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^le U raison est d'expliquer le relatif par l'abmIu; qa'il est de son essence de reconnaître quelque chose qui soit la condition, le principe ae tout; qu'ainsi l'idée d'un être souverain nous
; qi «st donnée dans nous-mêmes et en tout : ou nous sommes tons des dieux, et chaque atome, la moindre production de la nature, est un être indépendant j ou bien tout ce qui existe relève d'une raison suprême : voilà ce que mon intellieence reconnaît, parce qu'elle est raison; l'idée de Dieu est la raison éternelle elle-même.
L'ouvrage le plus remarquable de fierder est celui qui a pour iitTeI(Ue$ sur ta philosophiede l'histoire de l'humanité, en vingt livres (1784-1781). C'est là qu'ila concentré tout ce qu'il a en de meillenres pensées et de plus nobles sentiments. La Science nouvelle de ITico est ici continuée dans im antre sens. Herder l'eût inventée si elle n'avait déjà existé. « Tout a sa philosophie, dit-il, dans la préface : pourquoi l'histoire n'aurait-elle pas la sienne? Celui qui a tout ordonné dans la nature, de telle sorte qu'une même sagesse, une même bonté, une même puissance régnent partout, depois le système de l'univers jusqu'au Ussu de la toile de l'araignée, aurait-il abdiqué sa sagesse et sa bonté dans le gouvernement des destinées
fénérales de l'humanité, et là seulement procéerait-il sans plan, sans dessein? Ce plan existe, et c'est un devoir de chercher à le comprendre, quelque difficile qu'il soit de suivre les traces de la pensée divine. Quelle est la place que l'humanité occupe dans le système de la création, et
^elle est^sa destination finale? A cette question, l'auteur cherchera la réponse, non dans les abstractions delà métaphysique, mais dans l'expérience et les analogies de la nature : heureux s'il pouvait communiquer à un seul de ses lecteurs la douce impression qu'a produite sur lui la sagesse éternelle du Créateur I > Herder se faisait illusion quand il se persuadait qu'il était possible de résoudre ce problème par l'expirience seule ; pour réussir, il est obligé de recourir à une loi supérieure à l'expérience, et i des idées que celle-ci ne fournit point.
Voici quelles sont les principales propositions de son système, tel qu'il l'a exposé dans les Idéei «t dans quelques autres écrits (ceux qui. sons le titre de Prceludien, précèdent les Idées dans l'édition complète des Œuvres). Le genre humain est nn, et forme un tout organique. La création terrestre offre une série ascendante de formes «t de puissances, et l'homme en occupe le degré le plus élevé : il est la plus haute expression de l'organisation sur la terre. La sensibilité et l'instinct des animaux sont, quant à leur inten- -sité, en raison inverse de leur sphère d'action. Privé d'instinct, l'homme a la plus grande sphère d'activité : elle embrasse le monde. Il est orga^ nisé pour la raison, le langage et la liberté : il est doué de plus nobles dispositions que les animaux, d'une sensibilité plus vive, et quoique d'une constitution plus délicate, il est organisé pour vivre plus longtemps et pour se répandre
I parfait, il n'a qu' lui-même ; pour lui, le mot qui exprime sa nature, le mot humanité, est l'expression de la perfection, parce qu'il est sur la terre l'image du Créateur. Toute puissance est attachée à un organe ; mais celui-ci n'est qu'un moyen, et non m force même. L'homme est une Intelligence servie par des organes, antérieure à l'organisation et persistant .après l'avoir dépouillée. Tout ce qu'il y a dans sa nature de virtualité ne peut j)as se réaliser sur la terre, qui n'est qu'un séjour de préparation. L'humanité ici-bas n'est
qu'un bouton dont la fleur doit éclore ailleurs ; c'est ailleurs que s'en accomplira le complet développement : l'état présent de l'homme est probablement le lien qui unit deux mondes. Le développement de l'numanité, ou le règne de la raison et de l'équité, est le but que poursuit la Providence dans le gouvernement du monde. La civilisation, en ce sens, est la fin de l'histoire, et, malgré ses détours, le cours des révolutions est toujours en progrès, et tend incessamment vers son terme. Le christianisme est l'expression de la pins pure humanité, et son but est de réunir tous les peuples en un seul, et de les former à la fois pour ce monde-ci et pour l'autre.
D'après ces idées, Herder juge le passé et détermine l'avenir de l'espèce humaine. Il caractérise, le plus souvent avec un grand bonheur, les formes successives de la civilisation et les notions historiques : il a fourni plusieurs traits à la philosophie de Hegel ; mais le tableau qu'il trace de la marche de l'humanité à travers les siècles n'a aucun rapport nécessaire avec son système, et le règne absolu et universel de la raison et de la justice qu'il nous montre en perspective dans l'avenir, pouvait être prépare par tout autre développement des destinées Anmaines.
Herder s'occupe spécialement de l'avenir dans plusieurs écrits (ils sont classés dans ses Œuvres sous le nom de Po<(«cent«n), notamment dans celui qui est intitulé Begards dans l'avenir de l'humanité (1T9M797). On peut pressentir ce qui doit arriver, et cette prévision n'est que la juste appréciation du présent et du passé, et les vœux rauonnables de nobles esprits peuvent déterminer l'avenir. Les hommes ont enfin trouvé le moyen d'améliorer leurs destinées ; ce moyen, c'est la raison armée de la force et de la puissance : c'est Prométbée délivré de ses fers. C'est une chose nuisible que de placer exclusivement le but de l'activité humaine au delà du tombeau. Longtemps encore tous les âges de l'humanité coexisteront sur la terre. Herder espérait, en 1794, que, dans l'année 1800, un nouveau CWlemagne viendrait compléter l'ouvrage de l'empereur de l'an 800, et il prédisait la chute des Ëtats de l'Europe, en tant qu'ils étaient fondés sur la conquête guerrière et religieuse. Pour ce qui est de l'avenir des individus, que Herder n'entend pas sacrifier à l'espèce, comme le fait surtout l'école de Hegel, il espère avec confiance pour eux une immortalité véritable, au moyen d'une métempsycose inconnue ; il y a, de plus, une autre immortalité qui dépend de nous, et qui est purement humaine. La tradition transmet et conserve aux générations nouvelles la pensée et l'action de ceux qui ont véoa : tout ce que nous faisons de bien est impérissable, et l'homme de bien qui exerce stir ses semblables une action bienfaisante et duraUe, est doublement immortel.
