‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 60 sur 101 · IS TUR60T · texte numérisé non relu

IS TUR60T

ipent çéparé toate relation de l-étre aperçu à Tèlre aperce vapt... Le irnol exUUnce ne répondra ainsi, comme on |e voit, à aucune idée ni des sens y ni de Timaginalion , si ce n'est à la conscience du mot généralisiiey ^t séparée de tout ce qui caractérise nop-3çulement le fr^oi, iniU3 inéme tous les objets au^^qdels elle a pu être transportée par abstraction. »

(Ces courtes cjf^ions rei^fenpent des tracer npmbreuses de la phraséologie sensq^li^fe. Partout cependant dans ce morceau on sent quelque chose de plu^ péoétfant • de plus profond que les théories contemporaines du condiltàcfsipe. Turgot distingue le sujet qi^i sent de ses sensations et 4é jW collection^ contrairement aux assertions fondamentales de la métaphysique condillacienne ; seulement il fait celte distincjîion avep plus d'énergie que de petfeté et de clarté. Il indique fortement, spus le§ pjiénpipèqiss révélé^ par la sensation , ce quelque chose d'obscpr qpi en est la base, le itubstratum, ce que les cartésiens ^ppetoient I9 ipub3tance. Snf ce point \l se $j§pare du senspalisme.

Cela eçt d*autant plus remarduable que les théqrijes 4p Locke , trèsrépandue^ alors, ne con^ffisep]^ a rien de semblable; et qu*au contraire y Essai sjnr fpHginfi des pçnnaUsaneès hunuiines de Condillac, qui avait paru en 17^6 , aualre ou Cfpq ans avant Y Encyclopédie , suggérait de ioot autres conclusions.

Sans doute, la théorie de Ji^i'go^ se ramène, au fond, à celle de Des-

Sirtes ; mais, outre que Deçcarles , à cette époque , n'était guère en onneqr, \\ est bien évident que c'est à sou insu , en restant original , que Turgot renouvelle sur ce point l'auteur des Méditations.

Pans sp$l*ettfes d l'^t>bé d^.... sur le sy$tème de Berkefey, Tuxgoi débute par iQpntrer que les rapports de nos sensations, qui se contrôlent mutuellement , excitent en pqus la croyance à la réalité des ol)jets. Il y aurait çpnf'radicliop, ajoute-t-il, à supposer que des observations por tant sur dps objets chimériques, et partant chimériques elles-mêmes, pourraient mener à des conclurions toutes vérifiées par l'expérience. Il étend et fortifie cet argument par dès exemples tirés des sciences naturelles, et établit qu'il y a dan^ les objets extérieurs de nos sensations des rapports d'effets et de causes qui ne peuvent être que les rapports des réalités elles-mêmes.

Il ne voit pas que ce raisonnement , qui est loin d'être dépourvu de puissance, suppose déjà ridé,e d'un dehors quelconque, et, par conséquent, la notion d'extériorité. Pour mieux ruiner l'argumentation de Berkeley» il aurait fallu démontrer d'abord, par une analyse exacte du fait psychologique de la perception, que dans le jugement même qui accompagne ce fait est impliquée Tidée d'un dehors, puisque le mot ne s'affirme qu*en se distinguant de ce qui n'est pas lui.

Du reste, la prétention de Turgot contre l'idéalisme de Berkeley se bornait, selon sa propre expression, à affirmer des êtres extérieurs « qu'ils ont les propriétés géométriques qui dépendent de la distance, c'est-à-dire la figure et le mouvement qui appartiennent nécessairement à des êtres composés. »

Même avec cette restriction, Turgot aurait dû insister sur ce fait, que nous percevons, non des idées intermédiaires entre les corps et nous , mais les corps eux-mêmes. Mais il aurait fallu repousser expli-

citement l'hypolbèse fausse des idées-images si à la mode an xtip siècle; etlexTiii' siècle s'étail borné en général à remplacer par la sensaEioD , devenue le fait iolerne nnique, l'idée-image du ^vii' siècle.

De la sensation pure il était difficile de faire sortir la notion de J'extériorilé; et Turgot n'osait on ne savait reconnaître toute la force un prlDcipe de causalité sans lequel il n'y a pas d'exlériorité possibjfi-

Les Obtervaiipnt et pentiet diverns [1757) révèlent, mature le|))' forme fragmentaire, une vigueur et line fermeté de pensée rem^rgq^bles. Il ne s'y montre pas le disciple d|i sensualisme condillaciep , qui ne se développa d'ailleurs que plus tard, et contre les premières |l{e)in duquel nous le voyons réagir dans l'article $xUienet. l^ais en fùâ^p temps il est bien lojn d'élever hautement un drapeau différept, et ^p renouer bardioient les traditions cartésiennes ^u xvii* siècle, qqéf'tjRr tenelle , cette mAme année 1757, emportait avec lui daps' Ja lo^ibe.

