‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 4)Chapitre 61 sur 91 · RAY · texte numérisé non relu

RAY

cherche littéraire de leur authenticité. Ce droit, ou même cette nécessité , ne pouvaient être contestés j car plus on avait de respect pour les livres saints , plus on devait éprouver le besoin de les lire dans toute leur intégrité. Erasme s'était livré à celte étude avec la science , et surtout avec la juste mesure qui marqua si heureusement sa conduite à cette époque difficile ; mais ceux qui le suivirent dans cette carrière ne se crurent pas obligés à tant de modération. Combien de faits, de la plus grande importance pour la foi , ne peut-on pas soumettre aux décisions de la raison , sous prétexte de critique philologique ?... D'un autre côté , et malgré cette tendance , l'union de la philosophie et de la religion se resserra chez les théologiens réformés de l'Allemagne, sous l'empire de la philosophie de Leibnitz, coordonnée et propagée par Wolf, et constitua alors une sorte de scolaslique prolestante. Mais les subtilités auxquelles elle ne tarda pas à descendre ne tinrent pas longtemps contre l'invasion du déisme français et da naturalisme anglais. Sous cette influencée , les faits miraculeux sur lesquels se fonde le christianisme , ou furent niés , ou reçurent des interprétations équivalentes à une négation ; et telle était alors la disposition des esprits en Allemagne , que des hommes sincères daps ' leur foi crurent devoir sacrifier une partie des croyances pour sauver l'autre. Ce fut donc dans une intention chrétienne et pour protéger la religion que ruinaient les nouvelles doctrines, que de savants et pieux écrivains crurent devoir chercher, entre la révélation et la raison , un rapport plus étroit , et rendre acceptables à des esprits assez mal disposés , des dogmes et des faits que leur état présent les portait à rejeter : tels furent Ernesti et Semler. On comprend que cet emploi de la raison, hardi déjà dans les plus sages et les premiers, déborda dans leurs successeurs , et ne laissa bientôt plus au christianisme rien qui le distinguât d'un système de philosophie. Ce mouvement, qui a surtout pour objet l'interprétation critique des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament , a été, en Allemagne , qualifié de rationalisme, quoiqu'ici l'emploi de la raison ne sorte pas du cercle des saintes Ecritures. Mais, comme il a toujours poussé de plus en plus à nier la révélation, jusqu'à ce qu'il ait abouti à la Vie de Jésus, par Strauss , il n'est pas étonnant que ce nom se soit étendu à tous les écrivains , théologiens ou philosophes , dont la doctrine naturalisait la révélation , ou prétendait marcher sans elle.

Telle est la définition , pour ainsi dire historique , du rationalisme. Nous l'acceptons comme un fait, à la désignation duquel il ne faut pas demander une plus grande exactitude étymologiqoe. Mais ici c'est surtout une accusation de théologiens à théologiens. Dans Tordre philosophique , nous maintenons le sens que nous lui avons assigné au commencement de cet article , c'est-à-dire que nous exprimons par là l'emploi de la raison dans toute question qui se rapporte à la philosophie et à ses parties diverses. H. B.

RAY ou WRAY (John), né à Blacknotley, dans le comté d'Essex, en 1628, mort à Kutley en 1705, est un naturaliste anglais qui a appliqué la science de la nature à la démonstration de l'existence de Dieu, ou, comme on disait autrefois , s'est exercé dans le champ de

Page 1