‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 109 sur 156 · FOU · texte numérisé non relu

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blr* tontes ces sopfos.tcns. Vais rertaons i l'aliénation mental, et Toyons qmelles en sont les eaases les pins fréquentes.

De ces causes U en est qui prédâpotaU sealement i la foSie, tandis que d'antres amènent presque immédiatement «on explosion. Parmi les premières, il faat ranger l'à^ et le sexe des indiTidns : la folie se déclare sortent dans l'I^ des passions ardentes, de trente i quarante ans; pnis de vingt à trente, pnis de quarante i cinquante. Nous derons placer i part les idiots et les déments: l'idiotisme s'olréenre nécessairement dans le premier ige, poisse cette affection est presque toujours eongéntale, et que ces infortunés arrivent rarement i nn âge un peu avancé; cbez les vieillards on observe la démence téniU. genre de lolie consécnlif au affections algues de l'encéphale, et qui peut même snrrenir par le seul effet des progrès de l'ige.

On remarque beancoini pins d'aliénations chez les femmes qne chez les hommes : on reçoit dans les hospices d'aliénés près dn double de femmes. On a cherché i expliquer cette prédispositicn par la plus grande susceptibilité dn système nerveux chez lies femmes, et par lenr position dins la société.

L'hén'dité joue lu grand T6lt dans la production de la folie. H. E^nirol avait trouvé dans linéiques établissements que la moitié an moins des individus atteints de folie avaient eu des parents aliénés. On croit avoir remarqué que l'influence de l'hérédité se fait | Int6t sentir dans les classes riches que ibez les pauvres, et on l'explique chez les premiers par les alliances fréquentes entre parents. Il est certain que le défaut de croisement dans l'espèce humaine ne tarde pas i amener une dégradation très-prononcée dans les familles.

L'influence du tempérament a été également notée; mais elle est beaucoup plus contestable.

On a plus particulièrement signalé les vice* d'une mauvaise éducation, et avec raison : tout l'avenir de l'homme moral dépend de ses conditions premières; il est des faits d'observation très-curieux dans l'éliologie de l'aliénation mentale: ainsi U y a beaucoup pins d'aliénés chez les célibataires que chez les personnes mariées, et cela s'applique aox hommes comme aux femmes; il y en a plus aussi dans les professions libérales quedans les classes industrielles; plusaussi enété

a n'en hiver. On croit avoir remarqué que dans les ifférents pays l'influence dn degré de civilisation,du mode de gouvernement et des croyances religieuses est beaoeoup plus marquée qne l'inflnence du climat. Cette observation paraît fondée: néanmoins il aurait lallu distinguer ici. L'influence des idées religieuses est incontestable, elle est même en rapport direct avec certains genres de folie ; celle du mode de gonvemement est beaucoup i lus douteuse. Quant i l'influence dn climat, e est une question qui n'a

Sas été suffisamment étudiée: on manque de ocnments: on en manque même pour ce qui tient i rinflaence des progrès de la civilisation ; on a cité des faits qni ne sont rien moins que concluants: on a dit que M. Desgenettes, médecin en chef de l'armeiB d'Orient, n'avait trouvé que quatorze fous en Egypte dans l'hôpital dn Caire: tandis qu'en I81&1 Angleterre en comptait plus de 7000 i Londres, et k France près de4O0O i ParisI Hais quelle conclusion tirer de ce fait, si ce n'est que dans les pays plus civilisés on prend soin des fous, et qu'on ne les laisse pas libres comme en Orient?

Si j'en juge par ce que j'ai observé moi-même en Hnssie, la folie ne doit guère être moins fréquente dans les pays soumis au despotisme et

pea avancés en cirilisatM» qne dans lea gouvernements libres et policés.

Quant aux causes qui provoquent le pins coin* mnnémmt l'explosion de la folie, elles sont assez nombrenses^ on a plus particolièreraent signalé les chagnns domestiques, un amoor contrarié, le fanatisme, l'époque critique poor les femmes et plnlAt encore les suites de amànta, les coups sur la tète, l'abas des boissons alcoo- : liques, l'insolation, un travail intellectsel ex- I cessif, les veilles prolongées, une vire trajenr, ' le pasuge subit d'une vie aisée i une profonde misère, tes remords, l'oisiveté surtout, le désœuvrement, l'ennui après une vie tres-oeeiipée, l'inflnence enfin d'une autre maladie, de l'nystérie, par exemple, on de l'épilepsie.

Les casses agissent progressivement, mais leur effet pent être brusque et instantané : oa a vu la folie se déclarer en quelques henres, quelquefois i l'instant même, an milieu dHinepleiDe raison ; une fois déclarée, elle se comporte comme nous lavons dit plus haut II nous reste à dire nn mot seulement snr le trailemait de i'al.énation mentale.