Il y a deux éditions des œuvres complètes de Herder : l'une qui parut à Tubingue, chez Cotta, en 45 vol. in-8, 18Û&-1820; l'antre formant 60 vol. in-16, 1827-1S30. Ses ouvrages les plus intéressants ont été réunis en un volume gr. in-8, chec
Hébreux a été traduite par Mme de Carlovritt, Paris, 1846, in-12; et m» Idées sur la philosophie de ehumanité, par M. E. Quinet, Paris, 1827, 3 vol. in-8.
Consultez J. Willm, Histoire de la fonutophie aUemande. Paris, 1847, 4 vol. in-8, et T. Jonfliroy, MOanges phitotophique». J. W.
BEREHMIUS, usciple d'Ammonius Saoeai.
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On ne connaît de lui qu'un seul trait raconté par Porphyre, dans sa Vie de Plotin. Ammonins lui avait fait la faveur, ainsi qu'à Plotin et à Origène, de l'initier i la partie la plus secrète de sa doctrine. Tous trois se promirent mutnelloment de ne jamais divulguer l'enseignement de leur maitre. Herennius ayant manqué à sa parole, les deux autres se crurent dégagés de la leur. X.
irtMT.T.g Dg Cabthaoe était disciple de Zenon, le fondateur du stoïcisme, et flonssait vers le milieu du m* siècle avant l'ère chrétienne. Il se séparait sur plusieurs points de la doctrine de son maitre, ce qui le fit regarder comme le chef d'une secte nouvelle, appelée les hériUiens. On sait que Zenon n'assignait i la vie humaine
u'un but unique, d'après lequel il jugeait sans
ilTérence toutes nos actions. Hérille en reconnaissait deux : un but absolu, que personne ne Soursuit que le sage, et un but relatif ou suboronné (OicoTtXo^), auquel s'arrêtent l'Intelligence et l'activité du vulgaire. Le dernier terme des efforts du sage, c'est la science, ce qui veut dire, pour Hérille, une vie conforme à la raison. Mais le but du vulgaire, variant suivant les individus, puisque Pun recherche le plaisir, l'antre les honneurs, un troisième les richesses, n'est pas susceptible d'une déRnition. Diogène Lairce attribue a Hérille des écrits de peu d'étendue, mais pleins de force. Malheureusement, il n'en est rien arrivé jusqu'à nous. On peut consulter, sur Hérille, l'auteur que nous venons de citer, liv. VII, ch. xixvii, CLXV et clxvi ; Cicéron, Qua»(. Aead., lib. II, c. xui ; de Finibut, lib. Il, c. xiu ; lib. IV, c. XV ; lib. V, c. xiv; d« Officiii, lib. I, c. n; de Oral., lib. III, c.xvn; et une dissertation de Krug, HeriUi de sunvmo bono sententia explosa non explodenda, symbolarum ad hisloriam philosopnia, in-4, Leipzig, 1822.
HEBMACBXJM Ds MittlIne, philosophe épicurien qui ilorissait 270 ans avant l'ère chrétienne. Il avait vécu dans la familiarité d'Ëpicure, qui le désigna dans son testament comme son successeur. C'est en cette qualité qu'il hérita de tous |es biens de son maitre. Il a beaucoup écrit, prmcipalement des ouvrages polémiques dirigés contre Platon et contre Aristote. Ces ouvrages sont complètement perdus pour nous. Voy. Diogène Laèrce, liv. X, en. iv et suiv.
HznSMËnaOES (Philosopuie et uvres). Voltaire écrit dans son Dictionnaire philosophique, au mot Hermèt ou Ermit, ou Mercure Triimégxaie ou Thaut, ou Tout, ou Toi : « On néglige cet ancien livre de Mercure Trism^giste, et on peut n'avoir pas tort. Il a paru à des philosophes un sublime galimatias.... Toutefois, dans ce chaos théologique, que de choses propres à étonner et à soumettre l'esprit humain I Dieu dont la triple essence est sagesse, puissance et bonté: Dieu formant le monde par sa pensée, par son Verbe; Dieu créant des dieni subalternes ; Dieu ordonnant à ces dieux de diriger les orbes subalternes et de présider au monde; le soleil, fîls de Dieu ; l'homme, image de Dieu par la pensée; la lumière, principal ouvrage de Dieu, essence divine : toutes ces grandes et vives images éblouissent l'imagination subjuguée.... Il reste à savoir si ce livre aussi célèbre que peu lu fut l'ouvrage d'un Grec ou d'un Égyptien. >
Il reste aussi à savoir en quel temps il fut imposé, et, par conséquent, si les belles doc- 7ines qu'il renferme, au milieu de rêveries discordantes et d'obscures subtilités, font partie d'une théologie antérieure aux plus anciens philosophes groc^ ou si elles n'offrent qu'un mélange récent dn néo-platonisme, du judaïsme,
avec quelques vagues traditions des idées cachées sous le symbolisme égyptien. Ce problème, on plutét ces problèmes ne semblent pas susceptibles d'une solution précise et définitive; mais nne critique impartiale en même temps que discrète peut espérer du moins d'y répandre quelque lomière.
