VINCENT
dont la nature l'avait dooé ne recevait pas toujours on emploi digne de la tAche élevée et sérieuse à laquelle Yillers s'était consacré. Si nobles que fussent ses desseins , le bon goût eût dû le garantir de sorties trop vives et trop fréquentes. Quanta l'analyse du syslème allemand, elle pèche par un vice contraire : elle est (rop brève ^ trop sèche, trop loin de remplir les conditions qu'impose l'introduction d'une doctrine étrangère. Néanmoins, avant la publication de YÀlUmagne de M""* de Staël , l'œuvre de Yillers est ce qu'il y avait de plus exact et de plus complet en langue française sur les principes et la méthode deKant. C. Bs.
VINCENT DB BiÀCYÀis , en latin Yincêntiuâ Bellomeeniis, naquit à Beau vais ou dans le Beauvoisis, au commencement du xiii* siècle, étudia à Paris et y prit l'habit de dominicain , probablement avant 1228. Le bruit de son érudition étant parvenu à la cour, saint Louis le choisit pour lecteur et lui témoigna en tout temps une estime particttlièrCé Vincent nous apprend lui-même que le roi prenait plaisir à lire ses livres, et lui procurait les manuscrits dont il avait besoin pour 1^ composer ; que la reine Marguerite, Thibault de Navarre, et Philippe, fils de saint Louis, chez lesquels il était admis, l'engageaient à écrire, et qu*il composa plusieurs ouvragés pour répondre à leurs désirs. Eobard {Seriptores ordinis prœdicatorump 1. 1*"", p. 212) place sa mort en 126<^. Le plus important des ouvrages de Vincent, celui qui lui assure un rang très-distingué parmi les écrivains de son temps j c'est le Spetmlum mundi, ou Spéculum majus, véritable encyclopédie des connaissances humaines au xiii*. siècle, particulièrement de la théologie et de la philosophie, sur lesquelles se concentrait toute l'activité intellectuelle de celte époque. D'après le prologue des plus anciens manuscrits , il se divise en trots parties , et ne^n point en quatre , comme le donnent les manuscrits d'un âge moderne et les éditions imprimées. Chaque partie porte un titre spécial qui en indique l'objet : Spéculum naturale, ou le Miroir de la nature; Spéculum doctrinale, ou le Miroir scientifique, contenant le résumé de toutes les sciences alors connues et la théorie dds principaux avis } Spéculum hiiiorialej ou le Miroir historique , contenant Thistoire universelle du monde jusqu'au milieu du xui" siècle. Ëchard a démontré jusqu*à l'évidence que la quatrième partie, intitulée Spéculum morale, le Miroir moral, est un extrait de la Somme de saint Thomas d'Aqoin et d'autres ouvrages théologiques du temps, écrit dans le xiV siècle. C'est dans le Spéculum naturale que Vincent de Beauvais traite de l'àme , conformément à la division d'Artstote, qui fait entrer la psychologie dans la physique. Il passe en revue, dans cette partie, l'ouvrage des six jours de la création, d'après l'ordre établi par la Genèse, en commençant par les éléments et en finissant par l'homme, après un premier livre consacré à Dieu et aux anges. Dans le Miroir scientifique il est question de la philosophie, et 'de la théologie, et d) la morale, de la grammaire, de la rhétorique, de la logique et de la poésie, de la politique, de l'économique, du droit civil, de la médecine, des mathématiques, etc. Aristote, Boèce, saint Biernard, Cieéron, mais le premier surtout, sont les auteurs qui ont été le plus mis à contribution. Le Miroir historique est le moins intéres-
yivÈs. vfi
ftant; il porte tontes les traces d'ofie époquQ de superstition et d*ignd- Irance. L'ouvrage tout entier a été imprimé pô'nr (à ()ret)nière fois eh iO vol, in-f», Strasbourg, lW3, puis en 4 vol. in-f», Ùouai, 1624. Les quatres parties ont été imprimées séparément à Venise, en 1493 et 1494; à Mayence, en 1474 j; à Bàle^ en 1481 ; à Nurembéfg, éh 1483. La partie historique a été traduite en français sons le titré aè Miroir histonal, 5 vol. in.^, Paris 14Ô5-96. — L'historien SçhlôSser a traduit en allemand cinquante et un chapitres du livre ti du Miroir icientifique , sous le titre de Manuel d'éducation de Vincent de Beauvais, à Vusage des princes et de leurs instituteurs, 2 vol. in-8% Francfort, 1819. — On peut consulter sur Vincent de Beauvais, outre les historiens de la philosophie, Jourdain, Recherches critiques sur les traductions d'Aristote, note 0* X.
VIVES (Louis-Jean) se rattache à cette série de libres penseurs qui commencèrent au xti^ siècle à ébranler l'autorité d^Aristote, et préparèrent la grande révolution cartésienne. Né à Valence, en Espagne, en 149i2, Louis Vives fut d'abord professeur à Louvain, puis a roniversité d'Oxford. L'indépendance de son caractère attira sur loi des persécutions. Après avoir été précepteur de Marie , Glle de Henri VIII , il osa blâmer le divorce du roi , fut emprisonné , puis exilé d'Angleterre, passa en Espagne, et revint se fixer à Bruges, où il mourut en 1540, après avoir élé l'ami d'Erasme et de Guillaume Budé.
