SIMONIDE
l'honneur d'être chantés par lui; mais la gloire de son nom le Gt rechercher de tous les hommes illustres de son temps. Plutarque ( ConsoL ad ApolL ) raconte que Pausanias , roi de Lacédémone, vantait continuellement ses exploits. Un jour qu'il demandait à Simonide, d'un ton moqueur, de lui donner quelque sage maxime, le poëte, qui connaissait sa vanité , se contenta de lui dire : « Souviens-toi que tu es homme. » Pausanias ne parut pas y faire attention. Mais plus tard, lorsque après avoir trahi sa patrie, il se trouva en proie à une faim intolérable, dans un asile d'où il ne pouvait sortir sans s'exposer au dernier supplice , il se souvint des paroles de Simonide, et s'écria par trois fois : « 0 mon hôte de Céos, qu'il y avait un grand sens dans tes paroles! et moi, dans mon peu de sens , je trouvais qu'elles ne signifiaient rien ! »
C'est à lui que Plutarque attribue ce mot ingénieux : « La peinture est une poésie muette , et la poésie une peinture parlante. » Il dit encore , et il est bon d'avoir toujours présent à l'esprit ce mot de Simonide : « Qu'il s'était souvent repenti d'avoir parlé , et jamais de s'être tu. »
A quatre-vingt-sept ans, Simonide, cédant anx instances d'Hiéron, roi de Syracuse, se rendit à sa cour. Déjà il avait chanté la victoire éclatante remportée sur les Carthaginois, par Gélon et ses frères Hléron , Polyzèle et Thrasy bule. Hiéron , dont le règne avait été d'abord souillé par des crimes, réforma sa vie. Simonide se réconcilia avec Hiéron, roi d'Agrigente, et avec son frère Polyzèle, qui, craignant pour ses jours ^ s'était retiré auprès de Hiéron. C'est ce même roi Hiéron qui pria un jour Simonide de lui dire ce que c'est que Dieu. Le poëte lui demanda un jour pour y songer. Le lendemain, questionné de nouveau, il demanda deux jours; et chaque fois qu'on le sommait de répondre, il réclamait un temps deux fois plus long. Enfin , surpris de ce manège, Hiéron voulut en savoir la cause : « C'est, répondit Simonide, que plus j>xamine cette matière, plus je la trouve obscure.» Cicéron, qui rapporte ce fait {De nat. deorum, lib. i) 9 en conclut que Simonide s'arrêta dans le doute. Cette opinion n'est pas éloignée de celle d'Aristote, \oTsq{ï'i\dï\{ Métaphysique, liv. i, c. 2) : « C'est pourquoi on est fondé à penser que la possession de la science des principes n'appartient pas àrhomme; en sorte que, selon Simonide, Dieu seul possède ce privilège : ô'ti Oeoç àv (xovoç e^oi toDto 'Ys'pftç. Ceci est un passage du poôme de Simonide en l'honneur de Scopas , que nous retrouvons dans le Protagoras de Platon.
Aristote, dans le chapitre de sa Rhétorique (liv. 11 , c. 16 ) où il traite des mœurs des riches, après avoir dit qu'ils sont hautains, voluptueux, fastueux, ajoute : « De là ce mot de Simonide à la femme d'Hiéron , qui lui demandait lequel valait mieux, d'être riche ou sage? il répondit qu'il valait mieux être riche; car il voyait, disait-il, les sages passer leur vie à la porte des riches. »
Pendant le séjour de Simonide à Syracuse , tout ce qui était nécessaire à sa subsistance lui était fourni largement chaque jour par le roi. Il en vendait la plus grande partie, alléguant à ceux qui lui demandaient pourquoi il en usait ainsi , qu'il voulait faire paraître sa frugalité et la magnificence d'Hiéron. On suppose que c'est contre lui qu'est lancé ce trait de Pindare {Isthmiques, ode 2) : « Alors la muse n'était