SALISBURY
que Richard le fit surtout avancer dans le quadrimum, c'est-à-dire rarithmétique, l'astronomie, la géométrie et la musique, et il étudia la rhétorique sous Théodoric et Pierre Hélie. Son extrême pauvreté Fayant chassé de Paris , il alla chercher un asile à l'abbaye de Moûtierla-Celle, dans le diocèse de Troyes. Il y fut reçu en qualité de chapelain de l'abbé Pierre de Celles, avec qui il se lia d'une étroite amitié, et qui devint son successeur comme evêque de Chartres. Au bout de trois <ans , il retourna en Angleterre , où il arriva rapidement à une position très- élevée. Recommandé à Thibaut , archevêque de Cantornéry, et introduit par ce prélat près de Thomas Becket , alors chancelier d'Angleterre, il fut chargé de plusieurs missions importantes près des papes Eugène III , Anastase IV, Adrien IV, et se concilia la faveur de ces trois pontifes, particulièrement d'Adrien, qui était Anglais d'origine. Plus tard , dans la lutte qui éclata entre Henri II et Thomas Becket, récemment élevé au siège de Cantorbéry, Jean prit parti pour son protecteur, fut enveloppé dans sa disgrâce et obligé de se réfugier à Paris, où il arriva aussi pauvre que dans sa jeunesse. En 1170, le fougueux archevêque ayant paru se réconcilier avec son souverain, Salisbury raccompagna en Angleterre et faillit tomber comme lui sous le poignard d'un assassin. Enfin, en 1176 , après avoir été attaché au successeur de Thomas Becket, il dut à la protection de Guillaume, fils de Thibaut, comte de Champagne, d'être appelé à l'évéché de Chartes, où il mourut en 1180.
Jean Salisbury, esprit critique et sensé , d'une érudition choisie et rare pour son époque , qui a entendu par lui-même les chefs de toutes les écoles, les maîtres les plus célèbres , est une autorité très-précieuse à consulter, non-seulement sur l'histoire de la philosophie, mais sur l'histoire des lettres et des sciences , sur l'état des idées au xiie siècle. Ses deux principaux ouvrages sont le Polieratieus et le Metalogieus, deux titres qu'il serait bien difficile de traduire exactement.
Le Polieratieus, également intitulé de Nugis curialium et vestigiis philosophorum (des Amusements des courtisans et des vestiges des philosophes), est le plus important des deux pour l'étendue. Il est précédé d'une épitre en vers, consacrée à l'éloge de Thomas Becket , et se divise en huit livres où sont agitées les plus importantes questions de la morale, de la politique et de la philosophie, mais sans ordre et sans aucun plan; C'est un recueil d'observations et de réflexions diverses, où l'on remarque principalement cette doctrine, attribuée à des auteurs plus modernes : « Il est non-seulement permis, mais méritoire de tuer un tyran. Sont réputés tyrans tous les rois que le peuple a déposés, tous ceux qui ne reconnaissent pas la suprématie temporelle du peuple, et refusent de se laisser conduire par ses conseils. Le roi n'est que le ministre des prêtres et leur subalterne. » H y a tout un chapitre qui a pour titre : Quod princeps minister est sacerdotum et minor sis.
Le Metalogieus a un objet plus précis et plus intéressant pour l'histoire de la scolastique : il est destiné à défendre les belles connaissances contre une secte barbare de charlatans et de sophistes, que l'auteur appelle les cornificiens, du nom de Cornificius, leur chef réel ou supposé. C'est dans ce livre qu'on rencontre les renseignements les plus précis sur l'état des études, et particulièrement sur la philosophie et