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fois même pour oser des siens propres. Yons êtes forcé de statuer sur toat, et le plas souvent par des volontés particalières, tandis qae vous pourriez gouverner comme Dieu par des lois générales , si les parties intégrantes de votre empire avaient une organisation régulière et ^es rapports connus. » Quel beau langagç ! comme il tranche avec le style babitu^llepènt servile des écrits de ce genre!
Torgot montrait comment le despotisme crée des individus isolée, desdasses qui on^ des intérêts opposés , et amène ràn^rchiè, c'està-dire l'apéantissemept des intérêts généraux. Sop désir pour remédier à cette anarpbip djécorée dq nom de monarchie ^ aurait été de fiiire concourir toutei^ les forces vives de la nation au mouvement de l'ïltat.
n proposait, en conséquence, de confier les intérêts inférieurs ^e§ communes, des arrondissements, des villes, à des conseils électifs çbargés çpécialernent de celte gestion. D'autres cqnseils, égalen^efit électifs, auraient réglé les affaires des provinces; et enfin un conseil général , représentant le royaurpe comme une grande municipalité, aurait réglé les intérêts communs à tous les citoyens. Les propriétaires du 30) au^ raient été seuls en possession d'élire les membres dés conseils ^es communes; cei^L-ci, les niembres du conseil supérieur, et ainsi de suj^ jpsqu'au conseil suprême. On recoupait là ijnjE} conséquence 'pô)itiq|)p de la physiocratié. Les petits propriétaires auraient eui le droit de se réunir pour déléguer un votant chargé de les représenter ; et réçipfQquement les riches propriétaires eussent eu plusieurs voix. C'est la doctrine du double vote , doctrine admise dans les affaires indust)rie|le§ , mais politiquement fausse. Dans Tindustrie, il n'y a en jeu que dê§ intérêts qui s'évaluent en chiffjres ; en politique il s'agU d intérêts mpraux qui sont également grands, également souverains pour chaque citoyen , riche ou pauvre.
Les députés devaient être payés. Le traitement des membres des conseils provinciaux ne devant être accor()é que pour un mois ou deux sessions, et fixé sur un pied modique, par exemple 12 francs par jour, ou 15 louis pour le temps de la sessiop ; Turgot pensait qu1l serait surfisant sans exciter la cupidité. Les députés auraient eu des mandats ou cahiers dont ils eussent été obligés de rendre. compte à leurs commettants. Quant aux députés fprmant rassemblée générale à Paris , leur traitement devait être de 1,000 écus pour six semaines de séjour dans la capitale.
Mais, en accordant aux propriétaires ^n sol le droit exclusif de jceprésenter le pays , il voulait en revanche que tout le fardeau de l'impôt retombât sur eux , ce (m\ est assez logique. Il demandait, en cofiséquence, la confection d un cadastre gépéral de le France.
Cette rapide enalyjse de la grande conceptjon politique de Turgot en fait comprendre la vraie portée, qu'il ne faut ni exagérer ni diminue^. L'économiste y domine l'homme d'Etat et Tinspire. Dans ce système, les vocations, les inégalités du régime féodal , dont mille abus survivaient en plein xvni* siècle, eussent été abolies. liAais Taclion de ces assemblées municipales, graduées selon des zones de plus en plps étendues, devait être liniitée à la discussion des intérêts locaux , et ne jamais se confondre eiyec le pouvoir législatif, exclusivement réservé au jrqi.
TUBGOT. MS
Torgot déclarait formellement que ces assemblées ne seraient point des ElaU, mais des réunioDs de ciloycDs ; et qu'elles auraient à délibérer sur la répartition des impôts , le$ travaux publics , les routes et la police des pauvres.
