IV. RÉGION ANTÉRIEURE DU CEKVEAD. — Gall a
considéré cette partie du cerveau comme l'un des deux pôles du sphéroïde encéphalique : c'est le pâle frontal totuours en antagonisme avec le ■me occipital, on le pèle des mauvaises passions. 1 y a donc placé les facultés les plus élevées et les plus nobles penchants. Aussi, comme le terrain était à ménager, il a d'abord glissé sons le plancher de l'orbite trois organes : le sens des mots, le sens du langage, et la mémoire des
personne*. Puis il a placé sur deux rangs huit antres facultés, savoir : pour le premier rang, le sens des nombres, le sens des couleurs, le sens de» localités, et la ménrwire des choses; puis, pour le second rang, le sens des tons, l'esprit caustique, Vesprit métaphysique, et la sagacité comparative.
Mais c'est ici qu'il faut véritablement admirer son collaborateur : il faut voir quel parti Spurzheim a su tirer de cette région IVontalel II n'y a pas fait entrer moins de seize organes I II est vrai que ceux-ci n'y sont pas fort au large. Il en a mis six dans la largeur du sourcil ; mais en les plaçant, pour ainsi dire, de champ, sur leur tranche, et comme de cêté, il a pu parvenir à les empiler. C'est du moins l'idée que rappellent ses têtes d'études et les inscriptions tracées sur le bord inférieur de la région frontale. Cette partie de la carte cr&niologique est donc la plus belle, la plus intéressante; c'est, en comparaison du reste, comme une contrée favorisée du ciel.
Gall est intarissable dans l'histoire de chacune do ses prétendues découvertes: il serait fastidieux et très-peu utile de le suivre dans cette longue série d'anecdotes ; nous en citerons une on deux pour faire juger de la valeur des autres. Il s'agit du sens de» localilé», qui donne la nion des voyages : • Une demoiselle, dit Gall V, p. 457), avait eu de tout temps une grande envie de voyager ; elle se laissa enlever de la maison paternelle par un officier. >
Accablée ensuite de chagrin et de remords, elle tombe malade. Gall lui donne des soins, et alors elle lui fait remarquer deux grandes proéminence que les peines qu'elle souffre lui avaient fatt pousser au front. Elles étaient tellement effrayantes, ajoute Gall. qu'elles paraissaient a la pauvre demoiselle un effet de la colère céleste.... Mais, dans le fait, e'aait l'organe des localités, auquel elle n'avait auparavant iamai» fait attention. C'est ce que Gall appelle une preuve irréfi«gable. En voici une autre :
« Je rencontrai, dit Gall, dans une rue de Vienne, une femme assez âgée, qui me frappa par le développement énorme qu'avait acquis chez elle l'organe des localités, ou de la passion des voyages. >
Dans nntérêt de la science, ou plutêt de sa science, Gall aborde cette bonne dame, et engage avec elle une conversation. Elle va sans doute lui apprendre qu'elle a fait de longs voyages; qu'elle a parcouru bien du pays f Nullement : elle lui raconte, avec feu, qu'elle s'est enfuie de Munich, et qu'elle est cutstniêre à Vienne. Que signine alors son organe des localités? Le voici : en attendant qu'elle puisse voyager, elle change de maître tous les mois; il lui est impossible de rester longtemps dans la même place (t. IV, p. 458).
Hais laissons là les faits particuliers, et revenons aux propositions générales. Suivant Gall et ses sectateurs, plus les parties cérébrales placées à la région antérieure et supérieure du front sont développes, plus les facultés caractéristiques de l'esprit humain se prononcent (t. V, p. Ml).
Gall, nous le savons, avait une ample moisson d'historiettes pour appuyer cette assertion ; mais d'autres, ayant jugé a propos de procéder tout différemment pour trouver les rapports du développement de la région fttintale avec celui de l'intelligence, sont arrivés à des résultats qui ont scandalise les phrénotogistes.
Des recherches ont été faites dans des maisons d'aliénés, et il a été constaté que le développe-
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ment de U rigion ft-ontale est plus grand chez les imbéciles que chez les hommes d'âne intelligence ordinaire, et qu'il l'est iTaularU plus qu'on descend plus bas dans l'échelle de l'imbécillité (voy. le Mémoire de M. Lélut sur le Déoaloppement du crùne dans ses rapports avec etlui de l'intelligence).
Que deviennent dès lors tontes les déclamations des phrénologistes sur le front bombé des héros, des demi-dienx et des grands philosophes? Que deviennent les lois posées avec tant dWurance par Gall et son école?
Pour nous qui avons divisé l'encéphale en trois régions seulement, et qui déjà avons examiné les régions postérieures et moyennes, toajours afin de chercher si les actes de l'intelligence ou plntAt si les forces primitives de l'&me sont diversement réparties au moins dans ces grandes portions de la masse cérébrale, nous ne trouvons encore ici que des résultats négatifs. Nous voyons toujours que si la région antérieure est nécessaire à l'accomplissement des actes intellectuels, elle ne l'est pas plus que les deui antres ; non-seulement les actes de 1 intelligence ne se spécialisent pas dans la région frontale, mais ils n'y prennent pas même plus d'énergie,
S lus de vivacité, pins d'élévation, plus de graneur que dans les autres parties du cerveau. Force nous est donc de reconnaître que, métaphoriquement parlant, le front n'est pas plus distingué, pas plus noble que l'occiput.
