POLÉMON
nous ne pourrions pas davantage saisir les raisons et les desseins dont toutes choses sont sorties. Cette négation des causes finales vient plutôt de ce qu'on n'a pas vu combien ici la fin se confond avec la cause , et le but avec l'origine. Dieu s'étant proposé de se manifester, de se révéler, et ayant conçu dans ce but le plan de l'univers , l'intention divine ne saurait être inerte et inefficace ; mais elle doit être la cause réelle et effective du monde , sous sa forme actuelle, de telle sorte que cette forme et ce monde s'accordent exactement avec le dessein et le plan de Dieu.
Comme il y a une philosophie et une théologie solide, une philosophie et une théologie extérieure, de même il y a une philosophie et nue théologie fausse. Une différence très-notable , toutefois , se présente ici : c'est que la théologie extérieure, véritable reflet de la théologie solide , est une ; tandis qu'il y a un grand nombre de philosophies et de théologies fausses.
Un article essentiel du mysticisme de Poiret , et un des sujets particuliers de son OEconomie divine (t. in) , ce sont ses vues sur la nature du mal.
Si Dieu existait seul , dit Poiret, s'il n'y avait rien en dehors de lui , il n'y aurait point de mal. Ni l'essence de Dieu , ni le pur néant ne sont susceptibles de mal. On ne peut pas même dire que la possibilité du mal soit contenue dans les conseils de Dieu. Dans ces conseils , en effet, il ne se trouve que ce qui est réel ; la chute de la créature ne pouvait donc s'y trouver, la possibilité de cette chute étant an défaut , une absence, un rien. Les choses, séparées de Dieu, ne sont rien de réel , et la non-réalité n'a pas besoin de fondement positif. Mais si Ton ne peut pas dire que Dieu ait voulu le mal , on ne peut pas-dire davantage que le mal ait eu lieu contre sa volonté , le mal n'étant pas une réalité capable de limiter l'action divine ; par conséquent le mal existe seulement sans la volonté divine. Nulle œuvre de Dieu, nul être réel n'est mauvais, pas même lorsqu'il ne participe pas encore de toutes les perfections dont il est capable. Une réalité qui se développe, où , par conséquent!, l'être se mêle au non-être, n'est pas mauvaise. Qu'est-ce donc que le mal , puisqu'on ne peut en nier l'existence? Il n'est rien de réel, et cependant il n'est pas pur néant. Comme il n'est ni un être réel, ni un pur néant, il doit être le mélange de l'un avec l'autre. Ce mélange, à la vérité, tant qu'il est réglé par Dieu , peut n'être pas mauvais. Mais lorsque dans ce même mélange l'être borné , c'est-à-dire moi , qui en réalité ne suis rien par moi-même , je cherche à prêter de la réalité au néant , je donne naissance à une contradiction absurde , laquelle constitue le mal. A mesure que je me connais mieux , je vois plus clairement qu'en moimême et sans Dieu je ne suis rien et n'ai nulle réalité. Je ne puis pas dire que cette absence de réalité vienne de Dieu , non : je ne suis rien par moi-même. Je deviens mauvais , lorsque je m'efforce de donner l'apparence de l'être à cette non-réalité , lorsque je me figure être quelque chose par moi-même et pour moi-même. C. Bs.
POLÉMON 9 philosophe grec de l'ancienne Académie , né , selon Diogène Laërce, a Oete, bourg de l'Attique, et mort à Athènes, vers
m POLWNÀC.
Tan 272" avant l'ère chrétienne. On le cite comme une preuve du pou* voir que la philosophie peut exercer sur la moralité des hommes. Jeune et mattre d'une grande fortune, il menait la vie la plus dissipée , lors* qu'il arriva un jour, au sortir d'une orgie, la tète encore couronnée de fleurs, dans l'enceinte où Xénocrate enseignait à ses disciples tes sévères maximes de la morale de Platon. Le philosophe ne fut point déconcerté par celte brusque apparition, et, continuant le discours qu'il avait commencé, il peignit si bien l'abrutissement où nous jette l'intempérance, que Polémon, pour la première fois> rougit de son état. A partir de ce moment, il s'attacha a Xénocrate, dont il devint non-seulement le disciple, mais l'ami, et plus tard le successeur. Polémon avait laissé plusieurs écrits, si nous en croyons Diogène Laërce (liv. iv, § 16-20), mais qui ont tous péri, et dont les titres même ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Tout ce que nous savons de l'enseignement de ce philosophe , c'est qu'il cherchait en toutes choses à ressembler à son maHrej comme lui , mettant la pratique au-dessus de la théorie, il faisait surtout consister la philosophie dans la morale » et attachait peu d'importance à la dialectique, qui joue un si grand râle dans le système de Platon. C'était ouvrir la voie à l'école stoïoienne; et, en effet) il passe pour avoir été un des maîtres du fondateur de cette école , et on lui attribue cette maxime si unanimement professée par les sages du Portique * que notre vie doit être conforme à la nature : Honeste viverè fruentem rébus his quas primas hotnini naturel concitiet ( Cicéron * de Ëmibut, lib. iv, c. 6). Il regardait aussi le bonheur comme une conséquence nécessaire de la vertu (Clément d'Alexandrie * Stromates, liv. u). X.