Dans les Réflexioni tvr la langue» il se montre le disciple de |i-Qf:)((tf qu'il déclare, à l'exemple de Voltajre, « nous avoir ouyert 1^ prpp)^^)' le chemin de la vraie métaphysique;» et, s'inspirant celte fois d|)pii^' cipe sensualisle, il attribue pne importance exagérée à l'étq^e é( i l'analyse des signes et du langage. Il croit que a l'élu4e de^ lang|^e^ , bienfaile, serait peut-être la meilleure des logiques; et que cette çspèce de métaphysique expérimentale sefait en même Ipmps Tbistoirp de l'espfit humain et des progrès de ses pensées , toujours proportitUfnels au besoin qui les a fait naître. Elle nous apprendrait quel usage nous faisons des signes pour nous élever par degrés 4^s idées sepsifiles aux idées métaphysiques. Elle a fait seplir combien cet in^tT^mevt Of te$pTit que l'eeprit a formé, et dont il l'ail tant d'usage den^ ses opérà^ tions , offre de considérations importantes sur |e mécanisme de sa çoi)slruction et de son action. »

Cetle opinion de Turgot, et des sensualistes eq général , a sa r^iso» danslenr point de vue. Les mots sont les signes sensil>les décidées; ^t dans un système où les sens produisent tontes les idées, les pots sopt l'intermédiaire le plus commode pour prouver dans le calé sensible des idées la part qui revient primilivement aux sens dans leur formatiisp. — Notons, en passant, que Targot reconnaît que celiifvlptmm^ 4* Vtiprit, c'est l'esprit qui l'a forn\i; ce qui supposa nécessairement pna activité innée à l'esprit , antérieure à tou^ lés signes , et par cooséqpept tout l'opposé de l'hypothèse de la table r^e , ce poipt de départ éiçfm\ de tout sensualisme.

Par ces motifs, 'Turgot s' occupa beaRCqup, et ^y^p succès, d'étymi}logies, quoiqu'il reconnût iui-mèn)e que la sciepcé des étymologiei) fifA purement conjecturale. Mais il ^tait persuadé que de senibla))lcs ttj)vaux seraient très-utiles pour construira une fl^eorie' généralp des langues et créer la grarpmaire générale. Daps l>rw ^'Wfm^ 9^ l'Encyclopédie , il donne des règles pour trqnyçf les étypïPlogles, et eu cite des exemples fort curieux et fort intér^^saptg. |l y a4n:;jr? )a science analytique avec laquelle Locke raniçn^jt '^i^^ jtlé^ sensi^j;s toutes les idées qui sont dans rintelligenceq^fpqiRQ, ^J. pipt^ai^ ru • l'arliGce de ce calpal de mots par lequp-1 les hiffpmep ont formv, com-

Fosé, analysé \ouùis sortes d'abstractions ip^f^e^fiblgg %iV(. s^çps et à imagination , préciisément comme les noml^ ei^ppiné;; pût êlRaJWF^

chiffres, sur lesquels cependant le calcalateur s'exerce avec facilité... Locke , et depuis M. l'abbé de Condillac, ont montré que le langage est véritablement une espèce de calcul f dont la grammaire et même la logique en particulier ne sont que les règles. »

Dans ce remarquable article , Turgot se montre imbu des théories sensualistes, moins pourtant que plus tard , sur le même sujet , Yolney et les idéologues. Il y confond , entre autres , l'origine des mots, avec celle des idées , à l'exemple de toute l'école sensualiste.

LeaRenMrqueieriiiquessurlesréflexionêphilosophiquesdeM.deMau' pertuiê sur l'origine des langues et la êignification des mots, sont écrites du même point de vue, et manquent souvent de justesse. La théorie que tout vient des sens n'était malheureusement pas très-propre à ramener les esprits de l'observation extérieure à l'observation interne. Et dans la question des rapports du langage avec la pensée , la doctrine de la sensation exagérait Vinfluence des signes. Dans cette discussion avec MaupertuiSy Turgot n'a pas toujours raison ^ et, si l'on veut toucher du doigt les points où il s'écarte de la vérité, il n'y a qu'à consulter le morceau de Maine de Biran {OEuwes, t. ii, p. 319), intitulé Note sur les réflexions de Maupertuis et de Turgot. Personne, mieux que Maine de Biran, n'a montré Taclivité primordiale et essentielle de l'esprit. Dans le phénomène de la perception , ce profond et illustre psychologiste distingue nettement ce qui n'appartient qu'à l'esprit de ce qui appartient à la puissance des signes. — Miais ni Turgot ni Maupertuis ne reconnaissent assez fortement l'activité originelle du mot ou de l'intelligence dans tous les faits de cet ordre. Turgot ne s'aperçoit pas que pour par/er et compren(2re un langage, un signe quelconque , l'esprit doit posséder préalablement le rapport du signe à la chose signifiée, rapport qui ne se résout dans aucun autre, et sans lequel les mots seraient de vains bruits, l'écriture un amas bizarre de lignes droites et de lignes courbes , et non des signes représentant les idées.