On voit maintenant i, quoi se réduit la doctrine de Gall ; sur quels fondements elle repose. Si l'auteur de ce système n'avait voulu en faire qu'une conception purement spéculative, qn'un objet de curiosité et d'amusement, il n'y aurait pas eu à s'en préoccuper dans cet ouvrage. Qu'importe, en effet, que quelques désœuvrés, frottés de physiologie^ se soient emparés de cette prétendue doctrine pour se grandir un moment aux yeux d'antres désœuvrés? Qu'importe qu'ils aient réussi à se faire passer pour une sorte de savants? Mais Gall avait d'autres prétentions ; il lui répugnait qu'on s'avis&t seulement de le prendre pour le continuateur de Lavater. C'était pour lui une chose secondaire que ses disciples fussent on non capables de reconnaître un fripon, un meurtrier au milieu de la bonne société, ou de mettre la main sur un honnête homme an milieu d'un bagne ^ il voulait qu'on fit de sa doctrine des applications pratiques d'une bien autre importance : il prétendait d'abord résoudre toutes les questions philosophiques sans exception, et mettre ainsi d'accord tes moralistes. Il soutenait que sa doctrine devait être appliquée à l'homme comme objet d^éducation, et comme objet de punition. De sorte que les instituteurs du genre nu main, aussi bien que les législateurs, pour agir avec discernement, pour ne jamais commettre de méprises, n'auraient eu qu'à bien se pénétrer de si physiologie du cerveau : les premiers, une fois nantis de ces précieuses découvertes, auraient pu, jusque dans le sein des écoles primaires, aller déchiffrer sur la tête de chaque enfant toute une destinée de gloire et de grandeur, de même qu'ils auraient pu y signaler une pépinière de fripons et de scélérats. Dès lors, et dans l'intérêt de la société, ils auraient été en mesure de faire un triage dans ce peuple d'enfants ; ils auraient condamné hardiment les uns aux occupations les plus abjectes et les plus pénibles, réservant aux antres la culture des sciences et des arts; il» auraient entouré de soins ceux qui, par la forme de leur tête, promettaient d'être des nommes de génie, et ils auraient étouffé en quelque sorte dans leur germe ceux qui, par
une conformation opposée, ne promettaient que des instincts de désordre.
D'autre part, les législateurs, les magistrats, une fois bien pénétres de ces mêmes connaissances, auraient pu à la fois punir judicieusement tous les crimes commis, et en prévenir le retour. Us n'auraient plus eu besoin^ pour graduer leurs peines, pour les proportionner aux délits, de longues et minutieuses instructions judiciaires; illenr aurait suffi de parcourir les maisons d'arrêt et d'y palper les têtes des prévenus : ils auraient su alors, et bien mieux que par les dépositions des témoins, si les prévenus ont réellement commis ce qu'on appelle des délits'ou des crimes dans la société ; ils auraient su également si, dans le cas où ils seraient convaincus des plus grands forfaits, un doit les considérer comme coupables, ou bien comme ayant simplement obéi a leur organisation cérébrale.
Tel aurait été le cêté pratique de la doctrine de Gall, si cette doctrine eût été vraie; mais comme elle n'a aucune apparence de réalité, les applications qu'on a prétendu en faire tombent d'elles-mêmes.
Un physiologiste éminent, le professeur ]. Mnller de Berlin, a dit [Syst. nerv., 1. 1, p. 417) en parlant de la doctrine de Gall, qu'il n y a pas un seul fait qui prouve même de la manière la plus éloignée, ni qu'elle soit vraie en la considérant sous un point de vue purement général, ni que ses applications spéciales soient exactes. Quiconque lira avec attention les prétendus faits et observations invoqués par Gall, sera convaincu de la vérité de cette proposition.
C'est aussi ce qu'a démontré un physiologiste français, non moins versé dans ces matières, H. Flonrens : fort de belles expériences et de longues études, ce savant a prouvé que la doctrine de Gall est absolument sans fondement, et que la science aujourd'hui marche dans d'autres voies.
Que si on nons objectait qu'aujourd'hui encore l'organologie de Gall a pour elle quelques sociétés dites savantes, des journaux, des cours, des professeurs, destinés à la propager et la défendre, nous dirions que ces faits ne lui donnent pas plus de consistance : les physiologistes en ont fait justice depuis longtemps, et tous répètent aujourd'hui avec MuUer (ufrt supra), qu'on ne peut s'empêcher de repousser du sanctuaire de la science, ce tissu d'assertions aHntraires qui ne repose sur aucun fondement réel. L'ouvrage capital de Gall, Anatomie et physiologie du système nerveux en général, et du cerveau en particulier, a été imprime i Paris, 1810-20, 4 vol. in-4, et 1822-25, 6 vol. in-8 avec atlas. — Parmi les nombreux écrits suscités par la doctrine de Gall, on pourra consulter particulièrement Flourens, Examen de la phrénologie, Paris, 1851, in-12: Leiut, la Phrénologie, son histoire, etc., Paris, 1858, in-12; A. Garni er, la Psychologie et la Phrénologte comparées, Paris, 1839, in-8. F. D.
