QUEVEDO
Quesnay a publié un grand nombre d'écrits de médecine qu'il serait inutile d'indiquer ici; et dans Y Encyclopédie, des articles sur les grains et les fermiers, et un grand nombres de mémoires dans les journaux d'agriculture et les éphémérides des citoyens.
Outre les Maximes générales dont nous avons parlé plus haut, il y a de lui :
1°. La Physiocratie , ou Constitution naturelle du gouvernement le plus avantageux au genre humain. Cet ouvrage, recueil de divers traités, et qui fut comme l'Evangile des économistes, a été publié par Dupont de Nemours en 1768. C'est dans ce livre que se retrouve le Tableau économique qui excita un si vif enthousiasme , et qui fut si ardemment lu , commenté , expliqué , amplifié et développé par les disciples de Quesnay. L'épigraphe : Pauvres paysans, pauvre royaume; pauvre royaume, pauvre roi, indique énergiquement quelle était la pensée de cet écrit. Le Tableau économique, avec son explication, et les Maximes générales du gouvernement économique, sous le titre d'Extraits des économies royales de Sully, fut imprimé au château de Versailles , in-4°, 1758. Il a été réimprimé dans l'Ami des hommes, dont il forme la fin de la 6e partie.
2°. Recherches philosophiques sur V évidence des vérités géométriques, in-8°, 1773. Ce livre, sans valeur aucune, publié un an avant sa mort , malgré ses amis, atteste seulement l'affaiblissement de ses facultés» Nous le mentionnons à cause du titre qui pourrait tromper.
3°. Observations sur la psychologie, ou Science de l'âme. Cet ouvrage, avec deux autres, fut imprimé à Versailles, par ordre exprès de Louis XV, qui en tira lui-même quelques épreuves ; mais il fut séquestré, et il n'en est pas resté un seul exemplaire dans la famille de l'auteur. C'est tout ce qu'on en sait. Fr. R.
QUEVEDO DE VILLEGAS (Don Francisco), né à Madrid, en Tannée 1500, mort à Villanueva-de-los-Infantes, en 1645, est un écrivain de grand renom; mais il n'est guère connu parmi les philo* sophes. Le Manuel de Tennemann nous indique un de ses ouvrages comme devant être consulté pour l'histoire de la philosophie stoïcienne. C'est un opuscule qui a pour titre : Epicteto y Phocilides, con el origen de los estoicos y su defensa contra Plutarco , y la defensa de Epicuro contra la comun opinion, in-12, Madrid , 1635. Si Quevedo de Villegas avait rempli toutes les promesses de ce titre, il aurait pu faire un ouvrage très-intéressant; mais il ne se proposait pas autre chose que de mettre en vers les sentences d'Epiclète. L'apologie d'Epicure qui termine le volume est écrite en prose; mais la prose de Quevedo n'a guère plus de gravité que ses vers. Il y a plus de philosophie dans ses paraphrases sur le Brutus de Plutarque, qui ont été traduites en latin par Graswinckel, sous le litre de In Plutarchi Marcum Brutum excursus politici, in-4°, La Haye, Vlacq, 1660. B. H.