A une épo<jne même assez rapprodiée de nons, les aliénés étaient traités avec barbarie; c'est Pinel qui les a fait sortir de leurs affreux cabanons, qui a fait tomber leurs chaînes, qui, enfin, a voulu le premier les traiter comme des malades. Cest i la philosophie qu'on doit ces réformes : grlee i ses lumières, on a fini par reconnaître qne chez ces infortunés il n'y a ries de surnaturel, rien de merveilleux ; il y a sim-

Slement des lésions qui portent snr cette partie e l'organisme qui sert aux manifestations de la rnsée, et que, partant, il y a tout simplenteat traiter des organes malades; mais eomme les organes malades sont soumis a la double actioa des agents extérieurs et de l'esprit Ini-mêine, comme principe d'activité, les médecins ont cherché judicieusement i combiner le traitement physique avec le traitement moral, de telle sorte ^ue. s'adressant directement i resprit de l'aliène, ils le font intervenir dans le traitement, et le mettent ainsi en mesura de réagir sur son propre organisme. Les mMfrimm et les physiologistes qui ont écrit snr la ftriiesont innombrables; nons nous contenterons d'en citer quelques-uns dont les ouvrages méritent particulièrement de figurer dans nn dictionnaire philosophique : Pinel, TraiU nudieo^pàHotophique sur CaliéncUion mentale, Paris, 1791, in-8 ; — Esqnirol, des Maladia mentala, Paris,

1838, 2 voL in-S;— Lenret, du TraitanaU moral de la folie, Paris, in-8 ; Fragment* ptychologiquet rur la folie, Paris, in-8; — Broussais, de eirrilation et de la Folie, Paris, 1839, 1 vol. in-8; — Morean de Tours, Psydiologie morbid», Paris, 1859, in-8; — Flonrens. de la Raiton, dm Génie et delà Folie, Paris, 1861, in-1 Jj — Tr*lat, Recherdiet hittoriquet tur la faite, Pans.

1839, in-8. — Les philosophes ont rarement traite ce sujet ; on pent consulter cependant Haine de Biran, aouvelleê comidération* tur le* rapport» du physique et du moral de Chomme, Paris, 1834, in-8; — Albert Lemoine, fAlUné devant la philosophie, la morale et la eoeiélé, Paris, 1862, in-8. P. D.

FOKTENEIXB (Bernard Ls Bonn on Ls BoT6Ea de), né i Rouen le II février 16&T, mort i Paris le 9 janvier 1757.

Si Fontenelle, dans ses volnminenz écrits, a rarement traité des questions de philosophie proprement dite, néanmoins sa vie, son caractire et ses ouvrages sont empreints oe l'esprit philosophique.

Sa vie, qui embrasse nn siècle entier, Ta iait

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participer aux denz grandes ipoqnes de notre littérature: anssi peut-on dire qu'il y a deux hommes en iui, le bel esprit dn xvii* siècle et le philosopbe dn xrin* ; le neveu dn grand Corneflie, et le contemporain de Voltaire ; l'ingénieux écrivain d'une école nn peu maniérée, et le dernier des cartésiens. Il forme l'anneau intermédiaire entre les deux âges. Témoin de toutes les révolutions de l'esprit humain accomplies 4lans ce vaste intervalle de temps, il y a pris lui-même une part active, et si sa nature l'a détourné d'un rôle agressif, il a toujours le mérite Incontesté d'avoir le premier rendu la philosophie populaire en France.

Il avait fait d'assez brillantes études an collège des jésuites à Rouen; mais il n'eut pas le même succès dans la logique, hérissée alors de termes barbares. II dit lui-même : • Je pris mon parti de ne rien entendre à la logique. Cependant, continuant de m'y appliquer, j'y entendis quelque chose ; je vis bientôt que ce n'était pas la peine d'y rien entendre, que ce n'étaient que des mots : je m'en tirai ensuite aussi bien que les autres. • Son père, avocat an parlement de la même ville, le destinant an barreau, il se fit recevoir avocat, et plaida même une cause qu'il perdit. Promptement dégoûté de cette carrière, il se décida a suivre son goût pour la littérature, et se rendit à Paris, auçrM de son oncle Thomas Corneille, qui dirigeait alors le Mercure galant avec de Visé. La gloire du grand Corneille fut d'abord pour lui une amorce trompense; il débuta par des tragédies, et une épigramme de Racine nous apprend qnel fut le sort de son Aspar. Le premier ouvrage on il réussit, ses Dialogues des morts, qu'il fit paraître en 1683, à vingt-six ans, sont parsemés de traits d'affectation et de faux goût. Trois ans après^ en 1686, il publia ses Entretiens sur la pluralité des mondes, on il expose avec une heureuse clarté les découvertes de Galilée, et le système de Descartes sur les tourbillons. On y admira le talent de mettre les matières scientinques à la portée de tons les lecteurs. On peut y relever encore quelque chose d'un peu prétentieux et de cmintessencie dans le style; mais cette recherche même n'était pas sans agrément, et elle contribua sans doute i attirer le public, qui trouvait dans ce livre le système du monde, tel qu'on le connais-^ait alors, traduit en langue vulgaire. Déjà l'on y sent une certaine liberté de penser; la clarté des idées se réflécliit dans le langage, et l'on reconnaît l'empreinte du philosophe à quelques réflexions telles que celle-ci : « Il n'y a que la vérité qui persuade, même sans avoir nesoin de paraître avec toutes ses prenves. Elle entre si naturellement dans l'esprit, que quand on l'apprend pour la première fois, il semble qu'on ne fasse que s'en souvenir. • (2* Soirée, i la fin.)