OAIiLUPFI (Pasquale) naquit à Tropea, dans la Calabre ultérieure. Je 2 avril 1770, d'une ancienne famille patricienne. Il fit ses premières études au collège de sa ville natale et les poursuivit à l'Université de Naples, en vue de la profession d'avocat, à laquelle le destinait son père. U manifesta de nonne heure sa prédilection pour les sciences spéculatives : les mathématiques, la philosophie, la théologie. Ce n'est toutefois qu'i l'&go de trente-sept ans qu'il commença i écrire sur des sujets de philosophie, et il en avait plus de soixante quand il fut appelé à la chaire de logique et de métaphysique de l'Univenité de
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Maples, qu'il occupa jusqu'à sa mort (novembre 1846).
Galluppi traversa, sans s'y miler, les révolutions de la fin du dernier siècle et du commencement de celui-ci. Les devoirs et les joies de la vie privée, un emploi dans l'administration des finances, et, plus tard, ses fonctions de professeur suffirent avec ses travaux philosophiques & remplir sa vie. Il aimait à travailler, nous dit-on, entre sa femme et ses enfants, sans être trouble par le bruit qui se faisait autour de lui. Il n'en a pas moins exercé une grande influence sur la régénération de l'Italie, en y ranimant par ses écrits et par son enseignement les études philosophiques. Rosmini, Gioberti, Mamiani procèdent de lui. « Dans le temps, dit H. Mamiani, où notre patrie gisait démembrée et avilie, un bon Calabrais, dans la solitude de ses montagnes natales, eut le courage de se confier & son propre esprit pour reconnaître les principes suprêmes de tout le savoir; et bien qu'il n'ait pas réussi à se dégager entièrement de l'autorité des savants étrangers et de l'influence des méthodes qui prévalaient alors dans la péninsule, il est certain qu'il ne faillit pas an devoir d'instigateur indépendant et pénétrant de la vérité. Aussi, pour avoir commencé à faire marcher sur ses propres
Ïtieds et sans le secours de béquilles étrangères a philosophie italienne, la mémoire de Pascal Galluppi nous sera toujours chère et vénérable. {Confeuioni di vn Melafysico, t. I, p. 397- 498). »
En même temps qu'il renouvelait la philosophie italienne, Galluppi la remettait en honneur au dehors. L'Académie des sciences morales et politiques de France >te l'attacha en 1840 comme correspondant, et, pour justifier ce titre, il lui envoya l'année suivante un savant mémoire sur la philosophie de Fichte.
Galluppi a exposé dans un de ses ouvrages (Lettre» philosophique sur les vicissitudes de la philosophie, lettre XIV^ le développement historique de sa pensée. Ëlevé dans les principes de l'école expérimentale, il répugnait au sensualisme de Condillac. Il trouva dans Reid une philosophie spiritualiste fondée sur la seule expérience, mais trop timide i~ses yeux, ajournant les questions qui intéressent le plus l'humanité, et, pour celles qu'elle ose résoudre, recourant a des suggestions, & des inspirations, i des instincts qui irapportent à la raison aucune lumière. La critique ae Kant lui ouvrit les yeux sur le vice radical des systèmes philosophiques. Il accepta le principe de cette critique, mais il se flatta d'en éviter les conséquences, en s'attachant au summum quid tneoncussum de Descartes, an cogilo. La certitude inébranlable de la conscience, telle est la base sur laquelle il
§ rétend édifier toute sa philosophie, sans sortir e la méthode expérimentale. La conscience enveloppe tontes les autres facultés, dont on ne la sépare que par abstraction. Elle est à la fois subjective et objective. Sentir, percevoir, vouloir, c'est sentir, percevoir ou vouloir quelque chose. Le moi pose donc immédiatement le nonmot, en même temps qu'il se pose lui-même, et il ne peut pas plus douter de l'existence des objets avec lesquels il est directement en rapport
Î[ne de sa propre existence. Or la conscience et a perception extérieure ne s'arrêtent pas, comme le supposent les Écossais, aux simples phénomènes. Klles atteignent les substances, sans l'intervention d'un principe a priori ou d'une suggestion aveugle ; car le phénomène séparé de la substance n'est qu'une abstraction. Les faits de conscience contiennent donc toutes les réalités internes ou externes, et pour en développer les
données, il n'est besoin que du principe d'identité admis par les philosophes empiristes.
