‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 58 sur 101 · TOFAIL. 90Ô · texte numérisé non relu

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d'èlres, savoir, avec les antres animaux , avec les corps célestes et avec rétre véritablement unique , doit nécessairement ressembler par ses actions et par ses attributs à toutes les trois.

Le solitaire examine ensuite les actions par lesquelles l'homme parfait ressemble à chacune des trois espèces > et comment , en se détachant successivement de tout ce qui est inférieur, il doit arriver au dernier terme, c'est-à-dire à ressembler à Dieu et à s'unir avec lui. Il cherche à se détacher de tout ce qui tient aux sens et à rimagination, à s'annihiler, pour ainsi dire, lui-même, pour ne laisser subsister que la pensée seule. Ce qu'il voit dans cet état, il ne peut le décrire, et ce n'est que par des images qu'il représente tout ce qu'il a vu dans le monde spirituel. Il se croit entièrement identiflé avec l'Etre suprême, et tout l'univers ne loi semble exister que dan& Dieu seul, dont la lumière se répand partout et se manifeste plus ou moins dans tous les êlres, selon leur degré de pureté. La multiplicité n'existe que pour le corps et les sens ; elle disparaît entièrement pour celai qui s'est détaché de la matière. C'est ainsi que, de conséquences en conséquences, notre philosophe, sans se l'avouer, conduit son solitaire au panthéisme. Arrivé au plus haut degré de la contemplation, Hay contemple, non pas la Divinité en elle-même, mais son reflet dans l'univers, depuis la sphère céleste la plus élevée jusqu'à la terre. Et ici, l'auteur, oubliant son rôle de philosophe et la mission scientifique qu'il s'est donnée, s'abandonne à son imagination et se livre à des fictions poétiques. Le solitaire voit successivement l'apparition de Dieu dans les inielUgenee$ des dififérentes sphères, et jusqu'au monde sublunaire. Elle^ montre de plus en plus resplendissante dans les sphères supérieures ; mais dans le monde de la naUsanee et de la destruction , elle ne se montre plus que comme le reflet du soleil dans l'eau trouble. Et étant descendu jusqu'à sa propre essence, le solitaire reconnaît qu'il y a une multitude d'autres essences individuelles semblables à la sienne, et dont les unes sont entourées de splendeur et les autres lancées dans les ténèbres et dans les tourments. Ce sont les Ames pures et impures. Le solitaire voit tout cela dans l'état d'extase, et, lorsqu'il revient à lui, il se retrouve

Tofaïl, pour achever sa tâche , devait montrer que les résultats obtenus par son solitaire n'étaient pas en contradiction avec la religion révélée et particulièrement avec la religion musulmane ; car la philosophie et la religion , renfermant chacune la vérité absolue , ne sauraient se contredire mutuellement. Hay, étant arrivé , à l'Age de cinquante ans, à s'élever par la pensée seule à la connaissance de la vérité , est mis en rapport avec un homme qui , au moyen de la religion, est arrivé au même résultat, et qui, reconnaissant comme Hay le trouble que portent les sens dans la méditation et dans la vie contemplative , veut se soustraire aux inconvénients de la vie sociale , et vient d'une tle voisine chercher un refuge dans l'tle déserte habitée par Hay. Les deux solitaires s'étant rencontrés, et AsAl (c'était le nom de l'homme religieux) étant parvenu à apprendre à Hay l'usage de la parole, l'instruit dans la religion et lui fait connaître les devoirs et les

Iiraliqoes qu'elle impose à rhomme. Il résulte de leurs conférences que es vérités enseignées par la religion et par la philosophie sont absolument identiques y mais que^ dans la religion , elles ont revêtu des formes qui les rendent plus accessibles au vulgaire; les anlhropomorphismes du Kor&n et la description qu'on y trouve de la vie future ne sont que des images qai ont un sens profond. La religion est venue en aide à la majorité des hommes qui ne savent pas s'élever, par la pensée » jusqu'à la vérité absolue et marcher dans la voie tracée par cette àernière* C'est encore pour se conformer aux besoins du vulgaire que la religion a permis aux hommes d'acquérir des biens terrestres el d'en jouir en toute liberté, chose qui ne convient pas au véritable sage. Ûay manifeste le désir de se rendre au milieu des hommes pour leiu: faire connaître la vérité sous son véritable jour et telle qu'il l'a conçue lui-même , et ÀsAl se rend à son désir, quoique avec regret. Les deux •olilaires , à l'aide d'un navire qui , par hasard , aborde dans leur lie, se rendent dans File autrefois habitée par As&U et où les amis de celui-ci font à Hay l'accueil le plus honorable. Mais à mesure que Hay leur expose ses principes leur amitié se refroidit, et le philosophe, ayant acquis la conviction qu'il s'était imposé une tâche impossible , retourne a son lie, accompagné d'Asàl. Les deux amis, renonçant pour toujours à la société , se vouent, jusqu'à leur fin , à une vie austère et ' contemplative.

L'ouvrage de Tofaïl a été traduit en hébreu , et Moïse de Narbonne a accompagné cette version d'un commentaire très-savant {Voyez le t. m de ce Dictionnaire, p. 365). L'original m*abe a été publié avec une traduction latine, par Edward Pococke, sous le titre de : Philo-iophui autodidactui , sive Episiola de Hay bm Yokdham, ïn-k^, Oxford , 1871. La version latine de Pococke trouva bientôt deux traducteurs anglais dans Ashwell et dans le qdaker George Keith. Une troisième traduction anglaise, faite sur l'original arabe , a été donnée par Simon Ockley y sons le titre suivant : The improvemeni of human reaeon exhibited in the life ofHai Ebn Tokdhan : wristen by Abu laafer Ebn Tofaïl, Londres, 1711. Une traduction hollandaise, publiée en 1672, a été réimprimée à Rotterdam en 1701, in-8^ ; et une traduction allemande , par J.-G. Prititts, sous le titre de : Der von sich selbst gelehree Weltweise, a paru à Francfort en 1726 , in-S*". J.-G. Eichhorn en a publié une nouvelle sous le titre de : Der Naiurmeneeh oder Geschichte des Hai Ebn Toktan, in-8% Berlin, 1782. S. M.

TOUSSAINT (Francois-Yineent), connu surtout par son livre des Mœurs, qui fut condamné , par arrêt du parlement de Paris, à être lacéré et brûlé , avait été d'abord avocat , puis , s'étant fait littérateur , rédigeait pour VEncyclopédie les articles de jurisprudence. Le livre des Mœurs ne fut pas plutôt sorti de la presse , qu'il souleva contre lui la magistrature parisienne. Quoique le volume fût anonyme (ou pseudonyme, car l'épltre dédicatoire est signée Panage , traduction grecque de son nom), il crut prudent de se retirer à Bruxelles, où quelque temps il rédigea, sous l'influence autrichienne ^ la Gazette française, et d'où Frédéric II l'appela, en 176ï, à Berlin , pour lui confier, dans l'université de cette ville, la chaire de logique

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