Voici un exemple de la sage circonspection de son esprit, et de la méthode prudente qui règle toujours sa marche, même dans ses ingénienx badinages. An commencement de la 3* Sotrée, & propos des conjectures auxquelles il vient de se laisser aller sur les habitants de la lune, il ajoute : « II ne faut donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce que l'on croit, et en réserver une autre moitié libre, oh le contraire puisse être admis, s'il en est besoin. >

L'année suivante, Fontenelle mit en français l'Histoire des oracles dn savant hollandais Van Dale, c'est-à-dire qu'il donna un abrégé élégant et lumineux de ce traité, dont l'érudition, un peu diffuse, prit sous la plume de Fontenelle une forme plu* appropriée au goût des lecteurs

français. L'anteur lui-même en témoigna sa reconnaissance et s'exprima ainsi dans les Nouvelles de la Réf)Migue des lettres : • J'ai la avec bien du plaisir VHistoire des oracles, foite par un auteur français, oîi je suis copié fidèlement. J'approuve la liberté qu'il s'est donnée do tourner ce qne j'avais avancé dans mes deux dissertations sur ce sujet, au génie de sa nation.... C'est peut-être un malhenr pour la cause qu'il soutient avec moi, qn'il ne soit pas dans un pays de liberté; car je ne puis imputer à une autre raison le silence qn'il a gardé, on les déguisements qui semblent l'avoir commandé sur des faits de conséquence. • Malgré les précautions prises par Fontenelle, malgré les déguisements dont s'enveloppait sa wscrète ironie, l'ouvrage n'en parut pas moins très-hardi. Plus tard, il fut vivement attaqué par le jésuite Baltus, qui soutint que les démons avaient fait des oracles, et qu'ils s'étaient tus à l'arrivée du Messie. Fontenelle n'eut garde de s'engager dans une controverse théologique. «Je ne repondrai point au jésuite de Strasbourg, écrivait-il à Leclerc, quoique je ne croie pas l'entreprise impossible. Hais VHistoire de l'Académie des sciences me donne trop d'occupation, et tourne toutes mes études sur des matières trop difl'érentes de celle-là. Ce serait plutôt à H. Van Dale à répondre qu'à mai; je ne suis que son interprète, il est mon garant. Enfin je n'ai point du tout l'aumeur polémique, et toutes les querelles me déplaisent. J'aime mieux que le diable ait été prophète, puisque le père jésuite le veut, et qu'il croit cela plus orthodoxe. »

Vers le même temps, il avait publié ses Doutes sur le si/stime physique des causes occasionnelles. Quoiqu'il professât une vive admiration pour Halebranche, qu'il appelle le plus grand génie de ce siècle, il critique ses idées par des raisonnements serrés, mais toujours avec mesure. Il prouve d'une manière irrécusable qne le système des causes occasionnelles est contraire à la simplicité avec laquelle Dieu doit agir dans l'exécution de ses desseins. Ce morceau est un modèle de discussion. C'est en proposant ses doutes sur ce système que Fontenelle dit avec une finesse si spirituelle : • Ce qui doit répondre de la sincérité de mes paroles, c'est que je ne suis ni théologien, ni philosophe de profession, ni homme d'aucun nom, en quelque espèce que ce soit ; que, par conséquent, je ne suis nullement engage à avoir raison, et que je puis avec honneur avouer que je me trompais toutes les fois qu'on me le fera voir. • Ce petit écrit se termine par une réflexion dont le tour piquant relève encore la justesse : « La vérité n'a ni jeunesse ni vieillesse; les agréments de l'une ne la doivent pas faire aimer davantage, et les rides de l'autre ne lui doivent pas attirer plus de respect. •

Cartésien décidé, il resta tonte sa vie fidèle à cette doctrine, mais sans aucun fanatisme. Aussi, dit-il quelque part : • Il faut admirer toujours Descartes, et le suivre quelquefois.» — • Ce grand homme, écrit-il ailleurs, poussé par son génie et par la supériorité qu'il se sentait, quitta les anciens pour ne suivre que cette même raison que les anciens avaient suivie; et cette heureuse hardiesse, qui fut traitée de révolte, nous valut une infinité de vues nouvelles et utiles sur U physique et sur la géométrie. Alors on ouvrit les yeux, et l'on s'avisa de penser. >

De tous les titres de gloire de Fontenelle^ ses Éloges des académiciens sont sans contredit le

flus réel et le plus durable. En 1697, il avait té nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences. Ce fut pour s'acquitter de ses fonc-

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lions qu'il écrivit l'histoire de cette Académie depuis Vannée 1666 jusqu'en 1699, et que pendant plus de quarante années il prononça les éloges des savants qui avaient appartenu à cette compagnie. Le recueil de ces éloges forme assurément un des meilleurs livres de notre langue. On n'y retrouve plus l'afféterie qui dépare quelquefois les écrits de sa jeunesse : là, sa manière est beaucoup plus simple; il sème toujours les aperçus spirituels, mais jamais aux dépens de la voriti, et l'expression dont il la revêt, emprunte une grloe particulière à son tour d'esprit fin et déUcat. Il fallait une grande variété de connaissances pour apprécier convenablement plusieurs générations de savants, astronomes, mathématiciens, chimistes, physiciens, naturalistes, médecins, philosophes. FonteneUe donna le premier exemple de cet esprit encyclopédique, de cette universalité que Voltaire, après lui, devait reproduire avec tant d'éclat. Il possède en outre l'art d'intéresser à la vie studieuse de ces hommes dévoués à la science; il rend leurs découvertes accessibles aux gens du monde; tour à tour Vauban, Cassini, Toumefort, Malebranche, Leibniz, Newton, en un mot les plus grands génies de l'Europe, passent devant nous avec leurs travaux et leurs systèmes, en nous communiquant une instruction aussi agréable que variée.

Ce qui caractérise essentiellement l'esprit de FonteneUe, c'est la justesse unie à la finesse. II se rendit célèbre pir le charme singulier gui s'attachait i sa conversation autant qu'à ses écrits. Il avait été reçu à l'Académie française le b mai 1691. Doyen des trois académies, on l'appelait le Nestor de la littérature, et il resta jusqu'à la fin de sa vie l'ornement de ces salons du xvm' siècle, qui méritent d'occuper une place dans l'histoire, car ils étaient le siège d'une puissance nouvelle, l'opinion publique, fout, jusqu'aux agréments de son style, qui n'est pas toujours irréprochable. au jugement d'un goût sévère, a contribué à

ftropager les lumières, et i répandre le go&t de a raison.