QUIDDITÉ [quidditas ou quiditas : de quid, quoi?]. C'est la traduction, en langage scolaslique, de ce qu'A ris tote appelle t6 n h mai, et qu'on a nommé plus tard forme substantielle; c'est ce qui ré* pond à cette question : quelle est la nature d'une chose, ri i<m? ou qu'est-
ce qui la distingue de toute antre? Qu'est-ce qui fait que nous la concevons, non comme l'être en général, mais comme tel on tel être? En effet, l'être est un attribut qui appartient indistinctement à tout ce qui est; mais tout ce qui est ne se ressemble pas; une chose n'est pas simplement , elle est aussi telle ou telle chose. L'ensemble des conditions d'où résulte ce caractère, et qui la font concevoir à notre esprit comme un être particulier, déterminé, concret, voilà ce que les philosophes du moyen âge désignaient sous le nom de quiddité, à l'imitation de l'expression employée par le philosophe grec. La quiddité est donc l'essence même de chaque chose , et comprend , en un tout indivisible, la substance aussi bien que les qualités; car l'un de ces deux éléments n'est qu'une abstraction sans l'autre , c'est-à-dire un être en général f non un être déterminé. C'est dans la substance même que les qualités ont leur principe , et c'est par les qualités que la substance se manifeste et devient une nature distincte. Voyez Aristote, Métaphysique, liv; ni , c. 6,
QUIÉTISME. On appelle quiétisme une doctrine religieuse mystique , qui s'est produite à diverses époques au sein de l'Eglise pour y être condamnée , soit au xue siècle parmi les sectes manichéennes des albigeois et des vaudois, soit au xivc dans l'intérieur des couvents, dont les moines, surnommés hésychiastes (d'Viauxîoc) , s'adonnaient a la contemplation ; plus tard sous le nom de molinosisme, en 1637, du moine portugais Molinos , qui en était l'auteur ; et enfin sous celui de quiétisme , dans la célèbre discussion élevée entre madame Guyon , Fenélon et Bossuet, à la fin du xvne siècle.
On peut résumer le quiétisme de Fenélon , en l'extrayant de son livre des Maximes des saints , condamné par Innocent XII , de la manière suivante :
« 1°. Il est dans cette vie un état de perfection dans lequel le désir de la récompense et la crainte des peines n'ont plus lieu ;
« 2°. Il est des âmes tellement embrasées de l'amour de Dieu , et tellement résignées à la volonté de Dieu, que si, dans un état de tentation , elles venaient à croire que Dieu les a condamnées à la peine éternelle, elles feraient le sacrifice absolu de leur salut. » (Vie de Fenélon, par M. le cardinal de Bausset, t. rr, p. 268.)
Madame Guyon allait plus loin : elle croyait avoir trouvé une méthode sûre , a par laquelle on pouvait conduire les âmes les plus communes à cet état de perfection où un acte continuel et immuable de contemplation et d'amour les dispensait pour toujours de tous les autres actes de religion , ainsi que des pratiques de piété les plus indispensables selon la doctrine de l'Eglise catholique. » ( Ubi supra.)
Ces pieuses exagérations , ces aberrations , si l'on veut , de l'amour mystique, avaient-elles assez d'importance pour qu'elles dussent agiter la cour de Louis XIV, faire jeter en prison madame Guyon , élever entre les deux prélats les plus justement illustres de cette époque une lutte qui ne fut pas toujours exempte d'aigreur, et où l'un d'eux oublia plus d'une fois les devoirs de la charité?... Nous ne le pensons pas. Encore qu'il soit facile de montrer que celte doctrine peut renfermer certaines conséquences dangereuses r en particulier explicite-
ment produites dans les ouvrages de Molinos , ces conséquences ne portent pas nécessairement à la pratique, et elles appartiennent plutôt a la nature vicieuse de l'individu qui s'y abandonne , qu'aux principes en eux-mêmes : elles n'étaient surtout point à craindre dans madame Guyon , dont la vie a été reconnue pure par ses adversaires comme par ses amis.
Madame Guyon croyait pouvoir , par une méthode qui lui était propre , conduire les âmes les plus communes à la contemplation la plus sublime : elle se trompait sans doute; mais plusieurs saints ,
f plusieurs chefs d'ordre n'avaient-ils pas eu , avec l'approbation de 'Eglise , des prétentions à peu près analogues ?
Fenélon effaçait la crainte des peines de l'état de perfection ;... mais l'Evangile , les Pères, les écrivains mystiques les plus accrédités n'ont-ils pas professé la même doctrine ? Et quant au sacrifice absolu du salut , la contradiction qui ressort des termes mêmes de cette singulière affirmation ne prouve-t-elle pas suffisamment que c'est là une de ces expressions exagérées , de ces poétiques hyperboles dont on pourrait signaler encore d'autres exemples dans le langage des écrivains ecclésiastiques, et qui ne sauraient être prises à la lettre ?
