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<le nos jonn le nom de Foucher. Ses ouvrages, Imprimes dans l'origine à un petit nombre d'exemplaires, sont devenus fort rares^ et, quand ils le seraient moins, ils ne trouveraient guère pins de lecteurs; car ce sont en grande partie des opuscules de circonstance et de courtes dissertations destinées i an rapide oubli. Cependant, comme philosophe et comme érndit, comme adversaire de Halebranche et comme restaurateur de la philosophie académicienne, te nom de Foucher n'a pas été sans autorité ni même sans gloire au xvii* siècle, et bien que la postérité se soit montrée plus sévère i son égard ane ses contemporains, il a sa place marquée cans le tableau de la philosophie de cette heureuse époque.
Sa vie est peu connue. Il était fils d'un marchand de Dijon, et naquit dans cette ville le l"mars 1644. Entré assez jeune dans les ordres, il avait reçu en même temps que la prêtrise le titre de chanoine honoraire de la Sainte-Chapelle de Dijon : mais, malgré les avantages que cette position lui présentait, il ne la conserva que deux ou trois ans. Cédant alors au désir de s'instruire, il vint à Paris prendre le grade de bachelier de Sorbonne, et peu après ilse fixa dans cette ville, où d'étroites relations avec plusieurs savants célèbres déji lui permettaient do développer son goût pour l'étude ainsi que ses talents. Lorsque les cendres de Descartes furent rapportées en France, seize ans après sa mort, BaïUet nous apprend que Foucher, a peine ftgé ae vingttrois ans, avait été chargé par Rohault de préparer un éloge du grand philosophe. Foucher est mort à Paris le 27 avril 1696.
L'idée à laquelle Foucher a attaché son nom est le projet, développé dans la plupart de ses ouvrages, de renouveler la philosophie académicienne, i peu près comme Juste-Lipse avait renouvelé le stoïcisme, et Gassendi le système d'Ëpicure. Mais sous le nom de philosophie académicienne Foucher ne comprenait pas les brillantes et sublimes spéculations du chef de l'ancienne Académie, ni même les doctrines plutât négatives que sceptiques de Carnéade et d'Arcésilas, mais le doute, et particulièrement le doute à la manière de Socrate et de Cicéron, c'est-à-dire une sage réserve, née du sentiment de la faiblesse de l'homme, et consistant i ne se fier qu'à l'évidence, à ne point agiter de questions insolubles, à faire l'aveu de son ignorance, et à discerner les choses que l'un sait de celles que l'on ne sait pas. Telle est la méthode que Foucher considérait comme la plus haute expression du platonisme, et de laquelle il attendait le redressement de la plupart de nos erreurs et la fin des disputes stériles. Celte manière d'entendre Platon n'est certainement pas la plus fidèle ; mais, abstraction faite de l'inexactitude dn point de vue historique, la pensée première de Foucher, s'il ne l'avait pas exagérée, pouvait être utilement admise, même après Desuartes et Bacon. 11 est, du reste, curieux d'observer en quels termes ce partisan du doute méthodique,
2ui devait finir par l'idéalisme, parle de l'évience des vérités premières. Ces vérités, • il ne les a point faites, dit-il IDitsertation tur la recherche de la vérité, p. 75), ni les académiciens ne les ont point inventées : elles sont écrites et imprimées dans tous les esprits ; ce sont autant de rayons do la lumière éternelle qui éclaire tous les hommes et luit incessamment dans le fond de leurs âmes, malgré le nuage obscur de leurs préjugés ; il n'est point nécessaire qu'ils en augmentent l'éclat, et c'est assez pour eux de ne le point obscurcir. • Non-seulement Foucher reconnaît des vérité* premières;
il admet encore, sur la foi de la conscience et du raisonnement, la spiritualité de l'àme, son immortalité, et l'existence de Dieu, ainsi que son unité et sa providence, c'est-à-dire les dogmes les plus essentiels qui se trouvent ainsi placés en dehors des atteintes du doute, sous la sauvegarde de la raison et de la philosophie. Cependant il est une classe de vérités que Foucher ne peut se décider i admettre, ce sont les vérités sensibles, c'est l'existence des corps. En effet, comment connaissons-nous les corps? Noos ne les connaissons et nous ne pouvons les connaître, de l'aveu de tous les philosophes, que par le moyen de nos idées et sous la condition qu'elles les représentent. Or. une idée ne peut ressembler à un objet matériel, puisqu'elle est d'une nature différente ; et quand elle y ressemblerait, nous ne le saurions pas, dépourvus que nous sommes de tout moyen de comparer l'original avec la copie. Nous devons donc nous abstenir de juger, et croire, à l'exemple des anciens sceptiques, que toutes les choses du dehors sont incompréhensibles. Si Foucher avait su se dégager entièrement des préjugés d'école et rester fidèle aux maximes établies par lui-même, il aurait été amené, comme le fut Reid, par cette argumentation irrésistible, à repousser la théorie des idées, sans contester la réalité des corps ; mais, malgré la ferme volonté de faire au scepticisme sa part, il se laissa entraîner sur cette pente dangereuse qui conduit de la réserve au doute, et du doute à l'idéalisme.
