‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 132 sur 156 · HEMS · texte numérisé non relu

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et toujours en vue de la théologie : elles furent vivement attaquées. Hemert les défendit d'abord <dans son Magasin de critique, Amsterdam, 1798; et bientôt aprës soutint pour le même objet une lutte prolongée contre l'érudit Wyttenbach. On peut consulter sur ces débats ses Epistolœ ad Van WyUenbachium, Amsterdam, 1809, et les œuvres de Wvttenbach : Bibliolheca eritica, Leyde, 1177-1808, t. Illl; Philomalici, Amsterdam, 1809-1817, liv. I et II.

HEKBTEBBUTS (François), le plus éminent et' à peu près le seul connu des écrivains hollandais qui, an xrm* siècle, se sont occupés de philosophie morale, naquit a Groningue en 1720, et mourut à la Haye au mois de juin 1790. Il appartenait à une famille distinguée par son savoir : son père, Tibère Hemsternuys, célèbre ^rudit auquel on doit des éditions de Juliiis Pollux, de Lucien, etc., avait contribué à relever l'université de Leyde, illustrée depuis par Ruhnkenius, Valckenaèr et Wyttenbach. On conçoit aisément que cette école, qui remit en honneur Platon et ses doctrines, dut exercer une salutaire influence sur les études de François Hemsterhuys, et sur la direction de ses idées. En effet, sa vie entière fut vouée an culte de la philosophie, et, malgré les fonctions publiques

Iu'il remplit longtemps comme premier commis e la secrétairerie du conseil d'Etat des Provinces- Unies, il sut toujours se réserver de studieux loisirs.

Si nous cherchons à le classer comme philosophe, c'est & l'école sentimentale qu'il appartient par ses doctrines, par sa direction morale, et par

les

par BS sujets qu'il a' traités. Il a toutes les qualités comme les défauts de cette école. Avec un certaùn vague dans l'expression qui ne laisse pas aux idées toute la netteté désirable, il a une originalité, sinon très-frappante, du moins attrayante par de nobles instincts, par une certaine grâce candide, et surtout par un sens moral très-délicat. Il y joint d'ailleurs une grande liberté d'esprit et une absence de préjuges rare en tout temps. Il est plus psychologue que métaphysicien, et pins moraliste que psychologue : lui-même il se rattachait volontiers a l'école socratiqne, admirant par-dessus tout le bon sens de Socrate, et y mêlant parfois quelque chose du souffle poétique qui animait Platon. La théorie du beau dans les arts, et les questions de philosophie morale sont celles qu'il traite avec prédilection. Pour la publication de ses idées, il a choisi la langue française, et, à part quelques légères étrangetés, il n'écrit pas sans un certain charme ; mais ce qu'un lecteur français regrette dans ses ouvrages, c'est surtout l'absence de précision.

11 commença fort tard & publier ses écrits, qu'il fit imprimer en petit nombre, et pour ses amis seulement. En 1769 parut son premier ouvrage, une Lettre sur la sculpture. Il avait alors quarante-neuf ans. Selon lui, l'objet le plus beau est celui qui nous donne le plus grand nombre d'idées à la fois. L'âme veut avoir un grand nombre d'idées dans le plus court espace de temps possible : de là les ornements dans les arts du dessin, de là les accords en musique; le beau dans les arts est toujours un tout dont les parties sont si artistement combinées que l'&me peut en faire sans peine la liaison. C est ainsi que l'auteur explique la loi de l'unité comme condition du beau. L'homme dont le goût est exercé opère rapidement cette liaison des parties, que l'esprit moins cultivé fait lentement et avec peine.

En 1770, Hemsterhuys publia la Lettre sur le» désirs, qui est une suite de la précédente. D'après loi, tout tend naturellement a l'unité; c'est une

force étrangère qui a décomposé l'unité totale en individus, et cette force est Dieu. Le but de l'&me, lorsqu'elle désire, est l'union la plus intime et la plus parfaite de son essence avec celle de l'objet désiré. Le dégoût naît de l'impossibilité de l'union parfaite.