La constitutiou de Turgot eût créé nue série de comités ci)DBulla||&, non des cbambrei comme dans la monarcbie anglais^ et dans |a 0107 narcbie française de, 1814 à ISIiS. La force des choses , il est vru, eut conduit rapidement, et peut-être sans secousse violente, à l'inlerveplion directe du pays dans la politique. Combien les événemepts qui suivirent démontrèrent la sagesse du inia|stre qui voulait par des réformes éviter les révolutions I
{.a question de l'éducation natipnale tenait une grande place dans les projets politiques dsTurgot, etse|JaitétroileineDlà son idée d'une constitution. Il consacrait un paragraphe considérable du Mémoire tur les municipalitét à celte qpestjciD, sous ce titre : De la manière de fr'éparer le* inditsidut et t«t famiiies à biet} eptrer dam une bomie constitution de (a tociëté. Jusqu'alors l'édaçation , abaudonnée exclusivement aux congrégations religieuses et i quelques universités locales , manquait entièrement de ce caractère général, élevé, national, en un mot, qu'elle doit avoir dans un grand pays comme la France. Turgot voulait porter remède à cet esprit de localité , de morcellemeol , de rivalité d^ corps, de castes et de professions, si opposé i liiut esprit vraiment national, à tout ce qiii constitue la vraie nml4, l'unité morale du pay^. II proposait donc plusieurs choses qui depuis ont été accomplies. D'abord il demandait B la formation d'un conseil derinslruclion ualionale, sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, le^ petites écoles.... Ce conseil n'aurait pas besoin d'être Irè^nombreux , car il est à désirer qu'il ne puisse avoir lui-piépie 9u't|p seul esprit. Il ferait composer dans cet esprit '^s livras cl^^iqnes d'après un plan suivi, de manière qce l'un condpislt à laiiFre,éi que l'étude des devoirs du citoyen, membre d'une famille el 4^ l'^t^lf f^^ le fondement de tontes les autres études, qpi seraient rangée? daqs l'ordre de l'utilité dont elles peuvent être ^ la patrie. » En conséquenpf, il voulait des livres faits exprès , choisis avec soin au concours, pi ph maître d'école dans chaque paroisse.
L'instruction supérieure devait être donnée dans les coljéges. fl qe voulait pas que l'éducatioq fût exclusivement littéraire : •Cellç-ci, disait-il , forme des savants , des gens d'esprit et de goût ; ceux qiji qe sauraient parvenir à ce terme restent abandcnués et ne sont rjep. > Dans son opinion, l'Etat a besoin avant tout d'bomoff s pratiques , d'hommes utiles , hoonêles et vertueux. Et par tous ces motus, il préférait hautement l'éducation laïque. L'iostniction donnée par \ss congrégations religieuses avait, à ses yeux, le pr^ci^qz avanJage d'ope assez grande uniformité. Hais , particulièrement occupé^ '^fs pbo^s ^a ciel, elle lui semblait pour to^t lerette très-iosof^saolie- ■ X^ preuve qu'elle ne suffit pas, disait-il , pour la moral^ & observer entre les citoyens, et surtout entre les différentes associations de piioyeus, est dans la multitude de questions qui s'élèvent tons les jours, oi^ Votre Uejeslé voit une partie de ses sujets deq^qd^ ^ vpXSF l'sqUie par 4es privilèges ezdusijs^ de sorte qne voUe cdii^ est f(àp^ 09 feficimçr
ces demandes , de proscrire comme iDjostes tes prétextes dont elles se colorent. »
C'est ainsi qae da faite à la base do gouvernement, Torgot voulait fortifier le sentiment national en le purifiant dans sa source j et en le dégageant des mesquines préventions que donne l'éducation qui n'a pour horizon que les idées d'une caste , d'une coterie , d'une corporation particulière. Que l'on rapproche les idées de Turgot srur l'instruction publique de ce qui a été réalisé parmi nous par la fondation de l'Université y et on est tout étonné de reconnaître que , sur presque tous les points y on n'a fait qu'exécuter ses plans : tant ce profond esprit savait voir juste en étendant sa pensée sur la société !
Le second écrit politique est le Mémoire au roi sur la manière dont la France et V Espagne doivent envisager les suites de la querelle entre la Cfrande-Bretagne et ses colonies.