Le Thot on Tant égyptien, l'Hermès grec, dont on retrouve les principaux traits dans le Mercure de l'Italie romaine, j>ersunnifie. dans la mythologie de notre Occident, le principe de l'intelligence et de l'industrie. C'est le dien des arts, de la science, le grand initiateur des peuples aux mystères de la pensée divine. Les Grecs, toutefois, ne lui attribuent l'invention d'aucune philosophie, d'aucune religion particulière. Il n'en est pas de même en Egypte. Là, on rapportait au dien Taut 36525 livres de doctrine sacrée, selon le témoignage de Manéthon, ou 20 000 seulement, d'après les témoi^ages de Sélencus et de Julius Firmicus. Jambliqae, qui nous a conservé ces chiffres peu croyables, prétend connaître 1200 livres du même auteur sur le seul sujet des dieux. Tous ces écrivains prennent sans doute, par complaisance ou par ignorance, pourautantd ouvrages hermétiques, les nombreux exemplaires que renfermaient les temples égyptiens, d'une sorte d'encyclopédie décrite en ces termes par Clément d'AleiandTrie, dans on passage de ses Siromates qui mérite de faire autorité: • Les Égyptiens ont aussi leur philosophie. On le voit tout d'abord par leurs cérémonies religieuses. Au premier rang marche le chantre avec un des symboles de la musique. On dit qu'il doit posséder deux des livres d Hermès, dont l'un contient des hvmnes religieux, et l'autre un règlement
Pour la vie des rois. Après le chantre vient horoscope (observateur des astres) tenant ea main une horloge et une palme, symboles de l'astronomie ; il doit savoir par cœur les livres astrologiques d'Hermès, qui sont au nombre de quatre, l'un sur l'ordre des planètes, l'autre sur les conjonctions et les phases dn soleil et de la lune^ le reste sur les levers des astres. Vient ensuite le scribe sacré, ayant des plumes sur la tête, un livre dans les mains, et nne rigle (sorte de palette), dans laquelle sont l'encre et le roseau qui sert à écrire. Il doit connaître ce qu'on appelle les livres hiéroglyphiques, la cosmographie, la géographie, les positions du soleil et de la lune, ce qui concerne les cinq planètes, la chorographie de l'Egypte, la description du Nil, Pomement des temples et des lieux consacrés, les mesures et autres choses
utiles dans les lieux saints. Vient ensnite le slolisle (ou ornementiste), tenant en main la coudée de justice et le vaae aux libations; il est chargé de tout ce oui concerne l'instruction religieuse et le choix des victimes. Dix volumes renferment l'exposé des sacrifices, des prémiees, des hymnes, des prières, des pompes, des fêtes et autres sujets relatifs à l'adoration des dieux en Egypte. Enfin parait le prophète, portant devant son sein Vhydrion (vase à eau lustrale), suivi de ceux qui portent les instruments pour la fabrication dn pain. Le prophète, comme chef du culte, apprend par cœur les dix livres appelés hiératique» (ou sacerdotaux), traitant des lois, des dieux et de l'instruction des prêtres ; car le prophète égyptien surveille aussi la distribation des revenus. Il y a en tout quarante-deux livres nécessaires à Hermès, dont trente-six, comprenant toute la philosophie égyptienne, sont appris par ceux que je viens de nommer. Les six antres regardent les pattophores (porteurs de statnette* et petits temples des dieux), et concement U médecine, la construction du corps humain. Ut
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maladies, les instruments, les remèdes, la médecine des yeux, celle des affections particulières anz femmes. • Malgré bien des obscurités, ce précieux témoignage, que confirment en ses parties essentielles une foule de monuments de l'ancienne Egypte, nous montre clairement toute la science traditionnelle et immuable des Égyptiens placée sous la consécration d'un nom (U- ▼in, celui de Tant ou Hermès, personnage auquel il est sans doute impossible d'assigner dans l'histoire une date ou une généalogie précises. Maintenant, peut-on prendre pour des débris de l'encyclopéaie hermétique, décrite par Clément d'Alexandrie, les oracles, les ouvrages d'astrologie, de médecine, de chimie, d'histoire naturelle et de philosophie ^ui, des le ii* siècle de notre ère, paraissent avoir circulé sous le nom d'Hermès? Galien, dès cette époque mime, n'hésite pas, pour ce qui le concernej à se prononcer contre l'authenticité de la collection hermétique; et les savants modernes se sont depuis longtemps décidés dans le même sens, d'après des preuves qu'on peut dire sans rénlique. Mais sur la partie philosophique du recueil, les controverses durent encore. Le Pcemander et les dix-huit ou vingt fragments grecs qui s'y rattachent, l'AscUpitts, dialogue qui ne nous est parvenu que dans une traduction latine, portant le nom du célèbre Apulée, sont encore aujourd'hui cités comme des monuments de la vieille sagesse égyptienne. En Allemagne, deux grands esprits, Goerres et Creuzer j en France, le savant traducteur de la Symbolique, paraissent y reconnaître, avec plus ou moins de restrictions (et il y en a de nécessaires pour le simple bon sens), un exposé des doctrines secrètes des prêtres de Memphis et de Sais, de ces doctrines où Solon, Pythagore, Platon, tant d'autres après eux, seraient venus puiser quelque chose au moins de leur philosophie. S'il en était ainsi, comment ne pas s'étonner que ni Platon, ni aucun philosophe dont il nous soit parvenu quelque page, jusqu'à Plutarque, ne cite les livres d'Hermès; que Plutarque qui s'y réfère au sujet du nom d'une divinité, les désigne {de Itide et Osiride, c. lxi) par cette expression peu rassurante : les vrélendus livres dfHermès (i-v Taï« 'Epiioa Xryoïuvoit pigXoi;) ; qu'après Plutarque il y ait un long silence, jusqu'au moment où les apologistes et les Pères de l'Église s'arment de ces textes pour nous montrer au delà du paganisme une vérité plus pure ({ue lui, et comme dérivée des révélations primitives auxquelles le christianisme rapporte toute son autorité? Si l'on songe combien de livres apocryphes naquirent, dès 1 époque ptolémaïque, de ce contact et de ce conflit de la religion juive avec la grecque ; combien surtout furent composés entre le II' et le vi' siècle de notre ère, j)our alimenter, en quelque sorte, une lutte ou les passions, même savantes, faisaient arme de tout témoignage favorable à leur cause; si l'on se rappelle les livres attribués aux anciens pythagoriciens, aux premiers apôtres, à saint Denys rAréopagite (voy. ce mot), les oracles sibyllins, les poimes prétendus orphiques, le titre d'un ouvrage attribué par Suidas au personnage fort suspect de Sanchoniaton, sur la Physiologie d'Henné», du rapprochement de tels faits il sortira déjà, ce nous semble, une présomption bien grave contre l'auteur des ouvrages qui portent le nom d'Hermès. Tin coup d'oeil rapide jeté sur l'ensemble et sur quelques détails du recueil donnera plus de force encore à ces premiers doutes.