La Lettre sur l'homme et ses rapports, 1772, développe une idée favorite de l'auteur : • Ce qui constitue le degré de perfection dans les intelligences, c'est la quantité plus ou moins grande d'idées coexistantes que ces intelligences pourront offrir et soumettre à leur faculté intuitive. • Ces idées sont en raison de nos rapports avec le monde. A la face visible de l'univers, à sa face tangible, sonore, à sa face morale, répondent dans l'homme des organes et des facultés par lesquels il est mis on rapport avec ces faces diverses de l'univers. L'organe tourné vers la face morale est ce qu'on appelle cœur, sentiment, conscience : peut-être y a-t-il des animaux pourvus d'un organe que nous n'avons pas, et qui est tourné vers une face de l'univers inconnue pour nous. Le plus grand bonheur auquel l'homme puiise aspirer réside dans l'accroissement de la perfection ou de la sensibilité de l'organe moral, ce qui le fera mieux jouir de lui-même et le rapprochera de Dieu. La plus grande sagesse à laquelle il puisse prétendre, consiste à mettre toutes ses actions et toutes ses pensées en accord avec son organe moral, sans se mettre en peine des institutions humaines ou de l'opinion d'autrui.

De l'éloge de M. Fagel, secrétaire du gouvernement hollandais, nous ne citerons que cette pensée : « Les grandes âmes sont des germes qui poussent dans l'éternité. »

Sophyk, oa de la Philosophie, 1778, dialogue entre un matérialiste et un spiritualiste, contient une triple démonstration de la différence de l'âme et du corps.

Le système des facultés de l'âme, tel que Hemsterhuys le concevait, se trouve dans deux dialogues intitulés, l'un, Aristée, ou. de la Divinité, 1779; l'autre, Simon, on des Facultés de l'âme, 1787. Il reconnaît quatre facultés distinctes : 1° l'imagination, réceptacle de toutes nos perceptions, réservoir de toutes les idées qui nous viennent du dehors, ou que l'intellect compose ; 2* l'intellect, faculté supérieure à l'imaeination, qui compare les idées, en dispose, les met en ordre et les gouverne; 3* la velléité, ou la faculté de vouloir et d'agir : elle tient à l'essence de l'âme elle-même, elle constitue son activité, et la manifeste par des actes particuliers; 4° enfin, le principe moral, tantât sensible et passif, tantôt actif : comme passive, cette faculté est affectée de tous les sentiments, tels que l'amour, la haine, la pitié, la colère, etc.; comme active, elle travaille sur ces sentiments, de même que l'intellect travaille sur les idées; elle juge si les actes volontaires sont conformes à la justice; et, en tant que conscience, elle répugne à l'injuste. Les hommes doués de l'imagination, de l'intellect et de la velléité, manquaient de lien mutuel avant d'avoir la faculté morale; ils vivaient isolés ou en état de guerre : l'amour devint le lien qui les unit, en les habituant à sentir dans les autres, à jouir et à souffrir de leurs plaisirs ou de leurs souffrances. Le degré d'énergie et d'intensité auquel s'élèvent chacune de ces facultés, leur équilibre, ou la prépondérance que l'une prend sur les autres, décident de la valeur des hommes, et font la diversité de leurs caractères. — Sans doute, il serait aisé de faire ressortir ce qu'il y a de peu rigoureux dans cette classification, et surtout dans ce rôle tour à tour actif et passif donné au principe moral. Mais, nous l'avons déjà indiqué, ce vague et c«

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défaut de précision sont un des traits qui caractérisent l'école sentimentale. C'est aussi un des reproches les plus fondés qu'on a pu articuler contre les doctrines d'un des principaux représentants de cette école^ Jacobi, dont les ouvrages offrent plus d'une analogie avec ceux de Hemsterhuys; et ces deux philosophes éprouvaient d'ailleurs l'un pour l'autre une vive sympathie.

Deux autres opuscules, publiés en 1787, Alexis, ou de l'Age d'or, et Lettre de DiocUs à Diolime sur l'athéisme, complètent les écrits de Hemsterhuys. C'est dans le premier qu'il a dit : « L'homme est comme le poisson tiré de l'eau, qui s'agite, se démène; il ne jouira complètement de son existence que lorsqu'il sera replongé dans les eaux d'où il est sorti, et où seulement il aura toute la plénitude de ses facultés. >

Sans pénétrer jamais à une grande profondeur, Hemsterhuys a un sentiment assez vif du monde moral. En lisant ses ouvrages, on sent comme l'émanation d'une belle âme.

Tous ses opuscules ont été réunis en 2 vol. in-8, par Jansen, Paris, 1792 et 1809.