Cet esprit philosophique que nous avons indiqué comme le véritable mérite de FonteneUe, il serait facile de le faire ressortir dans ses principaux ouvrages: il suffirait d'en extraire un certain nombre de maximes, d'observations justes, de réflexions à la fois fines et profondes, qui formeraient, pour ainsi dire, le code du bon sens, les règles de la méthode pratique, une sorte de métaphysique populaire, mise à la portée des gens du monde. On aurait ainsi le résumé, et comme la quintessence de sa philosophie.

Dans sa réponse à révégue de Luçon, qui remplaçait Lamotte à l'Académie française (6 mars 1632), il disait : ■ Il s'est répandu depuis un temps un esprit philosophique presque tout nouveau, une lumière qui n'avait guère éclairé nos ancêtres. » Cet esprit nouveau, qui devait faire la gloire et la puissance du xvm" siècle, se révèle de deux manières : en premier lieu, par la méthode expérimentale, fondée sur l'observation des faits : « Comme on s'est avisé de consulter sur les choses natureUes la nature elle-même plutât que les anciens, elle se laisse aisément découvrir; et assez souvent, pressée par de nouvelles expériences que l'on fait pour la sonder, elle accorde la connaissance de quelques-uns de ses sècreU. {Hitt. de l'Aead. des sciences, Préf.) En second Uen, par les progrès de l'esprit géométrique : • Les mathématiques servent a donner i notre raison l'habitude et le premier pli du "«■'■Elles nous apprennent à opérer sur les vérités, à en prendre le fil souvent très-délié îiiZI^"' Imperceptible.... A mesure que ces ■eienoea ont acquis plus d'étendue, les méthodes

sont devenus pins simples et pins iaeiles. Infin les mathématiques n'ont pas seulement donné une infinité de vérités de l'espèce qui leur appartient, eUes ont encore produit assez générale ment dans les esprits une justesse plus précieuse peut-être que toutes ces vérités. >

Son sens droit avait deviné l'éclectisme : • Tout le monde ne sait pas voir : on prend pour l'objet entier la première face que le hasard nous en a présentée.... Il n'est pas étonnant que l'on fasse quelques faux pas dans des routes nouvelles que 1 on s ouvre soi-même. L'esprit original, qui est ardent, vif et hardi, peut n'être pas toujours assez mesuré ni assez circonspect. • De cette manière d'envisager la marche des connaissances humaines, résulte comme conséquence naturelle la nécessité de la tolérance philosophique. • On voulut surtout qu'aucun système ne dominât dans l'Académie a l'exclusion des autres, et qu'on laissât toujours tontes les portes ouvertes à la vérité. •

Et ailleurs : • Il y a un ordre qui règle nos progrès. Chaque connaissance ne se développe qu'après qu'un certain nombre de connaissances précédentes se sont développées, et quand son tour pour éclore est venu.... Quand une science ne fait que de naître, on ne peut guère attraper que des vérités dispersées qui ne se tiennent pas, et on les prouve chacune a part, comme l'on peut, et presque toujours avec beaucoup d'embarras Hais quand un certain nombre de ces vérités désunies ont été trouvées, on voit en quoi elles s'accordent, et les principes généraux commencent à se montrer, non pas encore les plus généraux ou les premiers: il faut encore un plus grand nombre de vérités pour les forcer i paraître. Plusieurs petites branches que l'on tient d'abord séparément mènent à la grosse branche qui les produit, et plusieurs grosses branches mènent au tronc. •

• Un avantage d'avoir saisi les premiers principes serait que l'ordre se mettrait partout de lui-même, cet ordre qui embellit tout, qui fortifie les vérités par leur liaison. »

N'a-t-il pas parfaitement caractérisé I.eibniz, lorsqu'il l'appelle un esprit universel, non pas seulement parce qu'il allait i tout, mais encore parce qu'il saisissait dans tout les principes les plus élevés et les plus généraux, et qut est le caractire de la m&aphwique?

FonteneUe, dans un de ses éloges (celui de Duhamel), parle de raisonnements philosophiques qui ont dépouillé leur sécheresse naturelle, ou du moins ordinaire, en passant au travers d une imagination fleurie et ornée, et qui n'y ont pris cependant que la juste dose d'agrément qui leur convient. Ces paroles s'appliquent très-bien à lui-même, et il se trouve avoir donné ainsi l'idée la plus fidèle de son propre talent. A...D.

FORBERa (Frédéric-Charles), né en 1770 i Heuselwitz, près d'Altembourg, fut un ami trèsdévoué de Ficbte, et un défenseur ardent des opinions de ce philosophe. Il s'attacha d'abord aux idées de Kant et de Reinhold. et ce fut sous cette influence qu'il publia une dissertation intitulée de jEslhetica transcendentnli, in-8, léna, 1792; un autre petit écrit sur les Motifs et les lois des actions libres, in-8, ib., 179Ô (ail.); et divers morceaux qui ont paru soit dans le Recueil de KûUeborn (12 cahiers in-8, ZûUichau et Freysladt, 1796-1799), soit dans d'autres joumiux philosophiques. Hais, peu à peu, il se laissa séduire par la doctrine de Ficbte, et écrivit, en 1797,' dans un journal rédigé par son nouveau maître et piu- Niethammer, des Lettres sur la nouvelle philosophie. Bientét après parut l'ouvrage qu'il pubUÂ de concert avec Fiente, et qui

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leur attira i toas denx une accmation d'athéisme : Développement de l'idée de la religion, par Frédério-Charles Forberg, précédé d'une introduction de Fiebte sur le Prmcipe de notre croyance à un ordre divin qui gouverne le monde, in-8, léna, 1798 (ail.). Enfin, de môme que Fichte, Forberg se défendit contre cette accasation dans une ApoltM/ie relativement d $on prétendu athéisme, in-8, Gotha, 1799. Depuis ce moment Forberg se retira de la scène philosophique et s'occupa exclusivement des diverses charges qui lui furent confiées. X.