POLIGNAG (le cardinal db), célèbre par son, habileté eh diplomatie et par son poëme de l' Anti-Lucrèce, était un cartésien. Ne eh 1661, il avait fait sa philosophie au collège d'Harcôurt. Ce sont lés objections mêmes de son professeur péripatéticien quilui firent connaître et goûter" frescartes. Quand le temps fut venu de choisir et de soutenir des thèses , il y eut un débat entre le professeur , qui Voulait quelles fussent en l'honneur de son enseignement , et le jeune Poljgnaé, qui les Voulait eh l'honneur de Ûesçar tes , s'offrait a défendre publiquement leé principes de la philosophie nouvelle, même sans le secours d'un président, Députe longtemps, une aussi vive querelle n'avait agité l'Université et le pays latin. Par un assez singulier accommodement , l'anbé de Polignac s'engagea à soutenir deux thèses différentes deux jours de suite : là première, en l'honneur de Descartes; la seconde, en l'honneur d'Aristote. Il arrangea lui-toême en thèse les principes de Descartes, car citait la première thèse cartésienne dans l'Université de Paris. En Soutenant la cause de Descartes , il enchanta tout le monde le premier jour; et le lendemain il défendit Àristote aux applaudissements des péripatétjciens. À son retour de Pologne, en 1698, le Cardinal de Polignac avait passé par la Hollande, et il avait eu plusieurs conférences avec Bayle ; c'est en réponse à ses objections et à quelques citations de Lucrèce, qu'il conçut la première pensée de son poème philosophique. Depuis lors , il y travailla à différentes reprises , et quelques fragments même furent publiés pendant
POLIGNAG. i&S
sa vie ; mais il mourut en 1741 , avant d'avoir pu l'achever. L' Anti- Lucrèce Fut revu et publié par son ami l'abbé de Rothelin et par le professeur Le Beau. Ce poëme, écrit en vers latins, est divisé en neuf livres intitulés de Voluptate , de Inani, de Atomis , de Motu , de Mente, de Belluis, de Stminibus, de Mundo, de Terra et Mari. Le cartésianisme le plus rigide et le mieux conçu brille dans le développement des questions, dit Mairan dans son éloge. Le cardinal de Polignac n'a pas moins d'enthousiasme pour Descartes que Lucrèce pour Epicurte.
» » Quo ftomine dicam
Natur» genium, patri© decus, ac decus «vi Gartesium oostri, quo se jactabit alumno Gallia fceta viris ac duplicis arte Minerve; Ànte suos tacitura duces ac fulmina belli Quam veri auctorem eximium mentisque regendae.
(Lib. vm, v. 55.)
Gomme Fontertelle, il soutint le plein de Descartes fcontre le vide de Newton, et l'idée claire de l'impulsion contre l'attraction, qu'il accuse d'être une qualité occulte :
Haud ego Neutonus clamât, systemata ûngo. Ille quidem haud fîugit , sed dudum ficta coaptat. Yirtutem occuUam et caecos in corpore sensus Débet Aristoteli ; vacuum tulit ex Ëpicuro, Cartesio bellutn indicens qui cuncta volebat Mechanice fieri , pulsuque a mente proFecto.
(Lib. iv, v. 1065.)
Pour la métaphysique* il développe tous les grands principes cartésiens , et souvent il ne fait presque que traduire les Méditations en vers latins ; surtout dans le cinquième livre , qui traite de l'eBprit et de la distinction de l'âme et du oorps. Le sixième livre tout entier est consacré iu développement et à la défense de l'automatisme desbèWé. On reconnaît aussi l'influence de Malebranche, qu'il avait consulté sur le plan de son potitae , dans' la manière dont il explique l'union de l'Ame et du corps , et la nature de la raison. En effet, c'est à l'aôtiôn directe de Dieu qu'il attribue tous les mouvements du corps. C'eit Dieu , seule cause efficiente, qui meut notre corps à l'occasion dès désirs de notre âme , et toute la doctrine de Malebranche est parfaitement résumée en un seul vers :
Illius (tfeij efficere est, nostra est optare facultas.
(Lib. v, v. 4364.)
Comme Malebranche , il identifie la raison avec Dieu même :
Lex igitur primam Dei mens atque voluntas
Et legera hanc sentire Doum est audire loquentem.
(Lib. îx, v. 422.)
Il ne réfute pas seulement Epicure et Lucrèce, mais aussi Hobbes, Spinoza el Locke. A, Hobbes, jl oppose l'existence d'une Itàunivet-