REMI
accord des opinions la confasion qui régnait dans le langage philosophique, et qui provenait surtout de ce que souvent le même mot est S ris dans des acceptions différentes. Il chercha vainement à remédier cetle confusion dans sa Synonymique à l'usage des sciences phikh* sophiques (1812). Il termina sa carrière par un écrit intitulé Qu'est-ce
Sue la vérité (1820)? Là, il se résume en quelque sorte, en cherchant . concilier l'autorité de la raison avec la foi positive, la révélation de Dieu dans l'intelligence et le cœur de l'homme avec les révélations historiques.
Les variations philosophiques de Reinhold sont celles mêmes de la pensée allemande jusqu'à Schelling. L'enthousiasme avec lequel il accueillait une philosophie nouvelle et la facilité avec laquelle il y renonçait, non sans en retenir une bonne part, avaient une même source : un ardent amour de la vérité, et l'esprit critique joint à un vif désir de conciliation. Il aurait voulu embrasser toutes les doctrines, concilier tous les systèmes raisonnables.
Reinhold a laissé un fils , qui est professeur à Iéna, et qui a publié en 1825 une Vie de son père avec sa Correspondance. M. Reinhold fils est lui-même auteur de plusieurs ouvrages très-estimables, entre autres, d'une bonne Histoire de la philosophie , dont la 3e édition a paru à Iéna en 1845, en 2 vol. gr. in 8°. J. W.
REMI d'Auxerrb est le plus célèbre régent qu'aient eu les écoles publiques de Paris, durant le ixe siècle. On a lieu de croire qu'il enseignait tous les arts libéraux ^ mais les objets principaux de son cours étaient la musique, la grammaire et la dialectique. Il a laissé deux ouvrages, l'un et l'autre inédits, où Ton rencontre quelques renseignements sur ses opinions philosophiques. L'un est une Exposition sur la Grammaire de Donat, qui se trouve à la Ribliothèque nationale, ancien fonds latin , n° 712 ; l'autre , un Commentaire sur le Satyricon de Martianus Capella, commentaire dont on possède de nombreux manuscrits. Rémi d'Auxerre doit être compté parmi les réalistes, et même parmi les plus intempérants. On lui doit cette définition de l'humanité : « C'est l'unité substantielle des individus humains. » Il dit encore de la substance, que « c'est un tout réel, et que les subslants (ou, pour mieux parler, les êtres) sont tous consubstantiels ; » ce qui signifie que la personnalité doit être considérée comme une forme adventice , un pur accident, et que le véritable fonds de l'être est une nature commune que tous les singuliers possèdent en participation : Cujus participatione consistit omne quod est. Cette doctrine est le spinozisme. Disciple de Jean Scot Erigène, Rémi d'Auxerre est le maître d'Anselme de Cantorbéry. R. H.
RÉMINISCENCE [de rursus et de meminisse, se souvenir une seconde fois ; àvàpvvxrtç en grec , et wiedererrinnerung , en allemand , sont composés de la même manière]. Il y a une différence entre le souvenir et la réminiscence : le premier est seulement la connaissance du passé ou d'un fait antérieurement pe/çu ; la seconde est l'acte par lequel nous cherchons à ressaisir un souvenir incomplet. Elle n'est dono pas seulement un acte de mémoire ; elle est, de plus, un effort de notre
intelligence pour réunir les fragments de souvenir que nous possédons déjà, et reconstituer le souvenir tout entier. C'est ainsi qu'une seule parole nous rappelle une phrase ou tout un discours que nous avons entendu; qu'à laide de quelques notes nous recomposons dans notre esprit la mélodie qui nous a charmés. C'est ainsi que Platon veut que toutes nos idées soient de simples réminiscences d'une science complète que nous possédions dans une autre vie ( Voyez le Ménon). Aristote explique la réminiscence par une sorte d'habitude qui relierait ensemble dans notre âme nos idées et nos impressions , dans Tordre même où elles se sont présentées, quand, d'ailleurs, elles ne sont pas liées entre elles par les lois nécessaires de la logique. Aussi, les choses que nous avons le moins de peine à nous rappeler, sont celles qui s'enchaînent de cette façon, ou qui composent un ordre nécessaire, comme les mathématiques. Viennent ensuite les choses auxquelles nous pensons le plus souvent, et qui restent unies dans notre pensée par l'habitude, cette seconde nature. La réminiscence mérite ainsi d'être considérée comme une sorte de raisonnement par lequel nous remontons d'une première impression ou d'une première idée à une autre, de celle-ci à une troisième, jusqu'à ce que nous ayons atteint le point de départ et reconstitué le souvenir tout entier. La rémknscence n'est que dans l'esprit, et n'appartient qu'à l'homme; tandis que la mémoire, susceptible de se modilier par l'âge, et de s'affaiblir, ou même de disparaître par la maladie, est, jusqu'à un certain point, une faculté dépendante du corps, et que l'homme partage avec les animaux. Voyez Aristote, de la Mémoire et de la Réminiscence , c. 2.
