‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 12 sur 156 · ACON · texte numérisé non relu

ACON

ACRO

rivé «n point d'où l'autre part. Mais si la matière est divisible à l'infini, cela n'est pas possible, parce qu'il fant toujours admettre entre les deux coureurs une distance quelconque, infiniment petite (Arist., Phys., lib. IV, c. n; Diog. Laért., lib. IX, c. xnn, zxix). Cet arrament n'a de valeur et n'a été dirigé que contre les partisans exclusif de l'empirisme, forcés par leurs principes à nier tonte continuité et toute unité, par conséquent le temps et l'espace. Hais, à le prendre d'une manière absolue, c'est une subtilité qui ne mérite pas d'autre réponse que celle de Diogène. Voy. EcoLB ELÉATiQnB et Zémon.

AmTT.T.nCT (Alexandre), de Bologne {Alex. AMUinia Botonierui»), professait a Padone, dans le cours du rr* siècle, la philosophie aris- ' totélicienne commentée par Àverrhoès, et eut même la gloire d'être surnommé Aristote second. Il n'eut pourtant d'autre titre à cette distinction que l'habileté de sa dialectique, habileté dont il fit surtout preuve dans la discussion qu'il soutint contre son célèbre contemporain, Pierre Pomponace. Il mourut en 1512, sans avoir laissé aucun écrit qui soit parvenu jusqu'à nous.

ACOMTTOB (Jacques), né i. Trente au commencement du xn* ùècle, est très-peu connu et métiterùt de l'être davantage. On ignore également Vannée de sa naissance et celle de sa mort Bayle, qui lui a consacré un article dans son Dictionnaire, affirme qu'il mourut en 1566; mais il vivait encore en 166T, puisque Ramus, qui «ntretenait avec Acontins une correspondance, t'adresse encore à lui en cette année même dans son Procemiwn tnathanatician et fait allusion i son crédit auprès de la reine d'Angleterre.

La vie d'Acontius, comme celle de la plupart des philosophes de ce temps-là, fut semée d'aventures. Il nous apprend lui-même qu'ayant embrassé la réforme, il se détermina à quitter sa patrie, en compagnie d'un de ces coreligionnaires, nommé Francesco Betti. Sans doute ils suivirent la route que prenait alors l'émigration italienne, et dont les premières étapes étaient Genève et Zurich, Bàle et Strasbourg. Le séjour d'Acontius dans ces deux dernières villes est mentionné dans une lettre célèbre à son ami Jean "Wolt de Zurich (de Koltone edendorum librorum, datée de Londres, 1562). Cest i Bàle qu'il publia ses principaux ouvrages et fit le plus long séjour avant de se réfii^ier en Angleterre, où la reine Elisabeth l'accneillit avec faveur et le pensionna, sinon comme jurisconsulte, ou comme philosophe^ ou même comme théologien, au moins comme ingénieur : car il avait composé en italien un traité sur l'art de fortifier les places de guerre, et il entreprit de le mettre en latin par ordre de la reine : < tâche assez malaisée, disait-il, pour nn homme qui, après avoir passe une bonne partie de sa vie à lire le mauvais latin (sordes) de Barthole, deBaldus et d'autres écrivains de cette espèce (tjus farina), avait mené pendant plusieurs années la vie des cours. > Aussi ne parait-il pas qu'il ait jamais livré i l'impression ce travail.

Acontins a joui, durant le xvr et le xvii* siècle, d'une assez grande réputation à cause d'un livre ingénieux, et souvent réimprimé, sur les Riuet de Satan (ou les Stratagèmes du Diable, su'vant une autre traduction du titre latin : Stratoffematum Satance libri octa, Bàle, 15651. Hais nous n'avons i nous occuper ici que du philoso- >be gni eut l'idée de réformer la logique, et non In théologien protestant, accusé par quelquesuns de pousser jusqu'à leurs dernières limites la largeur et la tolérance, et vanté pour cela même par les armiaiCDS) les sociniens et les libres penseurs.