Une autre édition qui renferme en outre quelques lettres a été publiée par L. S. P. Heyboom, Leuwarde, 1850, 6 vol. in-8. — Consultez Ë. Grucker, Fr. Hemsterhuys, sa vie et ses oeuvres, Paris, 1866, in-S. A...D.

HENMINaB (Juste-Christi), né en 1731 à Gebstsdt, dans le duché de Weimar, et mort en 181 ô, professeur à léna, est un philosophe éclectique. Son histoire des &mes des hommes et des animaux n'est proprement qu'une exposition historique des propositions et opinions spéculatives, ou une sorte de recueil des preuves diverses données par les

Fhilosophes en faveur de la simplicité et de immortalité de l'&me. 11 dit néanmoins, dans la préface de son livre, que tout ce que nous savons de science certaine sur l'&me pourrait tenir dans un très-petit nombre de feuilles d'impression. La psychologie, dit-il, est le terrain par excellence des hypothèses. Et cependant il a voulu fortifier la preuve de l'immatérialité de r&me. Cet ouvrage n'est qu'une compilation pédantesque. Ce qu'il y a de mieux, c'est une foule de notices littéraires très-intéressantes. Dans un autre de ses écrits, Hennings admet, avec Bonnet, que les êtres forment entre eux une série indéfinie, et affirme, en conséquence, que les âmes des bétes ont une espèce de raison, celle qui convient au degré qu'elles occupent dans l'échelle de la création.

Cet auteur a laissé de nombreux ouvrages, dont voici les principaux; les autres ne sont guère que des discours de circonstance : Logique pratique, in-8, léna, 1764;— AforaJe etpohligiie d'accord avec la sagesse et la prudence, in-8, jb., 1766; — Compendium metaphysicum, in-8, ib., 1768; — Histoire pragmatique des âmes des hommes et des animaux, ih-8. Halle. 1774; — Manuel critico - historique de la philosophie théorétique,in-8,Leipzig,n6i;—Aphorismesanthropologiques et pneumatologigues. in-8, léna, 1777 ; — Des pressentiments et des visions, in-8, Leipzig, 1777 ; — De la prévision des animaux, expliquée par des exemples, etc., in-8, ib., 1783 (cet ouvrage est comme la seconde partie du précédent) ; — Préjugés surannés combattus, en

wf/wx»u»«^.>. «oo u«uuotic9. iva iiujuuaux. UU cours

d'honneur); — - L'unité de Dieu, examinée sous différents points de vue, et prouvée même par des témoignages de païens, in-8, Altenb., 1779; — De» esprits et de ceux qui les voient, in-8, Leipzig, 1780; — Visions, principalement celles

de notre tiiele et de nos jours, mises en lumière, etc., in-8, Altenb., 1781 ; — Des rêves et des somnambules, in-8, Weimar, 1784; — Morale de la raison^ in-8, Altenb., 1782; — Bibliothèque philosophujue, 6 vol. in-8, Leipzig, 1774. Hennings a aussi donné la quatrième édition du Lexique philosophique de Walch, 2 vol. in-8, ib., 1775. J. T.

HEMBI DE Gand, dont le nom de famille était Goe thaïs et qui fut surnommé le Docteur solennel, naquit, selon l'opinion générale, en 1217, dans la seigneurie de Mude, près de Gand, d'oi» il fut appelé aussi Henri ae Uude. Il étudia d'abord à Gand, puis à Cologne, oii il se rendit pour suivre les leçons d'Albert le Grand. De retour à Gand avec le grade de docteur, il fut le premier qui y enseigna publiquement la philosophie et la théologie, liais ses talents l'appelaient sur un plus grand théâtre : aussi le voit-on i Paris, en 1247, enseignant à l'Université, après y avoir conquis de nouveau les honneurs du doctorat. On remarque qu'il fut un des premiers à professer dans le collège fondé par Robert de Sorbon. Henri de Gand ne parait pas avoir joué un r61e très-actif dans les longues et orageuses querelles de l'Université et des ordres mendiants : mais il n'en fut pas de même des débats qui s'élevèrent entre ces ordres et les prêtres séculiers. Le Docteur solennel prit hautement la défense de ces derniers, et son intervention fut pour beaucoup dans les décisions qui mirent un frein aux envahissements des franciscains, et des dominicains surtout. Cette opposition, qui fait honneur au bon sens et aux talents de Henri de Gand, lui serait plus honorable encore, s'il était vrai, comme tout porte à le croire, que lui-même fdt membre ae l'ordre des servîtes. Il mourut archidiacre de Tournay, en 1293.