REUCHLIN (Jean), qui, par amour du grec, a traduit son nom allemand par celui de Capnion , est un des savants les plus illustres de la renaissance , et un des restaurateurs de la philosophie kabbalistique combinée avec les idées de Pythagore. Il naquit à Pforzheim, alors résidence du margrave de Bade, en 1455. Le margrave l'ayant distingué de bonne heure, l'attacha à son fils Frédéric, qui fut dans la suite évêque d'Ulrecht, et Reuchlin accompagna ce jeune prince à Paris, en 1473, pour y continuer avec lui ses études. 11 y revint ensuite seul, et s'appliqua avec ardeur à la langue grecque, sous la direction d'Hermonyme de Sparte. En 1474, il se rend àBâle, où il se fait recevoir docteur en philosophie, et commence, avec Jean de Wesel, l'étude de l'hébreu , dont le médecin juif Jacob Jehiel Loanz lui donna plus tard une connaissance plus complète. De la Suisse il retourne en France, et, tout en donnant des leçons de grec pour subsister, il suit les cours de la Faculté de droit, dans les universités d'Orléans et de Poitiers. En 1481, nous le trouvons à Tubingue, d'abord simple étudiant pour le grade de docteur, puis avocat. En 1482, il parcourt l'Italie, attaché à Eberhard, alors comte de Wurtemberg, et depuis duc de Souabe, en qualité de secrétaire. De retour en Allemagne, en 1484 , il est nommé assesseur à la cour suprême de Stuttgart , et remplit diverses fonctions diplomatiques , jusqu'à la mort d'Éberhard. Ayant passé quelques années à Heidelberg dans l'étude et dans la retraite, il est envoyé à Rome, en 1498, par Eberhard II, auprès du pape Alexandre VI, qu'il charma par sa sagesse et son éloquence. À
Rome, il continua ses études hébraïques près du rabbin Abdias Sporno, et il étonna par son érudition grecque le célèbre Argyropule. Après cette mission si heureusement remplie, et quelques autres non moins honorables, Reuchlin est nommé juge, pour les villes impériales, au tribunal de la ligue de Souabe, nouvellement institué à Tubingue. Il remplit celte charge, pendant onze ans , à la satisfaction générale; et c'est au moment où il veut se retirer du monde et des affaires, qu'an violent orage éclate contre lui. Un juif baptisé, de Cologne, nommé Pfefferkorn , avait obtenu de l'empereur un édit pour faire brûler tous les livres hébreux qui contiendraient quelque passage contraire an christianisme ; Reuchlin, sommé de concourir à cet acte de vandalisme, s'y refusa, et fit plus encore : par respect pour la propriété , dans l'intérêt des lettres et de la théologie même, il prit la défense des ouvrages condamnés à la destruction. Celte conduite et les écrits par lesquels il la justifiait, lui ayant attiré l'animadversion de la Faculté de théologie de Cologne , il reçut Tordre de se rétracter, sous peine d'être mis en jugement comme hérétique. Au lieu d'une rétractation, Reuchlin publia une défense {Defensio eontra calumniatores suos colonienses, in-4°, Tubingue, 1513 et 1514*) qui ne fit qu'irriter les esprits. Sommé par le grand inquisiteur de Mayence , Jacques Hoogstraten, de comparaître devant lui, dans le délai de six jours, Reuchlin en appela au saint -siège, qui, à son tour, renvoya l'affaire devant l'évêque de Spire. Pendant que celui-ci le déclarait absous, les théologiens de Cologne le condamnaient, aux applaudissements des universités de Louvain, d'Erfurt, de Mayence et de Paris. Porté une seconde fois devant le pape, qui avait alors d'autres affaires sur les bras, le procès fut indéfiniment ajourné par un ordre de surseoir. Enfin, après avoir beaucoup souffert dans la guerre qui éclata entre la ligue de Souabe et le duc Ulrich, Reuchlin allait prendre possession d'une chaire de grec et d'hébreu, que lui offrait l'université de Tubingue, lorsqu'il mourut à Stuttgart, le 30 juin 1522, avec la réputation d'un des plus grands hommes de son siècle.
