WENDT
crœ Scripturœ. Il blâme les théologiens qui maudissent cet auteur ; pour lui, il veut le réfuter et non le maudire. Mais, plutôt que de réfuter Meyer, il réfute les théologiens qui 1 ont combattu, s'attacLant à prouver que leurs arguments n'ont aucune valeur. Ce qu'il semble surtout reprocher à Meyer, c'est d'avoir compromis Descaries. 11 a pris part aussi à la grande querelle sur le mouvement de la terre , soutenant que celte doctrine n'était pas contraire à la parole de Dieu. EnOn, il a composé aussi une réfutation de Y Ethique et du Traciatus theologico-politicu^ {Traciatus de cultu natnrali et de origine moralitatis oppositus iractatui iheologico-politico). Celte réfutation un peu superficielle se distingue, par une grande bienveillance. H a été en lutte contre la plupart des adversaires du cartésianisme, et surtout contre les théologiens qui Taccusenl de socinianisme. Les préfaces de ses divers traités ou dissertations sont du plus haut intérêt pour Tbisloire du cartésianisme en Hollande. Ils ont tous été réunis en deux volumes in-4>^ : Lamberti Welthuysii Ultrajectini Opéra omnia,ante quidem separatim tam belgice quam latine, nunc vero conjunclim latine édita, quitus accessere duo tractatus novi, hactenus inediti : prior est de articulis fidei fundamentalibusj aller de cultu naturali, etc., Rotterdam, 1680* F. B.
WENDT (Amadeus), né à Leipzig en 1783, mort à Gœttinguc en 1836, après avoir enseigné la philosophie à Leipzig, comme professeur extraordinaire, puis à Gœttingue, comme professeur ordinaire en remplacement de Bouterweek, a laissé un grand nombre dVcrils qui intéressent la phijosophie des beaux-arts-, la philosophie du droit, la psychologie, Thistoire de la philosophie » la critique littéraire et niême la théologie ; car Wendt s'est appliqué à la fois à ces diverses branches des connaissances humaines. Voici les titrer de ses principaux ouvrages : De rerum principiis , secundum pythagoreos , in-4.®, Leipzig, 1827 j — Eléments de la théorie philosophique du droit, in- 8®, ib., 1811 ^ — Discours sur la religion, ou la Religion considérée en ellemême et dans ses rapports avec la science et l'art, etc., in 8'', Sulzbach , 1813; — De ratione quœ inler religionem et philoêophiam inlercedit , in- 4®, Gœttingue, 1829; — des Principales périodes des beaux-arts, on VArt considéré dans ses rapports avec l'histoire, in-8°, Leipzig, 1831. Wendt a publié, en outre, en 1829, avec des additions et des remarques, une nouvelle édition (la 5") du Mmuel de {'histoire de la philor- Sophie de Tennemann et du grand ouvrage du même auteur. EoQn, il a fourni à divers recueils un grand nombre d^articles de critique, et a été un des principaux collaborateurs du Dictionnaire de la conversation allemand. X-
WESSEL, en latin Wessellus ou Wassii^ius (Jean), surnommé Gan>f >rt, ouGoesevôl, ou Gôsvort , c'est-à-dire pai/e d'oie, naquit à Groningue vers lt^l9, enseigna avec un grand succès la philosophie et la théologie, d'abord à Cologne, puis à Louvain et à Paris, assista an concile de Bâie, et mourut dans sa ville natale le k octobre 1489. Il appartenait d'abord à la sectQ des nomlnalistes, et son talent ainsi que son ardeur pour la controverse l'avaient fai( surnommer magister contradiciionis. Il passa ensuite au mysticisme, Oq publia un premier re-*
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caeilde ses œuvres , avec une Préface de Luther, sous le lilre de Far^ rago rerum theologicarum , in-^'*, Leipzig, 1522. Il en parut une édition plus complète à Groningue^ in-4*, 1614. X.
WITTICHIUS, ou WITTIGH, mérite d'être mis au premier rang des théologiens et des philosophes cartésiens de la Hollande , non pas à cause de Toriginalité de ses doctrines y mai&à cause de son influence et de son autorité. Dans les débats philosopniques et théologiques de cette époque, il joue le premier rôle. Partout les cartésiens citent son nom avec honneur et opposent son autorité à leurs adversaires, à cause de sa grande renommée de science et de piété. « C'était , dit Bayie (R^. à un prov., c. 154), un pilier du parti cartésien et rational, et il s'était fort appliqué à concilier l'Ecriture sainte avec la philosophie, ce qui, avec sa théologie cartésienne, l'exposa à plusieurs critiques qu'il fallut repousser. » Cependant Wittichius s'est efforcé de ne pousser à aucun excès la philosophie de Descartes ; il condamne Meyer et réfute Spinoza; tout en faisant valoir les droits de la raison, il vent conserver ceux de la foi , et, malgré sa ferveur cartésienne , il paratt se distinguer entre tous par un caractère général de modération et de sagesse. Né dans la Silésie en 1625 , il fit ses études à Brème et à Groningue. C'est Clauberg qui lui enseigna, à Herborn, la philosophie de Descartes. Devenu maître à son tour, il enseigna la théologie avec le plus grand succès à Duisbourg, à Nimègue et à Leyde. Il mourut en 1688.