Hamilton, en corrigeant Reid sans abandonner ses principes, a présenté une théorie semblable sur l'aperception immédiate des réalités substantielles; mais le métaphysicien écossais se refuse à la considération de l'absolu, comme étrangère à la méthode expérimentale. Galluppi prétend faire de l'absolu lui-même un objet d expérience. Il distingue entre l'expérience simple et l'expérience comparée. La première atteint directement son objet; la seconde reconnaît le sien en vertu d'un rapport perçu entre lui et un autre objet. Ainsi, étant donné un nombre et son rapport avec un second nombre, celui-ci est déterminé par là même. Or il est des objets qui nous apparaissent comme subordonnés à des conditions. Affirmer leur existence, c'est donc affirmer celle de toute la série des conditions qu'ils supposent, et. par conséquent, celle d'un dernier terme auquel s'arrête cette série, c'est-à-dire d'un terme absolu. En un mot, l'absolu est impliqué dans le conditionnel, et, si l'on ne peut refuser à l'expérience la connaissance directe du second, on ne peut lui refuser davantage, en vertu au principe d'identité, la connaissance indirecte du premier.
C'est ainsi que Galluppi fait sortir de la psychologie toute la métaphysique. Nous trouvons en nous-mêmes, dans notre volonté libre, ainsi que dans l'idée que nous nous faisons de toute chose qui commence d'être, un rapport nécessaire avec une existence antérieure, lequel n'est antre chose qu'un rapport de causalité. Le rapport de finalité ou de causalité intelligente «st également impliqué dans la perception des faits qui s'enchaînent suivant un ordre régulier ou qui concourent à des fonctions communes. Ainsi se démontre l'existence de Dieu, à la seule lumière de la méthode expérimentale. Quant à l'espace et au temps, Galluppi leur refuse avec Leibniz toute réalité propre, sans en faire comme Kant de simples formes subjectives : Ce ne sont que des abstractions reposant sur les rapports de coexistence ou de succession que nous observons entre les choses.
On peut trouver nne certaine analogie entre la doctrine de Galluppi et la théorie qu'Ampère esquissait, au commencement de ce siècle, pour compléter le système de son ami Maine de Biran, en fondant sur la perception des rapports le passage du sujet à l'oojet de la connaissance. La méthode de Galluppi est d'ailleurs celle de l'école psychologique française. Elle ne s'en distingue que par sa répugnance petir tout principe a priori. Galluppi iradmet que le principe d'identité et il prétend, comme Condillac, tout réduire à des jugements analytiques. Il repousse les jugements synthétiques a priori de Kant. Sa polémique à ce sujet trahit l'insuffisance de sa doctrine. La réalité objective qu'il prétend établir se réduirait à néant, si l'esprit ne trouvait pas, dans ses jugements, une synthèse entre deux termes irréductibles aont l'un est le si^'et connaissant et l'autre l'objet connu. Ainsi s'évanouirait, non-seulement le monde réel, que le philosophe napolitain prétend maintenir contre kant, mais le monde idéail, qui du moins, dans la pnilosophie kantienne, dépasse les bornes de l'expérience subjective. La méthode psychologique bien entendue sait découvrir, à la lumière de la conscience, autre chose que le sujet sentant ou pensant: elle permet de passer du sujet à l'objet par la perception directe de la réalité sensible et par l'intuition rationnelle de l'absolu. Dans la doctrine de Galluppi. l'absolu, l'infini, la cause première, ne sont que les limitei
GABA
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inoonnuM d'une série ; il ne s'y attache ancone conception propre. I^es autres idées générales ont un earact&re purement subjectif. Galluppi lui-même se déclare conceptualiste. Son bon sens toutefois le met en garde contre les conséquences extrêmes de sa méthode. Très-timide, sans être absolument négatif snr les questions métaphysiques, il rend a la raison pure tous ses droits dans les' questions morales. 11 oppose la morale d« devoir à la morale du bonheur, et il s'approprie, en le tempérant, le stoïcisme de Kant. Comme Kant également il établit fortement le lien de la vertu et du bonheur. La philosophie de Galluppi pèche plutêt par la forme que par le fond. Son plus grand tort est d'avoir cru que sa méthode était purement expérimentale, alors que le développement de sa pensée l'entraînait à son insu vers la méthode rationnelle. Ce qu'il appelle expérience comparée a pour objet, comme il le reconnaît lui-même, un ordre proprement intelligible, et il ne s'est trompé qu'en supposant cet ordre intelligible absolument impliqué dans les faits d'expérience à l'occasion desquels nous le concevons.
Si Galluppi a trop restreint la portée de la méthode psychologique, il faut regretter aue ses successeurs n'aient pas su rester fidèles a cette méthode en l'élargissant. I^s plus illustres lui ont préféré la méthode ontologique et, avec quelque éclat qu'ils l'aient pratiquée, ils n'ont pas évité les spéculations aventureuses dont le oon Caiabrait avait été préservé par son bon sens un peu étroit, mais sur.