Des nombreux ouvrages de Reuchlin, deux seulement méritent de nous occuper ici : de Verbo mirifico, in-f°, Bàle, 1W4; Tubingue, 1514; Lyon, 1522, et ailleurs; — deArte cabalistica, in-f°; Haguenau, 1517 et 1530. Voici un résumé fidèle du premier de ces ouvrages, qui est, sans contredit, le plus original et le plus intéressant. Il a la forme d'un dialogue entre un philosophe épicurien appelé Sidonius, le juif fiaruch et Capnion , c'est-à-dire l'auteur lui-même. On y distingue autant de parties que de personnages. La première partie, consacrée à la réfutation de la philosophie épicurienne, ne contient rien qui appelle particulièrement l'attention. La seconde partie a pour but d'établir que toute sagesse et toute vraie philosophie vient des Hébreux ; que Platon , Pythagore , Zoroastre ont puisé leurs idées religieuses dans la Bible, dont la langue et les croyances ont laissé des traces dans les livres sacrés de tous les peuples. Puis vient une explication métaphysique des différents noms de Dieu. Le premier et le plus célèbre de ces noms, le ego sum qui sum, est traduit, dans la philosophie de Platon par les mots to &»■«*? &v. Le second, que n>us rendons par lui, et qui exprime l'immutabilité de Dieu , son éternelle identité ,
est également conservé par Platon, dans le même (raoTtfv), opposé an divers (ôocripov). Dieu, dans l'Ecriture sainte, est aussi appelé le feu, et il en prend souvent la forme dans les visions des prophètes. En effet, c'est lui qui éclaire et qui anime tous les êtres; il est la lumière et la vie du monde. Ce feu n'est pas autre chose que Yéther des stoïciens et des hymnes d'Orphée. Ces trois noms nous désignent l'essence de Dieu sous trois aspects différents; il y en a d'autres qui expriment ses attributs. Mais lorsque, pénétrant au delà de tout attribut et de tout point de vue déterminé, on veut concevoir la substance divine telle qu'elle est en elle-même, dans son unité absolue, alors on l'appelle par le nom qu'il est défendu de prononcer, par le tétragramme sacré, par le mot Jéhovah.
Nul doute, pour Reuchlin , que le tetraetys de Pytbagore lie soit un souvenir du tétragramme hébreu, et que le culte de la décade n'ait été imaginé en l'honneur des dix sephiroth de la kabbale. On se ferait difficilement une idée de toutes les merveilles qu'il sait découvrir ensuite dans les quatre lettres dont se compose, en hébreu , le mot Jéhovah : ce sont les quatre éléments, les quatre qualités essentielles des corps, les quatre principes géométriques, etc.; et chacune de ces lettres, cou* sidérée à part , ne nous offre pas une signification moins mystérieuse.
Enfin, dans la troisième.partie, on démontre, par des procédés semblables, que les textes de l'Ancien Testament contiennent, sous une forme mystique, tous les dogmes chrétiens. Ainsi , dans le premier verset de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, » nous trouvons le mystère de la Trinité; car les trois lettres dont se compose, en hébreu, le mot créer (bara), peuvent être considérées comme les initiales des termes qui expriment, dans la même langue, les trois personnes divines. Le nom de Jésus, traduit en hébreu, n'est que le nom même de Jéhovah-, avec une lettre de plus (le schin), qui, pour les adeptes de la kabbale, est le symbole du feu ou de la lumière; parce que le Verbe est la lumière spirituelle, Dieu devenu visible par son incarnation dans l'humanité. Sans nous arrêter plus longtemps à ces détails, nous dirons quelle est la conclusion de ce livre. Toute philosophie qui n'est pas une pure négation de Dieu, comme l'épicurisme et le scepticisme, toute science métaphysique prend sa source dans la révélation. Mais la révélation est un fait continu , qui s'étend de l'origine de l'homme à l'avènement du christianisme. Elle se partage en trois époques, pendant chacune desquelles Dieu se montre sous un aspect différent, et reçoit, par conséquent, de l'Ecriture sainte, un autre nom. Sous le règne de la nature, il s'appelle le Tout-Puissant (Schadaï)9p\i plutôt le fécondateur, le nourricier des hommes : tel est le Dieu des patriarches. Sous le règne de la loi , ou depuis la révélation de Moïse jusqu'à la mission de Jésus-Christ, il s'appelle le Seigneur ( Adonaï), parce qu'alors il est le roi et le maître du peuple élu. Sous le règne de la grâce, il se nomme Jésus, ou le Dieu libérateur.