Son principal ouvrage a pour objet cette grande question de l'accord de la raison et de la foi, si vivement renouvelée par le cartésianisme en Hollande et en France. Il est intitulé : Consensus teritaiis inScriptura divina et infallibili revelatœ cum veritate philosophica a Renato Det" cartes détecta. Dans la préface, il combat les calomnies des adversaires les plus acharnés du cartésianisme , tels que Lentulus et Revius. Il donne les plus grands éloges à la Defensio cartesiana (pet. in- 12, Amst., L. EIzevir, 1652) que venait de publier Clauberg. Il raconte toutes les attaques dirigées contre lui au sujet de deux dissertations sur l'abus de l'Ecriture sainte dans les choses philosophiques et sur le mouvement de la terre. On l'a accusé dans les chaires, dans les synodes, de nier l'autorité de l'Ecriture : se justifier de cette accusation en expliquant îe sens de ces deux dissertations, tel est le but de son ouvrage. Il y soutient la cause de l'indépendance de la connaissance philosophique. Elle ne dérive pas de l'Ecriture sainte, mais de la raison^ or, la raison se suffit à elle-même. Il combat les théologiens qui prétendent que la raison est impuissante et que toute la philosophie doit être tirée de l'Ecriture. L'indéfinité de retendue du monde et le mouvement de la terre étaient les deux doctrines qu'attaquaient avec le plus de fureur les théologiens ennemis de Descartes. Wittichius les défend et veut prouver qu'elles ne sont pas en contradiction avec TEcriture, d'après le principe que, dans les choses naturelles, l'Ecriture parle un langage accommodé aux préjugés vulgaires. Avec tous les théologiens cartésiens, il soutient le sens figuré contre le sens littéral. Déféré au concile de Gueldres pour ses opinions théologiques et cartésiennes, il y fut absous avec honneur après trois ans de discussion.
Les autres ouvrages de WiUichius ne forent publiés qu'après sa mort. Comme Clauberg et tant d'autres cartésiens hollandais j il a annoté les Méditations de Descartes. Ces notes très-courtes n'ajoutent rien à la doctrine de Descartes; elles se bornent à Téclaircir et même souvent à expliquer le sens grammatical du texte. Wittichius avait aussi entrepris une réfutation de la doctrine de Spinoza, sous le titre ^*Anti'Spinoza, qt c'est par là qu'il est le plus connu dans Thistoire de la philosophie. Cette réfutation est une des plus considérables et des plus consciencieuses qui soient sorties de l'école de Descartes. Il est impossible d'être plus exact et plus rigoureusement méthodique. Il prend et critique les unes après les autres toutes les principales définitions et propositions de Spinoza. Mais souvent cette critique est plutôt minutieuse que profonde. On s'égare dans les détails et dans les contradictions qu'à chaque instant il préOend relever, tandis qu'on perd de vue le vice fondamental du système. VAnti^Spinoza est suivi d'un commentaire remarquable sur Dieu et sur ses attributs. Tous les attributs de Dieu y sont déduits d'après ce principe, que tout ce qu'il y a de réel dans la créature doit se retrouver en Dieu, sauf les bornes. Il se sépare de Descartes au sujet de la liberté d'indifférence , et soutient l'immutabilité des volontés divines. Voir Bayle, Dictionnaire critique, art. Wittichius. F. B.