Quoi qu'il en soit, madame Guyon, devenue veuve à vingt-huit ans, avait vu ses dispositions pieuses approuvées par l'évêque de Genève, et secondées par le P. Lacombe, barnabite. qui fut plus tard entraîné dans sa disgrâce, et enfermé à la Bastille par la sévérité un peu précipitée de M. de Harlay, archevêque de Paris. Madame Guyon n'échappa point elle-même à la captivité Tannée suivante , 1688 , et fut enfermée aux religieuses de Sainte-Marie de la rue Saint-Antoine. Mais M. de Harlay, n'ayant rien trouvé dans la procédure de son officiai qui inculpât sérieusement madame Guyon , et sollicité, d'ailleurs, par madame de Maintenon, exigea d'elle une soumission conforme à ses déclarations , et lui rendit la liberté.
Ce fut à cette époque de sa vie que la reconnaissance conduisit madame Guyon aux pieds de madame de Maintenon, et que le hasard lui fit connaître Fénelon à Saint-Cyr. Elle jouit alors de l'estime et de l'affection de ces deux personnes , dont la seconde seule devait lui rester fidèle.
Mais il n'était ni dans la nature de madame Guyon de se taire, ni dans celle de ses idées de ne pas agiter les esprits autour d'elle. Sous l'influence des conseils prudents de l'abbé Godet Desmarêts, éyéque de Chartres , son directeur , madame de Maintenon ne tarda pas d'abord à se refroidir pour elle , bientôt à l'abandonner tout à fait. Cette femme remarquable, quoique pleine d'estime et même de goût pour madame Guyon , avait justement senti qu'elle ne pouvait maintenir la règle pour les dames de Saint-Cyr, en leur prêchant la liberté des enfants de Dieu , attendu , dit-elle dans une de ses lettres ,
Îue « beaucoup se servent de cette liberté pour ne s'assujettir a rien. » 'est là , en effet , le danger de ces doctrines dans les personnes dont l'esprit les accepte, sans que le cœur soit pénétré de leur véritable esprit.
Bossuet parut alors sur la scène de cette curieuse controverse , et
l'on doit reconnaître qu'il se conduisit prudemment , chrétiennement dans ses premiers rapports avec madame Guyon, qu'il lui montra une bienveillance toute paternelle , et ne lui épargna pas les plus sages conseils ; mais l'esprit inquiet de cette femme exallée ne lui permit
g oint de les suivre. Blessée des bruils injurieux qui venaient la trouler dans sa solitude , elle demanda des juges de ses mœurs et de sa doctrine. On lui désigna pour commissaires Bossuet, M. de Noailles, évêque de Châlons-sur-Marne , M. Tronson, supérieur de Saint- Suipice. Ils tinrent leurs conférences à Issy , pendant que madame Guyon vivait retirée dans le couvent de la Visitation de Meaux.
Nous n'entrerons point dans le détail des conférences d'Issy ; nous les résumerons seulement , après avoir fait remarquer quelle place tint une simple question de spiritualité, à une époque cependant (1695) où le goût des grandeurs humaines et des gloires périssables animait encore la cour de Louis XIV et ce prince lui-même. Les ouvrages de madame Guyon tendaient à faire croire que l'âme pouvait se trouver dans un état tel , qu'absorbée dans l'amour de Dieu , elle ne vivait plus de sa vie propre , et ne voulait plus que par la volonté divine. Ces principes qui s'étaient montrés tels dans les ouvrages de Molinos, qu'on pouvait en tirer des conséquences funestes, furent réfutés avec soin par les prélats, et ils y opposèrent une déclaration en trente-quatre articles, dans laquelle ils rendirent à Pâme sa spontanéité propre , la responsabilité de ses actes , et l'obligation d'accomplir explicitement les devoirs que l'Eglise impose à ses enfants : sage mesure, si Ton considère à quels excès s'est quelquefois laissé aller l'esprit mystique j mais mesure qui méconnaissait peutêtre un état possible de Tâme humaine, dont non-seulement la plupart des religions, mais quelques systèmes de philosophie ont admis la réalité. La destinée ultérieure des personnes illustres mêlées à la dispute du quiétisme ne saurait avoir sa place dans un article consacré à l'examen philosophique de cette doctrine. Nous ne nous occuperons donc plus maintenant de Bossuet, de Fenélon et de madame Guyon $ nous dirons seulement qu'après une controverse animée, dans laquelle Fenélon répondit avec succès à plusieurs écrits de Bossuet , parmi lesquels sont principalement importants l'Instruction sur les états d'oraison, et la Relation du quiétisme. Le livre des Maximes des saints , composé par l'archevêque de Cambrai pour rendre compte au public de sa doctrine sur les matières contestées, ayant été condamné par un bref d'Innocent XII, en 1699, celui-ci prit le parti de se soumettre. Nous chercherons donc désormais dans la psychologie et dans l'histoire la raison de ces doctrines et la part de vérité qui peut leur appartenir.