Le de Arte cabalistica est plutôt un ouvrage historique que dogmatique ; c'est une expositon du système des kabbalisles (Voyez Kabbale), sur lequel les Thèses de Pic de la Mirandole n'avaient encore jeté que de confuses lueurs ; mais cette exposition, n'étant pas puisée aux véritables sources, est nécessairement très-incomplète et dépourvue de cri-
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tique. L'auteur admet toutes les fables répandues parmi les juife sur l'origine de la kabbale. Il y mêle ses propres idées, selon lesquelles la philosophie grecque n'est qu'un souvenir ou une imitation des livres saints; mais, de même qu'il a reconnu la doctrine de Platon dans la Bible, il fait dériver le système de Pythagore des traditions kabbalistiques, avec lesquelles il n'a que des ressemblances extérieures et superficielles, et pas la moindre liaison historique. Le livre est dédié au pape Léon X, sans doute par mesure de prudence, et a, comme le de Verbo, la forme d'un dialogue entre trois personnages : le pythagoricien Philolaiis, le mahométan Marranus, et Simon, descendant du célèbre Simon ben Jochaï, l'auteur présumé du Zohar.
REUSGH (Jean-Pierre), né en 1691, à Alroersbach, mort à Iéna, an 1754, avait professé longtemps, dans l'Université de cette ville, la philosophie et la théologie. Tout en se rattachant à l'école de Leibnitz et de Wolf , il essaya de la modifier et de la perfectionner. II se déclara principalement contre la doctrine de l'harmonie préétablie, la considérant comme une hypothèse sans fondement, et propre à nous faire douter de l'existence des corps. Voici la liste de ses écrits philosophiques : Via ad perfeetiones intellcctus compendiaria , in-8% Eisenach, 1728; — Systtma logicum, in-8°, léna, 1734, 17(50 ; — Systema WMiaphysicum antiquiorum atque recentiorum, in-8°, ib. , 1735.
RHŒDUS (Thomas), né en Ecosse, professeur de philosophie à Rostock, eut, de son temps, quelque renom. Il nous a laissé deux thèses et un recueil de dissertations métaphysiques. Noos ne connaissons que la seconde édition de ce recueil ; elle parut après la mort de l'auteur, sous ce titre*: Thomœ Rhœdi, Britanni, philasophi acutiêsimi ; pervigilia metaphysica, desideratissima , Rostock, in-4°, 1616, Les principaux fragments dont se compose cet ouvrage ont pour objet la définition de l'être en tant qu'être. Thomas Rhœdus établit d'abord que l'être considéré comme un tout intégral , composé d'une matière et d'une forme, est l'être dont s'occupe le physicien , et il se demande ensuite si l'être métaphysique serait, à l'opposé, l'être de raison du Docteur Subtil et de.ses disciples : c'est ce qu'il conteste, en prouvant que l'être de raison est, à proprement parler, la chimère ou le non-être. Pour conclure, il déclare que la métaphysique s'occupe de l'être réel, mais de l'être réel pris en général, réservant aux autres parties de la science l'étude dés étantsv, mobiles ou immobiles, qui, sous ces différents aspects , appartiennent au genre de la substance. Les opinions de Rhœdus sur la nature de l'être métaphysique furent attaquées par Henningus Àrnisaeus, célèbre professeur de Francfort. La réponse de Rhœdus se trouve dans la thèse suisuivante : De objecto mctaphyêicœ dissertatio elenctica, Rostock , in-4% 1610. On lui doit encore : De accidente proprio theoremata philosophica, ib. , in-4°, 1609. Thomas Rhœdus se donnait pour un des adversaires de la méthode scolastique ; en d'autres termes , pour un novateur. Il le fut moins qu'il prétendit l'être. Nous ne pouvons que le compter au nombre des thomistes éclairés. B. H.