Placé entre saint 'moraas qui le précède et Duns-Scot qui le suit presque immédiatement, Henri de Gand, malgré son mérite réel, dut quelque peu souffrir d'un si dangereux voisinage : car son platonisme, beaucoup plus apparent que réel, n'avait rien d'assez ferme pour lutter avec succès contre l'étendue d'esprit du premier et la puissante originalité du second. t>ne indication sommaire de ses doctrines fera connaître à la fois ses qualités et ses défauts.

Ses premiers écrits furent les Qxtodlibela et la Somme. Dans ces deux ouvrages, et notamment dans la Somme, il commence par se poser la question de la certitude. Or, Henri de Gand ne rejette pas absolument les sens comme moyen de connaître, mais à la coadition qu'on ne leur demandera que les simples apparences, tes signes des réalités; quant à la réalité elle-même, a ce qui fait véritablement l'objet de la science, c'est à la raison seule qu'il faut la demander ; c'est par elle que l'homme peut s'élever jusqu'à la source de toute vérité, c est-à-dire à Dieu. Cette raison toutefois parait n'avoir rien d'humain dans la pensée de Henri de Gand, car il déclare [Somme, art. III, ouest. 3) que la connaissance pure de la vérité n est pas naturelle à l'homme dans son état terrestre, et qu'un rayon divin doit descendre dans notre intelligence pour que nous puissions atteindre à cette connaissance suprême. Ici l'inspiration du platonisme est manifeste, et on la voit plus évidente encore dans ces lignes oii Henri affirme que l'homme ne peut apercevoir de vérité que « aans la pure lumière des idées, qui est Tessence divine », et que « l'essence, la raison d'être de chaque chose est une idée de Dieu ». {Somme, art. XXIV, quest. 6 ; Quodi.,VIII,quest. 13.)Alatnéorie de la certitude se lie naturellement celle de la connaissance, et à celle-ci l'inévitable question des universanx.

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Le but que se propose Henri de Gand, en traitant de l'origine de nos connaissances, est de concilier Aristote et Platon : aussi proclame-t-il d'abord comme absolument nécessaire l'intervention des sens au début de l'intelligence et, par conséauent, l'action d'un ob^et particulier ; et même, a cette occasion, il s'élève avec chaleur contre la réminiscence de Platon. Mais il se rapproche bien vite de ce philosophe en admettant une connaùtanee naturelle des principes : d&s lors la connaissance ne dérive pas des sens, qui ne sont que des instruments^ c est pourquoi encore Henri avait coutume de dire que ■ le vrai docteur est plutdt l'agent intérieur que le maître avec sa parole extérieure ». Jusqu'ici, du moins, il n'est que réaliste platonicien, surtout quand il ajoute qu'il n'y a pas de science du concret et de l'individuel, mais seulement du général, et

2 n'en ce sens, l'universei est le véritable objet e la connaissance. C'est quand il s'agit de prononcer sur la nature de cet universel^ qu'on voit Henri flotter, quelquefois se contredire, et tomber dans un réalisme exagéré. Il reconnaît d'abord aux universaux une existence réelle et substantielle dans l'esprit ; et cette réalité résulte d'un travail de la pensée qui, par l'abstraction, débarrasse, en quelque sorte, runiversel de ce qu'il a de concret pour le mettre à nu. Il ne suit pas de là que son universel ne soit plus qu'une abstraction : « Il faut savoir, dit-fl (Somme, art. XI, quest. 14), que la raison universelle consiste bien moins d&ns la manière d'affirmer le même de plusieurs, que dans la nature et la propriété du prédicat, qui doit être d'une nature et d'une essence quelconque ; car l'universel renferme en soi deux choses : l'objet qui est essence et nature, et le prédieable qui se dit de plusieurs. » Cette double nature de l'abstraction et de la réalité, il la réunit dans un terme intermédiaire, et, faisant de celui-ci une entité, un être réel, il tombe dès lors dans le réalisme de saint Anselme. C'est ainsi qu'il affirme {Quodl., IV, quest. 6) que la force du nombre dix ou d'un nombre quelconque est quelque chose de réel hors de l'intelligence. De là vient l'accusation lancée contre lui par Tennemann, d'avoir assigné aux idées une existence réelle antérieure et supérieure à l'intelligence. Ce reproche est trop sévère^ surtout par rapport à l'intelligence divine. En eSet, Henri repclusse en son nom et même au nom de Platon l'existence de ces universaux

