PIBRAC
veau en grec seulement, 2 vol. in-4°, Berlin, 1824. Les autres ouvrages imprimés de Pholius, sont : le Nomocanon ou Protocanon, collection des lois ecclésiastiques comparées aux lois civiles (insérée dans la Collectio canonum, Paris , 1559, grec-lat. , trad. de Hervet , et dans la Bibliothèque de droit de Justel , et qui est devenue le manuel de l'Eglise grecque pour sa jurisprudence) ; — des Lettres, dont beaucoup très-importantes (Montaigu en a donné 253 , grec-lat. , Paris , 1651 ; cinq autres se trouvent éparses dans divers recueils : il en reste beaucoup d'inédites), et deux homélies; — un Glossaire précieux (publié par Hermann , Leipzig, 1808, et par Porson, Londres, 1822) ; — un opuscule comprenant dix Questions scolastigues (dans les Novœ eruditorum deliciœ de Fontani , t. i. La Bibliotheca Coisliana de Montfaucon offre quelques fragments d'un traité en quatre livres, par Photius, Contre les nouveaux manichéens (ou pauliciens). Vàl. P.
PIBRAC (Guy du Fadr, seigneur db), un de ces jurisconsultes français qui jouèrent , au xvie siècle , un rôle si brillant et si utile , n'est plus connu qu'en qualité de moraliste , c'est-à-dire comme Fauteur des Quatrains.
Fils d'un président au parlement de Toulouse, où il naquit en 1529, élève de Cujas et d'André Alciat , ambassadeur au concile de Trente , ministre en Pologne, chancelier de plusieurs princes du sang, avocat général au parlement de Paris, conseiller d'Etat, Pibrac mourut en 1584-, d'une maladie de langueur, causée par les troubles civils. Ce magistrat, célèbre par sa haute intégrité et par son vaste savoir, était un poète agréable et fort recherché, appartenant à l'école de Ronsard et de Du Bartas , mais fuyant , comme Desportes , le pédanlisme de ce groupe de rimeurs archéologues. Pibrac jeta des vues philosophiques dans tous ses vers , dans ses sonnets , dans son poëme inachevé Sur les plaisirs de la vie rustique , mais en particulier dans ses Quatrains.
On se fait difficilement aujourd'hui une juste idée de la réputation extraordinaire dont jouirent, pendant plus d'un siècle , les Quatrains contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l'homme, composés à l'imitation de Phocilides , Epicharmes, et autres poètes qrecs (in-4°, Paris, 1574- ). D'abord au nombre de cinquante, puis augmentés jusqu'à en faire cent vingt-six , ces gnomes ou distiques , dont théognis et le vieux Caton avaient donné l'exemple chez les anciens , furent le livre le plus populaire du xvie et du xvne siècle, plus populaire que les Essais de ce Montaigne qui contribua tant à les accréditer, se plaisant à les citer, et à présenter le bon Pibrac comme un esprit si gentil , d'opinions si saines et de mœurs si douces (Essais, liv. m, c. 9). Il n'est point d'ouvrage français qui ait été traduit et commenté en plus de langues européennes et orientales. En France même, au xvir siècle , on réimprimait ce recueil, on l'admirait, on le savait par cœur dans toutes les familles , comme le vrai et simple bréviaire des honnêtes gens. Enfin, au milieu du xvme siècle , l'Encyclopédie le vante encore à cause de sa rare solidité, et fait re* marquer que son style seul, qui est suranné, l'a fait abandonner.
98 PICCART.
La doctrine qu'exposent on respirent les Quatrains est en effet ex* cellenle, puisée dans l'expérience et le -bon sens, tour à tour empreinte de l'esprit de Platon ou de celui d'Àristole , toujours conforme au génie de la religion, toujours dégagée de l'alliage des sectes et des partis. Si elle manque souvent d'une expression élégante et harmonieuse , elle se distingue par une certaine grâce originale et piquante ; elle a du trait et un tour animé. Dans sa partie politique, elle est libérale : elle hait (lciii) :
Ces mots de puissance absolue
De plein pouvoir, de propre mouvement.
Elle veut que tous, citoyens ou princes, particuliers et corporations, s'inclinent respectueusement devant les lois divines et humaines (pat ex. lcii) :
Changer à coup de loy et d'ordonnance , En fait d1 Estât, est un point dangereux ; Et si Lycurgue en ce point fut heureux, Il ne faut pas en faire conséquence.
C'est à cause de ces sages- maximes, alors l'apanage de la magistrature française, que Pibrac est comparé, par Du Bartas, à Nestor et à Scévola tour à tour ; et celte comparaison est plus exacte que celle qui vient ensuite, avec le grave-doux Virgile. — Voyez les Mémoires sut la vie de Pibrac, par Lépine de Grain ville, in-12, Paris, 1758.