La méthode et les doctrines de Foucher étaient trop ouvertement opposées à celles de Halebranche pour qu'il ne saisit pas l'occasion de les combattre. Cependant, malgré l'attention qu'elle excita an xvn* siècle, la polémique entre ces deux philosophes ne porta, en général, que sur des points dun intérêt très-secondaire, et les
frandes questions y furent un peu laissées dans ombre. Foucher releva minutieusement, dans la Reclierche de la vérité, sept suppositions dénuées de preuves et sept assertions contestables, dont la dernière est l'hypothèse de la vision en Dieu. Il avoue que cette hypothèse ne foit pas moins d'honneur an jugement qu'à la piété de Halebranche, qui a vu, dit-il {Critique de la Recherclie, etc., p. 115), que ces manières selon lesquelles on croit ordinairement que nous connaissons les choses hors de nous ne sont point évidentes ; maisil se plaint qu'elle ait un caractère trop théologique, et qu'elle confonde les domaines séparés delà foi et de la raison. Il soutient en outre qu'elle est insuffisante pour deux motifs: le premier, c'est qu'il est aussi difficile d'entendre comment Dieu, être infiniment plus simple et plus immatériel que nous-mêmes, est en rap-
fiort avec la matière, et comment ses idées la ui représentent, que d'expliquer la perception des objets extérieurs par 1 âme ; le second, c'est que les idées qui sont en Dien, précisément parce qu'elles sont en lui et non en nous, ne servent de rien à notre connaissance, à moins qu'elles ne déterminent dans l'&me d'autres idées qui soient ses propres manières d'être. Ces objections, présentées sous une forme concise, ne manquaient certainement ni de force, ni d'oriçinalite; elles ont conservé de la valeur à certaines parties des opuscules de Foucher contre Halebranche, qui, sans elles, ne seraient que des curiosités biograpliiques, dénuées de tonte importance aux yeux de mstorien de la philosophie.
Foucher se plaît à insister sur les avantages que sa doctrine offre à la religion; c'est, à Ven croire, la manière de philosopher la pins utile pour éviter les hérésies etponr entretenir la paix
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^lans les Ëtats des princes chrétiens; c'est aussi ]a pins conforme aux sentiments des Pères de l'Ëglise, et en particulier de saint Augustin et de Laetance, qui ont entrepris de faire voir par leurs OQvrages que la sagesse humaine consiste dans des Inmiires mêlées de ténèbres, sorte de miUen entre le savoir et l'ignorance (Dissertation, etc., p. 3 et saiv.). On serait porté à conclure de la que le scepticisme n a été pour l'abbé Foudier, comme il le fut pour l'évèque d'Avranches, Daniel Hnet, qu'une feinte et an jeu, une arme de guerre contre la raison et la
Shilosophie au proSt de la foi et de la théologie. Ions croyons que cette conclnsion serait peu fondée. Fvacher nous parait avoir été très-sincère dans son doute. S'il s'étend avec complaisance sur les avantages du scepticisme, c'est évidemment pour calmer les scrupules de ses adversaires, et peut-être les siens propres; c'est afin de concilier sa foi religieuse avec sa foi philosophique, et de rester chrétien sans cesser d'être académicien. Ajoutons qu'il n'a pas poussé le doute à ses dernières extrémités, comme l'évèque il'Avranches. Son bon sens naturel, développé par l'étude assidue de Descartes, se révoltait à l'idée de méconnaître la lumière de l'évidence, et nons avons vu qu'il ne conteste pas à l'esprit humain le pouvoir de démontrer la spiritualité de l'âme, Peiistence et les attributs de Dieu. Ceux qui entreprennent de décourager l'homme, afin de le ramener par le désespoir au joug de l'autorité, ne reconnaissent pas ordinairement & la raison une portée aussi haute, ni une telle fécondité.