Galluppi a publié les ouvrages philosophiques suivants : Suif analisa e suUa sinlesi, 1807 ; — Saggio fUosofîco sulla critica délia conotcema, Naples, 1819-1832, 6 vol. in-8; — Leltere filosofUJu $ulU vicende délia filosophia relalivamenU ai prindpii ddU conoscenxe uman, da Carteêio tino a Kant inclusivamenie, Messine. 1837, in-8, et 2* édition revue et augmentée, Naples, 1838, in-8 : cet ouvrage a été traduit en français par M. t. Peisse, Paris, 1 844 ; — Elemenli di Filosofia, Messine, 1832, 4 vol. in-12; cet ouvrage a eu plusieurs éditions dans les principales villes d'Italie;— /n(ro<iuatone allô studio délia Filotophia, per uto dd fancitUli, Naples, 1832, in-8 ; — teiiont di logica « di metafUica compatte oui vixo délia Regia Universita, 2 vol. in-8, Naples, 1832-1833: nouvelle édition en 5 volumes, 1842 ; — Filotophia délia volonta, Naples, 1832-1842, 3 vol. in 8 ; l'ouvrage devait en avoir cinq; — Consideraxione /Uotopche tull'idealitmo tranicendentale e ful rationalitmo assoluto, Naples, 1841, mémoire inséré, en français, dans le tome 1" des Mémoire» de l'Académie des sciences morales (savants étrangers) sous le titre suivant : Mémoire sur le système de Fichte ou considérations philosophiques sur l'idéalitme transcendantal et sur le rationalisme absolu; — Storia delta filosofia, Naples, 1842 (le premier volume seul a paru) ; — jpfns différents mémoires, articles et opuscules (le plus ancien est un mémoire apologétique à l'occasion d'une discussion de théologie, 1795), et une traduction des fragments de H. Cousin. On consultera avec fruit sur la philosophie de Galluppi le chapitre qne lui a consacré M. Louis Ferri dans le premier volume de son Essai sur l'histoire de (a philosophie en Italie au ziz' tiède (Paris, 1869).
Eu. B.
GARAT (Dominique), publiciste français, né en 1749 à Ustaritz, est beaucoup plus connu par le rôle qu'il joua dans les événements de la Révolution française que par ses travaux philosophiques. Arrivé i Paris ver» 1770, il put encore, gr&ce à l'amitié de Snard, y connaître quelques-
uns des hommes illustres du zvni* siècle, tels que Buffon, Rousseau, Diderot, d'Àlembert et Conoillac, dont il adopta les opinions. Quelques Elo-
f;es présentés au concours, et écrits dans cette angue emphatique et redondante, qu'on retrouve dans tous ses ouvrages, le firent connaître; il était professeur à l'Àthenée quand il fut nommé députe & l'Assemblée constituante. Sa vie politique fut plus brillante qu'honorable, et il s« montra toujours très-inférieur aux positions où le hasard des temps l'avait élevé. Flatteur servile de l'empire, après avoir été le complaisant des montagnards, éliminé de l'Institut, a la Restauration, malgré ses avances au nouveau régime, il tut rappelé en 1832 à l'Académie des sciences morales et politiaues, nouvellement fondée, et mourut en 1833. dans les sentiments d'une dévotion fervente. Il y a eu plus d'unité dans ses doctrines que dans ses convictions politiques : du premier coup il embrassa le sensualisme, et s'y maintint sans rien ajouter aux idées de Condulac ; du moins, s'il sortit de ce cercle étroit nous n'en pouvons rien savoir, car il n'a laissé ou'un seul ouvrage philosophique, ses leçons snr lAnaluse de l'entendement humain, qu'il faut aller ch^cher dans le Compte rendu des séan~ ces des Ecoles normales. Des les premiers mots on y reconnaît le disciple enthousiaste de Condillac : « il est arrivé à lui comme à la lumière après avoir traversé les ténèbres. • A l'en croire il a profondément médité sur les questions de philosophie, et approfondi les systèmes de Bacon, de Locke et de Condillac : « il y a vingt ans, ditil avec assurance, que je les médite, mais je n'ai pas eocore écrit une seule page : C est au milieu de vous que je vais faire l'ouvrage que je dois faire pour vous. » Cet ouvrage sera vaste, s'il doit satisfaire au programme que Garât promet de développer : • Des corps, de l'espace, du temps, de l'éternité, du mouvement, des forces motrices et mouvantes, de l'ordre, des forces invisibles et incompréhensibles, de la cause première. » Quant au principe qui servira i résoudre toutes ces questions, on le connaît : « Entendre et sentir c est la même chose, et les facultés de l'entendement ne sont et ne peuvent être que des manières de diriger nos sens et de combiner nos sensations. • Tons les auditeurs n'acceptent pas sans protester cette doctrine, qui pourtant les dispenserait d'études difficiles et les rendrait savants comme leur maître, à peu de frais. Si les sens sont les seuls juges de la réalité, lui ohjecte-t-on, il ne peut y avoir de substance spirituelle, ni de substance immortelle. — J'accorde le premier point, réplique Garât, mais je nie le second : la matière peut avoir en elle un principe de permanence, ses atomes, par exemple, qui restent les mêmes à travers les Formes les plus diverses. — Mais, lui dit-on, la loi morale quel sens pourra l'apercevoir? — La morale, répond-il, est une science expérimentale ; on en découvre les lois en observant les rapports des hommes entre eux, et la sanction en éprouvant le remords et les conséquences fâcheuses du vice. Ainsi & toutes les dimcultés il oppose comme une réplique décisive, les principes bien connus du sensualisme : il professe que la pensée dépend du langage : « Penser c'est compter, c'est calculer des sensations, et ce calcul se fait dans tous les genres avec des signes, comme en arithmétique. » Il a l'horreur des idées innées, forgées par ce Descartes • qui n'est pas un philosophe » ; et malgré tout, avec un système qui le condamne i nier l'&me et Dieu, 11 ne veut abandonner aucune de ses croyances; on oe sait si c'est par inconséquence, ou par respect hu-
GARN
GARN
On peut consnlter sur Garât : Vinemain, iVotiee sur la vie et le$ ouvrages de D. Qarat, Pari», 1M4 ; — Ar. Marrast, Notice sur D. Qarat, Paris, 1838 ; — Damiron, Histoire de la philosophie en France, au xix* siècle, Paris, 1834, t II ; — Franck, la Philosophie mustique, etc., Paris, 1866. On trouve dans ce dernier ouvrage les objections présentées par Saint-Martin contre la doctrine de la sensation. E. C.