Cet écrit n'a pas, à beaucoup près, la haute importance du Mémoire sur les municipalités; mais il montre la science politique de Turgot sous un autre aspect. Tout à Theure c'était le penseur appliquant sefs idées de réforme à une société qui s'en allait en lambeaux. Ici , c'est un homme d'Etat appliquant ses connaissances spédales à Tune des plus graves questions qui occupent les gouvernements modernes. Turgot développe des vues très-élevées et très-justes sur les suites d'une guerre maritime, et sur l'avenir immense qu'il entrevoyait pour les colonies anglaises émancipées. Ce qu'il dit sur ces divers points atteste une connaissance étendue des questions coloniales. Comme il ne reculait pas devant les conséquences des faits, il laisse percer une sympathie marquée pour l'indépendance des colonies, dont il voudrait faire des « provinces alliées et non plus sujettes de la métropole. » L'exemple des embarras de l'Angleterre n'avait pas été perdu pour lui.
Signalons encore la Lettre au docteur Price sur les constitutions américaines (1776). La date de ce petit écrit rappelle les problèmes qui s'agitaient alors dans le monde politique. Les assertions de Turgot indiquent le chemin qu'avait déjà fait en France l'opinion publique. Loin de se montrer ici , comme Montesquieu et Voltaire en avaient donné l'exemple, admirateur passionné de l'Angleterre, Turgot traite avec sévérité l'orgueil de cette nation , et l'esprit de parti qui s'y mêle à toutes choses. Pour lui, Tindividu a des droits que les lois reconnaissent , mais ne constituent pas. La nation peut les ôter à l'individu par la violence, par un usage injuste de la puissance publique^ mais il ne dépend pas d'elle de les anéantir. Une nation qui prétend en gouverner une autre , ne peut le faire qu'à la condition de se déshonorer par la tyrannie.
Il désapprouve la plupart des constitutions américaines, et surtout le serment religieux que plusieurs de ces constitutions exigent de leurs représentants , ainsi que l'exclusion des prêtres du droit d'éligibilité. Il est persuadé que les Américains s'agrandiront forcément, non par la guerre, mais par la culture; et, partageant l'enthousiasme de ses contemporains au sujet de l'avenir réservé à cette jeune nation qui donnait alors de si beaux exemples au monde, il termine sa lettre par ces nobles et touchantes paroles : « Il est impossible de ne pas faire 4es voeux pour que ce peuple parvienne à toute la prospérité dont il
est susceptible. 11 est Tespérance du genre humaio : il peut en devenir le modèle. Il doit prouver au monde ^ par le fait^ que les hommes peuvent être libres et tranquilles , et peuvent se passer des chaînes de toute espèce que les tyrans et les charlatans de toute robe ont prétendu leur imposer sous le prétexte du bien public. Il doit donner l'exemple de la liberté politique , de la liberté religieuse^ de la liberté du com- ^ merce et de l'industrie. L*asile qu'il ouvre à tous les opprimés de toutes les nations doit consoler la terre.... »
La question des rapports de l'Etat et de TEglise a^ dans tons les temps 9 préoccupé les hommes d'Etat. Au moyen âge, et jusqu'à la Révolution f les institutions civiles , en France, furent mêlées aux institutions ecclésiastiques. Aujourd'hui encore , un pareil ordre de choses se maintient dans une partie de l'Europe. Ce fait, qui eut sa raison d'être à une époque où le clergé seul gardait les traditions de l'administration romaine , n'était qu'une anomalie flagrante lorsque le pouvoir civil se montrait plus éclairé que le clergé lui-même. Au dernier siècle^ ce mélange ne produisait plus que des abus, et souvent des actes odieux d'intolérance. Le clergé confondait son pouvoir avec celui de l'Etat. Au lieu de demander l'empire sur les Ames à l'adhésion libre et spontanée de la conscience, il invoquait le bras séculier, et s'opposait de toutes ses forces à la liberté religieuse dans l'ordre purement civil.