Marsile Ficin a le premier réuni, d'après les manuscrits ou d'après les citations éparses dans les platoniciens et les auteurs chrétiens, ce qui
restait de la philosophie hermétique. Il en donna une traduction latine en 1471. Le texte grec fut publié en 1554, par Turnèbe, et deux fois depuis, avec quelques additions, par ï'r. Patrizzi à la suite de son ouvrage jadis célèbre, qui a pour titre : Nova de universw philoscmhia. Dans cette dernière édition, fort incorrecte (Tailleurs, chaque chapitre est suivi des observations d'un censeur ecclésiastique, on sont signalées au lecteur chrétien les propositions peu orthodoxes ou entièrement fausses. Cela seul nous montre à quel point de vue étaient considérées les doctrines du faux Hermès par les érudits de la Renaissance, c'est-à-dire au même point de vue que jadis par les docteurs de l'Église naissante. De même que Lactance et saint Augustin .invoquaient Hermès comme un très-savant théologien, presque comme un confesseur anticipé du Dieu unique que devait un jour proclamer le christianisme, ainsi et Patrizzi et Paronius semblent donner à son témoignage une autorité religieuse; et la censure officielle do Rome, sauf quelques réserves, ne croit pas devoir interdire cette lecture anz âmes pieuses, comme si elle y trouvait, au contraire, d'utiles secours, une préparation commode à l'enseignement évangélique. C'est qu'en effet la théologie du faux Hermès emprunte à Pythagore, à Platon, quelques-unes des formes les plus élevées de leur spiritualisme, à la Bible, des métaphores hardies qui expriment la tontepnissance de Dieu et la haute poésie de la création. Le polythéisme ne s'y montre que dominé, voilé par l'idée d'une intelligence unique et supérieure. Si ce n'est pas encore le dogme chrétien, c'est quelque chose qui s'en rapproche trop pour qu'on n'y aperçoive pas un travail de conciliation artificiel. Comment ne pas reconnaître la Oenèse dans des phrases comme celles-ci : • L'esprit existait avant la nature humide qui est sortie des ténèbres. — Tout était confus et obscur avant que le Verbe vînt tout animer. Dieu fit l'homme a son image. L'obscurité régnait sur l'abîme, l'eau et l'esprit étaient puissance dans le chaos. * Dans le treizième fragment, ces grandes images sont mêlées à d'antres semblables du Timée de Platon. Ailleurs reparaissent presque sans changement des paroles de l'apdtre saint Jean, ou même se reproduit toute une scène de l'Évangile. Tant est mis à la place de Jésus ; il a des disciples qui l'interrogent, et auxquels il révèle les mystères de la pensée divine. Quelquefois ce sont des élans d enthousiasme : « Que la naturt du monde entier écoute la voix de mon hymne : terre, entr'onvre-toi ; entr'onvrez-vous cataractes du ciel ; arbres, suspendez le bruit de vos feuil* les. Je vais chanter le maître de la création, I» tout et l'unité. — Je vais célébrer celui ani a tout créé, celui qui a fixé la terre, suspendu le ciel, qui a voulu que de l'océan nne eau douce se répandit sur la terre habitée ou sans habitants, pour la nourriture et l'usage de tous les hommes. — C'est l'œil de l'intelligence, qu'il reçoive les éloges que lui offrent mes puissances. • Enfin, ce sont des oracles dont l'expression vague et générale devait tôt ou tard être justifiée par quelque événement. • 0 Egypte I Egypte I de ta religion il ne restera que des fuiles, des fables incroyables pour la postérité : il ne restera que des mots écrits sur la pierre et rappelant ses actions pieuses; l'Egypte aura pour habitant le Scythe ou l'Indien, ou quelque autre peuple étranger, quelquepeuple barbare du voisinage. La Divinité, en effet, remontera au ciel; abandonnés à eux-mêmes, les hommes mourront tous, et l'Egypte sera désertée à la fois et de Dieu et des hommes, etc. • Tout cela est mis en scène d'une façon étrange. Voici, par exemple, le
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débat An.Pctmander : < Un jour que je méditais sur les êtres, et que ma pensée s'élevait aux plus hautes régions, mes sens corporels ayant été rortement possédés, comme il arrive aux hommes qui s'endorment d'un profond sommeil après un excès de nourriture on de travail, j'ai cru voir nn être de dimensions énormes, qui m'appelait par mon nom et me disait : Que veox-tu entendre et voir? Que veux-tu apprendre et connaître par l'esprit T — le lui ois : Et toi, qui es-tu? — Je suis, répondit-il, Pamander (on devrait écrire pintdt Pamandrès en français), l'esprit de la vérité; je sais ce que tn veux, et je seru partout avec toi.... » Et l'enseignement commence par une vision sublime, on l'auditeur du divin prophète est ravi dans le monde des idées et de la lumière. Il y voit l'obscurité se changer en eaa, de cette eau s'échapper une famée; de cette fumée sort un son inarticulé qui est comme la voix de la lumiire ; et de cette lumière que sort-il? le Verbe, le Terbe qui s'étend sur toute la naturel Pœmander demanae alors i Taut s'il comprend ce qu'il a tu; Taut répond seulement qutl comprendra (Yvi&70|iai). En effet, la vision a besoin crun commentaire, qui ne se fait pas attendre, mais qui # ne l'éclaircit pas beaucoup, du moins i nos yeux, bien qu'il s'y mêle et de fort belles idées et de fort belles images empruntées soit aux livres saints, soit au platonisme. Pœmander conclut par ces mots : « Et maintenant pourquoi tarder, puisque tu as reçu toute la science, à devenir le guide de ceux qui en sont dignes, afin que la race humaine soit, gr&ce à toi, sauvée par Dieu. • En disant ces mots, t( se mé{e aiÀX puisiance». Taut; après l'avoir remercié de sa révélation, adresse aux hommes une allocution trèsédiSante sur la nécessité de songer aux choses du ciel, puis à Dieu une longue prière pleine d'élans mystiques. Le morceau suivant est intitulé Discours universel d'Hermès Trismégisie à Tût; un autre, oii l'on démontre i/ue k bien n'est qu'en Dieu, s'adresse à Àsclepius; un autre, sur l'dme, à Ammon : et ces divers personnages reparaissent dans le clialogne intitule Asclepxus. L&, Hermès Trismégiste a pour auditeurs Am-
et la morale {mulla physica tthicaque). Le dialogue se passe entre Àsclepius et Hermès, ou plutdt c'est un long discours du maître interrompu de temps à autre par de courtes questions du disciple, et rempli des mêmes spéculations de théologie quelquetois sublime, mais en même temps peu originale, plus souvent obscure et ampnigourique. Il se termine, comme le Pcsmander, par une prière à Dieu pour le remercier de s'être ainsi manifesté à ses indignes créatures, et pour lui demander de les maintenir toiyours dans ces sentiments de haute piété. Puis tous les interlocuteurs vont prendre, à la manière des pythagoriciens, nn repas d'où sera exclue la cbàir des animaux (puram et sine animalibus ecsnam). Qu'est-ce que cette famille moitié grecque moitié égyptienne de prophètes et de mystaôogues? Hermès nous parle, au cha-