OABNIER (Adolphe), né& Paris en 1801, finissait ses études an moment ou des maîtres célèbres renouvelaient la philosophie française. Les leçons de JonSï'oy an collège Bourbon éveillèrent sa vocation, et après de vains efforts pour s'intéresser k l'étude au droit, il céda à son go&t pour cette autre science qu'il devait honorer par son caractère et servir par ses travaux. En 1827 il la professait au collège Saint-Louis, puis i l'École normale; et enfin désigné par Jouffroy, déjà atteint du mal dont il devait mourir, pour le suppléer dans sa chaire de la Sorbonne , il en devint titulaire en 1842. En 1859 il fut élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Sa vie, d'ailleurs aussi calme qu^elle était laborieuse et honnête, fut attristée dans ses dernières années par la perte d'un flls unique. La douleur qu'il en ressentit ne céda ni a sa ferme volonté ni aux distractions du travail; il ne fit plus que languir et mourut en 1864, en laissant la renommée d'une belle &me et d'un philosophe recommandable. Une partie de ses titres a péri avec lui ; et ceux-là seuls qui l'ont entendu peuvent apprécier les mérites d'un enseignement qui réunissait autour d'une chaire, consacrée par le souvenir récent de JouBroy, un auditoire cpi'il savait retenir par la sincérité de ses convictions et la clarté de sa parole. Hais il a laissé un assez grand nombre d'ouvrages qui assurent à son nom une estime durable.
II débuta par des essais poétiques dont ses amis seuls ont reçu la confidence, et donna des articles sur diverses questions d'art au Producteur, à la Revue encyclopédique et an Qlobe. En 1827 il présenta à un concours institué par une Société privée un Mémoire sur la peine de mort qui fut couronné ; presque en même temps il soutenait à la Faculté des thèses sur Reid, et sur l'essence de la poésie. A partir de 1830, il a trouvé sa voie et ne la quittera plus; alors par raissent successivement un Précis ae psychologie, ouvrage trè.<)-estimable dans sa simplicité; une édition des Œuvres philosophiques de Descaries (1835), très-judicieusement extraites de l'ensemble de ses travaux ; un Essai sur la psychologie et la phrénologie comparées (1839), ou il critique avec justesse les erreurs de Gall et de Spurzheim suc la nature et le nombre des facultés de l'esprit ; un Traité de morale sociale (1850), couronné ]>ar l'Académie française, et
3ui prouve qu'il n'était pas indifférent aux granes questions agitées on ces temps de trouble ; et enfin son livre de prédilection, celui que H. Janet appelle « le seul monument de la science psychologique de notre temps : • le Traité des facultés de l'dme (1852), dont une seconde édition paraissah au moment même où il succombait. Il faut joindre à ces travaux plusieurs mémoires insères dans le recueil des séances de l'Académie des sciences morales et politiques, an article de ce Dictionnaire, une Notice sur Jonfl'roy, tout à la fois pleine d'émotion et de sagacité, et des essais sur l'histoire de la morale dan» Pantiquité qai, bien qu'inachevés, ont élé réunis en 1865 en un volume auquel une belle Introduction de H. Prévost-Paradol donne un nouveau prix. Dans tons ces ouvrages, écrits dMne manière simple, se retrouvent les qualités DICT. pniLos.