WOLF, ou WOLFF(Jean-Chrétien), philosophe et mathématicien , naquit à Breslau , eu 1679. Son père, qui exerçait la profession de tanneur, était assez instruit lui-même pour diriger les premières études de son fils. Doué des plus heureuses dispositions , il montra dès l'enfance la plus grande ardeur de s'instruire , et son génie philosophique s'éveilla de bonne heure. Dans les classes supérieures du gymnase qu'il fréquentait , ses mattres n'étaient pas d'accord sur l'importance de la pjiilosophie. L'un d'eux, homme de mérite d'ailleurs, en parlait en toute occasion avec mépris, et son mépris s'adressait surtout a la philosophie de l'école. Les autres, au contraire , recommandaient Tétude de la philosophie comme indispensable, et appelèrent son attention sur les écrits de Descartes et sur la logique que Tschirnhausen avait publiée sous le titre de Medidna mentis. Ce désaccord entre des maîtres également respectés stimula vivement sa curiosité; malheureusement, les œuvres dé Descartes n'avaient pas encore pénétré jusqu'à Breslau. Destiné à la théologie , et déjà initié à la polémique du temps , trèsvive surtout dans la Silésie protestante , qu'on cherchait à ramener au catholicisme, il fut frappé de la stérilité des discussions scolastiques. Il se demanda s'il ne serait pas possible de présenter les vérités théologiques de manière à les faire accepter par tous. Ses mattres lui disaient que les mathématiques étaient d'une évidence invincible. Se persuadant que cette évidence résultait principalement de la méthode, il résolut, comme il le dit lui-même dans son autobiographie, d'étudier les mathématiques, methodi gratia, afin d'essayer de donner à la théologie aussi une certitude irréfragable.
C'est dans cette intention qu'il se rendit, en 1699, à l'université d'Iéna , oà , à côté de la philosophie de Descartes et de celle de Tschirnhausen , il étudia les mathématiques et la physique. En 1702, il passa
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à ruuiversité de Leipzig, pour y prendre ses grades; il y soutint one thèse sur la philosophie pratique mathématiquement démontrée (,Philoiophia practica universalis , mathematîca methodo conscripta, 1703), li était à celle époque encore tout rempli de l'esprit de Descartes, dont il se proposait d'appliquer la méthode aux sciences morales ^ mais ayant été mis en rapport avec Leibnilz, il ne tarda pas à devenir sou disciple.
Appelé à Halle y en 1707, comme professeur de mathématiques, il fit également, et avec on succès toujours croissant, des leçons sur la physique et la philosophie. Plusieurs ouvrages en allemand et en latin lui firent bientôt une grande réputation au dehors. Mais, en même temps, il s*éleva un conflit déplorable entre lui et les théologiens dQ Halle, où régnait alors une orthodoxie piéliste, qui regardait la raison comme une ennemie de la foi si elle refusait d'en être l'esclave. Le professeur Lange, inspiré aussi, à son insu peut-être, par des intérêts personnels, cherchait à détourner les étudiants de suivre les cours de Wolf , et le vénérable Francke , le saint Vincent de Paul protestant, partageait à cet égard l'opinion de Lange, et demandait que renseignement de la philosophie fût interdit à Wolf. Celui-ci, de son côté, ne ménageait pas les théologiens, dont il critiquait surtout la manière de prêcher.
La guerre entre eux et lui éclata plus violente, en 1721 , à roccaslon d'un discours sur la philosophie morale des Chinois [Oraiio de Sinarum philosophia praciica , in-i*", 1726), qu'il prononça dans une solennité académique, et dans lequel il faisait Tcloge de la sagesse pratique de Confucius. La Faculté de théologie adressa au gouvernement une plainte dans laquelle on accusait la philosophie de Wolf de fcivoriser, par ses conséâuences, l'irréligion et Timmoralilé, en conduisant à l'athéisme et au fatalisme.
La commission nommée à Berlin pour examiner Taffaire , s'étant montrée peu favorable aux accusateurs, ceux-ci s^adressèrent au roi lui-même par Tintermédiaire de Gundling, qui était à la fois président de l'Académie et le bouiTon de Frédéric-Guillaume. On représenta , diton , à ce prince, étranger à toute culture intellectuelle, et qui n'estimait que le clergé et le soldat, que, suivant la philosophie de Wolf , en vertu de l'harmonie préétablie^ tous les mouvements de Tâme étant prédéterminés, un déserteur n'était pas réellement responsable de sa fuite, et, par conséquent, ne pouvait être légitimement puni. Cette conviction une fois entrée dans l'esprit du roi , la perte du philosophe était assurée. Un rescrit royal du 8 novembre 1723 destitua le professeur Wolf, et lui enjoignit, sous peine de la corde, de sortir dans deux fois vingt-quatre heures des Etats prussiens, pour avoir, dans ses écrits et ses leçons publiques, enseigné des doctrines contraires à la parole divine. Yi\ même temps ses ouvrages étaient prohibés sous les peines les plus sévères.
Heureusement, il venait d'être appelé par le landgrave de Hesse- Cassel à l'université de Marbourg, où il se rendit aussitôt, et où il enseigna jusqu'en 1740. En 1736, le roi de Prusse, revenu à de meilleurs sentiments, grâce surtout aux représentations de quelques théologiens plus éclairés^ chargea une commission d'examiner de nou-
veau les ouvrages du philosophe exilé j et, sur l'avis favorable de cette commission, il invita Wulf à revenir à Halle, sous les conditions les plus avantageuses. Il refusa, mais il dédia an roi la seconde édition de sa Philosophie pratique générale.
