Les Caractères, composés vraisemblablement vers l'an 308 ou 307, attestent une observation matieieuse et fine du cœur humain. On y a remarqué l'absence de tout caractère honnête» et l'on s'est trop bAté de voir là une règle même de ce genre d'écrit, en s'appuyant sur un texte d'Hermogène (d«# Forj^s du discours, liv. i|, c. 2), qui est loin d'autorjser une telle eoDclusion, On y a poté aussi Tabsence de tout caractère 4a femipe, (N>mme un signp de Tindifférence on du mépris des philosopl;^ an- ^iB pour fsette moitié de l'espèce humaine; on oubliait que les poètes eomiqueS; sprtout ceux de la nouvelle comédie, qui sont bien, eqx anssi , des mpralistes à leur manière , représentaient mainte fois sur 1a iieàpe la mère, la jeune fille, la courtisane , et que rien ne manquait À leur? peintures d'une isociété élégante et corrompue^ on oubliait que, sans s'4tre spécialement occupé des femmes dans sa Morale, Aristote y a pourtant semé plusieurs belles observations sur Tamour maternel et sur l'amour conjugal. Quoi qu'il en soit, ce genre àeslCaractères en prose, dont Aristote offrait d/^jà quelques e?^emples et que Théopbraste avait animé de couleurs plus vives , garde désormais une place dans la littérature grecque. Sans parler d'un ouvrage composé sous le même titre, mais peut-être sur un sujet différent, par Héraclide de Pont, disciple de Platon et contemporain de Théopbraste , on peut citer, comme ayant écrit de semblables Car^ctèr^s, le péripatéticien Lycon, m nr siècle avant J.-C; Satyrus, sous Ptolémée Philométor, puis Dion Chrysostôme, Plu tarque, Lucien, etp. Chez les Romains, Cicé^ron et Sénèque en offrent quelques exemples. Mais, assurément, le principal hoqneur de notre philosophe est d'avoir inspiré l'ouvrage immortel de La Bruyère j l'ingénieuse préface que celui-ci a mise en tête de son ouvrage montre topt ce qu'il devait au modèle grec et comment le génie sait tirer de l'imitation même une nouvelle originalité.

Quant à la morale théorique et pratique de Théopbraste , Cicéron lui reproche une sorte de relâchement qui semblerait la rapprocher de celle d'Epicure, et cependant l^picure é($rivit contre Théopbraste. Il est probable qu'elle se tenait, moins justement que celle d'Aristote , dans ce milieu où réside la vraie sagesse, et que déjà elle accordait aux plaisirs du corps et aux biens de fortune plus d'importance qu'ils n'en

doivent avoir pour le bonheur. Parmi les rares fragments qui nons restent de cette morale, on remarque une décision fort dure contre le mariage; mais cette décision ne s'adresse qu'au #a^e^ et Théophraste parait Tavoir mise en pratique , pour vaquer plus librement à se^ vastes travaux. Un autre jugement, que rapporte Marc Aurèle {Peméêf^ liv. II, c. 10), sur les fautes commises par concupiscence ou par colère , nous laisse voir remploi de cette méthode qui est devenue plus tard le caiuume, et que pratiquèrent souvent les moralistes anciens, surtout dans Técole stoïcienne , comme on peut le voir dans le De of^ fieiis de Cicéron. Sur l'éducation et sur la vie de famille (Stobée^ sect. m, § 50; AppendiXy n'^llG), les précèntes da Théophraste sont justes , mais d'une honnêteté plus vulgaire. On en peut dure autant d*un morceau sur la colère (Stobée , sect. xix , § 12) ; mais un autre fragment (Stobée^ sect. xliv, § 22) , qui parait extrait de l'ouvrage Sur les UgUlateurs ou du Recueil de loù, suppose la plus minutieuse étude deç législations étrangères^ et semble, en quelque sorte ^ annoncer la n^a-* niere de Montesquieu.

En métaphysique , Brucker, et tout récemment M. Ritter, paraissent croire que Théophraste s'éloignait beaucoup des doctrines du Stagirite; il est plus facile d'afBrmer ces différences que de les prouver. On n'en trouve aucune trace dans le fragment qui nous reste de la Métaphyiique de Théophraste. Seulement , tandis qa'Aristote voit dans le mouvement régulier des sphères célestes le p|us haut degré de perfection , et n'hésite pas à mettre la condition des astres andessus de celle des humains , Théophraste se demande si le mouvement circulaire n'est pas, au contraire, d'une nature inférieure à celui de r&me, surtout au mouvement de la pensée. Nous citerons encore celte réflexion : « Ceux qui cherchent la raisoq de toute chose ruinent |a raison, et , du même coup, la science. » De telles phrases et d'autres semblables répondent, ce nous semble, aux doutes d'IJermippus ^t d'Andronicus, qui n'avaient pas osé comprendre cet oposcule parmi le^ écrits de Théophraste; et Nicolas de Damas l'avait (nien]|E apprécié lorsquUl le tenait pour authentique. Le peu qu'on sait des théories de notfe philosophe sur la rhétorique et sur la poétique, ne mérite pas de nous arrêter ici; mais nons devons signaler, en terminant , son traité Sur la seneation et les choses sensibles, où ses opinions ne se montrent guère , mais où les opinions de ses devanciers sont longqenaent analysées. C'est un chapitre intéressant de l'histoire de la philosophie grecque. En général, de toutes les qualités de Théc^hraste,. Térùdition est sans doute celle qui ressort le mieux des titres seiâs de ses nombreux ouvrages et des fragments qui nous en sont parvenus; mais il reste à cet égard d'utiles travaux à faire. L'unique recueil publié par Meursius, sous le titre de Theophrastus (Leyde, 1638), et reproduit au tome x des Antiquités grecques de Gronpvius, mériterait d'être revu et complété à l'aide d'une foule de publications récentes. Aucune édition des œuvres de Théophraste ne contient ses fragments; la meilleure de toutes, celle de Schneider (Leipzig, 1818*1821), ne renferme pas la Métaphysique, dont le meilleur texte se lit à la suite de \d^ Métaphysique d'Arisiote, édit. de Brandis (in-8% Berlin, 1823). Consultez, en outre, les éditions des Caractères y par Coray (Paris,

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