‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 36 sur 91 · PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

PRÉDESTINATION

catholique se firent apercevoir sur quelques points de la communion protestante ; mais comme l'Eglise catholique avait rencontré les disciples de saint Augustin , et, plus tard, Jansénius et ses partisans, les théologiens mitigés de la réforme se heurtèrent contre les méthodistes, qui déclarèrent que les élus sont prédestinés au salut, que cette prédestination est gratuite, c'est-à-dire qu'elle ne peut être méritée par l'homme , et qu'elle sauve sans que les bonnes œuvres y aident, sans que les mauvaises en empêchent l'effet. Tel est le dernier mot de la doctrine de la prédestination ; et Ton voit facilement par quelle raison nous avons dit que la prédestination se rapportait au terme final de la vie de L'homme, et non au détail de ses actions, puisqu'elles sont déclarées indifférentes.

La controverse élevée entre les théologiens roule donc, non pas sur le principe en lui-même , mais sur le plus ou le moins d'extension à lui donner, sur les conditions de son accord avec le libre arbitre. Nous ne prétendons en aucune manière entrer dans cette polémique , nous déclarer pour tel ou tel des adversaires ; la question théologique et religieuse demeure complètement étrangère à ce qui nous reste à dire. Nous devions seulement déterminer le sens du mot prédestination , le distinguer de celui de fatalUme, avant de le soumettre à l'appréciation des jugements de la raison et de la philosophie. La question pour nous , dégagée de l'élément théologique, se pose donc dans les termes suivants :"« Les lumières de la raison conduisent-elles à admettre que l'homme est prédestiné par un décret de Dieu à la récompense ou au châtiment dans une autre vie ? »

La réponse affirmative à cette question serait tout simplement l'affirmation du fatalisme : car on ne peut comprendre la prédestination à la récompense ou au châtiment , sans admettre au préalable la préordination fatale des actes qui les ont amenés. Or, la doctrine du fatalisme a déjà été discutée et réfutée dans ce Dictionnaire , et nous y renvoyons le lecteur, les arguments par lesquels on prouve l'erreur «des fatalistes étant les mêmes que ceux que nous pourrions opposer à la doctrine de la prédestination.

Mais nous avons vu que le dernier mot de la doctrine de la prédestination dans les sectes les plus exclusives , ce qui la distingue véritablement de la fatalité , c'est la prédestination au bonheur ou au malheur dans l'autre vie, sans considération aucune des actes accomplis dans celle-ci. Le fatalisme est du moins , dans son erreur, conséquent avec lui-même. S'il admet le bonheur ou le malheur comme nécessités pour l'homme après sa mort , il admet pendant sa vie une égale nécessité pour les actes dont le bonheur ou le malheur seront les suites inévitables. Mais que dire de l'inconséquence d'une doctrine qui , sans nier la liberté , et par conséquent le mérite et le démérite dans les actes moraux de la vie de l'homme , le prédestine arbitrairement à la récompense ou au châtiment éternels , sans égard pour ses vertus et pour ses vices ?... Voici l'explication de cette singularité.

Il n'y a guère que l'Eglise catholique dont la sagesse ait ôté au dogme de la prédestination ce qu'il a d'exclusif et de choquant. Plusieurs des sectes issues de son sein ont, à l'exemple de Luther dans

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son livre De. servo arbitrio, prêché sans ménagement la prédestination ; elle appartient également aux religions de l'antiquité , à celles de l'Asie, et l'islamisme en particulier l'admet sans atténuation. Elles fondent ce dogme sur le dogme universel d'une chute primitive par laquelle l'homme a entraîné dans un malheur mérité sa postérité tout entière, et voici comment leurs docteurs raisonnent : tous les hommes sont criminels, et, comme tels, justement et éternellement condamnés. Si la miséricorde de Dieu veut bien en arracher quelques-uns à cette proscription méritée , c'est à elle qu'il appartient de les choisir, et ceux qui demeurent dans la proscription n'ont point à se plaindre de cette préférence , ni à en chercher les motifs , car elle ne serait point une grâce (gratia gratis data), disent-ils , si elle prenait en considéra tion les mérites personnels des élus.

Nous ne rappelons ces détails que pour bien caractériser la doctrine de la prédestination , telle qu'elle a été admise par ses défenseurs exclusifs. Il nous serait facile d'en montrer la faiblesse, en faisant observer que, même étant admise la chute de l'homme, il est de l'essence de Dieu d'en vouloir, avec toute sa puissance et tout son amour, la réhabilitation tout entière.

On ne peut connaître en détail la doctrine de la prédestination sans prendre connaissance des nombreuses controverses sur la grâce; mais si un si long travail inspire de l'éloignement, l'article du Dietionnaire théologique de Bergier, au mot Prédestination , fournira sur ce point les lumières suffisantes. H. B.

PRÉDÉTERMINATIOIY. Voyez Fatalisme et Prescience-.

PRÉDICAMEIYT [Prœdicamentum]. C'est le nom sous lequel on désignait autrefois les catégories {Voyez ce mot).

PREDICAT [Prœdicatum, de prœdicare, dire ou affirmer une chose d'une autre; en grec xaTrrçopoûfxevov ou xaTrj-fopmfJta]. On appelle ainsi toute idée, soit quelle représente une substance ou une qualité, qui peut être niée ou afûrmée d'une autre; en un mot, toute idée générale. Par exemple, dans ces deux propositions : Pierre est un homme; l'homme est un animal; homme, animal sont des prédicats. Par conséquent, le même mot, qui est prédicat dans un cas, peut devenir sujet dans un autre. Aux termes de la définition de l'école, le prédicat, « c'est ce qui peut être dit de plusieurs choses, soit que l'on comprenne toutes ces choses sous un même nom , soit qu'on les considère séparément. » Unum aptum prœdicari de mullis, univoce et divisim. Ainsi l'idée d'animal , ou d'animal raisonnable s'applique aussi bien à tous les hommes réunis sous une même dénomination, qu'à Pierre et à Paul, pris individuellement. On voit qu'il y a une différence entre un prédicat et un attribut. Le premier de ces deux termes n'a qu'un sens purement logique {universelle logicum)9 déterminé par la place qu'il occupe dans la proposition; voilà pourquoi il s'applique indifféremment à une substance ou à une qualité. Le second , au contraire , a un sens métaphysique et invariable ; il exprime toujours une qualité, et même une qualité d'un certain ordre {Voyez Attributs).

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