PICCOLOMINI
La Philosophie morale ou active (in-4°, 1560) se compose de doaze livres , dont voici le sommaire : Liv. i. De la noblesse naturelle de l'homme , et comment il est capable d'arriver au bonheur. Il est naturellement un animal civil et sympathique. A quelle fin et de quelle façon les cités sont nées et se sont gouvernées. — Liv. n. Quelle est la fin dernière de l'homme , et sa félicité. De quels biens son bonheur peut se former. Des puissances de notre âme, sources de félicité. Deux sortes de bonheur : l'un contemplatif , l'autre pratique ou civil. — Liv. m. Comment peut-on conduire l'homme à ce double bonheur. Ici tout un traité d'instruction et d'éducation. — Liv. iv. De la philosophie et des sciences : toute une encyclopédie méthodique. — Liv. v. Des appétits et concupiscibles et irascibles. De la raison qui les doit gouverner. Des vertus morales , de la volonté et de nos actions. — Liv. vi. Force, tempérance, continence, libéralité, magnanimité, etc. — Liv. vu. Confiance, reconnaissance, compassion, etc. — Liv. vin. Justice, et ses différentes espèces : particulière, distributive , civile. Vertus intellectuelles : sagesse, prudence, culte des arts, etc. Vertus héroïques. — Liv. îx. Bienfaisance et amitié. — Liv. x. Amour. — Liv. xi. Mariage et famille ; gouvernement domestique ; devoirs des époux , des parents , des enfants. — Liv. xu. Relations des maîtres et des serviteurs. — Administration de la fortune et de la propriété , organisation de l'industrie, etc.
On le voit , dans sa philosophie morale comme dans sa philosophie naturelle , Piccolomini est sectateur d'Aristote : il l'avoue avec reconnaissance , en appelant maintes fois ce philosophe son chef et son guide , mio principe e guida , et en le déclarant le philosophe le plus ordonné , le plus sensé , le plus d'accord avec la nature et la raison. Il ajoute même que c'est encore suivre Aristote que de l'abandonner alors qu'il se trompe , que de se ranger, contre lui , du côté de l'observation et d'une expérience plus complète. Le Stagirite lui semble un homme presque surhumain, più che huomo; mais tout homme est sujet à errer, et le progrès des siècles doit modifier sans cesse les découvertes des génies les plus beaux. Aussi Piccolomini s'est-il encore attaché, avec un soin particulier, à traduire, à paraphraser, à commenter la Rhétorique d'Aristote, en trois ouvrages distincts (in-4°, 1557-1575), et à écrire sur lacère et sur \e mouvement dans le sens du péripatétisme pur et original (in-8°, 1510 et 1565).
Si, pour ses divers travaux sur Aristote, il était loué et honoré en Italie et en Europe, il était vivement attaqué, parfois injurié et menacé, à cause de sa persévérance à philosopher en tangage vulgaire et maternel, en discours toscan, et il ne perdit pas une occasion de s'en excuser, autant que de s'en glorifier. Cette nouveauté avait contre elle, non-seulement le clergé, mais les lettrés laïques. On lui reprochait de dégrader, de souiller la science, de la dépouiller de son idiome sacré. Il citait l'exemple des classiques italiens , et on lui répondait que ceux-ci. avaient écrit pour les dames et les soldats , pour la scène comique , pour les marchés et les boutiques. Quelques-uns n'hésitèrent pas à déclarer Piccolomini un dangereux hérétique, d'autant plus condamnable qu'il osait se vanter de ses innovations, et s'autoriser du suffrage d'un A ré tin.