Sur toute cette question, Turgot confondait la sensation avec la perception. Mais qui songeait alors en France à cette dislinction, un des mérites de Reid et de l'école écossaise ?

Ce serait aller bien loin que de conclure que les écrits de Turgot sur la métaphysique ont contribué avec éclat aux progrès de la science. Mais ils ont, au moins pour Thistorien, la valeur d'une protestation réelle , souvent timide et indécise, contre les tendances du sensualisme, dont la dernière moitié du xviii* siècle devait voir les saturnales. Ce sont des pages où ce qui se trouve de vrai, de neuf, d'original, est plus honorable pour l'homme qu'il n'a été utile à la science. Mais n'eussent-elles servi , comme éludes , qu'a étendre , à élever les idées de Turgot, à fortifier en lui cet ardent amour de l'humanité qui fut le mobile de tant d'actes utiles, de tant de mesures bienfaisantes, et qui a fait de lui un si grand ministre devant la reconnaissance de la postérité; n'eussent-elles produit que ce résultat, ces pages seraient encore dignes de toute l'attention de l'histoire.

Parlons maintenant de ses écrits sur la politique.

Turgot aimait la politique comme un grand cœur aime les suprêmes intérêts des notions. Son ambition , si on peut appeler de ce

nom le dévouement absolu qa*i1 montra pour son pays, son ambition ne poursuivait aucun but personnel.

Ses écrits politiques importants sont deux mémoires au roi.

Le premier y ayant pour objet rétablissement d'institutions municipales, a pour titre : Mémoire au roi sur les municipalitéê , iur la hiérarchie qu*on pourrait établir entre elles, et sur les services gue le Gou^ vemement pourrait en tirer ( 1T75).

On sait dans quel état se trouvait Tadministration en France lors de Tavénement de Louis XYI. Les limites des différents pouvoirs , mal déûnies , amenaient de scandaleux conflits entre le ministère , la magistrature et le clergé 3 de sorte qu'à chaque instant le pouvoir personnel du prince était obligé d'intervenir pour terminer ces incessants débats. Absolu en apparence, le pouvoir royal était en fait vacillant et faible. Souvent il descendait à de misérables et honteuses tra^nsactions, comme tout despotisme qui n'est pas manié par un Richelieu ou un Louis XIV-

Frappé de ce désordre universel , et des maux sans nombre qui en étaient la triste conséquence, Turgot pensa que le seul remède serait dans une constitution qui définirait tous les pouvoirs , les rattacherait les uns aux autres par les liens naturels de la raison et de la justice, et puiserait sa force dans le concours loyal et régulier du peuple au vote de TimpAt et à la répartition des travaux publics sur toute la surface du pays. Il faut lire le Mémoire sur les municipalités, si on veut toucher du doigt quelques-unes des innombrables misères de l'ancien régime. Celui qui en met ainsi à nu les faiblesses et les désordres n'est ni un bel esprit chimérique, ni un pamphlétaire qui se venge; c'est tout simplement un homme vertueux, mais un homme qui a suivi la filière administrative, et qui, placé au faite des affaires, plonge un regard scrutateur et expérimenté sur cette immense machine qu'on appelle le gouvernement. Comme on sent, à chaque page de cet admirable Mémoire, la décadence profonde de la vieille monarchie ! « Sire, disait Turgot, cette nation est nombreuse ; ce n'est pas le tout qu'elle obéisse; il faut s'assurer de la pouvoir bien commander; et, pour le faire sans erreur, il faudrait connaître sa situation , ses besoins 'ses facultés, et même dans un assez grand détail. C'est ce à quoi Votre Majesté ne peut espérer de parvenir dans l'état actuel des choses, ce que vos ministres ne peuvent pas se promettre ni vous promettre, ce que les intendants ne peuvent guère plus , ce que les subdélégués que ceux-là nommeront ne peuvent même que très-imparfaitement pour la partie étendue confiée à leurs soins.... La cause du mal , sire , vient de ce que votre nation n*a point de constitution. C'est une société composée de différents ordres mal unis, et d'un peuple dont les membres n'ont entre eux que très-peu de liens sociaux; où, par conséquent, chacun n'est guère occupé que de son intérêt particulier exclusif, et presque personne ne s'embarrasse de remplir ses devoirs ni de connaître ses rapports avec les autres : de sorte que , dans cette guerre perpétuelle de prétentions et d'entreprises que la raison et les lumières réciproques n'ont jamais réglées. Votre Majesté est obligée de tout décider par elle* même ou par ses mandataires. On attend vos ordres spéciaux pour contribuer au bien public , pour respecter les droits d'autrui, quelque*

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