Voici la liste à peu près exacte, non pas de Ions les ouvrages de Pabbé Foucner. mais de reux qui sont relatifs à la philosophie : nous l'empruntons à la Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, de Papillon, in-I*, Diion, 1745, 1. 1, >. 123 et sniv. ; Dmertation sur la recherche de .avertie, ou sur la philosophie des académiciens, où Pon réfute les préjugés des dogmatistes tant anciens que nouveau^;, avec un examen particulier des sentiments de M. Descartes, in-12, Paris, sans nom d'imprimeur et sans date ; mais il parait, d'après une note de la première page, que cette dissertation remonte à l'année 1673 ; — Critique de îa Recherche de la vérité, où Von examine en même temps une partie des principes de M. Descaries, in-12, Paris, 1675 (cette même année parut une Critique de cette critiqnej attribuée & dom Robert Desgabetz, bénédictin) ; — Réponse pour la Critique à la Préface du second volume de la Recherche de la vérité, in-12, Paris, 1676 ; in-12, ib.. 1679 ; — de la Sagesse des anciens, où Von fait voir que les principales maximes de leur morale ne sont pas contraires au christianisme, in-12, Paris, 1682; ib., 1683 ; — Réponse lï la Critique de la Critique de la Recherche de la vérité, in-12. Paris, 1G79; — Dissertation sur la Recherche de la vérité, contenant l'apologie des académiciens, où Von fait voir ^ue leur inaniire de philosopher est la plus utile pour la religion et la plus conforme au bon sens, pour servir de r^onse à la Critique de la Critique, etc., avec plusieurs remarques sur les erreurs des sens et sur l'origine de la philosophie de M. Deseartes, in-12, Paris, 1687. Une nouvelle édition parut en 1690, accompagnée d'une Histoire des académiciens. Foucher y joignit deux ans plus tard une troisième partie, et une quatrième en 1'!93. Tous ces opuscules furent alors réunis sons le titre de Dissertations sur la Recherche de la vérité/ contenant Vhistoireet les principes de la philosophie des acatUtnieiens, avec plusieurs réflexions sur les
sentimenls de il. Descartes, in-12, Paris, 1693 ; — Lettre à M. Lantin, conseUler auparlemént de Bourgogne, sur la question, si Caméade a été contemporain d'Èpicvire. Elle a été imprimée dans le Journal des savants de 1691 ; — Deux lettres à Letfrnù, publiées par Dutens dans le recueil de ses Œuvres, t. II, p. 102 et 240; — Dialogue entre Empiriastre et Philalèthe, in-12, sans nom d'imprimeur ni de ville. On n'a imprimé que 360 pages de cet ouvrage resté incomplet^ C. J.
FOURIER, voy. Soaâri, Soculishb.
FRANOAISE (PHILOSOPHIE). Du fonds commun de la philosophie scolastique commencent i se détacher, an xvi* siècle, tontes les philosophies nationales de l'Europe moderne. Déjà dans Ramus se manifeste l'esprit qui bientôt doit caractériser la philosophie française. En effet, quel a été le but de l'entreprise si éclatante et SI audacieuse de Ramus T Affranchir i jamais la philosophie non-seulement de l'autorité d'Aristote, mais de toute antre autorité, sauf celle de la raison, la mettre à la portée du plus grand nombre d'intelligences, la faire sortir de la théorie pure pour entrer dans les applications et dans la pratique. C'est pourquoi oans ses écrits et dans ses leçons il dépouille tontes les vieilles formes de la philosophie scolastique, pour y substituer des formes littéraires et oratoires; c'est pourquoi il accompagne toujours d'applications et d'exemples ses préceptes de logique, nouveautés qui font scandale dans la vieille université de Paris. Enfin Ramus, en introduisant l'usage de la langue commune à la place de la langue latine dans les ouvrages de philosophie, a le premier renversé cette barrière infranchissable d'une langue étrangère, qui fermait au grand nombre l'accès des questions philosophiques. Plus de cinquante ans avant l'auteur du Discours de la Méthode, il avait
