‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 3)Chapitre 76 sur 101 · WEIGEL · texte numérisé non relu

WEIGEL

Très extérieures de la religion sans avoir la foi , on peut avoir la foi sans les dènvres 9 et comme il û^y a crue la foi qui soit la source de notre sainte on peut èti^ sauvé sans le baptême y sans leà sacrements. On peut être sauvé dans toutes les religions , pourvu que Ton sache se recueillir et prier : car toute la piété est là. Weigel est bien persuadé que Platon et tous les phili)sophes platouiciens sont sauvés.

La science ne contredit pas la foi ; elle la suppose au contraire , et ne saurait exister sans elle; car elle a pour principal but la connaissance de Dieu. Mais Dieu s'étant révélé en chair et en esprit dans le monde visible et dauis le monde invisible , la science se compose nécessairement de deux parties : Tune qui a pour objet Dieu considéré en lui-môme, et l'autre les D^anifestations de Dieu dans la nature. La première, c'est la théologie; et la seconde ^ conformément aux idées de Paracelse, reçoit le nom d'a.strologie, parce que, aux yeux de ce philosophe , tous les êtres de la nature sont formés d'autant de germes qui se développent, comme les astres se meuvent, par leur énergie interne, et méritent de porter le même nom. Ces deux parties de la science sont inséparables : nous ne pouvons savoir ce qu'est Dieu que par ses œuvres , et nous ne pouvons comprendre ses œuvres qu'autant que nous les rapportons à une pensée, à une idée, à une puissance intérieure; car la nature ne nous apprend \nen par elle-même; elle n'est bonne qu'à exciter ou à confirmer notre pensée. Weigel observe de plus que l'astrologie et la théologie , la s(*ience de la nature et la science de Dieu, ont un centre commun, e'est-à-dire noire propre esprit, ou, comme on dirait aujourd'hui, notn^ propre conscience. En effet, comment connaissons-nous les objets extérieurs? Ce n'est pas seulement, comme nous venons de le dire, parles idées, parles jugements qu'ils éveillent en nous, mais aussi par les sensations qu'ils nous font éprouver. Or, nos sensations ont leur source dans la sensibilité , et la sensibilité est une force intérieure, une vertu propre de Tâme , comme l'intelligence, quoiqu'elle n'entre en exercice que sous Vexcilalion du monde physique. Le même raisonnement peut s'applio^uer à Dieu. Dieu est sans doute le principe de toute connaissance e^. de toute vérité ; nous ne sommes rien , nous ne savons rien que par l'ai; mais pour cela même nous sommes obligés, pour nous faire une idée de ce quïl est, de consulter noire intelligence et d'examiner l'empreinte qu'il y a laissée , comme on cherche à reconnaître le voyageur aux traces de ses pas. On conçoit qu'avec cette opinion, Weigel ait donné pour titre à un de ses principaux ouvrages : Fvûdi trsftUTov , Connais-toi toi-même.

Celte méthode, si sage en apparence, loin de le préserver des écarts du mysticisme, ne sert qu-à l'y précipiter : tant il est vrai que les méthodes sont impuissantes conlre un penchant naturel de l'esprit ! Puisque c'est en nous-mêmes, dit Weigel, que nous connaissons toutes choses, il faut nécessairement que nous soyons toutes choses, ou que toutes soient en nous. Apprendre, c'est devenir, à proprement parler, la chose même qu'on apprend; nous devenons donc successivement toutes les choses que nous apprenons, et pour qu'il en soit ainsi, il faut que les germes de ces choses soient en nous : car nous ne recevons rien du dehors. Ainsi le firmament, quoique visible hors de nous, n'en est pas moins en nous. Dieu aussi est en nous, et cette union de Dieu

WEI6EL. mi

aveo rbomme n'est pas autre chose que le mystère de riocarDation. On dirait un premier essai des modernes systèmes de rAIIemagne^ principalement de celui de Fichte, où nous voyons aussi le moi produire tout ce qu'il pense , et se transformer, successivement dans tous les êtres.

Les conséquences de cette doctrine sont faciles à apercevoir. Si Tunivers et Tbomme peuvent se confondre et se transformer , en quelque sorte, Tun dans Taulre, nous avons le même empire sur la nature que sur^; nous-mêmes , et tout ce qui est en nous doit se retrouver dans les phénomènes de la nature. De là ralchiœie et Fastrologie judiciaire y que Weigel ne sépare pas de la métaphysique , et auxquelles il a consacré plusieurs ouvrages. D'un autre côté, si l'univers peut être transformé dans l'àme humaine, et si l'âme humaine tire toute sa substance et toute son intelligence de Dieu^ si l'homme tout entier n'est qu'une incarnation de Dieu , il est évident que l'homme et l'univers tout ensemble sont compris dans la nature divine, font nécessairement partie de l'essence divine. En effet, de même que l'homme, en apprenant les choses qu'il croit étrangères à son être, n'apprend que son propre esprit, ainsi Dieu, selon Weigel, en créant le monde, s'est créé lui-même^ ses créatures ne sont que ses propres pensées. La création, telle qu'on vient delà définir, est nécessaire; car, sans elle. Dieu serait sans pensée et sans volonté, c'est à-dire qu'il ne serait pas. La création est la condition du temps; et sans le temps, l'éternité est incomplète.

