RAYMOND
la physico-théologie. Au reste, celait aussi un théologien 'dans le sens propre du mot; il avait étudié la théologie à l'université de Cambridge, et remplissait les fonctions de prédicateur, lorsqu'à l'avènement de Charles II , n'ayant pas voulu accepter le formulaire de l'Eglise épiscopale, il quitta les fonctions ecclésiastiques pour se consacrer aux sciences naturelles. Les ouvrages par lesquels il mérite une place dans ce recueil ont pour titres : Trois discours physico-théologiques (Three physico-theological discourses) , in-8°, Londres, 1721 ; — la Sagesse de Dieu dans les œuvres de la création (the Wisdom of God in the tvorks of création), in-8°, ib., 171 4 : ce dernier écrit a été traduit en français : V Existence et la sagesse de Dieu , in -8°, Utrecht, 171k. X.
RAYMOND, dit Sebon ou Sebond; Sbbondb, S abonde, Sabuhde, et même Sebeyde, naquit à Barcelone vers la fin du xiv" siècle, professa, de 1430 à 1432, dans l'université de Toulouse, la théologie, la philosophie et la médecine, et mourut dans cette dernière ville en 1432. On suppose qu'il a laissé plusieurs ouvrages; mais un seul a vu le jour et est connu des savants : c'est la Théologie naturelle (Theologia naturalis, sive liber creaturarum) , écrite originairement en mauvais espagnol , puis traduite en français par Montaigne (in-12, Paris, 1569, 1581, 1611), et en latin , à différentes époques (in-f°, Deventer, 1487; Strasbourg, 1496; Nuremberg, 1502; Paris, 1509; Venise, 1581; Lyon, 1526, 1540, 1648). Les nombreuses éditions de ce livre nous attestent la vogue qu'il a obtenue jusqu'au milieu du xvne siècle. Nous allons essayer de le faire connaître d'après la traduction de Montaigne, si goûtée des contemporains, qu'elle se trouvait dans toutes les mains, et surtout celles des femmes {Essais, liv. u, c. 12). Nous commençons par la Préface, qui en est certainemement la partie la plus originale et la plus remarquable. On y sent comme un souffle avantcoureur de la philosophie moderne; et ce n'est pas sans raison que la censure l'a retranchée des deux dernières éditions, celles de 1581 et de 1648.
L'auteur, en se proposant pour but une démonstration complète de tous les dogmes, non-seulement de la religion naturelle, mais de la foi catholique , ne craint pas de mettre la philosophie , ou la nature dont elle est l'interprète , au-dessus de l'Ecriture sainte. « Dieu, dit-il, nous a donné deux livres, celui de l'universel ordre des choses ou de la nature, et celui de la Bible. Cestuy-là nous fut donné premier, et dès l'origine du monde : car chaque créature n'est que comme une lettre tirée parla main de Dieu; de façon que, d'une grande multitude de créatures, comme d'un nombre de lettres, ce livre a esté composé, dans lequel l'homme se treuveet en est la lettre capitale.... Le second livre des sainctes Escritores a esté depuis donné à l'homme; et ce, au défaut du premier, auquel f ainsi aveuglé comme il estoit, il ne voyoit rien. Si est ce que le premier est commun à tout le monde, et non pas le second. En outre; le livre de nature ne se peut ni falsifier, ni effacer, ni faussement interpréter. » Venant de Dieu l'un et l'autre , nécessairement ces deux livres s'accordent entre eux sur tous les points; et il n'est pas , selon Raymond de Sebonde, un seul mystère de la religion qui ne puisse et ne doive être expliqué par la philosophie.