RATIONALISME. S6S
élément : la nature du temps et de l'espace , l'existence de Dieu un** quement considéré comme cause première, la loi naturelle, l'essence et les propriétés de la matière et de l'esprit , enfin , il faut le reconnaître, la philosophie à peu près tout entière. Reste donc cette question : L'homme peut-il, sans le secours d'une révélation, atteindre, par la raison seule, jusqu'aux vérités qui intéressent son avenir après la mort ? Nous ne préjugeons pas la réponse, nous demanderons seulement ; A l'aide de quelle faculté traitera-t-on la question? Serat-il possible de la résoudre autrement qu'avec le secours du raisonnement ? Qu'Qft cherche tant que l'on voudra, la faiblesse de la raison ne pourra f Ira constatée que par la raison elle-même ; la supériorité, la divinité de la révélation ne sera démontrée que par l'emploi de cette faculté, se jugeant elle-même dans se& rapports avec Dieu,
Ainsi partout, pour les théologiens comme pour les philosophes, excepté dans un certain nombre de dogmes, nombre circonscrit, défini , qui laisse encore à la raison un vaste champ, le rationalisme n'est pas autre chose que l'emploi de la raison , et r\e peut être renfermé dans aucun système particulier de philosophie.
Néanmoins , ce mot de rationalisme, adressé comme un reproche & la philosophie, a dû prendre de nos jours une extension plus grande. Jusqu'à Bossuet et à Fénelon, et même jusqu'à la fin du xvpie siècle, les théologiens catholiques ont uniformément admis qu'en dehors de la révélation , l'homme , par les lumières naturelles , arrive à la croyance en Dieu (religion naturelle) et à la connaissance des principes généraux de la morale (loi naturelle). De nos jours, quelques écoles théologiques ont cru donner plus d'importance a la révélation , en démontrer plus efficacement la nécessité, en soutenant que l'homme, livré à lui-même, ne peut connaître Dieu ni le moindre principe moral. II n'appartient pas, à notre sujet, de faire remarquer ici les confusions singulières auxquelles ont donné lieu ces exagérations systématiques ; mais on comprend que, dès lors, l'attaque a été portée, non plus contre certaines parties, certains résultats de la philosophie, mais contre la conscience elle-même , et que le rationalisme est devenu la désignation de la philosophie tout entière.
Comment le mot rationalisme a-t-il reçu de l'autorité des théologiens l'acception que nous venons de faire connaître?... Il est d'abord juste d'admettre qu'il se prête naturellement à ce sens , surtout quand on en exagère la portée ; mais celte acception a aussi , et principalement , un antécédent historique que pous devons expliquer en peu de mots.
Spinoza a imprimé à l'exégèse biblique , par son ouvrage intitulé Tractatvs theologico-politicus , une impulsion qui a été continuée par une suite de théologiens allemands , tous appartenant à la réforme, qui ont tenté » à l'aide d'interprétations très-diverses, d'expliquer, par la raison , le supernaturalisme sur lequel se fonde la révélation chrétienne, et dont il est impossible d'altérer le caractère par cela seul, sans ébranler, du même coup, cette révélation elle-même. Telle fut la
1>remière intervention notable du raisonnement et de la critique dans es questions religieuses qui naissaient du christianisme ; elle se for* tifia par l'examen philologique du texte des livres saints, et la re*