Historiquement, la doctrine du quiétisme parait pour la première fois dans la religion et la philosophie des Indiens. Psychologiquement, l'état qu'elle préconise peut se développer spontanément ou sous l'empire d'une action extérieure, dans une âme quelconque, ignorante ou éclairée , ayant de ce qui se passe en elle la connaissance réfléchie et scientifique, ou simplement la conscience qu'elle ne peut manquer d'en avoir.
Personne n'ignore que les esprits les plus disposés à la vie mystique, dans les premiers siècles de l'Eglise , rattachèrent leur doctrine à
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saint Jean , opposant ces mouvements d'amour exalté à la vie active et militante dont ils voyaient dans saint Pierre le symbole et le premier apôtre. Il n'était donc pas possible qu'un jour ou l'autre , sur tel ou tel point 9 le quiélisme n'apparût pas parmi les chrétiens avec le cortège de ses sentiments désintéressés et les dangers de ses excès» Si ce fut à la fin du xvinc siècle qu'il atteignit son plus haut développement , il n'en était pas moins déjà en germe dans les pratiques de quelques hérétiques , et dans les ouvrages de plusieurs écrivains orthodoxes , dans les écrits de Tauler, par exemple, de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix , de saint François de Sales $ et le livre des Maximes des saints, composé par Fénelon dans le but méconnu de réprimer tous les excès, témoigne qujç lorsque celte doctrine attira sur lui la persécution , elle n'était pas nouvelle parmi les chrétiens.
Un fait digne de remarque, et qui prouve bien que la doctrine du quiétisme n'est pas uniquement chrétienne, et qu'avant tout elle se rattache aune origine orientale , c'est qu'elle est presque inconnue, du moins dans son caractère exclusif, aux premiers siècles de l'Eglise, tandis que , dès le troisième , elle s'exprime de la manière la plus précise dans l'école d'Alexandrie : « L'âme , dit Plotin , en arrivant à Dieu , fait comme le visiteur qui, après avoir considéré les ornements d'une maison , ne la regarde plus dès qu'il en aperçoit le maître. Ici le maître n'est pas un homme , mais un dieu ; et ce dieu ne se contente pas d'apparaître au spectateur , il le pénètre et le remplit tout entier. Le bien n'est pas, comme la beauté, comme l'intelligence, un objet de contemplation, mais d'amour. L'âme, tout entière à cet amour, se dépouille de toute forme, même intelligible; car toute forme est un obstacle qu'il lui faut écarter, si elle veut enfin se trouver en présence du bien, seul à seul avec lui. C'est donc dans ce recueillement absolu qu'elle voit tout à coup en elle-même paraître le dieu; elle le voit face à face, elle ne fait plus qu'un avec lui. Telle est l'intimité de cette union , que Y âme ne se sent plus distincte de l'objet de son amour : car c'est le propre de l'amour de fondre en une seule et même nature celui qui aime et celui qui est aimé. Elle ne sent plus son corps , ni qu'elle est dans un corps ; elle ne s'affirme plus comme vivante, comme humaine , comme essence purç; elle perd jqsqu'à la conscience. En cet état , l'illusion n'est plus possible, car il n'y a rien de plus vrai que la vérité même. L'âme est tout ce qu'elle dit , elle Test même avant de le dire j elle le témoigne , non par la parole, mais par un sentiment muet et infaillible d'ineffable félicité. » (Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie, t. 1er, p. 584.)