Un des premiers actes de Frédéric II fut de rappeler Woif à Halle, en 17^0. Son retour fut un véritable triomphe, mais il ne relrou^^i pas dans sa chaire ses succès d'autrefois. Sa philosophie, cependant , était devenue dominante dans toute rAUemagne; elle le resta jusqu'à Tavénement de Kant. 11 mourut en Vî^k , comblé d'honneurs et avec la réputation méritée d'un homme de bien. Il avait été nommé succès* sivement membre de T Académie de Berlin, de la Société royale de Loin dres , de l'Académie des sciences de Paris > et de celle de Saint-Pétersbourg.
On admirait surtout sa méthode, par laquelle il prétendait tout dé' montrer en philosophie, comme la géométrie démontre ses théorèmes. Nous n'avons pas ici à faire le procès de celte méthode; elle est jugée depuis longtemps , et il est à peu près universellement reconnu aujourd hui que les vérités philosophiques ne se démontrent pas comme les propositions mathématiques; que, pour les faire admettre, il importe moins de les exposer dogmatiquement telles qu'elles résultent de nos recherches , qqe de montrer comment elles se produisent par la méditation sur les faits, et que l'argumentation philosophique est moinft une déduction logique procédant par des syllogismes appuyés sur deâ définitions et des axiomes admis d'avance, qu'une déduction réelle, qui établit que nos propositions sont fondées dans la conscionee, dans la nature raisonnable de l'homme, qu'elles sont l'expression même de la raison.
Wolf lui-même, qui fait consister la science en une suite d'assertions démontrées {scientia est habitus asserta demonstrandf) ^ est oe-^ pendant obligé d'invoquer l'expérience et la nature de rentendement. Ainsi, pour établir le principe de la contradiction , qui est, selon lui , la source de toute certitude, il dit {Ontologie, § 27) : « Telle est la nature de notre intelligence, que, lorsque nous jugeons qu'une chose est^ nous ne pouvons en même temps admettre qu'elle ne soit pas. » Il démontre souvent les vérités les plus simples et les plus immédiates , qu'il suffit d'énoncer pour les faire admettre aussitôt. C'est ainsi qu'il prouve formellement que le tout est plus grand qu'aucune de ses parties, et que la partie de la partie est aussi une partie du tout.
Cette méthode est la cause principale de cette extrême prolixité qu'on a tant reprochée aux ouvrages de Wolf, et qui provoqua Timpatience de Frédéric II et les railleries de Voltaire sur l'esprit lourd des philosophes allemands.
Outre ses travaux sur les mathématiques , Wolf a laissé deux séries d'ouvrages, les uns écrits en allemand, à Halle j de 1712 à 17S8; les autres en latin , de 1728 à 1750, et formant ensemble une véritable encyclopédie des sciences philosophiques en 23 volumes in-^"".
Les premiers, sous le titre commun de Petisées philosophiques (Ver" nuenfiige gedanhen)^ traitent successivement des facultés de l'entendement et de leur bon usage dans la recherche de la vérité (1712) , ouvrage que Jean Deschamps traduisit, en 1736, en français^ sous le
Dom de Logique: — de Dieu, du Monde, de VAme humaine (1719); — de la Conduite des hommes dans la recherche du bonheur (1720); — de la Vie sociale et de la chose publiaue (1721) ; — des Effets ou des produits de la nature (1723) ; — des Fins des choses naturelles, ou des causes finales (1723). Les hisioriens de la littérature allemande parlent de ces écrits avec reconnaissance. Wolf, le premier, exprima en langue allemande les vérités philosophiques avec clarté et précision, si ce n'est avec élégance.
Ses œuvres latines offrent un corps de doctrine philosophique à peu
Eres complet, selon l'idée qu'il dut se faire de la science après Bacon ^ ^escartes et Leibnitz. Elles se succèdent dans Tordre même où, selon lui, les diverses parties de la philosophie doivent être étudiées. Avant de les énumérer, nous devons faire connaître sa théorie de Torganisation des sciences philosophiques, telle qu'il Fa exposée dans le discours préliminaire placé en tête de sa Lo^tgtfe^ et qui est une véritable introduction à la philosophie. Il y traite de la connaissance et de la philosophie en général , de la division, de la méthode, du style philosophique, enfin de la liberté de penser. Victime lui-même de l'intolérance , il défend cette liberté avec quelque chaleur, par la raison, surtout, que sans elle il n'y a pas de philosophie. Il montre que la vraie philosophie n'est pas nécessairement contraire]à la révélation , et qu'elle ne saurait l'être ni à la moralité ni à l'ordre public; que la liberté est la condition de tout progrès, non pas seulement pour la science philosophique, mais pour toutes les autres sciences, en tant que toutes dépendent d'elle.