2ui no se trouveraient ni dans le particulier ni ans l'intelligence, soit divine, soit humaine. Il en résulte que si, d'un cêté, Henri est dans le vrai, de l'autre il est en contradiction avec luimême, puisqu'il attribue la réalité à une abstraction telle qu un nombre, par exemple. Mais pour entendre complètement sa théorie de la connaissance, il est nécessaire de savoir ce qu'il pense sur 1 union du corps et de l'àme, ou mieux, comment il comprenait l'homme. Pour Platon, l'homme est une âme qui a un corps ; en d'autres termes, c'est une force intelligente qui est douée de l'instrument nécessaire pour agir, Henri de Gand repousse cette belle définition : selon lai, le corps fait partie de la substance de l'àme; l'àme n'est pas moins faite pour le corps, que le corps pour l'àme; enfin il va jusqu'à dire {Quodl., Vil, quest. 13) que l'àme. jointe au corps, est plus parfaite que lorsqu'elle est dégagée du corps. Certes, Henri de Gand est ici bien loin de Platon, et on peut voir maintenant pour-

roi, le comprenant si mal ou le quittant si mal propos, il s'égare quelquefois dans sa théorie des idées, et pourquoi ennn il établit : 1* la nécessité de l'image pour la connaissance ; 2* l'impossibilité pour l'homme de eoncevoir les choses

purement immatérielles, à moins d'une illumination particulière de Dieu. Nous remarquerons toutefois au sujet de l'âme, qu'il a bien mieux qu'Albert le Grand fait ressortir l'unité de ce principe, en montrant que l'activité et la passivité, dans l'entendement, ne sont que deux modes du même être. Il ramène l'imagination à cette même unité, en sorte que ces trois formes de l'intelligence sont entre elles comme la lumière, la couleur et la vue. Ce défaut de suite dans les idées conduit Henri de Gand à une nouvelle contradiction. Examinant si l'existence de Dieu peut être l'objet de la science {Quodl.. IV, quest. 9), il commence par affirmer que l'être infini est essentiellement incompréhensible, et qu'il n'y a aucune proportion entre un être infini et une intelligence iwrnée et finie. Ailleurs {Somme, art. XXIV, quest. 1), il affirme, au contraire, qu'il est incontestable que la nature et l'essence de Dieu peuvent être connues par l'homme dans son état présent sur la terre. A part cette contradiction, on ne peut qu'applaudir a ce qu'il dit touchant l'existence de Dieu. Invoquant le sentiment bien plus que le raisonnement, il se fonde avec raison sur une sorte d'idée innée {prœcognilio) , en d'autres termes, sur le sentiment de l'infini qui nous élève jusqu à Dieu. Dans soi> langage et dans sa pensée, il se rap-

§ roche de saint Anselme, et surtout en parlant e l'unité et de l'éternité de Dieu. « L'unité étant la vraie réalité, dit-il (Somme, art. XXX, quest. 1), l'éternité est la vraie vie de cette unité; car étant absolue et ne pouvant, dès lors, subir aucun changement, elle jouit de la vraie vie, de la vie éternelle. *

Si maintenant on se demande quelle fut la philosophie de Henri de Gand, on hésitera peutêtre avant de répondre. On le donne comme un platonicien, et il est incontestable qu'il cherche souvent à marcher sur les traces de Platon; mais il faut ajouter qu'il ne connaissait ce philosophe que par saint Augustin, et nous avons vu qu'il le quitte souvent, soit par timidité, soit faute de le bien comprendre. Ainsi, ce qui manque à Henri de Gand, c'est un caractère bien décidé. Un système est quelquefois une erreur; mais aussi l'hésitation et l'incertitude conduisent rarement à la vérité. Ce qui le recommande, c'est d'abord un fond de bon sens courageux qui lui fit proclamer hautement les droits de la raison ; en outre, sur plusieurs questions particulières, il fit preuve de sagacité et de savoir. Quant a l'influence qu'il exerça, il faut reconnaître que son école, si jamais il fit école, s'éclipsa entièrement devant Duns-Scot et son réalisme.

Henri de Gand a laissé un grand nombre d'écrits dont plusieurs ont été imprimés; d'antres sont restés manuscrits.