FORGE. L'origine de la notion de force est dans la conscience que nous avons d'être nousméaies le principe de nos déterminations on de nos actes; nous nous connaissons alors, nonseulement comme une substance passive et diversement modifiée, mais comme un être qui est en mime temps la cause efficiente de ses propres modifications. Nous contfevons de même la matière du monde extérieur comme une force qui se révèle à nous par la résistance qu'elle oppose i l'effort que nous déployons pour mouvoir un de nos membres ou soulever tout autre fardeau. L'idée de force enveloppe donc à la fois l'idée de cause et l'idée de substance. La force est la substance capable d'agir et agissant en effet. Comme dit Leibniz, elle enveloppe l'eSbrt, fionatum involvit ; elle n'a pas besoin pour agir d'une excitation étrangère, elle agit par le seul ressort de sa propre énergie, inttar areut tensi qui non indtget ttimulo alteno $ed lola rublatione impedimenti. La force et la substance ne peuvent être séparées que par la pensée ; toute force est substance et toute substance est force ; qtiod non agit nec exislil, ce qui n'agit pas n'est pas. Ce sont des conceptions contraires à l'expérience eti la raison que celles de substances absolument passives, dénuées de toute énergie, et de forces qui n'appartiennent pas essentiellement à quelque substance.

Cependant l'histoire de la philosophie a vu se produire de pareilles conceptions. Les physiciens atomistes de l'antiquité, qui se représentaient l'univers comme un composé d'atomes en mouvement, sans placer la cause de ce mouvement, soit dans une énergie propre à ces atomes^ soit dans un principe extérieur, réduisaient ainsi tous les êtres & l'état de snbstences impuissantes et le monde i un mécanisme en mouvement, mais sans moteur. Des:artes concevait à peu près de même l'univers matériel quand il faisait consister l'essence de la matière dans l'étendue passive; et, s'il attribuait à Sieu le principe du mouvement, il séparait en réalité, du moins dans les corps, la substance de la force. Halebranche déclarait hautement que tous les êtres matériels ou spirituels, les âmes comme les corps, ne sont que des substances sans aucune énergie, absolument incapables d'action, un seul excepté. Dieu, cause unique de tous les êtres et de tous les phénomènes. Au contraire la scolastlque a souvent imaginé des forces qui n'étaient pas des substances, entités cliimériqucs, vertus plastiques, concoertrices, vivifiques, morbifiquos, s'ajoutant à un corps, se retirant d'un antre, essentiellement indépendantes de la matière oii elles agissaient temporairement. Aujourd'hui la philosophie et la science s'accordent généralement à reconnaître qu'il n'y a pas plus de substance qui ne soit pas une force, que de force qui ne soit pas une substance. L'accord existe même sur ce point entre la philosophie matérialiste et la philosophie spiritualiste; la divergence ou li contrariété ne consiste qu'en ce que l'une prétend que toute force soit une substance matérielle etque l'autre conçoit des forces qui sont des substances incorporelles.

Le mot force n'est pas toujours employé, même par ceux qui le défimssent ainsi, avec une signification aussi rigoureuse. Par exemple, quand le psychologue appelle les facultés des forces, il ne prétend pas que l'intelligence qu'il distingue

de la sensibilité on de la volonté, soit une substance distincte d'une antre substance, la volonté ou la sensibilité, mais seulement que l'intelligence est la substance de l'&me considérée comme la cause de certains phénomènes qu'il distingue de phénomènes difierents par l'apparence, mais dont le principe n'est pas moins la même substance de l'ime. La division qu'il établit est idéale et non réelle ; il conçoit la substance de r&me, cause unique et indivisible de tons cesfaits; sous autant de points de vue qu'il croit pouvoir distinguer de catégories différentes de phénomènes psychologiques. De même le physicien qui dit que la pesanteur, le magnétisme, l'électricité, etc., sont des forces de la matière, ne prétend pas qu'il y ait dans le corps à la fois pesant, magnétique, électrique, une substance pesante, une autre magnétique, une autre électrique; il veut dire seulement que certains phénomènes, qui ont tous leur cau.se dans une force de la substance matérielle, ont des apparences différentes. Et les progrès les plus récents de la science contemporaine tendent en effet, en découvrant on en soupçonnant la similitude, l'identité fondamentale ou la transformation les uns dans les autres de tous ces faits, i les rapporter tous à une seule force qui ne serait autre que la substance matérielle elle-même.

On peut consulter la Monadologie de Leibniz, le mémoire de Haine de Biran sur VApereeption immédiate interne, et les articles de ce Dictionnaire, Cause, Substancb, Dïnauissib. A. L.

rOROE, voy. DEiAFoaog.

FORHE SCBSTAMTIELLE. Dans le septième livre de la Métaphynque, Aristote recherchant ce que c'est que ressence ou la substance, obirla, constate que parmi les quatre sens donnés à ce mot se trouve d'abord celui-ci, t6 tî ^v ttvai, expression à laquelle Aristote substitue souvent les mots xi tI éori, li ti, 6pia|ià;, |iopf^, et que les traducteurs rendent par quid eral esse, quiddite, cause formelle, forme essentielle et forme stU>slantielle.