Il y a, selon Wolf, trois espèces de connaissances : la connaissance historique ou expérimentale, la connaissance des faits qui s'offrent à nous , soit par les sens , soit par l'observation interne ; la connaissance philosophique, qui a pour objet d'expirquer les faits en en recherchant les raisons et les causes ; enfin , la connaissance mathé^ matique. La philosophie part naturellement de l'expérience , qu'elle doit expliquer. Elle est la science des possibles en tant qu'ils sont ; elle recherche pourquoi les choses sont ce qu'elles sont et non pas autres.
La division de la philosophie a son principe dans la nature diverse de ses objets. Or, ces objets étant Dieu, Tâme humaine et les corps, la philosophie se^divise en trois parties : la théologie, la psychologie et \s^ physique.
Les deux principales facultés de l'âme sont la faculté de connaître et la faculté d'appétition , la pensée et la volonté. Elles peuvent s'égarer, celle-là dans la recherche du vrai, celle-ci dans la poursuite du bien; de là , pour en diriger Texercice , la nécessité de deux sciences philosophiques : la logique et la philosophie pratique,
La philosophie pratique comprend la morale et la politique. La première doit régler les actions libres de Thomme , en tant qu'il ne dé- {end que de lui-même , qu'il est suijuris; la seconde , celles du citoyen, .es sociétés particulières , telles que la famille, qui sont comprises dans la grande société appelée l'Etat, sont l'objet de la science économique.
La morale y la politique, l'économique ont pour base commune le droit de la nature, ou la connaissance du bien et du mal dans les actions humaines, laquelle suppose elle-même certains principes gêné--
raox , fondement de toute la philosophie pratique et qni constituent ce que Wolf appelle la philosophie pratique universelle.
A la suite de la philosophie , il place la technologie ou la science des arts et métiers , et la philosophie des arts libéraux » qui, selon lui, comprend la grammaire générale, la rhétorique, la poétique, déjà traitées en ce sens par Thomas Gampanella, qui y avait ajouté en outre rhistoriographie.
Mais il y a des qualités qui appartiennent à Tétre en général et qui sont l'objet de Y ontologie, de la philosophie première. Wolf propose de réunir sous le nom commun de métaphysique Tontologie, la cosmologie transcendantale , la psychologie et la théologie rationnelle, et il appelle Tattention sur cette partie de la philosophie physique qui s'occupe des causes finales^ et à laquelle il donne le nom de téléologie, adopté depuis par Kant.
Après avoir ainsi délimité le domaine des sciences philosophiques, Wolf, recherchant Tordre dans lequel il convient de les exposer et de les étudier, établit qu'elles doivent se suivre de telle sorte que celles qui précèdent fournissent les principes de celles qui viennent après. La logique doit être étudiée la première , bien qu'au fond elle s'appuie sur l'ontoîogie et la psychologie. Après la logique viendra la métaphysique, qui fournit les principes à la philosophie pratique et à la physique. En tète de la métaphysique sera placée l'ontologie, suivie de la cosmologie, de la psychologie et de la théologie, laquelle sera confirmée par la téléologie. La psychologie rationnelle doit être précédée d'une psychologie uniquement fondée sur Tobservation. Enfin les diverses parties de la philosophie pratique, fondées sur des principes généraux et le droit de la nature, doivent se suivre de telle sorte que la morale précède la pratique, et celle-ci la politique.
C'est dans cet ordre que Wolf traita les diverses parties des sciences philosophiques.il publia del72Sà 1736 une Logique {Philosophiarationalis, sive Logica, methodo seientifica periractata, in-&'', Francfort et Leipzig, 1728); — une Ontologie (Philosophia prima ^ sive Ontologia, etc., in-4°, 1730) ; — une Cosmologie {Cosmologia generalis, etc., in-4% 1731 ) ; — une Psychologie expérimentale (Psychologie empirica, etc., in-4% 1732; — une Psychologie rationnelle {Psychologia rationalis, etc., in-4''', 173i') ; — une Théologie naturelle {Theologia naturalisa etc., 2 vol. in-4°, 1736). Après avoir ainsi exposé un système complet, selon lui, de philosophie théorique, abordant les sciences ^morales et politiques, il fit paraître de 1738 à 1750 un traité sur la Philosophie pratique générale [Philosophia praàtica universalis , methodo seientifica, 2 vol. in-4®, Francfort et Leipzig, 1738); — un ouvrage très-étendu sur le Droit de la nature {Jus naturœ, etc., 8 vol. in-8" , 1740 , et années suivantes , suivi du Droit des gens {Jus gentium , etc., 1750), et d'une Philosophie morale (Philosophia moralisy sive Ethica, 4 vol. in- 4°, 1750). Pour compléter le système il manquait un traité de philosophie politique. Wolf n'eut pas le temps de l'achever. Il fut terminé par Hanovius , un de ses disciples {Philosophiœ civilis seu politicœ partes quatuor, 4 vol. in -4°, 1746).