Le principal titre d'Acontius aux yeux de l'historien de la philosophie est nn petit traité de la méthode, qu il publia à Bàle en 1558, intitulé : Jacobi Acontii Tridentini de Methodo, hoc ett de invettigandarum tradendarumque artium ac scientiarum ratione (in-8, 138 pages, pins nn errata d'après lequel nous rétablissons le titre). La logique étant définie l'art de découvrir et d'exposer la vérité (recta contemplandi docendique ratio), l'étude de la méthode en fait essentiellement partie, et il y a lieu de s'étonner que l'on s'en occupe si peu : car, si la méthode a pour but de nous procurer la connaissance que nous nous proposons d'acquérir, elle nous sert aussi à l'enseigner aux antres, une telle connaissance n'est pas innée, comme celle des axiomes (p. 18, 19), m obtenue immédiatement^ comme les idées que nous donnent les sens : elle est le fruit du raisonnement, qui seul peut nous découvrir l'essence, les causes et les effets de chaque chose gui sit, qns sint ejus causée, qnisve enectus). A. recherche de l'essence se rattache la théorie logique de la définition que l'auteur traite avec le plus grand soin (p. 49-83). Pour découvrir les causes et les effets, il distingue deux méthodes, celle de résolution on d'analyse et celle de composition, qui convient surtout à l'enseignement, quoiqu'elle contribue aussi à la recherche de la vérité. L'emalyse dont il est ici question est celle des géomètres: il ne peut y avoir aucun doute à cet e^d, et en général la méthode des mathémathiques est l'idéal d'Acontius en logique. Il le déclare à Wolf dans la lettre que nous citions plus haut, et il prétend qu'elle trouve partout son application, voire même en théologie, témoin son livre des Ruse» de Satan, oh il part de la définition du but de Satan et de principes généraux ou axiomes dont il va déduisant les conséquences jusqu'à la fin de l'ouvraçe. On trouve encore, dans le de Melhodo d'Acontius, de bonnes rècles pour l'emploi de la division et pour la culture de la mémoire j mais en somme, si l'on excepte l'expression de notions innées et ce qui est (Ut de l'analyse, on ne voit guère de quoi justifier un rapprochement entre Acontius et Descartes. Cependant Baillet rapporte dans sa Vie de Deseartes (t. II, p. 138) qu'un cartésien bollandais, nommé Huelner, signala au P. Mersenne le livre d'Acontius comme le seul qui lui parut digne d'être comparé an Discours de la Méthode : exagération évidente, que Bayle se contente de rappeler, mais que Brucker semble approuver.

Pour rester dans le vrai, il faut dire que le de Melhodo d'Acontius est l'ouvrage d'un esprit net et ferme, qu'il est bien composé, écrit d'un style clair et dégagé de toute scoiastique. L'auteur est donc, en logique, un des précurseurs de la philosopnie moderne. Il en avait pressenti les glorieux développements, témoin ce beau passade de sa lettre à J. Wolf: « Intelligo etiam me m saeculum incidisse cultum pr2eter modum, nec tam certe vereor eorum, qui regnare nunc videntur, judicia, quam exorientem quamdam ssculi adhnc paulo eicultioris lucem pertimesco. Etsi enim multos habuit habetque setas nostra viros praestantes, adhnc tamen videre videor nescjo quid majus fViturum. . Quel dommage que cela soit dit à propos d'un écrit de Patrizzu

Outre l'arUcle de Bayle cité plus haut, on peut lire les quelques lignes que Brucker a consacrées à Acontius dans s5n Hist. critica phtlos^huxi (vol. V, p. 585, 586). Mais les écrits du théolp- Bien italien sont la source la plus riche et la plus sûre pour connaître sa vie et SM o]^ons.

ACROAieA-nauE (de àxpoA'-l»»». entendre).

