VILLERS
blications plus satiriques que sérieuses : Les Députés aux états géné^ vaux, VExamen du serment civique , et la Liberté. Par ce dernier ouvrage ^ où il déclare les Français indignes des bienfaits de la liberté ^ parce qu'il les croit incapables de désintéressement et plongés dans les vices et les vanités d'une civilisation immorale et irréligieuse ^ Villers s'était attiré de périlleuses inimitiés. Forcé de fuir la persécution , il avait cherché un refuge à Gœltingue et à Lubeck. Ce fut là qu'il se familiarisa avec la littérature et la philosophie modernes des Allemands, à tel point qu'il devint^ en 1811, professeur titulaire à l'université hanovrienne.
Des livres solidement conçus, mais écrits sans art et sans charme, avaient attiré sur son savoir, son esprit et son amour de la vérité, l'attention des principales académies de l'Europe. L'Institut de France couronna en 180<i< son Essai sur Vesprit et l'influence de la Réforma-tion de Luther, son titre le plus sûr à l'estime de la postérité (5' édit. , 1851). D'autres corporations savantes ne tardèrent pas à se l'associer. Pendant la première restauration, Louis XVIII, se souvenant de son ancienne défense de la royauté constitutionnelle, le nomma chevalier de Saint-Louis. QuoiquMl eût loué le protestantisme, il mourut dans la communion catholique, et dans toute la force de l'âge, dès 1815, également regretté de la Société royale de Gœttingue et de l'auditoire universitaire de cette ville. Les universités allemandes perdirent en lui leur plus intelligent appréciateur , comme l'atteste le travail qu'il leur consacra en 1808, sous le titre de Coup d*œil sur les universités et le mode d'instruction publique de V Allemagne protestante.
Villers avait préludé à son exposé de la doctrine kantienne par un ouvrage plus général , où la nouvelle philosophie était considérée en traits rapides , mais propres à exciter l'intérêt des étrangers : nous voulons parler des Lettres westphaliennes sur plusieurs sujets de philo- Sophie, de littérature et d^histoire, (in-12, Berlin, 1797). Quatre ans plus tard, parut sa Philosophie de Kant, ou Principes fondamentaux de la philosophie transcendantale (2 vol. in-8°, Metz). Ce livre, qui devint promptement célèbre, se compose de deux parties, l'une critique, l'autre dogmatique. Dans la première, Villers attaque les systèmes que le métaphysicien de Kœnigsberg prétendait remplacer ou renverser, spécialement sortis de la doctrine de Locke, le sensualisme français et anglais, celui surtout qui s'était répandu en Allemagne même sous la protection du grand Frédéric et à la suite des libres penseurs réunis à Potsdam. Dans la seconde partie, il expose les principales théories de Kant, celles de la Critique de la raison pure beaucoup plus amplement aue celle des deux autres Critiques. Une série de parallèles entre l'idéalisme transcendantal et les idéalistes antérieurs, comme Berkeley , termine le tout, et n'igoute pas peu à la valeur du livre.
Villers devait, par ce travail, piquer la curiosité de l'Europe Jusquelà demeurée indifférente au mouvement produit en Allemagne par le criticisme kantien. Il devait même obtenir ce succès par le défaut le plus saillant de l'ouvrage , c'est-à-dire par les généralités un peu vagues et les attaques un peu déclamatoires qu'il ne cesse d^y tourner contre la philosophie dominante du xvin* siècle. La verve mordante