Sitre xxxvu du même dialogue, de son grand-père, ont il portait le nom. Ce premier Hermès estil celui qui, sous un nom plus abstrait, s'adresse à Trismégiste dans le dixième des fragments grecs {l'Esprit à Hermès) f Ckimment prendre au sérieux une généalogie où, selon l'i*sage grec et romain, comme le dit naïvement nn vieil
la médecinet On peut, sans doute, admettre avec des savants modernes que l'Egypte ait reconnn
Slusieurs Hermès, incarnations successives et iversement puissantes du même principe divin, et qu'elle leur ait attribué certaines révélations sur l'origine du monde, sur la nature des choses, sur la nature de l'homme envers son Créateur ; on peut admettre qu'une partie de cet enseignement ait passé en Grèce, soit par une tradition confuse, soit par quelque traduction des monuments symboliques du culte d'Hermès ; que Pythagore et Platon s'en soient inspirés quelquefois dans leurs études, et que certaines opinions, aujourd'hui tenues pour pythagoriciennes et platoniciennes, remontent réellement à cette origine; mais, d'une part, il paraîtra tomours impossible que les fra^ents de philosophie hermétique que nous lisons aujourd'hui aient été traduits sur des originaux écrits en lan-
§ue égyptienne : l'empreinte du style y est profonément grecque, et même d'une date fort récente. Ce n'est pas la langue de Platon, ni celle d'Aristote, ni celle de Plutarque; c'est celle de l'école de Porphyre et d'Ammonius dans toute sa richesse et dans toute sa subtlHté, avec des métaphores évidemment empruntées aux usages de la Grèce, par exemple, au vocabulaire de la musique, etçà et li des inadvertances plus significatives encore, comme la mention du sculpteur Phidias (p. 97, éd. Turnèbe), le récit d'une aventure arrivée au musicien Eunomius de Locres, aux jeux Pythiques, récit fort gracieux d'aillears, mais qui trahit bien clairement le faussaire. Ajoutez certaines manières de parler qui conviennent mal au personnage d'un prophète, comme cette phrase de VAscl^ius ; « Ce qu'on dit être extérieur au monde, si toutefois if y a quelque chose d'extérieur au monde, ce que je ne crois pas, etc. : > des titres mystérieux, comme la def, le cratère ou la monade {Diaioguea cfifermés ooec son fils Toi) ; une obscurité souvent avouée, calculée même comme dans le fragment d'hymne que nous citions tout à l'heure : tous ces indices montrent des écrits sortis de ces ateliers de théurgie enthousiaste et de grossière falsification, qui se multiplièrent surtout durant la lutte du paganisme contre les doctrines chrétiennes. Dans ce chaos de paroles et d'idées, oii le raisonnement revient sans cesse sur lui-même, n'avance que pour reculer ensuite; oii tous les systèmes se heurtent, on toutes les doctrines peuvent trouver des arguments, personne ne s'étonnera qu'il se rencontre quelques opinions conformes au sens des vieux symboles égyptiena) mais personne n'y saurait chercher une expression authentique de cette religion si originale. L'entraînement des passions religieuses et l'inexpérience de la critique ont seules pu, sur ce point, accréditer les préjugés ou prolonger les méprises. Cest ce qui a été démontré depuis deux siècles par Casaubon, dans sa belle polémique contre Baronins; depuis cette époque, les historiens de la philosophie n'ont guère fait que reproduire les mêmes conclusions, jusqu'à Banmgaxten-Cmsius. qui, dans un opuscule spécialement consacré i ce sujet (in-4, léna, 1837), les a encore appuyée* par des preuves nouvelles. U est aujourd'hui i souhaiter qu'un philologue exercé publie une bonne édition critique de tous ces textes d'Hermès le philosophe, en les accompagnant d'un commentaire ou seraient indiqués avec soin tons les emprunts faits par l'auteur i la Bible, aux platoniciens, à l'Ëvangile. Si nous ne nous trompons, la part faite au plagiaire, celle de l'écrivain original resterait bien petite, indigne en tout cas du Taut égyptien; mais un tel livre aurait toujours son importance comme témoi-
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„. de ritat des etorits dans les siècles oii
fl a pu nattre et obtenir tant d'autorité. — Consmter snr ce snjet Fabricins, Bibliothèque grecque, 1. 1, p. 46-89, édit. de Harles; la Symbolique, de Creuzer, Ut. III, avec les éclaircissements de H. Guigniaat, surtout les notes 6 et 11; la dissertation de H. Guignant : de'Ep- Iio0 seu Itereurii mythologia, in-8, Paris, 1835. On pourra lire encore avec fmit la dissertation de Fourmont, oà l'on montre qu'il n'y a jamais eu qu'un Mercure {Mémoires de V Académie des inscriptions et belles-lettres, t. I) : Zoega, de Origine et usu dbéliseorvm, in-^, Rome, 1797, p. â)3 et sniv., où sont réunis tons les textes relatifs aaz livres de Thant; enfin, sur les ouvrages d'alchimie hermétique, l'Histoire de laphiu>s(^hie hermétique, par l'abbé Lenglet du nesnoy, 3 vol. in-12, Paris, 1742, t. I. Il existe en français deux traductions incomplètes des fragments grecs d'Herm&s, l'une par du Préau (in-8, Paris, 1549, 1557), l'autre par de Fovx de Candalle (in-8, Bordeaux, 1574). H. L. Hénard en a donné une très-complète i laquelle l'Académie des inscriptions et Délies-lettres a décerné un
?rix. sous ce titre : Hermis Trismégisle.Paii», 866, in-8. £• Ë.
iT»!Birf*H II a existé deux philosophes de ce nom : l'un chrétien, qui florissait vers le n* siècle de l'ère chrétienne, et l'autre païen, du v* siècle de la même ère. Le seul titre qui a fait compter Hermias le chrétien parmi les philosophes, c'est on ouvrage qu'il a écrit, dans le style de la satire, contre la philosopoie, et qui ne mérite pas l'Donneur qu'on lui a fait de te réimprimer cinçi ou six fois. A(a(rvp|ii« ttSv !(u f iXové9(i>v, Irrxsio philosophorum genlilium, en grec, avec une version latine de J. J. Fugger, in-8, B&Ie, 1553; in-f*. Zurich, 1560; in-^, Paris, 1624 ; à la fin du Tatten de Th. Gale, in-8, Oxford, 1700, et la plupart des éditions des (Éuvrea de saint Justin le martyr. — Hermias le païen était un philosophe de l'école néo-platonicienne, disciple de Syrianus, époux d'Aédésie, et père d'Ammonius. Il a laisse un nom moins célèbre que sa femme et son fils, et sa mémoire était plus remarquable que son génie. X.