Frappé de cette anomalie , Turgot voulut résoudre ce difficile problème. Pendant qu'il était conseiller au parlement, les discussions de Tarchevèque de Paris et du parlement l'avaient conduit à rechercher quels étaient les principes et les limites de la tolérance civile et de la tolérance religieuse. Dans sa jeunesse il avait vécu au séminaire, et, en qualité de mattre des requêtes et de conseiller, il pénétrait dans l'intérieur de la magistrature. Il avait rapporté de ce double contact la conviction profonde , souvent exprimée par lui, que la morale des corps les plus scrupuleux ne vaut jamais celle des particuliers honnêtes. Cette conviction avait fortifié en lui une aversion naturelle pour tout ce qui sentait l'esprit étroit et injuste de secte et de parti. Il publia donc (175iSi'), sous le voile de l'anonyme, à cause de sa position , le Concilia^ ieur, ou Lettres (2'tin ecclésiaeiique à un magistrat, eur le droit des citoyens à jouir de la tolérance cimle pour leurs opinions religieuses; sur celui au clergé de repousser, par toute la puissance ecclésiastiqtie ^ les erreurs qu'il désapprouve; et sur les devoirs du prince à l'un et à l'autre égard.
Selon lui , l'Etat n'a que le devoir de protéger des intérêts communs à tous } et rintérêt de chaque homme est isolé par rapport à son salut. Aucune religion n'a donc droit à une protection spéciale de TEtat^ il ne lui faut que la complète liberté d'existence , 2 la seule condition que ses dogmes et son culte ne soient pas contraires au bien de la société. La loi qui va plus loin viole la conscience individuelle. Chaque Eglise doit s'occuper des croyances; le gouvernement ne juge que les actes .• mais il a le droit de s'occuper des dogmes par rapport à leur influence sur le bien et la sûreté de l'Etat. Une religion est donc dominante de fait, non de droit; car une religion est fondée sur une conviction; et les hommes réunis en corps n'ont pas le droit d'en adopter une arbitraireipent pour tout le monde.
Déjà il ftvâît esquissé Ifl Mme doctrine dans ses Lettres 9ur la tolé- Hncè, adressées y eh 1753, à un ecclésiastiqae qai avait été son condisciple eii Sorbonne. Il était si petâaadè de ia vérité de ces principes^ g^a'il avait tnèmé écrit alors tin fragment d'nne Histoire du jansénisme et du mùliniàme, ponr montrer que tout le mal , en pareil cas , vient de rintervention du gouvernement dans les querelles religieuses. Ce fragment respire une gravité politique ferme et paisible à la fois. Turgot y développe cette thèse , que les difficultés religienses naissent lorsque TattentlOn publique se fixe sur la partie spéculative de ia religion. Comme le peuple ne saurait s'échauffer pour des questions purenient spéculatives qui sont au-dessus de sa portée y et comme on veut iiëànmoins Témouvoir, on s'efforce de lui faire prendre le change^ de lui montrer dans la question autre chose qae la question même. On rinauiète sur Texistencë même de la religion ; on lui persuade que les fondements de la foi sont ébranlés; et on arrive enfin à le passionner^ à lé soulever contre les personnes et les opinions.
La conclusion de Turgot était simple et ferme : c'est que toute intervention de la puii^sance civile dans les querelles religieuses est une faute pofitique et une violation des droits de la conscience.
L'expérience des affaires le confirma dans cette conviction : il la re-
Ïiroduisit tout entière^ vingt ans plus tard, dans le Mémoire s^tr la olérànce qu'il adressa au rbi lors ue la cérémonie du sacre. Mais cette fois il traita à fond , et d'une manière étendue , la question toute politique de la tolérance. On sent y au style large et vigoureux , que la pensée s'est fortifiée et mûrie avec le temps. A ses yeux , le principe dé la tolérance a pour fondement la confiance qu^n doit avoir dans l'empiré naturel de la vérité sur tous les esprits , et la certitude qu'il y a une religion vraie. « Le trouble dans la famille, avait-il dit dans sa deuxième lettre, ne viendra pas dé ce que Tenfant pensera autrement que le père , mais de ce que le père voudra forcer son fils à penser comme lui. » D'ailleurs il distingue parfaitement la tolérance civile, qui est de Tordre purement politique , de la tolérance religieuse. II y aurait de l'impiété à confondre ensemble toutes les religions. Ce ne serait plus de la tolérance 5 ceàerait de l'indifférence absolue en matière religieuse. Mais aussi il n'v a que les gouvernements matérialistes et athées qui puissent se croire le droit d'être intolérants à l'égard des diverses croyances, et qui veuillent forcei* le sanctuaire de la conscience individuelle. Turgot voulait bien cependant que l'Etat protégeât bne religion , mais à titre de croyance utile, et non comme une croyance seule vraie, D pensait que le gouvernement pouvait todt au plus protéger cette religion comme servant à indiquer, avec quelque autorité, une règle à Tindifférence et à l'Ignorance de la foule. Cette action du gouvernement devait être exclusivement morale, et privée absolument de tout moyen coercitif.