AGTU

ADEQ

Cest la qaalification que l'on donne i certaines doctrines non écrites, mais transmises oralement à un petit nombre d'élus, parce qu'on les juge inaccessibles on dangereuses pour la foule. Dans le dernier cas, acroamatiguc devient synonyme i'éaotirique (voy. ce mot). Quelmierois même on étend cette qualification à des doctrines écrites, quand elles portent sur les points les plus araos de la science, et qu'elles sont rédigées dans un langage en rapport avec le sujet. (Test ainsi que tons les ouvrages d'Aristote ont été divisés en deux classes : les uns, par leur forme aussi bien que par les questions dont ils traitent, paraissent destinés a un grand nombre de lecteurs; on leur donnait le nom i'exotiriqtieg (éîuriptxoO<) ; les autres semblaient réservés à quelques disciples choisis : ce sont les livres acroamatiqxies (ixpo|i,aTixo; ou iY»«x'-'ouî). Quant à savoir quels sont ces livres et si nous les avons entre les mains, c'est une question qui ne peut être résolue ici. Voy. dans le tome I des Œuvres cCAristole par Buhle, 5 vol. in-8, Deux-Ponts, 1791, une dissertation intitulée : Commentatio de libris Aristotelis acroamaticU elexoterieU. — Voy. Amstote.

ACROH d'Agrigente ne se rattache à l'histoire de la philosophie que parce qu'il fat le fondateur de l'école de médecine surnommée empirique ou méthodique; cette école fleurit surtout pendant les deux premiers siècles après J. C, et arbora, «n philosophie, le drapeau du scepticisme ; elle a produit un grand nombre de philosophes sceptiques, tels que Ménodote, Saturnin, Tnéodas, etc.; le plus distmgué d'entre eux tous Ait, sans contredit, Sextns Empiricus. Voy. Sextds.

ACTE. La sigmfication vulgaire de ce mot n'a pas besoin d'être définie; mais il est employé par Aristote avec un sens spécial et rigoureux qu'il importe de préciser.

Nous voyons les objets passer d'un contraire à l'autre^ du chaud au firoid ; mais ce n'est pas le contraire qui devient son contraire, le chaud qui devient froid. Il y a nécessairement quelque chose en quoi le changement s'opère; nécessairement aussi ce quelque chose avait les deux contraires en puissance et était indifférent à l'un et à l'autre. Ce quelque chose c'est la matière qui ne se distingue pas de la puissance. Mais pouvoir, ce n'est pas agir ; être en puissance froid ou chaud, ce n'est pas être froid on chaud. Pour être froid ou chaud, la puissance a besoin d'être réalisée, «t lorsqu'elle est réalisée le froid on le chaud est, non plus en puissance, mais en acte ; de sorte ^e l'acte et la puissance s'excluent mutuellement. Lorsqu'une chose est en puissance, elle n'est pas en acte ; lorsqu'elle est en acte, elle n'est plus en puissance. L'acte n'est cependant pas la réalisation de la puissance, mais la fin de la puissance qui se realise. La réalisation de la puissance est le passage de la puissance & l'acte, ce qn 'Aristote appelle le mouvement.

Voy. Aristote, Actuel. A. L.

ACTIVITÉ. Voy. Volonté.

ACTUEL {quoa Ut in actu) est un terme em- -prunté de la philosophie scolastique, qui ellemême n'a fait que traduire littéralement cette expression d'Aristote : tè 6v xoit' ivc^ytiav. Or, dans la pensée du philosophe grec, assez fidèlement conservée sur ce point par ses disciples du moyen âge, l'actuel c'est ce qui a cessé d'être simplement possible pour exister en réalité et i l'é- ^t de Mit; c'est aussi l'état d'une faculté ou d'une force quelconque quand elle est entrée en exercice. Ainsi, ma volonté, quoique très-r^Je comme Ikcnlté, ne commence & avoir une existence a«/u«((« qu'au moment où je veux telle ou «Ile chose. Aotuel dit, par conséquent, plus que

riel. De la langue philosophique, qui aurait tort de l'abandonner, ce terme a passe dans le langage vulgaire, où il signifie ce qui est présent ; sans doute parce que rien n'est présent pour nous que ce qui est révélé par un acte ou par un fait. Voy. Aristote.

