SALLUSTE
rendît de grands services aux chrétiens, en opposant à !a rigueur dont ils étaient l'objet et qu'ils devaient bientôt dépasser contre leurs adversaires, le principe philosophique de la tolérance. Ainsi , il détendit Marc, évèque d'Aréthuse, contre les habitants de cette ville , qui voulaient le forcer à rebâtir un temple païen. Le temple de Daphné , dans le faubourg d'Antioche , ayant été réduit en cendres , et les chrétiens, sur les ordres de Julien , étant poursuivis comme les auteurs de l'incendie, Salluste, chargé de les juger, prononça l'absolution des accusés. Julien , en lui laissant sa faveur, finit par lui ôter la connaissance des affaires relatives aux chrétiens. Selon la Chronique d'Alexandrie, il vivait encore en 379; mais on ignore l'époque de sa mort.
C'est le Salluste dont nous venons de parler, l'ami de Julien, le disciple de l'école d'Alexandrie , qui est évidemment l'auteur du petit traité des Dieux et du monde, car le fond de cet écrit est purement alexandrin. C'est un sommaire précis, fidèle et très-élégant des doctrines les plus essentielles dont se compose la philosophie néoplatonicienne. Il parle successivement des rapports de la mythologie et de la philosophie , ce sujet si cher aux alexandrins , de la nature divine , du monde , de l'âme et de l'intelligence , de la providence , du destin et du hasard ; de la distinction du vice et de la vertu, de la meilleure forme de gouvernement , de l'origine et de la nature du mal , du culte et des sacrifices , de la rémunération des bonnes et des mauvaises actions , de la métempsychose et de l'immortalité de Pâme. Il n'est pas sans intérêt de voir comment l'auteur résout la première de ces questions. Il croit que les dogmes religieux ont besoin d'être enveloppés dans des symboles, d'être enseignés sous la forme de récits, pour frapper l'esprit du grand nombre et porter le sage à la méditation. Ces symboles , ou ces mythes , comme on les appelle , viennent de deux sources , de la poésie et de la philosophie, de l'inspiration et de la réflexion. Ils se divisent en cinq classes : les uns se rapportent uniquement à la nature de Dieu , et sont appelés théologique* ; les autres aux phénomènes de la nature, et sont appelés physique*; les autres aux opérations de l'âme, et sont appelés psychique»; d'autres sous le nom de mythes matériels, désignent les différents éléments , les différentes parties de l'univers ; enfin , d'autres qui réunissent ces différents caractères , forment un genre mixte. Cette théorie est la même que nous voyons développée dans les œuvres d'Olympiodore. On remarquera aussi la manière dont Salluste parle des sacrifices et des cérémonies du culle. La Divinité n'a besoin de rien et ne peut se laisser diriger par nos prières; mais l'homme a besoin d'agir sur lui-même et d'élever sa pensée^ jusqu'à l'auteur de toutes choses pour s'unir à loi et devenir meilleur. L'ouvrage dont nous parlons a été publié, pour la première fois, par Gabriel Naudé, avec une traduction latine de Léon Allatius , in-18, Rome, 1638 ; réimprimé à Leyde , même format , en 1639. Th. Oale l'a recueilli dans ses Opuscula mytkologica, in-8e, Cambridge, 1671, et Amst., 1688. Formey l'a traduit en français , in-8°, Berlin, 1748, et dans le Philosophe païen ,2 vol. in-12, ib., 1759.
Salluste le Cynique naquit au vie siècle de notre ère , à Emèse , en Syrie. Se préparant d'abord à la carrière du barreau, il prit des leçons d'éloquence près du sophiste Eunoïus qui se trouvait alors à Emèse ;