SIMPLICIUS
pas encore avide , ni mercenaire ; jamais les doux chants de Terpsichore aux accents mélodieux ne s'étaient vendus, en mettant à prix le charme de sa voix. » Si, en effet, Simonide introduisit le premier Tusage de faire des vers à prix convenu, il ne faut pas oublier qu'il était pauvre, et que son aventure avec Scopas nç lui avait pas appris à se fier à la générosité de ses héros. Il parait y||h reste , avoir repoussé assez spirituellement les traits satiriques décocnés contre lui. Plutarque rapporte qu'il avait coutume de dire : « J'ai deux coffres : l'un pour les salaires, l'autre pour la reconnaissance. Je les otuure de temps en temps, et je trouve toujours plein celui des salaires , et celui de la reconnaissance toujours vide. » On lui demandait pourquoi il était avare dans ses vieux jours : « C'est, répondit-il, parce que j'aime mieux laisser du bien à mes ennemis après ma mort , que d'avoir besoin de mes amis pendant ma vie. » Il nous reste, sous son nom , un morceau satirique très-mordant contre les femmes ; mais on l'attribue à un autre Simonide, d'Amorgos, appelé l'Iambographe. Ce morceau est, en effet, en vers ïambiques.
Simonide, après un séjour de trois années à Syracuse, y mourut dans sa quatre-vingt-dixième année, l'an 468 avant Jésus-Christ.
SIMPLICIUS , commentateur célèbre d'Aristote et d'Epictèle , et Tun des derniers représentants de Técole d'Alexandrie , naquit en Cilicie , de l'an SOO à Tan 510 après J.-C. II était encore très-jeune lorsqu'il suivit, à Athènes, les leçons d'Ammonius, fils d'Hermias^ avec lequel il fit aussi des observations astronomiques à Alexandrie. Après Ammonius , il prit pour maître son ancien condisciple Damascius. Les temps étaient devenus difficiles } les maîtres d'Athènes , privés des revenus de leurs chaires , enseignaient gratuitement la philosophie , lorsque , en 529 , un décret de l'empereur Justinien ferma cette école de science païenne. Les derniers néoplatoniciens , pour échapper à la persécution , cherchèrent un asile auprès de Chosroës , roi de Perse : Simplicius était du nombre. De retour à Athènes, il écrivit un assez grand nombre de livres de philosophie; peut-^tre même lui fut-il permis d'enseigner : car, dans son Commentaire sur la Physique d'Ari^ stote, il s'adresse à ses auditeurs. Il est donc probable qu'il avait composé cet ouvrage comme un résumé de ses leçpns. On ne sait pas autre chose sur sa vie ; on pense qu'il mourut en paix à Athènes, au milieu des études pour lesquelles il avait souffert dans sa jeunesse.
Les écrits de Simplicius ne sont pas tous parvenus jusqu'à nous. Parmi ceux qui ont été perdus , les plus regrettables sont sans doute un Abrégé de la Physique de Théophraste, qui nous eût tenu lieu de ce traité , et un livre sur les syllogismes , où était résumée cette importante théorie.
Simplicius n'est connu aujourd'hui que par cinq commentaires, dont un sur le Manuel d'Epictèie ; les quatre autres sont consacrés à l'interprétation de divers traités d'Aristote , savoir : !<" les Caté^ gories; 2*» le Traité de Vâme; 3** le Traité du ciel; hf* la Physique. A ne considérer que les titres de ces ouvrages, on comprend que plusieurs savants aient cru devoir ranger leur auteur parmi les péripatér.
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ticiens ; mais cette conjecture n'est pas naienx fondée que celle de Suidas, quand il fait de Damascius un stoïcien. Sans parler des relations bien connues de Simplicius avec les philosophes dont il partagea l*exil et la destinée suprême^ il suffit d'ouvrir un de ses livres pour se convaincre qu'il appartient réellement à Técole néoplatonicienne. S'il commenta Aristote y c'est suivant la méthode de ses prédécesseurs et dans le même esprit, c'est-à-dire avec le dessein bien marqué de ramener Aristole à la doctrine commune où l'éclectisme alexandrin avait fait entrer le paganisme tout entier, religion et philosophie. Tel est , en effet , le but et le sens principal de tous les commentaires des philosophes éclectiques d'Athènes. Simplicius , en particulier,, excelle dans cette œuvre de conciliation , parce qu'au lieu de s'en tenir à la lettre, il pénètre avec une sagacité singulière jusqu'au fond des systèmes dont il veut montrer l'accord. C'est ainsi que , par une habile interprétation , il sait concilier la logique d'Aristote avec la dialectique de Platon , malgré le dissentiment de ces deux philosophes sur les idées. Il va plus loin : il soutient , non sans raison, que la forme est pour l'un ce qu'était Vidée pour Fautre. Cette vue , que semble confirmer l'identité du mot grec eF^cç, explique bien des choses et permet d'apprécier équitablement la métaphysique péripalélicienne. Simplicius interprèle donc Aristote, il le justifie au besoin, il le défend même contre certains platoniciens , en rappelant sans cesse le point de vue particulier où se plaçait Fauteur de la Métaphysique ; mais , encore une f(HS , il n'est pas péripatéticien : il l'est si peu , que lorsque Aristote est en dissentiment par trop évident avec la doctrine platonicienne, il n'hésite pas à lui donner tort. Il blâme à plusieurs reprises le commentateur Alexandre d'avoir fait trop peu de cas de Platon et d'avoir trop abondé dans le sens d' Aristote. Bien loin de s'en tenir à la doctrine de ce dernier, il la corrige ou la complète en y ajoutant, par exemple, l'unité indivisible et l'immortalité de l'àme humaine tout entière, en attribuante notre liberté un r61e très-considérable; enfin, en insistant , comme tous les philosophes alexandrins , sur la nature ineffable de l'Etre suprême. Mais toutes les fois qu'il est d'accord avec Aristote , comme , après tout , ce philosophe est à ses yeux le plus grand commentateur de Platon (ô toD irxaTwvoç àoiaroç èÇyi-piTYi;) , il est heureux de s'appuyer sur une telle autorité et de pouvoir Topposer à ses adversaires. 11 ne paraît avoir écrit son Commentaire sur la phy^ sique que pour répondre à Jean Philopon , qui avait attaqué Proclus et l'hypothèse païenne de l'éternité du monde ; et le commentaire sur le Traité du Ciel est destiné à réfuter le même Philopon , qui, en défendant la création , avait combattu le mouvement éternel du ciel. Ainsi s'agitait , au vi< siècle de notre ère , la perpétuelle controverse métaphysique entre le système du dieu-cause et celui du dieu-substance.
Si Simplicius est médiocrement péripatéticien dans ses commentaires sur Aristote, que dire de son célèbre Commentaire sur le Manuel dEpietHe ? Il n^y est question ni d'Aristote , ni de ses écrits , ni de son système } son nom n'est pas cité une seule fois, et, pourtant, il eût été facile à un péripatéticien d'établir plus d'un rapprochement entre la morale stoïcienne et certains passages des Topiques ou de la