ADAïc DD Petit-Pont, né en Angleterre an commencement du xn* siècle, étudia à Paris sous Matthieu d'Angers et Pierre Lombard, et y tint une école près du Petit-Pont, comme l'indique son surnom, jusqu'en 1176. où il fut nommé év6que d'Asaph, dans le comte de Glocester. Il mourut en 1180. Jean de Salisbnry vante l'étendue de ses connaissances, la sagacité de son esprit, et son attachement pour Aristote ; mais on lui reprochait beaucoup d'obscurité. Il disait qu'il n'aurait pas un auditeur, s'il exposait la dialectique avec la simplicité d idées et la clarté d'expressions qui conviendraient i cette science. Aussi était-il tombé volontairement dans le défaut de ceux qui semblent vouloir, par la confusion des noms et des mots, et par des subtilités embrouillées, troubler l'esprit des autres et se réserver à eux seuls l'intelligence d'Aristote (Jean Salisbnry, Metalogicus, lib. II. c. x; lib. III, c. m; lib. IV, c. m). On ne connaît d'Adam qu'un opuscule incomplet, intitulé Ars disserendi, dont M. Cousin a publié quelques extraits dans ses Fracment» de philosophie scolastique. Voy. aussi Hth ioire littéraire de France, t. XIV, Paris, 1840, p. 417 et suiv. C. J.

ADÉLABS, de Batb, vivait dans les premières années du xii* siècle. Poussé, comme lui-mime nous l'apprend, par le désir de s'instruire, il visita la France, l'Italie, l'Asie Mineure ; et, de retour dans sa patrie, sons le règne de Henri, fils de Guillaume, consacra ses loisirs à propager parmi ses contemporains les vastes connaissances qu'il avait acquises. Son nom est naturellement associé à ceux de Gerbert, de Constantin le Moine, à ces laborieux compilateurs qui introduisirent en Europe la philosophie arabe. On lui doit des Questions naturelles, imprimées sans date à la fin du XIV* siècle ; un dialogue encore inédit, intitulé de Eodem et Diverso, qui, sous la forme d'une fiction ingénieuse, renferme une éloquente apologie des études scientifiques, une Doctrine de f Abaque, une version latine des Éléments d'Euclide, et plusieurs autres traductions faites de l'arabe. Il est fréquemment cité par Vincent de Beauvais, sons le titre de Philosophus Anglorum. U. Jourdain, dans ses Recherches sur Porigine des traductions d'Aristote (in-8, Paris, 1819)^ a donné une analyse étendue du ds Eodem et Dtverso. X.

ADELGER (appelé aussi ADELHER), philosophe scolastique et théologien du xn' siècle, chanoine & Liège, puis moine de Clnny. Il s'est &it remarquer uniquement par sa manière d'expliquer la prescience divine, en la conciliant avec la liberté humaine. Selon lui, le passé et l'avenir n'existent pas devant Dieu, qui prévoit nos actions comme nous voyons celles de nos semblables, sans les rendre nécessaires et sans porter atteinte & notre libre arbitre. Voy. Adelgenis. de Libero arbilrio; dans le Thésaurus anecaotorum de Pèze, t. IV. p. 2.

ADÉQUAT, se dit en général de nos connaissances et surtout de nos idées. Une idée adéquate est conforme i la nature de l'objet qu'elle représente. Mais quels sont les objets véritables de nos idées, ou, ce qui revient an même, quels sont les modes de notre intelligence auxquels le mot idée, conformément aux plus illustres exemples, doit être consacré particulièrement? L'idée nous représente l'essence invariable et intelligible des choses, tandis que la sensation correspond

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