‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 59 sur 91 · RATIONALISME · texte numérisé non relu

RATIONALISME

sivement philosophe, peut faire du rationalisme, être, par conséquent, rationaliste dans certains moments, dans certaines recherches. Lies plus grands théologiens , sans cesser d'être théologiens, ogt eu letifp jours de rationalisme. Saint Thomas, avant lui Pierre Lombard , Pierre d'Ailly et presque tous les philosophes scolasliques du moyen Age, ont emprunté à la raison une partie de leur doctrine et de leurs argur ments. Lorsque saint Anselme de Cantorbéry exprimait l'intention qui lui fit composer le Monologium et le Proslogium, par ces mots de la préface : Fidts quœrens inUllectum (la foi cherchant à comprendre}, jl avait uniquement recours à l'emploi de la raison : en ce point il faisait du rationalisme et se montrait rationaliste. La théologie s'est empreinte elle-même de ce caractère, puisqu'elle tire de la raison, et de la raison seule , une partie de ses arguments. On ne saurait ouvrir un traité de celte science sans y lire ces mots ou les équivalents ; Argumenta ecç rations sumpta.

Le philosophe pour lequel l'expérience s'est résumée dans un système sensualiste , comme celui qui a fait sortir de l'observation les principes du spiritualisme le plus exclusif, sont tous deux, malgré ces résultats contraires, rationalistes au même titre, parée qu'ils ont procédé par déduction, par induction, par toutes les formes, enfin, qui appartiennent à la raison. Peut-on renfermer sous une même dénomination Condillac et Reid , Locke et Roy er-Col lard?... Et, néanmoins , tous n'ont-ils pas cela de commun , qu'ils sont partis de l'observation , qui est une des formes de la raison , et qu'ils ont continué par le raisonnement , qui en est une autre ? Le rationalisme se trouve ainsi dans tout système de philosophie , mais ne caractérise pas Tua d'eux plus particulièrement que les autres. On ne peut donc attribuer à aucune classe particulière de philosophes le nom de rationalistes.

Hais, s'il en est ainsi aux yeux de la philosophie, il n'en est pas de même de la part des théologiens contemporains. Ils qualifient de rationalisme tout système qui leur paraît admettre uniquement la raison comme principe de la connaissance , à l'exclusion de la tradition et de la révélation. Nous livrer ici à une discussion sur le degré d'autorité de la raison , sur la vérité de la révélation , sur la légitimité de la foi qui l'accepte , ce serait sortir des bornes imposées à cet article, et du cercle des matières réservées à cet ouvrage. Néanmoins, nous pouvons éclairer la question par quelques observations dont on ne contestera pas l'utilité.

Le rationalisme ainsi entendu , c'est-à-dire exclusivement caractérisé par le refus d'admettre une révélation , n'est pas plus un système qu'il n'en est un considéré , comme nous l'avons fait plus haut , dans sa plus stricte étymologie. Dans le premier cas , il est tout entier dans une question déterminée, question importante, difficile, complexe, mais , enfin , dans une seule question , le refus d'admettre des véritéç révélées-, dans l'autre cas, il s'applique, sous quelque point de vue qu'on le traite , à toutes les parties de la philosophie, dont plusieurs, telles que la psychologie, la logique, n'ont rien à demander à la ré-? vélalion. Même dans la métaphysique , dans la théodicée , dans la morale, que de problèmes qui lui sont étrangers, et à la solution dftfrs quels, dans le but qu'elle doit atteindre, la révélation n'apporte aucun

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