HEBMINTTS, philosophe stoïcien, et commentateur de quelques-uns des écrits d'Aristote. Il florissait vers le milieu du u* siècle de l'ère chrétienne, et a été un des maîtres d'Alexandre d'Aphrodise. Ses ouvrages ne sont pas arrivés jusqu'à nous; mais Alexandre d'Aphrodise nous a conservé quelques-unes de ses opinions, du moins en ce qui touche la philosophie d'Aristote.
HKWMTPPE DE SHnNB. philosophe péripatéticien, qui florissait i Alexandrie pendant le m* siècle avant l'ère chrétienne. U a écrit sur la grammaire, la mythologie, la géographie, l'astronomie, l histoire, les anciens législateurs, et les anciens sages de la Grèce, plusieurs ouvrages dont aucun n'est arrivé jusqu'à nous. Hais quelques fragments de ces divers écrits, et
âuelques renseignements sur la vie et les opinions e l'auteur, ont été réunis dans la dissertation suivante : Hermippi Smyrnœi, peripaletiei . Fragmenta eoUecia, disposita a tllustrala ao Ed. Adalberto Lozynski, in-8, Bonn, 1832. X.
HEBMOI.AttB BABBARUS OU plutdt ER- MOIJLO BABBARO, plus souvent désigné, dans les ouvrages du zvi* slèele, par son prénom que par son nom de famille, naquit à Venise le 21 mai 1454. U était d'une noble maison, à la* quelle avaient appartenu Josaphat Barbûo. si célèbre voyageur, et François Barbare, auteur du traité de Be uxoria. Tennemann compte à bon droit Ermolao Barbare au nombre des érudits
qui contribuèrent le pins efficacement à détourner les esprits des questions épuisées par la controverse scolastiqne. et à taire comprendre dans les écoles la vraie doctrine du Stagirite. Il mourut à Rome, atteint de la peste, le 14 juin 1493, & l'âge de trente-neuf ans. Jeune encore, il s'était acquis déjà une grande renommée par ses travaux sur Pline, Dioscoride, Aristote et Thémiste. Nous désignerons ici ceux de ses ouvrages qui eurent pour objet et pour résultat de recommander et de faciliter l'étude des archives péripatéticiennes. On doit à Ermolao Barbare : 1° Compendium eihnicorum librorum, in-8, Venise, 1544, et in-8, Paris, Roiçny, 1546; 2* Compendium scientioe naturalis m Aristolele, in-8, Venise, 1545; in-8, Paris, 1547, et in-4. 1555; in-8, Lausanne, 1579; in-8, Marpurg, 1597. U y a une édition de Bâle, in-12, dont la date nous est inconnue ; 3* Versio librorum Aristolelisdearte discendi, in-f", Bfcle, 1551; 4° Themistii paraphraais in Aristotelis Posteriora Analytica latine versa, ia-f, Paris, 1511, 1528; in-4, Bàle, 1533, 1545; in-f», Venise, 1560.
Le P. Niceron {Homme» illustres), David Clément, dans sa Bibliothèque curieuse, et le Giornale de" letterati d* Itaha, peuvent être consultés sur la vie et les ouvrages d'Ermolao Barbare.
HEBKOTHIE DE Clazohènb. Aristote {Métaph., liv. I, ch. ni) est le premier qui fasse mention de ce philosophe. Parlant d'Anaxagore, qui reconnaissait une intelligence comme principe moteur et ordonnateur de l'univers, il nous apprend, sans prendre ce fait sons sa garantie, que la même opinion parait avoir été exprimée auparavant par Hermotime de Clazomène (AïiUv 8*^ ix" Kpotspov *£p|>ÔT(|io; i KXaCofUv^ot iliteîv). Voua tout ce que nous savons de ses opinions. Après Aristote, Pline l'Ancien {Hist. nat., liv. VII, ch. lui) rapporte d'après une tradition ■ju'Hermotime de Clazomène avait de son vivant la faculté d'abandonner son corps et de se transporter, pur esprit, dans les lieux les plus éloignés du monde. Reprenant ensuite son enveloppe matérielle, il racontait teut ce qu'il avait vu ou entendu pendant ces voyages extraordinaires. Hais un jour ses ennemis, profitant d'un de ces moments d'absence, livrèrent son corps aux flammes, et lui firent subir ainsi une mort anticipée. C'est probablement la vie contemplative d'Hermotime et son détachement des choses extérieures qui ont donné lieu à cette fable. Tous les autres écrivains de l'antiquité qui prient d'Hermotime de Clazomène , Plularque {de Dœmonio Socratis). Sextus Empiricus {Adv. Mathem., lib. IX, c. va), Alexandre d'Aphrodise {Comment, in I Aristot. Metaph.), Simplicins {Comment, in Aristot. Phys.), etc., ne font que répéter Aristote et Pline avec des variantes de peu d'importance. Tous ces passages oat été réunis vai Oams dans une dissertation intitulée des Traditions relatit)es à Hermotime de ClasomMe, Essai critique, dans le recueil de Fûlleborn, 3* cahier (ail.). I.
HÉRODOTE. U a existé deux philosophes de ce nom : l'un était un philosophe sceptique, appelé Hérodote de Tarse, disciple de Ménodote, et maître de Sextus Empiricus; l'autre un philosophe épicurien, mentionné par Diogène Latrce (liv. IX), et auteur d'un ouvrage sur la jeunesse d'Ëpicure : IIip) 'EvixoOpou èfi]6éu(<. X.
HERV.Eas NATAUS {Hervé Noët}, philosophe scolastiqne, né en Bretagne dans la dernière moitié du xm* siècle, fut d'abord moine, ensuite général de l'ordre des dominicains, et enfin recteur de l'université de Paris. Il mourut à Narbonne en 1323. L'ordre auquel il apparte-
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nait nom dit assez quelle était sa doctrine. Il
Îirofessait, en théologie comme en philosophie, es opinions de saint Thomas, A employait a les défendre nne dialectique pins suhtile que profonde, et i laquelle on reproche nne trè^grùide obscorité. Ceni de ses écrits qui ont obtenu le pins de réputation sont ses mélanges {Quodlibeta) et son Commentaire sur UMaitrt dis sentences,
BESTCHIUS, surnommé FlUtistre, né àMilet. vivait dans le ti* siècle de l'ère chrétienne. Il nous reste de lui un Abréqi des mes des philosophes par ordre alphabétique, qui est tiré en grande partie de Diogène LaSrce. Cet ouvrage a té publié avec nne traduction latine par Heursius, in-8, Leyde, 1613. X.
