‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 57 sur 91 · G0 RAPPORT · texte numérisé non relu

G0 RAPPORT

Nous n'essayerons pas de donner, à notre tour, une définition nouvelle de la nature du rapport; nous indiquerons seulement le moyen de la reconnaître par la manière dont elle se présente à notre esprit , et en quelque sorte par la place qu'elle occupe entre nos idées. Or , il est certain qu'aucune de nos idées n'est absolument isolée et conçue par elle-même; mais toutes s'appellent les unes les autres, soit pour se lier entre elles , soit pour se repousser. Toutes les fois que deux idées se présentent simultanément à notre pensée, nous en apercevons entre elles une troisième qui les lie ou les sépare : celle-ci est ce que nous dé* signons sous le nom de rapport. Le rapport de deux idées devient la base d'un jugement ; mais il y a aussi entre nos jugements des rapports sur lesquels se fondent le raisonnement; et, enfin, entre nos raisonnements commencent de nouveaux rapports qui forment la suite et l'unité de la pensée.

Les rapports tiennent donc une grande place dans notre intelligence ; mais il ne faudrait pas dire , avec certains philosophes, qu'ils forment toute notre intelligence, ou que nos idées, nos jugements et nos raisonnements n'ont qm'une valeur purement relative, car l'idée même du relatif n'est que l'un des termes d'un rapport dont l'autre terme est l'absolu. Ces deux termes, je ne les conçois pas plus l'un sans l'autre que le jour et la nuit, que l'affirmation et la négation , que la circonférence et le centre d'un cercle. Qu'on prolonge tant qu'on veut la chaîne des relations, qu'on la divise à l'infini, il faudra toujours lui trouver un commencement , il faudra toujours la suspendre à un premier anneau, sans lequel tout disparaît dans la confusion.

Si nombreux et si variés que soient les rapports, on a essayé de les réduire à un certain nombre de classes ou de types généraux. Selon les uns, il n'y a que trois espèces de rapports: des rapports d'origine, comme ceux de père et de fils, de cause et d'effet; des rapports de négalion, dont la place est entre deux choses qui s'excluent réciproquement , comme le vrai et le faux , le jour et la nuit , etc. ; enfin des rapports d'affirmation qui établissent entre les objets un lien positif, comme la convenance , la parité, la dépendance, etc. D'autres, avec un peu plus de précision dans leurs idées, font entrer tous les rapports dans ces quatre classes : des rapports d'origine, de convenance, de diversité et d'ordre. Locke est encore plus net et plus méthodique , sans avoir, d'ailleurs, la prétention d'être complet. Il reconnaît d'abord les rapports de temps, de lieu et de causalité; puis il distingue parmi les autres les espèces suivantes : 1° les rapports proportionnels, qui dépendent de l'égalité , ou de l'excès d'une même idée simple, d'une même qualité en plusieurs objets, comme plus, moins, autant, plus doux, plus gros , etc. ; 2° les rapports naturels , fondés sur l'origine des choses, sur les liens que la nature a établis entre elles, comme ceux qui unissent le père et le fils ou les enfants du même père ; 3° les rapports d'institution, qui naissent de la volonté ou de l'accord des hommes entre eux, qui ont leur principe dans les lois civiles et politiques, comme les rapports de roi et de sujet, de concitoyen , de général et de soldât , etc. ; k° les rapports moraux, consistant dans l'accord on le désaccord des actions volontaires de 1 homme avec une, certaine règle d'après laquelle on les juge.

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