Qu'estce maintenant que la forme substantielle ? La forme substantielle se dit de ce qui est en soi et par soi-même [Métaph.. liv. Vil, en. iv). Les substances sensibles sont produites par l'union de la matière et de la forme : la matière est donc une substance, mais elle n est substance qu'en puissance : elle n'existe pas, i proprement parler, parce qu'elle n'est pas quelque chose, ti. Pour le devenir, il faut qu'elle soit limitée et déterminée, et c'est la forme qui lui donne ce caractère. La matière est la substance en virtualité; et la forme, la substance en actualité. La forme substantielle est donc l'essence même, la vraie substance des choses. Elle n'est pas limitée par une matière, elle est la substance immatérielle qui limite la matière et la détermine. Les êtres étant ainsi composés de matière et de forme, il s'ensuit que l'àme des êtres animés en est la forme substantielle, qu'elle est l'essence même du corps animé, dont elle est distincte, mais inséparable. Quand la plante meurt, la matière pera sa forme substantielle ; mais cette forme préexistait à la plante dans la graine d'oii la plante est sortie, et elle lui survit dans les graines qui en sont sorties et qui donnèrent naissance i une autre plante. Il n'y a point de forme substantielle pour d'autres êtres que pour les espèces dans le genre ; car tout ce qu'il y a de substantiel dans l'individu, c'est le genre et l'espèce qu'il représente et qui

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se manifestent en loi. Les particularités ne viennent que de la matière déterminée déjà anparaTant d'une certaine façon, et formant l'extérieur périssable dans lequel la forme substantielle se manifeste. La forme substantielle est donc ce qu'un individu a d'incorruptible ; et moins un individu ajoute de qualités particulières aux qualités générales de son espèce, plus il approche de la perfection, car la forme substantielle semble identique avec la cause finale, qui est te bien (liv. VIII, cb. iv, et liv. I, ch. m). En conséquence, on doit dire de la forme substantielle qu'elle est l'objet propre de la définition ; et qu'il n'y a forme sabstantielle que i>onr les choses dont la notion est une définition, c'est-àdire qui ne peuvent pas être regardées comme des modifications et des accidents.

Ces idées d'Aristote sur la forme substantielle, nné fois livrées aux commentateurs scolastiques, devinrent pour eux une inépuisable source de distinctions, de divisions, de classifications de toute nature, et de solutions pour tontes les questions.

Tantdt on établissait qu'il t a trois sortes de formes : d'abord l'être lui-même, l'être qui ne reçoit point l'existence d'une cause supérieure, et n'est point reçu dans on être inférieur, Dieu ; en second lieu, les formes qui reçoivent l'être d'ailleurs, sans être elles-mêmes reçues dans la matière; c'est-à-dire les intelligences dégagées de tonte concrétion corporelle ; enfin les formes dépendantes de tonte part, qui tiennent l'être d'une cause inférieure etsont reçues dans un sujet, la matière ; tels sont les accidents et les formes substantielles déterminant la matière (CoUegii contmfrrtcerms comment, in seeundttm librum de Qener. et corrupt., Lyon^ 1613, p. 78). Tantét, après une minutieuse division de la (orme, dont la forme substantielle constituait la quatrième esnèce, on reconnaissait six classes de formes substantielles : 1* celles de la matière première ou des éléments; 3* celles des composés inférieurs, comme les pierres ; 3* celles des composés plus élevés^ des drogues, par exemple; 4* celles des êtres vivants, les plantes ; 5* celles def êtres sensibles, les animaux ; 6* enfin, an-dessus de toutes les autres, la forme substantielle raisonnable {rationalis), qui ressemble aux antres en tant que forme d'un corps, mais qui ne partage

£oint avec le corps son opération propre qui est i pensée (Toletus, Comment. inPhysicam Arigtotelit, Cologne, 1577, p. 66). On verra plus bas quelle conséquence cet auteur tirait du rang assigné à cette forme substantielle. D'autres, avec Cajetan, ne distinguaient que trois espèces de formes substantielles : 1* celles qui pénètrent toute sorte de matière ; 2* celles qui animent l'homme et les animaux les plus élevés : elles ne résident que dans l'ensemble et se retirent d'un membre coupé; 3* celles qui animent les plantes «t les animaux inférieurs : elles subsistent dans la partie comme dans l'ensemble, et des deux parties d'un individu coupé refont deux individus [CoUegii conimbricerui» comment, de Anima, Lyon, 1612, p. 82).

Comment se produit le feuT À cette question Toletus répond {ubi supra, p. 63) : « La forme substantielle est un principe actif par leqiiel le feu, avec la chaleur pour instrument, produit le feu. • £t plus loin (p. I&4) : • Mais le feu ne provient pas toujours du feu. Dicis : Quare hoc tta fit? Bespondeo : Il y a la plus grande différence entre les formes accidentelles et les substantielles. Car les formes accidentelles ont nonseulement de la répugnance, mais une répugnance déterminée, comme le olauc avec le noir ; tandis qu'entre les formes substantielles il y a bien une certaine répugnance, mais non déter- I