HETDENREICH (Charles-Henri), né le 19 février 1764, à Stolpen, dans la Saxe électorale, se consacra successivement i la poésie, à la philologie et i la philosophie, à laquelle il demenra fidèle le reste de sa vie, sans rompre entièrement avec les goûts de sa jeunesse. Appelé, en 1789, à la chaire de philosophie de Leipzig, il rat obUgé, en 1798, de résigner ses fonctions, et se retira, rainé de santé, abrenvé de dégoûts et d'humiliations, près de Weissenfels, où il mourut trois ans après, à l'âge de trente-sept ans. Heydenreich s était attaché d'abord à la doctriae de Spinoza; mais il l'abandonna bientôt pour celle de Kant, et se fit, parmi les nombreux disciples de ce grand homme, une place très-distinguée par la variété de ses connaissances, par la perspicacité de son e^rit et souvent même l'originalité de ses vues : car^ en acceptant les principes généraux du criticisme, il ne renonça pas a son indépendance. Il a le mérite d'avoir complété et, à certains égards, corrigé le système de Kant, surtout en ce qui concerne l'esthétique et la philosophie de fa religion. Voici les titres de •es ouvrages : Essai dCune appréciation de ta preuve de l'immortalité de Fdme, qui se fonde sur Pamour de la perfection, in-8, Leipzig, 1785;
— Animadversiones in Mosis Mendetii refutationem placitorum Spinoiœ, in-4, ib., 1787 ;
— la Nature et Dieu d'après Spinoxa, in-8, ib., 1789; — Observaliones de nexu sensus et phantasiœ, ralione habita ethices, rhetorices et politices, in-4, ib.. 1788; — Essai sur Vorigine et la wUeur des règles en matière de sentiment et d^imagination , in-8, ib., 1788; — Suslime de l'esthûique, in-8^ ib., 1790; — Considérations sur la philosophie de la reliçion naturelle, 2 vol. iii-8, ib., 1791; — Num ralw humana sua vi et tponte eontingere possit notionem creationis ex nihilo, in-4, in., 1790; — Principes de la théologie morale, avec des applications à l'éloquence
sur les objets les plus intéressants de la philosophie, etc., 3 vol. in-«, ib., 1793-1795; — /n<roduetion à la philosophie morale d'après Us principes de la raison pure, in-8, ib., 1794; — Système du droit naturel d'après les principes de la philosophie critique, in-8. ib., 1801 ; — Essai sur la sainteté de l'Etal et la moralité de la révolution, in-8, ib., 1794; — Principes du droit nalurd dans les rapports avec l'État, in-8, ib., 1795; — Lettres sur l'athéisme, in-8, ib., 1796; — de la Misère de l'homme, in-8, ib., 1796; — Explication philosophique de la superstition, in-8. ib.. 1798; — V Homme et la Femme, in-8, ib., 1798. Indépendamment des écrits que nous venons de citer, Heydenreich a publié plnsiears traductions accompagnées de notes instructives, entre autres celle ieV Histoire entxque des révolutions opérées dans la philo- \
Sophie, par Cromaziano, c'est-inlire Baonafede, î vol. m-8, ib., 1791 ; celle de l'ouvrage d'Alisoa, sur le Coût, 2 vol. in-8, ib., 1792; celle des Pensées de Pascal, in-8, ib., 1793, etc. Il a également pris part i une loule de recueils périodiques, et a publié lui-même, pendant deux ans, un Almanach philosophique, 2 vol. in-8, ib.^ 1795-1793, et un Observateur de la vie domestique, 2 petits vol. in-8, ib., 1795-1796. Knfin, après sa mort, on a fait imprimer, sous son nom, des Considérations sur la dignité de Chomme, daprit les principes de la philosophie morale et religieuse de Kant, in-8, ib., 1802. On consultera avec fruit, sur ce fécond auteur, un écrit de Schœll : Heydenreich caractérisé comme homme et comme citoyen, in-8, ib., 1802 (ail.). X.
HIÉBOCaLËS, philosophe néo-platonicien du milieu du iv siècle, a été confondu par plusieurs savants, notamment par Pearson, avec le fameux Hiérocles de Bithynie, auteur au factnm antichrétien, en deux livres, le Philalèthe, qui vivait sous Dioclétien et fut un des instigateurs des persécutions exercées en 303 contre les chrétiens. Cette erreur était facile à éviter. Les noms propres que contiennent les œuvres mêmes d'Uieroclès, a l'époque on vécurent Énée de Gaza et Théosèbe, ses disciples, dont lederniervitquelqae temps au moins Damascius, font foi qu'aux vingt années, de 445 i. 465, se rapporte le moment de la plus grande célébrité d'Hiéroclès. On n'a, du reste, que peu de détails sur sa vie. Il semble avoir reçu le jour en Egypte et peut-être i Alexandrie : cette grande ville fut du moins son séjour habituel. On pourrait présumer qu'il suivit, pendant un temps, les leçons du premier Olympiodore, qui compta Proclus parmi ses auditeurs, vers 431 ; mais comme Olympiodore était pintât péripatéticien que platonicien, c'est à d'autres sources, probablement & l'école d'Athènes et sous Plutarque on Syrianus, qu'Hiéroclès alla s'initier à la pensée des successeurs de Plotin. Ce dont on ne peut douter, ce qui résulte du témoignage de Suidas, c'est que, devenu à son tour un des représentants du néo-platonisme, i I rendit i l'école d'Alexandrie son caractère, et en fit le pendant de l'école d'Athènes. Son enseignement fiit contemporain, en partie au moins, de celui de Proclus, car on ne mentionne après lui, comme chefs de la section aleiandrine des néo-platoniciens, qu'Ammonins (fils d'Hermias), Isidore et Asclépiodote : or tous trois avaient été disciples de Proclus; et Isidore, son second successeur, avait régi l école d'Athènes avant celle d'Alexandrie. L'enseigement d'Hiéroclès s'étendrait ainsi jusque vers 485. Mais, d'une part, il est possible qu'un successeur inconnu pour nous ait tenu la chaire entre lui et Ammonins; de l'autre, il est certain qu'il y eut une interruption dans son enseignement. « Dans un voya^ qu'il fit à Byzance, nous dit un moderne, il encourut, par quelques mots indiscrets, la disgr&ee des gouverneurs de la ville. > Le passage grec ainsi travesti veut dire tout autre chose : oi xeatoOvrt; n'indique ni les gouverneurs de la ville, ni les gouvernants^ mais l'opinion dominante, c'est-àdire le christianisme; les mots reprochés au philosophe ne sont pas des personnalités, ce sont des opinions hostiles à l'Ëglise ; enfin le voyage d'Hiéroclès dans la capitale semble avoir eu lieu plutôt par ordre que librement. C'était aux derniers temps de Theodose II ou même sons Pulchérie (450). auand le gouvernement frappait i coups redonblés pour achever la destruction de l'idol&trie. Hiérocles, traduit devant des jages prévenus, fut cruellement battu de verges, mais subit héroïquement ce supplice, et recueillant de son sang dans une main, le jeta