L'opinion de Turgot était fondée sur la vraie liberté de là conscience. Une idée absolument fausse , quoique bien vieille et enracinée dans un grand nombre d'esprits, c'est celle qui assimile le pouvoir civil à la puissance paternelle. S'il y a une époque où lès peuples enfants ont besoin d'une tutelle, il y a aussi un moment où ils arrivent à la virilité. Les lois bonnes pour les premiers sont mauvaises pour les seconds.
TURGOT. 9if
C'est de ce principe qu'il fâtit paîrtii* poar jagei* imDarUàlénièint \ei vieilles lois qui proscrivent la tolérance. Lé princii^é aidërènt^ et tout moderne en politique , de la responsabilité absolue de Tindivldu a rèm-
f)lacé peii à peu la vieille idée politique. Ce principe, ^tii implique If iberté de croyance et celle de raclion, donne des droits à rlndividu, et limite devant la conscience publique le pouvoir dé TËtàt en matière religieuse. C'est là ce qui fonde et constitué la tolérance civile telles à peu près , qu'elle existe de nos jours.
La tolérance civile dérive de Tégalité civile. Les deux princiiies se liaient aussi dans Tesprit de Turgbt. §on jugement exact et son expé^ rience d'administirateur regardaient comnae un fait inévitable rinégalité des conditions dans la société 3 mais il voulait que les lois corrigeassent, sous ce rapport, ta nature des choses, eh accordant à chdcun protection égale pour le libre développendent de ses facultés. Pour loi^ rinégalité des conditions était la conséquence dé la diyersfté et de rinégalité d'aptitudes chez les individus. Aussi élait-il Tenhemi déclare de tout privilège, de tout monopole, de tout obstacle humain à la liberté du travail dans toutes les classes de la société. Cela explique le zèle qu'il porta dans les réformes commerciales et économiques^ et soà ardeur pour les réformes civiles quMI ne lui fut donné tiué d'indiquer^ et tout au plus d'essayer très-incomplétement. Ce fae rut pas jseul&ment comme économiste qu'il voulut l'abolition des corvées, des jhrandes et des maîtrises; ce fut aussi comme philosophé essentiellement ami de la dignité humaine.
Tout ce qu'a dit, écrit, ou réalisé Turjgot, a ainsi âa sobl'ce dans ses idées philosophiques. Ce dévouement absolu aux grande intérêts de l'humanité puisait une énergie nouvelle , chez cette grande âme, dans une foi profonde à la perfectibilité indéfinie de la race hiimàiné. Cette foi avait dans l'esprit de Tiirgot toute la force d'un dogme parfaiteihent arrêté. 11 l'exprima en maintes circonstances dans ses conversation^ avec ses amis, et ce fut de bonne heure le flambeau qui Téclairà danji ses recherches , dans ses entreprises.
. Nous avons dit qu'élu prieur de Sorbohiie, il prononça ^ le 3 Jiiillei 1750 , un discours Sur les avantages que la rélijion chrétienne à procurés au genre humain, A la fin de l'année , en sortant dé charge • le 11 décembre 1750, il prononça un autre discours qui avait pour objet les progrès de l'esprit humain. Dans le premier, il débute par attaquer l'opinion de ceux qui prétendent que le christianisme n'est utilç que pour ce qui touche aux intérêts de là vie future. Il est certain^ en efiet, que la vraie destinée dé l'homme étant toute morale , la vie présenté eh est la préparation, et que, par conséquent, l'influence éminemment morale de là religion (chrétienne est utile dans la plus hadtè et la plus large accention .du ihot.
