RAPIN
stote, et le P. Rapin n'avait pas même assez d'expérience en ces matières pour mettre à profit les dissertations faites au xyi* siècle sur l'antagonisme constant du platonisme et du péripatétisme. Quant à la quatrième partiç; c'est un résumé peu substantiel de l'opuscule composé par le chanoine de Launoy, sur les vicissitudes de la philosophie d'Aristote. En résumé, la Comparaison de Platon et d'Aristote appartient aux pièces du procès instruit pour les anciens contre les modernes} si elle n'a pas les allures et le ton d'un factum, il faut toutefois reco*-* naître qu'elle a les mérites et les défauts des écrits de ce genre ; mérites qui ne fondent pas un succès durable, défauts qu'on a trop vite reconnus et signalés.
Le second volume des Comparaisons du P. Rapin se compose de Réflexions sur différents sujets. Nous mentionnerons ici celles qui ont pour objet la philosophie en générât, la logique* la morale, la physique et Vusage de la philosophie. Les Réflexions sur la philosophie en général sont , pour la plupart, judicieuses; mais, n'ayant quune connaissance imparfaite des systèmes, l'auteur applique mal les règles qu'il prescrit. Si, d'ailleurs, il reproche à bon droit aux cartésiens leurs invectives contre la philosophie d'Âristote, il tombe lui-même dans l'excès contraire lorsqu'il recommande de laisser de côté les philosophes modernes, pour n'étudier que les anciens. Combien il eût mieux fait valoir sa thèse, en prouvant aux fauteurs les plus ardents de la doctrine cartésienne que les plus belles parties de cette doctrine ne contredisent pas, mais développent, en les expliquant, les systèmes anciens ! Les Réflexions sur la logique sont une histoire et non pas une théorie de cet art. Le P. Rapin avait déjà déclaré plusieurs mis que la philosophie est la matière d'un enseignement spécial, que cette étude exige un apprentissage laborieux, et que, pour avoir fait quel* ques expériences dans le laboratoire d'un physicien , on n'est pas au* torisé à prendre le titre de philosophe. Ses Réflexions sur la logique sont le développement de cette déclaration ; on ne peut qu'approuver tout ce qu'il dit à cet égard. Les Réflexions sur la morale sont trop courtes , et ne peuvent avoir une conclusion rigoureuse. Admirateur passionné des anciens, et surtout d'Aristote, le P. Rapin ne pouvait cependant placer V Ethique du philosophe grec au-dessus de l'Evangile* On sait, d'ailleurs, qu'il appartenait à la Société de Jésus, société trop féconde en théologiens moralistes, tous modernes, et tous plus ou moins suspects ou convaincus d'inclination pour la nouveauté. Il n'y a rien à retenir des Réflexions sur la physique et sur la métaphysique* La dissertation qui a pour objet Y Usage de la philosophie tend a prouver que la raison devant toujours être d'accord avec la foi, l'unique fin de toute science humaine est la confirmation des croyances révélées ou promulguées par les pouvoirs canoniques : c'est une définition depuis longtemps rejetée.
Telles sont les œuvres philosophiques du P. Rapin. Doué d'un esprit délicat, élégant, plein de bon sens et de finesse, il n'avait pas assez étudié les arohives de la philosophie pour bien plaider la cause qu'il estimait la meilleure ; la cause d'Aristote. Il faut, toutefois, lui savoir
fré d'avoir fait entendre une énergique protestation contre la jactance es physiciens. On saitf d'ailleurs, que le P. Rapin est un écrivain
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ferme, vif, ingénieux, agréable, qui a du goût et du trait, et «'exprime dans le beau Tangage avec la plu§ irréprochable correction, B. H.
RAPPORT ou Rsutiqm [dq latin referre, reporter une chose sur une autre; en grec ™q'< ti, ce qui est tourné ou regarde vers quelque chose; en allemand , beziehung a la même signification]. Cette idée est une des plus simples et des plus générales qui appartiennent à notre esprit; aussi , rien de plus difficile que de la définir. La plupart des philosophes y ont échoué, et quelques-uns y ont renoncé complète*ment. La relation, telle qu'Aristote l'entend dans son traité des Çatégorhs (c. 7, édit. Casaubon ; c. 5, édit. Buhle), ne comprend pas toute espèce de rapports, puisqu'il la distingue de la substance , de l'action , de la passion , de la situation -, mais seulement les rapports qui se fondent sur la réciprocité, ou qui existent entre deux termes corrélatifs, comme le double et la moitié, le plus et le moins, les égaux , les semblables, le père et le fils, le maître et l'esclave, etc. Même dans ces limites , Aristote ne considère pas le rapport lui-même ou la relation abstraite, mais les relatifs , c'est-à-dire les choses entre lesquelles la relation existe , et qu'elle associe dans notre esprit. « Les relatifs , dit-il, sont des choses dont l'existence se confond avec leurs rapports à une autre chose. » Kant, en admettant, comme Aristote, l'idée de relation au nombre des catégories, s'abstient de la définir. Il se contenle de reconnaître sous cette dénomination trois sortes de rapports : celui delà substance aux phénomènes, celui de la cause à l'effet, celui de la réciprocité ou de deux causes agissant et réagissant Tune sur l'autre. Il est évident que cette énumération est aussi incomplète que la définition d'Aristote : elle ne comprend qu'une seule espèce de rapports , ceux qu'on peut appeler métaphysiques ; il n'y est pas question des autres. Locke (Essai sur l'entendement humain, liv. i;, c. 3, § 7) prétend les renfermer dans la définition suivante : « La relation consiste dans la comparaison d'une idée avec une autre ; comparaison qui fait qqe la considération d'une chose enferme en elle-même la considération d'une autre. » Mais rien de plus inexact que cette proposition, qui, du reste , est un simple corollaire du système général de Locke. D'abord , tout rapport n'est pas le résultat d'une comparaison. Dès que je perçois un phénomène , je l'attribue à une substance, je lui suppose une cause , sans avoir besoin de comparer entre eux ces deux termes, et bien avant que j'aie songé à les isoler l'un de l'autre, avant que mon esprit ait pu les concevoir séparément. C'est par un seul acte de mon esprit que je saisis à la fois les deux termes et la relation nécessaire qui les unit. Ensuite, il y a une différence, même dans les jugements comparatifs, entre la comparaison elle-même et le rapporf qu'elle met en lumière ; la relation ne consiste pas dans la comparaison , comme le prétend Locke. La première existe non-seulement dans l'esprit , mais dans les choses , à moins de prétendre qu'il n'y a rien de v^ai dans la pensée humaine, que la plupart de nos jugements et tous nos raisonnements ne sont que des illusions. La seconde appartient exclusivement à l'esprit; elle est un acte volontaire de notre, attention , toujours ia même f lorsque les rapports qu'il éclaire varient à l'infini. * <