RAPIN
obtint dans ses études engagèrent ses supérieurs à le destiner à l'enseignement. Il occupa la chaire pendant neuf années, et forma d'excellents élèves ; les adversaires les plus ardents de la Société de Jésus ont eux-mêmes loué son humeur tolérante et son savoir. Les connaissances du P. Kapin étaient moins profondes que variées. Nous ne parlerons ici, ni de ses poëmes, ni de ses ouvrages de critique littéraire, ni de ses opuscules théologiques ; nous ne nous occuperons que du philosophe.
Le premier en date et le principal des ouvrages philosophiques du P. Rapin a pour titre : La Comparaison de Platon et d'Aristote, avec les sentiments des Pères sur leur doctrine, in -12 , Paris, Barbin, 1671 ; imprimé de nouveau chez Muguet, en 1684, dans le tome ier du recueil qui est intitulé : les Comparaisons des grands hommes de Van" tiquité. Le dessein de Fauteur est exposé dans un court avertissement. Une philosophie nouvelle, ne tenant compte que de ses procédés, témoignait un orgueilleux dédain pour la méthode et pour la science traditionnelles. Quel avait été le sentiment de Platon ou celui d'Aristole sur les éternels problèmes de l'intelligence ? Elle s'inquiétait peu de le savoir. L'unique objet de son étude étant la physique, elle réduisait toute la philosophie à la connaissance et à l'usage de certaines règles établies par Descartes ; et le reste, c'est-à-dire la logique, la métaphysique, la morale, n'était pour elle que le frivole passe-temps des esprits désœuvrés. C'est ainsi que se comportent toutes les réactions : violentes par leur tempérament, et poussées à l'injustice par la véhémence des passions qui les inspirent, elles considèrent .tout examen des choses comme une formalité vaine, et prononcent des arrêts sans les motiver. Le P. Rapin s'élève contre cet abus de la méthode cartésienne. Pour prouver que la recherche de la vérité par les voies naturelles n'est pas circonscrite dans les étroites limites de la physique, il prétend exposer quelle fut la philosophie de Platon, d'Aristote, des Pères, des Arabes, de saint Thomas, des principaux docteurs du xyie siècle, et montrer que, malgré leur ignorance des lois qui régissent les corps mobiles, ils ont été, les uns et les autres, d'éminents philosophes. Cette démonstration est excellente ; elle a été employée de nos jours avec un grand succès. Pour ébranler le crédit d'une secte qui faisait consister toute l'enquête philosophique dans l'analyse de quelques phénomènes psychologiques, il a suffi de convier la jeunesse à lire les anciens maîtres ; excitée par cette lecture, l'intelligence n'a pas voulu se confiner dans les barrières élevées contre l'esprit d'examen par une logique trop circonspecte ; et c'est ainsi que la propagande de l'éclectisme a vaincu la coalition du sensualisme philosophique et du scepticisme théologique. Le plan du P. Rapin était donc bien conçu ; mais il ne l'a pas aussi bien exécuté. La Comparaison de Platon et d'Aristote se divise en quatre parties. Dans la première, l'auteur raconte la vie de Platon et d'Aristote, et compare leurs mérites divers. Cette comparaison peut être acceptée comme exacte, mais elle est trop superficielle. La deuxième partie a pour objet l'examen des méthodes : c'était une question bien plus délicate, et cependant le P. Rapin l'a beaucoup mieux traitée. Il ne faut guère s'arrêter à la troisième partie : il s'agit de la doctrine de Platon et de celle d'An-