Eublié en français un traité de dialectique. Ainsi, rillant et malheureux précurseur de Descartes, il inaugura avec éclat la philosophie française au milieu du xvi* siècle, et au sein même de l'université de Paris. Mais il devait payer cet honneur de sa vie : et le jour de la Saint-Barthélemy, Ramus périt victime des haines philosophiques et religieuses accumulées contre lui. A la même époque l'Italie, plus encore que la France, produisait de hardis novateurs en philosophie. Parmi eux, il en est qui ont passé en France une partie de leur vie, et qui, sans nul doute, ont contribué par leur influence au mouvement philosophique, d'oti devait sortir la philosophie française du xvu* siècle. Tels furent Giordano Bruno, qui enseigna et qui eut des disciples à Paris ; Vanini, qui passa en France une grande partie de sa vie errante, et expia à Toulouse, par une mort plus cruelle encore que celle de Ramus, la témérité de ses opinions philosophiques et religieuses; tel fut aussi Campanella, qui, échappé après les plus cruelles lortures des cachots des Espagnols et des inquisiteurs, vint achever paisiblement en France sa vie orageuse, sous la protection du cardinal Richelieu. Avec des formes moins scientifiques, Rabelais, Montaigne et Charron, animés de ce même esprit de critique et d'indépendance, qui de tout cété se faisait jour, contribuèrent aussi à discréditer, en les couvrant de ridicule, l'es-
frit et les formes de la philosophie scolastique. I ne faut pas oublier Gassendi, à la fois prédécesseur et contemporain de Descartes. Dans ses Exercilationes paradoxicce adversus Arùttolelem, Gassendi porta le dernier coup & l'autorité d'Aristote, et à la vieille philosophia scolastique vainement défendue par les arréU
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dM parlements et de la Sorbonne ; le premier peut-être, avec Descartes, il donna chez nous l'exemple d'une discussion philosophiqne él^ gante, claire et précise.
Mais, si les libres penseurs du xvi* siècle ont commencé, an péril de leur Tie, cette révolution du sein de laquelle devait sortir la philosophie française, ils n'ont pas eu la gloire de l'achever. Cette gloire appartient à Oescartes. Sortie du sein des mines de la philosophie scolastiqae, vers la fin du xvi* siècle, arrosée et fécondée par le sang de quelques généreux martyrs de l'indépendance de la raison, définitivement fondée par Descartes, la philosophie française nous présente dins son histoire trois grandes révolutions, si l'on compte celle qui lui donna naissance. A partir du milieu du XVII* siècle, jusque vers le milieu du xviir, la philoaophie de Descartes règne seule en France. Elle sttbjnge toutes les grandes intelligences de l'époque j elle suscite Malebranche et Spinoxa, elle influe puissamment sur Locke et sur I^ibniz. Non- seulement elle marque de son empreinte toute la philosophie, mais tonte la science et toute la littérature du grand siècle. Ni dans les temps anciens, ni dans les temjis modernes, une autre école ne s'est produite avec de plus grandes et de plus glorieuses destinées. Cependant, au xvni* siècle, une vive réaction t'opère dans les esprits, et le cartésianisme à son tour succombe. Comment est tombée cette grande philosophie si remplie de vérités fortes et fécondes? Comment surtout est-elle tombée sous les coups d'une métaphysique moins vraie et moins profonde? Le cartésianisme triomphant se discrédita bientét par les prétentions et l'arrogance de certains disciples qui, dans leur enthousiasme pour le génie de Descartes, juraient déjà sur la parole du nouveau maître, et semblaient vouloir le faire succéder à l'infaillibilité d'Aristote. Aussi arriva-V-il que les adversaires du cartésianisme parurent au xviu«s. faire une protestation nouvelle en faveur de l'indépendûce de l'esprit humain. Le cartésianisme se perdit encore, par un certain dédain four l'expérience, à un temps on l'expérience tait de toute part mise en honneur et consacrée par de grandes découvertes dans toutes les branches des sciences physiques et naturelles. Mais il se compromit encore davantage par la fausseté et la témérité de quelques-unes de ses hypothèses soit physiques, soit métaphysiques. Il eut le tort de repousser l'hypothMe de l'attraction de Newton, de s'attacher avec opiniâtreté à l'hypothèse des tourbillons, dont le brillant interprète de Locke et de Newton en France, Voltaire, avait mis en lumière les cétés faibles dans ses éléments de physique. Le cartésianisme en était donc venu au point de sembler vouloir i son tour immobiliser la science, en même temps que la société elle-même, par le soin avec lequel il s'abstenait, à l'exemple de son maître, de toute spéculation sur l'orare social et politique. Telles sont les causes principales qui enlevèrent la vogue au cartésianisme, et firent accepter au xviu* siècle, des mains de Voltaire, un système placé après coup sous le patronage de Bacon, le philosophe de l'expérience, et recommandé par le nom de Locxe, son auteur, défenseur intrépide de la liberté religieuse et politique de l'Angleterre.