Les premiers sont : Quodlibela theologica, 2 vol. in-f", 1518 ; — Summa quastionum ordinariarum theologiœ, in-f*, ib., 1520; — Liber sive Calalogus de scriptoribûs ecclesiasticis , in-8, Cologne, 1540.

Les écrits non imprimés sont : Liber de Pœnitenlia; — de Castilate virginum et viduarum; — Sermones et Homelias ; — Serjno de purificatione Virginis Deiparoe; — Quodlibetum de mercimoniis et negociationibus ; — Quodlibeta ordine alphabetico digesta;— Comment, in VIII libros Phys. Arist. (vel m quatuor ullimo» libros).

On lui attribue encore : Comment, in IV libros Sententiarum ; — Comment, in XIV libros Metaphys. Arist. ; — de Laudibus gloriosœ Virginis Deiparoe. Rien ne prouve que ces trois ouvrages soient de lui ; mais M. Huet pense avec raison que c'est à tort qu'on lui a attribué les suivanU :

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HERA

Vita S. EUuthtrii, Tomaeerui» epUcopi ; — Elevatio corpori» gu»dem; — de Anliquitale «r6t» Tomacenti* : — traduction firançaise du livre de Regimine reçum et prineifium. On peut consulter le travail de M. Huet intitulé Recherches historiques et critiqtiei sur la vie, les ouvrages et la doctrine de Henri de Gand, in-«, Paris, 1838. X- «•

HZanu DE Hesse et HXanU de Ottà étaient deui philosophes du iiv* siècle, Allemands tous deui, qui enseignaient dans l'Université de Vienne les principes du nominalisme. Le dernier est mort en 1397. X.

BÉBACXIDE DE PoNT, ainsi nommé parce qu'il naquit à Héraclée, dans le royaume de Pont, florissait vers l'an 338 avant l'ère chrétienne. D'une famille riche et considérée, il quitta son pays par amour pour la philosophie et la science, et se rendit & Athènes, alors le centre de la civilisation grecque. Il s'attacha d'abord à Speusippe ; mais, ayant entendu Platon, il ne voulut plus avoir d'autre maître ; et Platon, s'il faut en croire Suidas, lui confia la direction de son école pendant son second voyage en Italie. Selon Diogène Laërce, Héraclide aurait ouitté les doctrines de l'Académie pour celles du Lycée, et aurait enseigné^ le reste de sa vi^ la philosophie péripatéticienne. La noblesse de son caractère ne parait pas avoir été plus grande que la constance de son esprit. Il aimait, à ce que raconte Diogène Laërce, le faste, la pompe eitérieure. Il employait la supercherie et la ruse dans le dessein de se faire passer pour un être surnaturel, pour un demi-dieu, et obtenir après 8a mort, de ses ignorants concitoyens, les honneurs héroïques. U a beaucoup écrit sur toutes sortes de sujets, i la manière des philosophes péripatéticiens ; mais de ses nombreux ouvrages U n est rien arrivé jusqu'à nous que les fragments de son Traité des constitutions des divers Etats, qui était, à ce que l'on croit, un abrégé du grand ouvrage d'Anstote sur cette matière. Ces extraits, plusieurs fois imprimés & la suite des Histoires diverses d'Élien et dans d'autres collections, ont été publiés séparément avec une traduction latine, une traduction allemande et des notes par Georg. Dav. Kœler, in-8, Halle, 1804. Coray en a donné une autre édition supérieure à la précédente, dans le prodrome ou le premier volume de la Bibliothèque grecque, in-8, Paris, 1805. On a aussi, sous le nom d'Héraclide, un traité des Allégories d'Homère (imprimé parmi les Opuscules de Th. Gale, et séparément, en 1 vol. in-8, Goëtt., 1782, avec une traduction latine et des notes de Nie. Schow) ; mais il est très-douteux que ce soit d'Uéraclide de Pont. C'est plutôt un résumé de ce que les stoïciens enseignaient sur cette matière. On peut consulter sur ce philosophe l'opuscule suivant : Dissertatio de iferacliae Ponttco, auctore Eug. Deswert, in-8, Bruxelles, 1830.

Diogène LaSrce(liv. IV. ch. cxvi) nous apprend 4]n'il a existé un autre philosophe du nom d'Héraclide ; mais celui-là était sceptique et passe pour avoir été le maître d'iEnésidème. X.