Jl est impossible de donner ici une analyse de tant d'ouvrages. Nous
devons nous borner à en indiquer les idées fondamentales et le plan général.
La logique est divisée en deux parties, Tune théorique, l'autre pratique. La première traite des principes logiques, des notions, du jugement, du raisonnement; la seconde, de Tusage de la logique dans Ja recherche de la vérité, dans la composition, la lecture et la critique des livres, dans renseignement el la discussion, dans Testicnation des facultés requises pour la connaissance des choses, dans la vie pratique.
L^ontologie ou la philosophie première , telle que la concevait Wolf , est à la fois une théorie de la connaissance et de Têtre. Elle expose les principes qui sont le fondement de toute certitude, de toute philosophie, et ne mérite pas le mépris que professaient pour elle les cartésiens. L*auteur commence par établir le principe de contradiction et celui de la raison surfisantc. Le principe de la raison sufûsaDte implique, selon lui, cette proposition, que tout dans le monde est raisonnable, que tout est gouverné par la raison. Par conséquent, le principe de la raison sufiisante , sur lequel repose toute la théodicée de Leibnilz et de Wolf, a une plus grande portée que le simple principe de causalité. Tout a sa cause, sa raison d*ètre; mais pour conclure de là que tout est bien , il faut placer la dernière raison de tout en un être parfait, tel que nous concevons Dieu. Wolf détermine ensuite les idées ontologiques générales : l'essence et Texistence, la nécessité et la contingence, la quantité, la qualité, Tordre, la vérité, la perfection. Dans la seconde partie, traitant des diverses espèces d'êtres et de leurs rapports, ùq l'être composé et de son essence, du temps et de l'espace, de la contiguilé et de la continuité, du nnouvemeut, il expose la monadologie de Leibnitz, en définissant les êtres simples, indivisibles, sans étendue et sans figure, sans mouvement intérieur : ils existent puisqu'il y a des êtres composés; ils ne sont pas nés de ceux-ci ni d'autres êtres; il sont créés en tant qu'ils sont contingents. Il définit enfin les idées de substance (un sujet qui dure et qui est modifiable), de dépendance, de relation, de causalité, etc.
La Cosmologie transcendante, que Wolf se vante d'avoir le premier traité à part sous ce titre, a pour objet de conduire par la contemplation générale du monde à une connaissance solide de Dieu et de la nature. C'est là que, après avoir déterminé l'idée de l'univers, les rapports qui lient toutes choses entre elles, les lois du mouvement, Wolf expose, dans la troisième partie, le système de Leibnitz de la perfection du monde actuel, l'optimisme universel. La contingence de l'univers et de l'ordre dans la nature, jointe à l'impossibilité de l'expliquer par le hasard, conduit nécessairement à la conviction de l'existence de Dieu.
La psychologie expérimentale qui , selon Wolf, doit servir à la fois de point de départ à la psychologie transcendantalo, de préparation à la théologie el de fondement à la philosophie morale, est divisée en deux parties. Dans la prennère, il traite de l'âme en général , et de la faculté de penser en particulier. Il établit ce fait capital que toute pensée implique perception et apercepiion, c'est-à-dire que toute pensée est un acte de l'esprit par lequel l'âme a conscience d'elle-même et de
qaelqne chose qui n'est pas elle et qui est Tobjet de la pensée. Il distingue entre la faeullé de connatlre inférieure (les sens, rimagioation, la mémoire), et la faculté de connaître svpérieure (la réflexion, rinlelligence , Tintellect pur). Il distingue de même dans la seconde partie, qui traite de la faculté d*appétition , entre Tappétilion in* férieure et Tappétition supérieure. Sous le premier titre , il traite des appétits sensuels, des passions, des affections, des sentiments divers qui agitent le cœur humain ; sous le second , des appétiiions ratiooneiles, des motifs, de la liberté, qu'il définit la faculté de choisir à son gré, entre plusieurs possibles, sans être déterminé à Taclion par Tessenco de 1 âme. Il faut des motifs pour agir, mais Faction n'en çst pas moins libre et contingente. L'auteur admet ici, comme un fait, la dépendance mutuelle de l'âme et du corps, sauf à l'expliquer ailleurs par l'harmonie préétablie entre les mouvements de Fun et ceux de l'autre.