Après avoir écrit d'abord en faveur de la philosophie scolasUqué, qu'il avait étudiée à Paris, Louis Vives, comme plus (ard l^amus, s'attaqua a Aristote dans son Traité sur la Dialectique; si les innovations qu'il propose ont peu de valeur dans le champ même de la logique, elles ne manquent pas d'importance dans l'histoire de la philosophie, comme tentatives en faveur du libre examen. Nous en trouvons la preuve dans la préface des Eœercitationes paradoœicœ adversus Aristotelem, par Gassendi.
« J'étais enchaîné , dit-il, par le préjugé général qui faisait approuver Aristote par tous les savants. Mais la lecture de Vives et de mon ami Charron m'a donné le courage d'agir. »
Les OEuvres compotes de Vives ont été publiées une première foià à Bàle en 1555, 2 vol. in-^; une seconde fois à Valence. Celui de tous ses ouvrages qui intéresse le plus la philosophie a pour titre : De cdusis corruptarum artium, en 3 tomes, dont le dernier contient les traités : De prima philosophia ; De explanatione essentiarum; De censura veri; De instrumento probitatis et de disputatione ; De initiis sectis et laudibus philosophiœ. Il a aussi publié à part un traité De anima et vita, in-4% Bâle, 1538, et Dialectices lib. iv, in-4% Paris, 1550. X.
VOET ou tOETIUS (Gilbert) est le plus violent et le plus redoutable adversaire qu'ait rencontré la philosophie de Descartes eh fiollande , et c'est uniquement sous ce point de vue que nous avons à le considérer, sans nous occuper de ces innombrables controverses théologiques où s'est passée toute sa vie. Voetius est un de ces types de fanatisme et d'hypocrisie que trop souvent on rencontre dans l'histoire des luttes et des persécutions de la philosophie. Né en 1593 àHeusdè,
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il fit ses études à Taniversité de Leyde et y exerça ensuite le ministère sacré jusqu'à 163&9 où il fat nommé professeur de théologie et de langues orientales. Bientôt il s*y fit un certain crédit auprès des magistrats et du peuple par Fostentation de son zèle en faveur de la religion réformée et contre les sectes dissidentes , mais surtout contre le pa-
Îisme. Voici le portrait qu'en fait Descartes dans la lettre au Père ^inet : « C'est un homme qui passe dans le monde pour théologien, pour prédicateur et pour un homme de controverse et de dispute y lequel s*est acquis un grand crédit parmi la populace , de ce que déclamant tantôt contre la religion romaine y tantôt contre les autres qui sont différentes de la sienne , et tantôtânvectivant contre les puissances du siècle, il fait éclater un zèle ardent et libre pour la religion , entremêlant aussi quelquefois dans ses discours des paroles de raillerie qui gagnent Toreille du menu peuple. » Il se fit le champion de toutes les anciennes doctrines, et déjà, avant d'attaquer Descartes, il avait fait la guerre à celui qui le premier, dans T Université, avait enseigné la circulation du^sang. L'intérêt de l'école, de l'Eglise et de l'Etat, la perfidie et la violence ouverte, les thèses philosophiques, les sermons, les calomnies les plus odieuses , les dénonciations à l'Université et aux magistrats, il mit tout en œuvre pour perdre Descartes.
D'abord, dans des thèses publiquement soutenues sur Tathéisme, il avait insinué et répandu contre lui , sans le nommer , mais en le désignant à ne pas s'y tromper, l'accusation d'athéisme. Il semble qu'entre tous les philosophes, Descartes dût être pour jamais à l'abri d'une telle accusation; mais elle était plus propre que toute autre à faire impression sur la foule , et c'est pour cela que Voetius s'y attacha de préférence. En même temps cependant, accusation non moins odieuse en Hollande , il lui reprochait la religion de son pays , son attachement aux jésuites, le qualifiait de méchant jésuite (jwMî/a^/er) et le représentait comme dangereux pour les lois de l'Etat et la religion réformée. Ainsi cherchait-il à exciter les esprits contre la philosophie nouvelle. Mais d'abord il frappa les premiers coups contre un disciple imprudent et non contre le maître lui-même. Ce disciple était Régius, professeur de médecine à l'Université, qui , entraîné par sa fougue et indocile aux sages conseils de Descartes, donna bientôt des armes contre lui à Yoetius et à ses partisans. A force d'intrigues, Voetius obtint une sentence des magistrats qui ordonnait à Régius de se renfermer dans son cours de médecine , et lui interdisait toute leçon particulière. En même temps, il réussissait à faire condamner, le 16 mars 1642, par la majorité des professeurs réunis en assemblée générale, la philosophie nouvelle, pAt^osophia nova et prœmmpta, comme contraire à l'ancienne et à la vraie , conduisant au scepticisme et à l'irréligion. Il voulut abattre le maître après avoir abattu le disciple. Il met en avant un de ses élèves, Martin Schoockius,qoi, sous sa dictée, écrit contre Descartes un livre diffamatoire intitulé : Methodus novœ philosophiœ Renati Descartes, Descaries y était accusé d'athéisme et comparé à Vanini. Descartes répondit par une lettre à Voetius, comme au véritable auteur du livre, où, avec une admirable force de bon sens, d'ironie et de dialectique, il mettait au néant les calomnies de Voetius contre sa personne et sa doctrine, en démasquant son ignorance, son hypocrisie et sa mauvaise foi. Voetius re-