HERACLITE. L'époque de la naissance de ce philosophe ne peut être déterminée qu'approximativement. Diogène LaSrce (liv. IX, Vie d'Heraclite) dit qu'il florissait vers la lxix* olym- Siade, c'est-à-dire environ 504 ans avant J. C, 'où l'on peut conjecturer qu'il était né vers 544. A la mort de son père, qui était un des premiers citoyens d'Éphèse, Heraclite renonça à la suprême magistrature en faveur de son frère, afin de se livrer exclusivement à la philosophie. A l'époque ■où apparut Heraclite, les travaux des philosophes ioniens s'étaient exclusivement concentrés sur

l'explication des phénomènes dn monde matériel. Thaïes, Anaximandre, Phérécyde, Anaximène avaient été astronomes et physiciens. Heraclite ne renonça point aux travaux de ses devanciers; mais il les porta plus loin, en les faisant sortir du cercle de la philosophie naturelle pour les étendre à la philosophie morale. Nous avons, sur ce point, tout à la fois le témoignage de Diogène LaSrce et celui de Sextus Empirions : car, d'une part, au rapport de Diogène Laërce (h v. IX. Vie d'Heraclite), le livre d'Heraclite « était divise en trois parties, et traitait de l'univers, de la politique, de la théologie » ; d'autre part, Sextus Empirions {Adv. Mathetn., lib. VII) dit positivement • qu'on s'est plusieurs fois demandé si Heraclite n'appartenait pas à la philosophie morale tout aussi bien qu'à la philosophie naturelle •. Il est donc constaté qu'avec Heraclite, et à dater de lui, la philosophie ionienne cessa d'être exclusivement la science de la nature, pour devenir en même temps la science de l'ordre moral : caractère important à signaler, et qui fait d'Heraclite, conjointement avec deux autres ioniens ses successeurs, Anaxagore et Archélaiis, un précurseur de Socratc.

En ce qui concerne la science morale, nous rencontrons d'abord, dans Plutarque, dans Clément d'Alexandrie, dans Diogène Laërce, un certain nombre d'apophthegmes attribués à Heraclite. Mais, ce qui est surtout important pour le point qui nous occupe, nous trouvons dans Sextus Ëmpiricus [ubi supra) une théorie d'Heraclite, touchant le critérium de la vérité et la valeur dé nos moyens de connaître. « Heraclite, dit Sextus, nous regarde comme pourvus de deux instruments pour tendre à la possession du vrai, à savoir, les sens et la raison. A l'exemple do Parmenide et d'Empédocle, il juge le témoignage des sens indigne de foi, et il pose la raison comme critérium unique. Il répudie le témoignage des sens en ces termes : • Pour les esprits barbares les yeux et les oreilles sont de mauvais témoins. «Quand il voit dans la raison le seul juge de la vérité, il n'entend point parler de la raison individuelle, mais de la raison universelle et divine.... D'où il suit que ce qui parait vrai an jugement de tous, c'est la raison universelle et divine, tandis que les conceptions de la raison individuelle n'apporlent en eUe rien de certain. Et, après avoir montré que c'est moyennant une certaine communion avec la raison divine que nous faisons et savons toutes choses, Heraclite ajoute : « C'est pourquoi il faut se confier à la raison générale. Toutes les fois que nous nous mettons en communion avec elle, nous sommes dans le vrai ; nous sommes dans le faux, au contraire, toutes les fois ç[ue nous nous abandonnons a notre sens individuel. »

Voici maintenant à quoi se ramène la physique d'Heraclite. Le feu est l'élément générateur, et c'est de ses transformations, soit qu'il se rare&e, soit qu'il se condense, que naissent toutes choses. Le feu, en se condensant, devient vapeur ; cette vapeur, en prenant de la consistance, se fait eau; l'eau, par l'effet d'une nouvelle condensation, devient terre. C'est là ce qu'Heraclite appelle le mouvement de haut en bas. Inversement, la terre, en se raréfiant, se change en eau, de laquelle vient à peu près tout le reste, par le moyen d'une évaporation (iva6u|ita<ri«) qui s'o-

Ecre à sa surface; et c'est ici le mouvement de as en haut. Ajoutons que le feu n'est pas seulement principe vivificateur, il est encore agent destructeur. L univers a été produit par le feu, et c'est par le feu qu'il doit se dissoudre et s'anéantir.

Quant à la cause première des changements

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