La métaphysique de Iiocke et de Condillac sans doute est inférieure i la métaphysique de Descartes et de Malebranche. On connaît les traits fondamentaux de cette philosophie du xviu* siècle. Elle prétend faire dériver toutes nos connaissances de la sensation; elle rejette toutes
les idées innées, particulièrement l'idée de l'infini, sur laquelle Descartes avait si fortement fondé la preuve de l'existence de Dieu. Mais, d'un autre cété, elle se recommandait i la plupart des esprits, en proclamant le règne de robservation, en soutenant l'attraction de Newton contre les tourbillons de Descartes, enfin en liant sa cause à celle des réformes sociales et politiques, en prêchant la tolérance, la liberté, l'égalité. A la différence du cartésianisme, elle ne considérait pas seulement l'homme en lui-même, mais aussi l'homme en société; elle se préoccupait du droit naturel et politique; elle s'efforçait de faire pénétrer dans l'organisation sociale les principes de la justice et de la raison; elle déclarait la guerre à la superstition et an despotisme. C'est par là qu'en dépit de la fùblesse et de la fausseté de quelques-uns de ses principes métaphysiques, elle triompha de la philosophie du xvu* siècle. Sa domination fut à peu près aussi longue et aussi absolue que celle du cartésianisme.
A son tour elle succomba dans les premières années du xix* siècle. Elle fiit condamnée sans appel le jour oii elle fut examinée et jugée en elle-même, dans sa métaphysique, abstraction faite de sa lutte généreuse contre l'intolérance, la superstition et le despotisme. Or, ce jour arriva lorsque, la grande cause qu'elle avait défendue ayant triomphé, et la révolution étuit terminée, rien ne s opposait plus i un examen impartial et approfondi de ses doctrines métaphysiques. La réaction fut commencée par MM. Maine de Biran et Laromiguière, qui remirent en lumière l'activité essentielle de l'àme, niée ou du moins méconnue par la plupart des métaphysiciens du xviii* siècle, et surtout par Condillac. Elle fut continuée et développée avec plus d'autorité par M. Royer-CoUard qui, s'aidant de la plUlosophie écossaise, renversa le fameux principe, que toutes nos idées viennent des sens. Enfin, avec bien plus de force et d'éclat, et en revenant aux principes fondamentaux du cartésianisme, M. Cousin acheva cette nouvelle révolution philosophique. Il approfondit les caractères et l'orii^lue dea idées absolues; comme Malebranche, il les rapporta à une raison impersonnelle et divine de laquelle participent tous les êtres raisonnables. Ainsi il reconstitua une philosophie nouvelle qui prit le nom d'éclectisme, pour marquer qu'elle aspirait à comprendre en une même synthèse tous les éléments de la na> ture humaine, séparés ou mutilés par des systèmes plus ou moins exclusifs. A la même époque, et avec un certain retentissement, parurent d'autres réformateurs en philosophie; nous ne contestons ni leur talent, ni leur influence dans un cercle plus ou moins étroit; nous pensons qu'ils méritent une place dans une histoire générale de la philosophie française. Hais les uns niaient la raison, c'est-à-dire le principe même de toute philosophie, pour lui substituer l'autorité et la révélation ; les autres s'occupaient plutôt d'une nouvelle organisation sociale que de métaphysique proprement dite, et d'ailleurs, en métaphysique, ils étaient plutêt les continuateurs que les adversaires de la philosophie du xviit* siècle. Nous n'éprouvons donc aucun scrupule à appeler plus spécialement philosophie française, le mouvement philosophique connu sous le nom d'éclectisme. Avec la meilleure foi du monde, nous cherchons vainement une antre école qui^ soit par sa méthode, soit par ses principes, soit par son influence, puisse plus légitimement prétendre à ce titre. Nous invoquons ici en notre faveur l'impartial témoignage de tout le monde «avant. En Allemagne, en Angleterre,
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