propres à H. Garnier ; on y chercherait vainement ces vives clartés qui éblouissent, ou ces vues d'ensemble qui embrassent un grand nombre de vérités éparses : on y remarque plutôt le goût des détails, la finesse des analyses, une extrême défiance guand il faut conclure, un courage patient qni ne recule pas devant les minuties, tous mérites qui tiennent à la modération de l'esprit et non pas, comme on pourrait le croire, i la médiocrité du talent. Quant aux doctrines exposées dans ses livres, il faut évidemment en faire deux parts : l'une, la plus considérable, comprend celles qui reviennent i ses maîtres écossais ou français ; sans doute il ne les a jamais servilement reproduites; souvent il les a heureusement complétées ou corrigées, et il n'en est pas une cju'il n'ait laissée en meilleur état qu'ir ne l'avait reçue; si donc il continue, comme on l'a dit, les traditions de l'école écossaise, tout au moins cette école est-elle chez lui en mouvement et en progrès. Mais nous devons négliger ici cette partie de son œuvre, et indiquer seulement quelques-unes des idées qui lui sont propres. Quoiqu'il n'ait aucune prétention à l'originalité et « qu'il n'aime pas à être seul dans sa voie, mais à marcher avec la foule sur les grands cnemins battus de tous, • il a cependant sa physionomie particulière parmi les philosophes de son temps, et voici quelques traits rapides qui suffiront à le faire reconnaître. On les emprunte à la psychologie, qui pour cet esprit prudent est à peu près la philosophie tout entière.
JouffroT avait dit dans une de ses dernières leçons • fa psychologie gui est le fondement, le point de départ, la condition de toutes les sciences philosopniques, est très-peu avancée. > M. Garnier a retenu ces çaroles, et a consacré sa vie à une étude alors délaissée, malgré l'importance qu'on lui attribuait. D'abord il en modifie profondément la méthode, et au lieu de se borner à la méditation solitaire et à l'observation personnelle, il cherche partout les traits de la nature' humaine, interroge les poètes, les moralistes, les voyageurs, les historiens, et ne dédaigne pas de reconnaître l'ébauche de notre àme chez les animaux, qui sentent et connaissent en quelque mesure. Il a aussi prévenu des critiques qui n^en sont pas moins répétées tous les jours et des innovations prétendues qui datent de très-loin; il n'a pas ignoré l'importance de la physiologie, il n'a pas méconnu l'utilité de ces observations qu'on désigne sous les noms ambitieux de psychologie morbide, de psychologie comparée, etc., et dont on se promet monts et merveilles. Il est spiritualiste à la manière d'Aristote, plutôt qu'à la façon de Descartes. L'&me est bien pour lui une force et non pas un organe; mais cette force il ne la confine pas dans les bornes étroites de la nature humaine ; il la reconnaît à un degré inférieur^ partout on il y a un principe individuel, déjà visible chez les animaux, et s'élevant peu à peu avec de nouvelles puissances jusqu'à l'homme qui résume en lui tous les attributs des êtres inférieurs, et y ajoute par surcroît la conscience, la raison, la liberté. Ces nouveaux pouvoirs n'excluent pas les autres, et elle reste en nous, comme cnex tous les êtres vivants, la cause du mouvement, grftce i une faculté motrice, qu'on a trop négligée, et celle dos instincts qu'en ne peut attribuer à l'organisation. N'est-elle pas aussi un principe, celui de la vie? Il inclinait a le croire, et on a pu 1 entendre à la Sorbonne, prendre parti pour le nouvel animisme, qui rattache à la même origine, sans en contester les différences, les opérations de la pensée et les fonctions de la vie.
GARN
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MaitleaserapulMlniyinreiU plus tard : • L'ime, dit-il, pat âtre la cauie de la vie, quoiqu'elle n'en ait pas conscience.... Uais ce sera toujours une supposition. » Réserve tris-prudente, si l'antenr professait que la conscience embrasse de ses perceptions tonte l'activité spirituelle, mais qui paraît excessive de sa part, puisqu'il enseigne qu'une bonne partie de nos actes et de nos affections reste ignorée de nous, et que « toute action continue de l'&me échappe au sens intime. »
La division, la nomenclature, la distinction des facultés est un des sujets où l'esprit délicat de U. Garnier s'arrêtait peut-être avec trop de com-
Îlaisance. U croyait de bonne foi que la psycfaoogie ne pouvait faire de progrès, si elle reculait devant ces complications. « Le but principal du présent ouvrage, disait-il dans la préface de son Traité des facultés de l'âme, c'est d'établir la multiplicité des facultés. > Heureusement pour lui, il ne s'est pas épuisé à cette tâche un peu stérile, et ses descriptions des faits valent mieux que ses dissections des puissances de l'&me. Il est le premier qui ait essayé, dans l'école moderne^ une analyse de la puissance d'aimer, et des diverses inclinations qui la constituent. Sans doute sa psychologie du cœur humain est un peu trop anecaotique, et s'éparpille en une foule d« remarques où se perd l'unité de la théorie; mais elle a ramené l'attention sur des questions trop dédaignées, elle a réformé le langage, et préparé les voies à des études plus rationnelles. Il en est de même de sa théorie de la connaissance des corps, sujet difficile et plus que jamais controverse, où il a rencontre du moins des vérités de détail, comme la critique si juste de l'ancienne distinction entre les propriétés premières et secondes de la matière. Mais il est encore plus intéressant de recueillir ses vues assez originales sur la certitude et la portée de nos connaissances.
