GRAV
se faire à lui-m£me ta destinée : son sort est entre ses mains ; il peut avancer à son gré vers la lumière et l'iadependance. ou recaler diuis les ténèbres de l'esclavage. Lavenir du monde est lié au triomphe de 1 Évangile : « Il y a dans ce livre des vérités, des nouveautés et des lumières cachées que la suite de la vie de l'Église, c'est-à-dire de la société universelle, véritable, dont l'esprit saint est l'inspirateur, doit amener un jour a la lumière publique. Tout l'Évangile est le code du progrès; tout l'Évangile n'est u'exbortation au progrès, annonce et promesse u progrès, révélation des sources du progrès, » {La Uorale et ta loi <U l'histoire, 1. 1, p. 20, 278.) lA condition de ce bien croissant dans tous les ordres de choses, c'est l'accomplissement des trois devoirs impliqués dans la loi souveraine. Devoir envers la nature ou'il faut dompter, asservir, transformer, jusqu'à supprimer la douleur, la misère et peut-être la mort : « Ainsi la terre sera renouvelée, nos forces seront décuplées, pais centuplées, et centuplées encore. > Cette terre nourrira sans peine dix milliards d'hommes ; • la vie actuelle est prolongée, les limites du monde habitable reculées, des communications sont ouvertes avec les mondes qui nous entourent, l'usage des astres est découvert, le lien de l'immortalité entrevu I >> Devoir envers les hommes, essor des forces humaines dans la vie sociale et politique mise en ordre sur toute la surface du globe, unité des nations « cohéritières, solidaires et concorporelles », abolition de la guerre, des révolutions, des spoliations, du pan-
Sérisme. Devoir envers Dieu, essor des forces ivines, « c'est-à-dire liberté des enfants de Dieu, inonde mieux dompté, société de plus en plus libre.» Voilà dans quel sens il faut entendre « le royaume de Dieu ». L'astronomie elle-même fait entrevoir je ne sais quel rapprochement des mondes disséminés; il n'y aura plus qu'une patrie, et comme le dit Herder « les fleurs de tous les mondes seront rassemblées dans un seul jardin. » Et, ce qui est plus merveilleux encore, la foi deviendra la raison, et les miracles apparents des effets de l'ordre naturel. Aussi, « la terre ira toujours s'approchant du ciel. » On a dit justement de ce mysticisme qu'il était l'enthousiasme de la charité. Ces pressentiments hardis peuvent laisser l'esprit incrédule ; mais ils inspirent le respect pour l'àme généreuse qui les éprouve et qui s émeut si vivement en lace de Dieu, parce qu'elle reconnaît en lui le père et le bienfaiteur des hommes qu'elle aime passionnément. E. C.
ORA.VEBAMDB ( Guillaume-Jacob 's ), aussi connn comme mathématicien et physicien que comme philosophe, naquit en Hollande à Boisle-Duc, le 37 septembre 1688. Son intelligence précoce s'attacha de bonne heure, avec passion, a l'étude des mathématiques : à l'âge de dixhuit ans, il publia son Essai sur la perspective, qni lui assigna dès lors une place parmi les grands géomètres. A peu près dans le même temps U fit ses débuts dans la carrière philosophique, par une thèse sur le suicide. Il prit une §«rt active à la publication du Journal littéraire e la Haye (1713), et y inséra des articles de mathématiques, de physique et de philosophie, dont quelques-uns eurent un grand retentissement. Aj)rès un séjour de plus d'un an en Angleterre, ou il contracta d'illustres amitiés, 'sGravesande ftit nommé, en 1717, professeur de mathématiques et d'astronomie à l'Académie de Leyde. En 1734 il fut en outre appelé à remplir la chaire de philosophie. Il mena de front ce donhie enseignement jusqu'à sa mort, arrivée )e 28 ttvrier n«
Ce qui caractérise 's Gravesande, c'est moins la grandeur des conceptions et l'importance des découvertes, qu'une aclmirabie justesse d'esprit, un besoin constant de clarté, d'ordre et de définitions exactes. Par son caractère, il est un de ces hommes qui font honneur aux lettres et à la philosophie. La droiture de son àme égalait la rectitude de son intelligence. Sans orgueil dans la recherche de la vérité, il abandonna, sur U question de U force des corps, l'opinion de Newton, qu'il avait soutenue d'abord, pour embrasser celle de Leibniz, le rival de son maître. U sut allier à l'indépendance de la pensée philosophique le respect pour sa religion, le christianisme réformé ; et au milieu de ses immenses études, il mit toujours son intelligence au service de son pays.
En philosophie il est de l'école de Locke, mais la justesse de son esprit et son attachement aux croyances relig^ieuses le portèrent à en modifier souvent les principes. Le principal ouvrage de 's Gravesande, l'Introduction à la philosophie, résumé de son enseignement, contient deux parties : la métaphysique et la logique. Dans l'une et l'autre se trouvent de nombreux chapitres sur l'àme humaine, qui, avec une meilleure division, composeraient une véritable psychologie. L'analyse des facultés intellectnelles y tient une ^ande place ; et cette analyse, moins systématique que dans Locke ou dans Condillac, est aussi plus exacte. On y trouve résumées toutes les observations importantes de l'école sensualiste sur les sens, les notions fournies par cliacun d'eux, le secours mntnel qu'ils se prêtent, l'éducation (ju'ils doivent recevoir. Hais toutes nos idées viennent-elles des sens? Sur ce point, 's Gravesande hésite à suivra Locke. Frappe à la fols et des difficultés inhérentes au sensualisme, et de l'incertitude du langage des cartésiens, il trouve {Introd., liv. I, ch. xix) « qu'il n'y a encore rien de bien clairement démontré touchant l'origine des idées, et qu'il ùut laisser la question des idées innées dans le catalogue des choses incertaines. >
Les questions les plus difficiles de la psychologie, sur la nature ae l'àme, sur son union avec le corps et l'influence réciproque de ces deux substances, ont été aussi abordées par 's Gravesande, qui s'écarte heureusement sur quelques fioints des principes de Locke. Ainsi, pour lui, 'immatérialité de l'àme ne saurait être mise en question : matière et pensée sont incompatibles. La pensée n'est pas 1 àme elle-même ; mais elle en est l'attribut essentiel, comme l'étendue est l'attribut essentiel des corps. D'oii il incline à croire, quoiqu'il juge téméraire de l'affirmer, que l'àme pense toujours. Sa retenue est plus grande sur la question de l'union des deux substan.es en l'homme. Cette question lai semble hérissée de difficultés qui augmentent à mesure que la réflexion s'y applique. Qu'on en juge par linsuffisance des hypothèses si fameuses des cotises occasionnelles et de l'harmonie préétablie!
On a quelquefois assimilé la do:trine de 's Gravesande sur l'identité personnelle à celle de Locke, qui la fait consister uniquement dans la mémoire {Essai sur l'entendement humain ^ liv. II, ch. xxvii), et l'on a tourné contre lui toute la polémique de Butler, de Reid et de Burfier, prouvant tous, contre Locke, (^ue la mémoire n est que la preuve et le témoignage de notre identité, et qu il est absurde de confondre le témoignage avec la chose témoignée (voy. surtout Reid, £'s$at sur les facultés de Vesprit humiiin, essai III, ch. vi). Hais un point important sépare 's Gravesande de Locke • le premier