Cette idée, dont M. de Cbateâ!il)riand à fait l'épigraphe dû Génie. 0$ christianisme, se trouvait déjà dans V Esprit des lou (liv. xxiv, c. 3), qui date de 1748. La manière dont Turgbt Texpose montré que chez Idi elle n'était pas un plagiat, et qu'il y avait été conduit par ses propres méditations. Il part de là pour dévoiler la faiblesse niorale de l'antiquité, résultant du vague et de l'incertitude déssystèmes philosophiques, de leur peu d'influence sur les classes populaires , livrées à toutes les
passions grossières des sens. Il montre combien était fausse et illusoire la liberté si fameuse des républiques de Tantiquité. La religion chrétienne seule a répandu largement dans le monde les notions de justice et de droit sans lesquelles il n'y a pas de vraie civilisation. Seule elle a peu à peu aboli les barbaries dont était souillé le droit public chez les nations de Tantiquité. « En mettant Thomme sous les yeux d'un Dieu qui voit tout , disait Turgot y elle a donné aux passions le seul frein qui pAt les contenir. Elle a donné des mœurs , c'est-à-dire des lois intérieures plus fortes que tous les liens extérieurs des lois civiles. Les lois captivent ^ elles commandent. Les mœurs font mieux : elles persuadent 9 elles engagent et rendent le commandement inutile.... En un mot , elles sont le frein le plus puissant pour les hommes ^ et presque le seul pour les rois. Or^ la seule religion chrétienne a eu sur toutes les autres cet avantage j par les mœurs qu'elle a introduites y d'avoir partout affaibli le despotisme.... Les limites de cette religion semblent être celles de la douceur du gouvernement et de la félicité publique. »
L'homme qui traçait ce tableau des bienfaits civils et politiques de la religion chrétienne était bien près de concevoir l'idée du progrès incessant de rhumanité. Ce fut l'objet du second discours.
Turgot se demande d^abord pourquoi la marche de l'esprit humain^ assurée dès les premiers pas qu'il fait dans l'étude des mathématiques^ semble dans tout le reste chancelant, tll montre comment dans la vie tout est le prix de V effort, parce que l'effort j le travail y est la destinée de l'homme en cette vie j la source de la véritable grandeur. Il termine par une revue brillante et rapide des principales époques de l'histoire y et présente le tableau de la sécularisation des sciences dans l'Europe moderne j et de la multiplication des académies et des sociétés savantes depuis Newton et Leibnitz. On trouve çà et là dans ce discours, particulièrement à l'endroit où l'auteur parle du peuple romain , quelques réminiscences de Bossuet et de Montesquieu. Ce qui en fait le mérite et l'originalité , c'est qu'il ne se place pas au point de vue de la religion seule , comme Bossuet y ou de la politique y comme Monte^squieu y mais qu'au contraire il met avant tout l'esprit humain lui-mèmé y principe et instrument de tout progrès, de tout mouvement intellectuel.
On sent à chaque page de ce petit écrit que, pour Turgot, le monde et la vie actuelle sont un domaine que Dieu a livré à l'homme pour le cultiver et y développer sa puissance , à l'aide de sa liberté et de sa raison, sous l'œil de la Providence. La révolution des empires > les ruines nombreuses que raconte Thistoire , et qui semblent jeter des abîmes entre les différents âges de l'humanité , rien ne trouble le jugement du jeune philosophe ; tout, au contraire, lui vient en aide pour sa démonstration ; et il s'écrie : « Ainsi que les tempêtes qui ont agité les flots de la mer, les maux inséparables des révolutions disparaissent^ le bien reste , et Thumanité se perfectionne. » Voilà bien , sous une imposante image , l'expression claire , précise , et un pea stoïque , du dogme de la perfectibilité indéfinie de l'humanité. Sans doute il mêla à cette noble foi quelques illusions. Il pensait, par exemple , qu'un jour toutes les anciennes erreurs s'anéantiraient , et