Ce résumé, composé, par l'habile critique que nous venons de citer, de phrases extraites et traduites de la sixième Ennèade de Plotin , exprime le fond même du quiétisme. Nous en trouverions facilement la confirmation dans les autres philosophes de l'école d'Alexandrie , disciples et successeurs de Plotin, Porphyre, Jamblique etProclus; nous n'insisterons point. Nous en pourrions suivre la trace, jamais aussi claire il est vrai , réelle cependant , à travers les aberrations théologiques de quelques esprits aventureux du moyen âge , et sous quelques-uns des systèmes philosophiques qui se sont succédé jusqu'à nos jours. On peut dire d'une manière générale, mais non exclusive,
qae le quiétisme se trouve an fond de tout système qni incline d'une manière prononcée au panthéisme.
Que doit penser du quiétisme la critique philosophique? il est difficile de le dire. Le critérium accepté aujourd'hui , avec raison , pour apprécier les systèmes divers de philosophie , en distinguer Terreur , en saisir la vérité , c'est l'observation psychologique ; mais l'observation psychologique appliquée d'une manière générale , celle qui nous fait pénétrer jusqu'aux phénomènes qui se produisent dans toutes les intelligences, celle qui révèle des conditions communes, des lois générales. Quant à ces états particuliers, extraordinaires, qui ne sauraient être connus tout entiers que par celui qui les éprouve, que la conscience uniforme du genre humain ne saurait réfléchir , il ne peut en être jugé en dernier ressort, et leur variété même exclut toute théorie par laquelle on tenterait de les expliquer. Il n'y a point de science du particulier , a dit Àristote avec raison et profondeur. Objet de dédain pour les uns , de curiosité pour les autres , d'enthousiasme et d'amour pour ceux qui croient y être appelés, ces états doivent être considérés comme en dehors de l'investigation philosophique.
Bourdaloue , consulté par madame de Mainlenon sur celte matière délicate, en 1694, lui répondit par une longue et remarquable lettre. Tout en restant dans son point de vue théologique, il semble partager l'avis que nous venons d'énoncer en ne nous fondant que sur les données de la raison.. On lira sans doute avec plaisir ces paroles remarquables d'indépendance et de bon sens : « Ce qui serait à souhaiter dans le siècle où nous sommes, ce serait qu'on parlât peu de ces matières , et que les âmes mêmes qui pourraient être véritablement dans Y oraison de contemplation , ne s'en expliquassent jamais entre elles , et , encore même , rarement avec leurs pères spirituels. » ( Cité dans la Vie de Fénelon, par M. de Bausset, 1. 1", p. 405.)
Examinons maintenant , pour terminer, si les dangers du quiétisme sont aussi réels qu'on l'a dit : nous pourrons décider alors si le retentissement donné a cette discussion n'a pas été plus imprudent que sage, et si le silence n'eût point hâté un oubli que le bruit même et l'éclat n'ont pu éloigner de cette querelle. Que les conséquences exprimées dans la condamnation de Molinos et dans celle de madame Guyon soient, en réalité, parmi celles qu'on peut légitimement tirer du quiétisme, c'est ce dont on ne saurait douter ; que ces conséquences favorisent les illusions et les écarts des sens , cela n'est pas moins certain; mais de ces conséquences, simplement possibles, est-il nécessaire de conclure que les personnes arrivées en effet à ce degré de spiritualité et d'abnégation , ou exaltées jusqu'à s'y croire parvenues , céderont inévitablement à ces appétits grossiers , à ces désirs voluptueux, et ne trouveront pas, dans la situation même de leur esprit et de leur cœur, des motifs d'agir plus élevés que les motifs vulgaires et des raisons de se respecter elles-mêmes ? c'est ce qu'il est impossible de soutenir. On voit tous les jours des hommes qui valent mieux que leurs doctrines , et dont les heureux instincts n'ont point de peine à les soustraire à des passions que leur esprit ne désapprouve pas assez. A plus forte raison doit-il en être ainsi lorsqu'une doctrine , élevée