Dans la psychologie rationnelle, il cherche à expliquer les faits do de conscience par l'essence de Tâmc. Elle tire ses principes de l'ontologie et de la cosmologie , et s'appuie sur la psychologie d'expérience* Dans les deux premières sections, suivant pas â pas les faits exposés dans la psychologie expérimentale, Wolf établit par des arguments solides la simplicilé^, l'immatérialité et la substantialilé distincte do Pâme, du principe pensant. Comme substance simple, Tâme n'a qu^une seule et même force, qui est la source de toute son activité; mais cette force unique produit des effets divers , et se montre sous différents aspects. Elle se représente l'univers de son point de vue, c'est-à-dire d'après l'a place qu'y occupe son organisme et selon la nature de ses organes. Dans la troisième section, l'auteur expose l hypothèse do l'harmonie préétablie, qu'il détourne quelque peu de son sens primitif et qu'il cherche à concilier subtilement avec la liberté et la responsabilité morale, en disant qu'il n'y a de prédéterminé que l'accord des impressions reçues par les organes avec les perceptions correspondantes, ainsi que des appétitions avec les mouvements du corps, mais que l'âme n'en est pas moins maîtresse de ses actions, l'arbitre de ses déterminations. Dans la dernière section enfin, Wolf, traitant de rame des bêtes , accorde à ceUes-ci des facultés semblables à nos facultés inférieures; leurs âmes sont des monades impérissables, mais non pas immortelles.
La Théologie naturelle est peut-être l'ouvrage le plus important de Wolf, non pas seulement par son sujet, mais encore par la manière dont il l'a traité. Il est divisé en deux parties. Dans la première, où il cherche à prouver l'existence de Dieu en partant de l'expérience, il établit d*abord que les êtres que nous connaissons supposent un être nécessaire, et détermine les attributs qui lui appartiennent. L'intelligence appartient à Têt re nécessaire toutaussi nécessairement qu'il existe. Son existence implique la toute- puissance, la volonté et la liberté, la sagesse et la bonté. Il n'y a de véritablement substantiel ou de réel que les êtres simples dont tout est composé, et ces êtres simples étant contingents ont en Dieu le principe de leur existence et de leur combinaison. Dieu est donc le créateur du monde, et la création implique la providence. La nature est immuable comme la volonté divine;
la conservation de runiyers est une création continaelle^ l*acte de création continu. Par là même^ Dieu est le mattre souverain de Tanivers 'y il a sur ses créatures un pouvoir absolu , mais il ne peut vouloir que leur bonheur.
Dans la seconde partie, il s'applique à démontrer l'existence et les attributs de Dieu à priori , en se fondant sur Tidée que se fait naturellement la raison d'un être tout parfait {Ens perfeetUHmum, realisHmum). C'est principalement cette argumentation , reproduite de Descartes et d'Anselme de Cantorbéry, qae Kant a eue en vue dans sa critique de Tancienne théologie. Selon Kant , l'être tout réel est un idéal que la raison conçoit nécessairement , mais d'où l'on ne peut pas conclure légitimement à sa réalité objective. Les auteurs de l'argument, et Wolf à leur suite, n'avaient pas assez insisté sur la nécessité avec laquelle l'idée de Dieu s'impose à la raison, nécessité qui cependant fait toute la preuve ontologique. Cette idée une fois admise ^ comme réelle, tous les attributs ordinaires de Dieu en résultent logiquement.
La théologie naturelle se termine par une réfutation de l'athéisme et des erreurs qai en approchent ou en découlent; le fatalisme, le déisme qui nie la Providence, l'anthropomorphisme^ le matérialisme, l'idéalisme vulgaire , le manichéisme, le spinozisme. Ce traité est surtout remarquable par le soin extrême avec lequel le philosophe a cherché à épurer l'idée de Dieu, à déterminer sa personnalité, son intelligence, sa volonté, sa liberté, et à mettre sa doctrine d'accord avec l'esprit des saintes Ecritures. Ainsi, par exemple, il conçoit l'entendement divin comme purement intuitif-, Dieu connaît tout distinctement et tout ensemble d'une seule et même vue; sa connaissance est un acte et non une faculté. Son intelligence est la représentation à la fois distincte et simultanée de toutes les choses possibles.