Il reconnaît dans l'intelligence trois opérations distinctes : l'une saisit des objets réels qui existeraient, quand bien même nous ne les connaîtrions pas, c'est la perception; la seconde, au contraire, n'a pas d'objet distinct d'elle-même, et les images qu'elle produit ne sont rien de plus que l'action de l'esprit qui les forme; c'est la conception. Ces deux facultés ne peuvent ni nous tromper, ni même nous laisser incertains ; nous distinguons avec une véritable infaillibilité, d'une part, les objets réels, l'àme, le monde et Dieu, et de l'autre, les fantômes que nous créons nous-mêmes. L'erreur et le doute
firoviennent d'une autre puissance intellectuelle, a croyance, dont l'objet peut être réel ou fictif, et qui a trois formes : l'induction qui nous assure de la constance de la nature, l'interprétation qui nous fait mettre certaines idées sous certains signes, la foi naturelle qui nous persuade de la perfection de Dieu, inaccessible à tout autre moyen de connaître. Cette faculté de croire s'attache au faux comme au vrai, du moins sous ses deux premii^rcs formes, et toute erreur est imputable à l'induction ou à l'interprétation. Hais si nous ne pouvons nous élever à Dieu que par un acte de foi, quel sera donc le rêlo de la raison dans l'économie de nos facultés? C'est ici que M. Garnier s'éloigne de son école, et fait même une large brèche aux principes de la morale, de l'esthétique et de la théodicée, tels que les enseignent les platoniciens de notre temps. La raison, disent-ils, en répétant Malebrancbe et Fénelon, est impersonnelle, son foyer est en Dieu, et de là partent tous les rayons qui éclairent nos esprits, — non, répond M. Garnier. cette faculté est & nous ; elle
ne participe pas plus à la raison suprême que nos sens ou notre conscience; tout an plus y ressemble-t-elle davantage, et par elle avonsnous le privilège de penser pour notre propre compte, comme Dieu pour le sien. Mais que valent en définitive les iaées qu'on attribue à cette raison? Sur ce point si délicat il faut choisir entre le scepticisme de Kant et le rationalisme de M. Cousin, soutenir avec l'un que ces idées sont les formes de l'esprit, ou avec l'autre qu'elles sont des aspects divers de l'absolu. D'une part l'infini est une pensée, de l'autre il est un être. Où se trouve la vérité 7 Ni d'un cêté ni de l'autre, ou plutôt des deux cêtés, si l'on en croit U. Garnier. II y a en effet une loi intellectuelle trèsgénérale d'après laquelle & chaque perception correspond une conception. Ainsi par les sens nous percevons les corps, et nous pouvons par l'imagination en concevoir les images. Cette association des deux pouvoirs ne s'interrompt pay dans la connaissance de l'absolu, et la raison elle-même est à la fois une perception et une conception. D'un cAté elle atteint la réalité, ou pour mieux dire, trois réalités distinctes, la cause première qui, gr&ce à un acte de foi, devient un Dieu parfait, l'espace et le temps; de l'autre elle forme des idées qui no correspondent & aucun objet, comme les vérités des mathématiques, celles de l'esthétique et de la morale. En un mot. la raison a deux attributions : elle perçoit 1 absolu, elle conçoit l'idéal. Hors de la pensée, il n'y a ni justice, ni beauté, ni vérité; mais hors d'elle subsistent dans toute leur éternité la force absolue, le temps et l'espace infini. Si l'on demande à M. Garnier ce que sont ces deux derniers objets, des attributs ou des substances? il répondra qu'ils ne sont ni l'un ni l'autre; il ne faut pas lui en demander davantage. Quant à ces prétendus principes qu'on érige sous le nom de vérités premières en règles de tous nos jugements, la plupart ne dépassent pas l'expérience, et beaucoup sont de véritables tautologies, ou comme l'a dit Locke, des propositions frivoles. On peut contester ,1a solidité de cette théorie; mais elle mérite mieux qu'une critique sommaire, et elle prouve qu'un esprit naturellement timide arrive i la hardiesse par simple amour de la vérité. E. C.
GABNIER (Jean-Jacques), né iGorron, bourg du département de Mayenne, le 18 mars 1729, mort à Paris le 21 février 1805, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, a laissé la r^ putation d'un historien érudit et profond. Il dut a ses études philosophiques l'excellente méthode qui recommande son traité de l'Origine du gou-
vernement français, couronnéen 1761 par l'Académie des inscriptions, et ses additions à l'His-
annalistes; on a dit que le but de l'écriTain, dans l'exposition des faits accomplis, doit être simplement de raconter, non de prouver. Garnier n'approuvait pas ce système : comme il avait apporté^ dans l'étude de nos archives historiques, un jugement trop exercé pour s'arrêter a la surface des choses, ainsi, dans le récit des événements, il ne se contenta pas d'être un romancier plus ou moins habile, il fut un véritable philosophe. C'est tout ce que nous devons dire ici de ses travaux historiques.
Les Mémoires de l'Académie des inscriptions contiennent plusieurs dissertations de Garnier sur divers points de critique philosophique. La première de ces monographies, publiée dans le recueil de l'année 1768, a pour objet le Caractère de la philosophie socratiqxte. Platon doit-il