minée, parce que la forme substantielle r^ngne également a quoi que ce soit. De là il suit que le blanc, forme accidentelle, ne résulte que du blanc et non du noir, mais que le feu peut résulter de toutes les formes substantielles capables de le produire dans l'air, dans l'eau, dans toute autre cnose. • On se rappelle involontairement les solutions du récipiendaire de Molière, quand on voit dans ces réponses les formes substantielles servir à dissimuler l'ignorance des lois rfeUes des phénomènes. Il semble cependant qn'Aristote avait prévu et voulu prévenir l'usage auquel on devait réduire sa théorie, lorsque ce profond penseur terminait ce septième livre, tout entier consacré à la forme substantielle, par un chapitre précisément destiné à iudiqner comment on doit procéder à la recherche des causes des êtres simples et des phénomèner composés. Albert le Grand appuya sur la théorie de ta forme substantielle l'explication qu'il donna du principe d'individuation. Aristote avait dit que l'àme des êtres animés en était la forme substantielle ; saint Thomas, dans son commentaire sur le de Anima [Œuvr. compl., Paris, 1660, t. III, 1" partie, p. 42), établit qu'il est impossible qu'il y ait en une chose plus d'une forme substantielle, et de li il conclut la simplicité de l'àme. Cependant ce principe que l'àme raisonnable est la vraie forme substantielle de l'homme, trouvait des contradicteurs; l'exposé et la réfutation de leurs arguments nous ont été conservés par les Coïmbrois {Comment, de Anima, in-4, Lyon, 1612, p. 72). Dans ses commentaires déjà cités (p. ô6). Toletus, oubliant sans doute qu'Aristote avait établi que la forme substantielle est en réalité inséparable de la matière, regarde l'immortalité de l'àme comme une conséquence du rang qu'elle occupe dans la classification citée plus haut. On voit donc que les formes substantielles se trouvaient mêlées à toutes les théories et fournissaient des solutions à toutes les questions.

Par une conséquence nécessaire pour ces temps où la métaphysique péripatéticienne était le point d'appui de la théologie, la question de l'àme comme forme substantielle du corps de lliomme avait passé du domaine de la spéculation philosophique dans celui de la théologie. Un religieux de Béziers, Pierre-Jean d'Olive de Sérignan, ayant nié que l'àme raisonnable soit la forme substantielle du corps humain, le concile général de Vienne 0312) examina cette doctrins, la déclara « erronée et ennemie de la vérité de la foi catholique, et son auteur hérétique, ainsi que ses partisans. » En 1325, le pape Jean XXII joignit sa propre condamnation i celle du concile, et alla même jusqu'à sévir contre la mémoire de l'auteur, en faisajit déterrer et brûler ses os. A la fin du siècle suivant. Sixte IV, sur la réclamation des frères mineurs, fit examiner les ouvrages de Pierre-Jean d'Olive, et, après avoir déclaré qu'ils ne contenaient rien d'expressément contraire à la foi catholique, il justifia la mémoire de l'auteur. Enfin, cette même doctrine émut Léon X, qui la fit condamner de nouveau dans la huitième session du concile de Latran.

Sur le sujet de cet article, après le texte d'Aristote (Métaph., liv. VII et VIIl), on consultera avec fruit la quatrième partie de la Synopsis analytica doctrines peripalelicce de Duval, dans son édition d'Aristote, de 1639, 4 vol. in-f*, Paris, t. IV, p. 23-31; — Ch.-L. Michelct, Examen critique de la Métaphysique d'Aristote, in-8, Paris, 1836,1). 164 et suiv., et 287 et suiv. ; — Ravaisson. Essai sur la Métaphysique d'Aristote, in-8, Paris, 1837, t. I, p. 149 et suiv. Voy. PSripaté- TiciBNKB (Philosophie). J. D. J.

FORM

FOUC

FOimET (Jean-Henri-Samuel) était né en 171 1, à Berlin, d'nne famille de réfugiés français, ori-

f inaire de Vitry en Champagne. A vingt ans, il tait ministre de Brandebourg, et peu d'années après, il réussit à se faire appeler dans la capitale, on il professa successivement la rhétorique, puis la philosophie. Il fut compris, dès la formation de l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin, sur la liste de ses membres, et il en devint nn des deux secrétaires perpétuels. Sa mort n'eut lien qu'en 1797 : il était alors le doyen de l'Académie, correspondant de la princesse Henriette-Marie de Prusse, et conseiller privé. C'était nn homme fort délié, actif, et qui ne perdit jamais de vue les moyens de pousser sa fortune; U était, de pins, lort laborieux, et il a immensément écrit sur toutes sortes de sujets. La longue liste de ses ouvrages, dans Meusel, n'etit pas complète : aussi faut-il le regarder comme un polygrapne pins que comme un philosophe. Sa collaboration i la Bibliothèque germanique, de Beaasobre, sa Nouvelle Bibliothèque germanique, entièrement de lui, et sa Bibliothtque impartiale, qu'il rédigea de 1750 à 1758, en partie sur des documents émanant du cabinet de Frédéric II, le classent parmi les écrivains périodiques de son époque. Par ses Éloges des Académiciens de Berlin et de divers autres savants (2 vol. in-12, Paris. 1757), auxquels il faut joindre une douzaine d'autres Éloges, et par sa France littéraire ou Dictionnaire des auteurs français vivants (2* éd., Berlin, 1757). recherchée encore aujourd'hui pour les détails qu'il y fournit sur les écrivains réfugiés, il a bien mérité de l'histoire littéraire. Il s'est aussi montré historien, soit en publiant son iieeueil de pièce* sur les affaires de V élection du rot de Pologne (1732 pour 1734), soit en écrivant une Histoire de la succession de Bergei Julier*. Nous omettons ses Sermons, ses Traductions (sauf celle de Salluste le Philosophe), et d'autres ouvrages encore; mais comme philosophe, il mérite que nous nous arrêtions sur lui un peu