Il nous reste à caractériser rapidement la philosophie morale et politique de Wolf. C'est la partie qu'il traita avec le plus' d'indé-
f tendance et le plus de prédilection , mais malheureusement aussi avec e plus de prolixité. Sa division de la philosophie pratique est pour le* fond celle d'Aristote, tandis que l'idée fondamentale, directement empruntée de Leibnitz , rappelle la formule générale des stoïciens.
Le premier principe de la morale de Wolf est fondé sur l'idée de perfection. Dans l'ontologie, il avait défini la perfection avec Leibnitz, l'harmonie ou l'unité dans la variété. En morale, elle consiste dans la conformité de l'état présent de l'homme avec son état passé et son état futur, et dans l'accord de ce même état avec l'essence, la nature de l'homme, telle que la conçoit la raison éclairée par l'observation psychologique. « Perfectionne-toi » {Perfice te ipsum) , tel est le devoir suprême et qui renferme tous les autres devoirs; et comme nul ne peut se perfectionner tout seul, sans le concours d'autrui, la règle générale est celle-ci : « Fais ce qui peut rendre plus parfait ton étal et celui de tes semblables, autant qu'il est en toi. » Cette perfection est aussi le souverain bien, la véritable félicité, qui a pour condition la satisfaction intérieure. Le bien est tout ce qui peut contribuer à rendre plus parfait l'état de l'homme. Il est autre chose que l'utile. L'utilité ou le dommage qui peut résulter d'une action n'est pas ce qui la rend
bonne ou mauvaise. La perfection produit la vraie félicité; mais celle-ci n'en est pas la fin. La perfection est recherchée pour elle-même; elle est fondée sur une idée rationnelle et indépendante de l'expérience. La loi morale n'est pas imposée à l'homme par une autorité extérieure ; elle dérive de sa nature même; c'est une loi de la nature; mais en tant que cette nature a Dieu pour auteur^ la loi naturelle est en même temps l'expression de la volonté divine, et Dieu n'a pu vouloir et commander à l'homme que ce qui est bien en soi. Cette morale était dans ses principes fort supérieure à celle qui dominait au xtiii* siècle en France et en Angleterre.
Il va sans dire que Wolf admet le fait de la liberté comme condition de la moralité. Sans doute la volonté ne peut se déterminer que par des motifs, et ces motifs lui sont imposés, mais ils ont4eur source dans la raison , et c'est à se conduire sur des motifs raisonnables que consiste la liberté morale. Toutes nos pensées et tous les mouvements de notre corps, qui ont leur principe dans notre volonté, constituent nos libres actions.
Dans le volumineux traité du Droit de la nature, qui, dans le système de Wolf, précède la morale proprement dite, il anticipe sur celle-ci , et revient sur des points déjà traités dans la philosophie pratique générale. Il y considère principalement les droits qui dérivent de la nature de l'homme , mais comme ces droits sont les mêmes pour tous, il les met toujours en regard des obligations. Droit et devoir sont pour lui des termes corrélatifs : à tout droit correspond un devoir, et l'on ne peut invoquer celui-là que sous la condition de remplir celui-ci.
Les devoirs sont déterminés en détail dans la Morale. Ils sont d'abord divisés en devoirs qui ont pour objet le perfectionnement de l'intelÛgence, la perfection logique des stoïciens, et en deyoirs qui ont pour objet de fortifier la volonté et de gouverner les penchants et les passions; puis en devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes et envers nos semblables.
La philosophie sociale et politique de Wolf est à la fois conservatrice et libérale, en général conforme aux maximes du gouvernement de Frédéric II. Elle impose à tous cette règle de conduite : « Fais tout ce qui peut contribuer au bien-être général et au maintien de l'ordre public et de la sûreté commune. » Toute société repose sur un contrat par lequel tous s'engagent dans leur propre intérêt à concourir à la prospérité commune. L'Etat parfait est celui qui pourvoit le mieux au bienêtre de tous et de chacun. La monarchie limitée est, selon Wolf, le meilleur gouvernement. Tout en faisant une belle part au prince, il le soumet aux lois par le serment. Il va jusqu'à autoriser le sujet à désobéir à des ordres injustes ou illégaux ; mais il lui refuse le droit d'examiner et de discuter les questions d'intérêt général.
Sans faire de l'économie politique une science à part, Wolf a cependant traité à peu près toutes les matières comprises aujourd'hui sous ce nom, et si ses vues à cet égard n'ont rien de remarquable, elles n'en ont pas moins servi à fonder cette science difficile.
En général, le grand mérite de Wolf, c'est d'avoir posé toutes les questions et d'avoir essayé d'assigner leur place à chacune. Il a peu d'originalité pour le fond des idées, qui sont en général celles de