La suppression de la liberté divine entraine avec elle celle de la liberté humaine. La liberté dans l'homme n'est pas autre chose , pour Weigel, que le développement naturel de sps facultés, et se rapporte à la sensibilité et à l'intelligence autant qu'à la volonté. Elle n'est jamais complète dans la vie présente , où l'essor de nos facultés est gôné par l'inQuence des astres, c'est-à-dire par les forces et par les lois du monde physique ; nous ne la connaîtrons véritablement qu'après la mort, lorsque nous recevrons immédiatement d'en haut la lumière qui nous éclaire et l'amour qui nous inspire.

Ce passage du mysticisme au panthéisme , et du panthéisme au fatalisme, a été observé très-souvent; mais voici une pensée qui semble appartenir plus particulièrement à Weigel , quoique Tidée première en soit prise dans la kabbale. La nature de l'homme étant précisément d'être Timage de Dieu et de l'univers , c'est-à-dire le plus haut degré de perfection après Dieu lui-même , il ne saurait y avoir aucune différence entre les hommes : tous sont égaux, tous sont semblables; et ce n'est que dans l'ordre matériel, c'est au point de vue de leur existence physique que nous pouvons les distinguer les uns des autres. Bien plus, tous les êtres venant de Dieu et se trouvant primitivement confondus avec lui, quum omnia adkac sunt unum in Deo, tous participent de la nature, tous sont bons par leur essence et paraissent égaux devant lui. Le mal n'est donc qu'un accident dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique. Rien ne peut être mauvais en soi. Le démon lui-même a conservé sa bonté originelle , et sa chute a eu d'heureuses conséquences; on peut dire qu'elle est un bien, puisqu'elle nous a placés dans la vie noorteile, d'où nous nous élevons, par lacon-^

992 WEILLER.

naissance de la nature el de nous-mêmes, à la connaissance de Diea. On trouve la même idée dans Boehm, qui appelle le diable le sel de la nature.

Les écrits de Weigel ont été imprimés à différentes époques , dans différents lieux » sous différents formats^ tantôt réunis plusieurs ensemble et tantôt séparés. Nous nous contenterons d'en donner les titres : Traeiatus de opère mirabili; — Arcanum omnium arcanorum;

— la Toison d'or, traduction allemande du Vellus aûreum de Augu- • rello, 'mA2, Hambourg, 1716 ; — le Manche d'or, ou Direction pour

connaître toutes choses sans se tromper, in-i-^ 1578 et 1616 (allem.) ;

— Instruction et introduction pour étudier la théologie allemande, in-^lây 1571; — Studium universale, Nosce te ipsum, seu Theologia astrologizata , 1618 et autres années. — On peut consulter : Hilliger, de Vita, fatis et scripHs Val, Weigelii. — Foertsch, de Weigelio, dans les Miècellanea Lipsiensia, t. x, p. 171.

WEILLER (Gaétan de), né, en 1762, à Munich, d'une famille d'artisans, entra, à l'âge de dix -sept ans, au couvent des Bénédictins, mais en sortit bientôt pour continuer ses études. Il s'appliqua particulièrement à la philosophie, à la théologie et à la pédagogie. Il enseigna cette dernière science, en 1799, au lycée de Munich, dont il devint plus tard le directeur. Il mourut en 1826 , conseiller privé et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences de Munich. Comme philosophe, il se rattache à Técoie de Jacobi et fut un des pins ardents contradicteurs de M. de Schelllng. Cependant il n'admet pas sans restriction les principes de Jacobi : il ne croit pas que la philosophie puisse avoir pour seule base le sentiment, et reconnaît des principes qui nous sont fournis par la raison. Voici les titres de ses ouvrages de philosophie, tous rédigés en allemand : Du But de Véducation, etc., in-8'', Munich, 1794'^ ~ Esquisse d'un plan d'études fondé sur la nature de la jeunesse, in-8°, ib., 1799; — du Présent et de l'Avenir de l'humanité, in-8°, ib., 1799; — Essai d'un plan d'instruction pour la jeunesse, in-8" , ib., 1800; — Essai d'une construction de la science de l'éducation, 2 vol. in-8", ib. , 1802 ; — Esprit de la nouvelle philosophie de MM, Schelling, Hegel et compagnie, in-8% ib., 1799 et 1803 ; — Introduction à un libre examen de la philosophie , in-8*, ib., 1804- ; — l'Entendement et la Raison, in-8°, ib., 1806 ; — Esquisse de l'histoire de la philosophie, in-8*', ib., 1813; — Fondements de la psychologie, in-8°, ib., 1818 ; — le Christianisme dans ses rapports avec la science, in-8°, ib., 1821; — Esprit du catholicisme primitif , pour servir de base au catholicisme de tous les temps , in-S'', Sulzbach , 182^; — Petits écrits, 3 vol. in-8**, Munich et Passau, 1822; — Idées pour l'histoire des développements de la foi religieuscy 3 vol. in-8^, Munich, 1808-13. X.

WEISHAUPT (Adam) naquit, en 1748, à Ingolsladt en Bavière. Après avoir fait ses éludes chez les jésuites, il s'appliqua particulièrement à la science du droit, et fut nommé, en 1775, professeur de droit naturel et de droit canon dans l'université de sa ville natale. Il fut le premier laïque appelé à l'enseignement du droit canon. Cette circon-

Page 1