Elus longtemps. Nous le trouvons d'abord au nomre de ceux qui popularisèrent la philosophie de Wolf, soit en Allemagne, soit à l'étranger : aux étudiants allemands, en effet, s'adressaient ses Elementa philosophice, «eu iiedulla Wolfiana (in-8, 1746) ; i la France étaient destinés ses six volumes intitulés : La belle Wolfiennc, avec deux lettres philosophiques, l'une sur l'immortalité de l'âme, l'autre sur l'harmonie préétablie (in-8, la Haye, 1752-1760), et aussi son Abrégé du droit de la ncUure et des gen», tiré du grand ouvrage de Wolf sur cette matière (3 vol. in-12, Amst., 1758). Un peu plus tard, nous le voyons figurer dans le discours préliminaire de d'Alemoert, comme un des nommes dont le concours aide à édifier l'Encyclopédie ; son nom est même cité le premier de tous, et précède celui de l'abbé Sallier. Il ne faut pas en conclure que Formey ait jamais été, à proprement parler, au nomore des collaborateurs de ce gigantesque dictionnaire. En 1758, au plus tard, n avait fait tenir à d'Alembert un manuscrit contenant bon nombre d'articles, dont pas un peut-être ne parut, dans les premières éditions de l'Encyclopédie, tel qu'il l'avait écrit. On peut dire, puisque la portion de VEncyclopédie oii il est traité de la métaphysique ne porte nulle trace de matérialisme, que. dans ce vaste Recueil, le secrétaire de l'Acaaémie de Berlin est, avec Yvon, l'un des principaux représentants du spiritualisme. 11 aimait, du reste, beaucoup à dire qu'il avait de son côté, antérieurement à Diderot et i d'Alembert, conçu le plan d'un ouvrage fort analogue à i'Encydopéâie; et U

n'y a rien d'invraisemblable dans cette assertion, si l'on songe que Formey s'était toujours livre à des études moins profondes que variées. A partir de 1762, au plus tard, l'opposition de Formey aux doctrines des philosophes français du xviu* siècle devient flagrante •.l'Anti-Èmile (2 vol. in-8, Berlin. 1764) en serait l'expression frappante, si l'Emile chrétien ne la dépassait encore. Dans cet ouvrage composé & la demande du libraire Néaulme, que les états de Hollande avaient censuré et failli mettre à l'amende pour avoir imprimé l'Emile, Formey, tronquant i son gré Rousseau, ici gardait des quarts de volume sans altération, li modifiait, dénaturait, remplaçait par des développements diamétralement contraires tout ce qui lui déplaisait : à la profession de foi du vicaire savoyard, par exemple, fat substituée une démonstration de la religion chrétienne. Ce procédé singulier, qu'il prenait pour une réfutation, lui attira une vigoureuse sortie de Rey dons le Journal des «avanjs, et une note de Rousseau dans l'édition de VÉmiU qui fut publiée à Deux-Ponts. Ses Souvenirs d'un citoyen (2 vol. in-8, 1789 ; 2* éd., 1797) donnèrent lieu de même & une réplique animée de Ch. Laveaux {Frédéric le Grand, Voltaire, Rousseau, d'Alm^ert, etc., vengés contre les secrétaires perpétuels de f Académie de Berlin). On a de plus attribué à Formey la composition de l'Anti-SansSouci, ou la folte des nouveaiu; philosophe» (in-8, Amst., 1761),- mais c'est une erreur : il n'y a dans ce livre que les Réflexions préliminaires qui appartiennent à Formey. Le ton haineux et les i^]ures qu'on y trouve sont loin de lui faire honneur. Le recueil de l'Académie de Berlin présente aussi grand nombre de mémoires ou dissertations de Formey ; quelquesuns de ces opuscules ont été réunis sous le titre de Mélanges philosophiques (2 vol. in-12, Leyde, 1754) : nous indiquerons notamment les deux

Premiers, où il remanie et discute plus à fond eux des preuves de l'existence de Dieu (celle qui consiste dans la relation du contingent et du nécessaire, et celle qu'on tire des causes finales) ; l'Essai sur le Sommeil et celui sur les Songes, l'un et l'autre pleins d'excellentes remar- Îues: les morceaux sur la Conscience, sur la 'erfection, sur le Système du vrai bonheur. Un autre morceau sur les Compensations (mais qui n'est pas compris dans les Mélanges) peut avoir été l'orieine du fameux système d'Azals. Le discours préliminaire qu'il a placé en tête de son édition de l'^s^at sur le beau du P. André, présente quelques considérations intéressantes sur un sujet encore trop dédaigné des philosophes pendant le dernier siècle. Enfin il est l'auteur d'une Histoire abrégée de la philosophie (in-12, Amst., 17 uO), résumé précis et clair, mais très-insuffisant, du grand ouvrage de Brucker. Ce livre, principalement destine à la jeunesse et aux gens du monde, est, à beaucoup d'égards, bien au-dessous de l'Histoire critique de la philosophie, de Deslandes, dont Formey parie dans son Introduction avec une extrême injustice. La Logique des vraisemblances, qui parut en 1747, est peut-être la meilleure de ses productions. Au toUl, on le voit, Formey ne fut jamais un penseur original ; c'est un homme qui expose avec assez de clarté, qui embrasse beaucoup et approfondit peu, et c'est surtout un partisan de Wolf. Bien que de son temps et sous ses yeux mêmes la face de la philosophie se renouvel&t & la voix de Kant, il s'en tint aux principes que Wolf avait empruntés à Leibniz.

FOUCHER (Simon), philosophe français de la fin du xvu* siècle. P«& ds personnes connaissent

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