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au visage du bourreau, en prononçant ces vers d'Homère :
' ■ [maine, Tiens, bois, voici du vin, mange de la chair bn- Cyclopel
Toutefois on lui fit gr&ce de la vie, et il alla en exil attendre la fin de l'orage, qui fat, sans doute, celle du règne de l'intolérante Pulcbérie. De retour dans Alexandrie, il y reprit ses leçons avec éclat, mais sans égaler son rival d'Athènes. Soit prudence d'ailleurs, soit conviction, ses opinions sur quelques points graves se rapprochaient plus de la solution chrétienne que celles de Proclns. On ignore quand mourut Hiéroclès. Nous avons vu qu'Ënée de Gaza et Tbéosëbe furent ses condisciples ; et c'est peut-être ce dernier qui lui succéda : on s'expliquerait ainsi comment il transmit oralement, à Damascius, les remaroues de son maître sur le Oorgiai. Hiéroclès était surtout recommandable par son élocution facile, riche et majestueuse. Ses écrits ne démentent loint cette opinion. Damascius lui refuse le génie lu penseur, et ne lui accorde que la sagesse humaine. Le fait est qu'il est peu métaphysicien. Il expliquait volontiers Platon ; il commenta deux fois le Qorgiai, et toujours en variant son exégèse. Uais, ni l'un ni l'autre commentaire ne subsiste. On n'a sauvé de lui qu'un ouvrage complet, c'est son Commentaire sur Ut ver» dorés, attribués à Pythagore. Photius nous a transmis dans sa BAliotMqve une analyse et quelques extraits de son traité en sept livres sur la Providence et le Destin. Enfin on trouve dans Stobée plusieurs fragments d'Hiéroclès, chacun avec un titre particulier ; mais l'on ne saurait dire si ces titres désignent autant d'ouvrages spéciaux ou sont ceux d'un même ouvrage, les Idées philosophiques ; nous inclinons pour ce dernier avis avec Pearson, qui même divise cet écrit en deux livres, et répartit les fragments entre chacun d'eux, réservant au second l'Économique et le Mariage, et assignant an premier les préceptes relatifs aux devoirs envers les dieux, envers la patrie, envers les parents, etc. En général, la morale d'Hiéroclès est admirable : la pureté, la sérénité des principes, chez lui, s'unissent à un bon sens pratique exquis : témoin, entre autres, ses belles pages sur le mariage et sur les obli-
rlons des époux. Le Cominentaire sur les vers es présente les mêmes qualités accompagnées de plus d'exaltation, et aussi de quelques horsd'oBuvre. Hiéroclès y expose sa théologie, suivant laquelle il existe trois classes de dieux ou d'êtres participant de la divinité : les dieux célestes, dont l'intelligence est invariablement fixée sur le Dieu suprême; les dieux éthérés, classe intermédiaire, qui regardent tantôt en haut, tantôt autour et au-dessous d'eux, et qui, parfois, nommés héros ou démons, ont diverses régions du monde sous leur direction; et enfin les dieux terrestres, dont les âmes humaines font ou un jour feront partie, et qui détournent plus souvent leur regard du ciel qu'ils ne s'y dirigent. Cette classification est bien dans l'esprit du néoplatonisme; mais l'on n'y reconnaît ni cette richesse de subdivision, caractère de la théologie de Syrianus et de Proclus, ni ces dénominations essentielles en usage dans l'école d'Athènes : c'est encore la simplicité de la théologie de Porphyre; et en cela, certainement, Hiéroclès est moins loin que ses rivaux des antiques idées pythagoriciennes. Il ne leur est pas complètement fidèle pourtant, et, cédant i. l'esprit do temps, ii prêta au chef de l'école italique des idées postérieures d'au moins cinq ou six siècles. A plus forte raison, ne soupçonne-t-il pas qu'il
puisse y avoir un doute sur l'authenticité des Vers doré», sur leur auteur, sur leur kge. An total, le Traité de la Providence et duDestin, s'il subsistait en son entier, serait sans doute le plus beau titre philosophique d'Hiéroclès. Il cherche lui-même des solutions, il discute, il réfute, il essaye de concilier. Dans son premier livre, il établit sa propre opinion sur les questions qu'il se pose, et, dans la troisième, il répond aux obiections qn il prévoit. Les cinq autres sont destines i démontrer que ses idées, au fond, s'accordent avec celles de Platon, avec le» oracles et les lois sacerdotales, avec Orphée, Homère et les prédécesseurs du disciple de Socrate, enfin avec les leçons de tous les chefs de l'école après lui. Cette portion de son travail, quoique entachée de quelques erreurs, devait avoir de l'importance pour l'histoire de la philosophie, car il conduisait l'exposition des opinions jusqu'à ce Plntarque qui fut le maitre de Syrianus. Quant i la doctrine même, il appelle providence l'empire paternel que Dieu exerce sur toute la création, tant visible qu'invisible, et destin la justice distributive qui accompagne l'exercice ae cet empire. En d'autres termes, le gouvernement équitable à l'aide duquel le Créateur et père des êtres maintient l'ensemble de l'univers, c'est la providence; et la loi particulière, l'arrêt (véjioç) qu'il rend pour chaque individu, c'est la destinée (iliutpiiivri} de celui-ci. L'homme est pourvu du libre arbitre: mais, d'une part, ses décisions sont suivies d'une action spéciale de Dieu sur ses affections (sur les motifs qui sollicitent sa volonté), et cette action qui rend plus ou moins facile le bon usage du libre arbitre, estdéj&un commencement de récompense on de peine ; de l'autre, Dieu, dès l'origine, a déterminé le commencement et la fin de l'existence. Hiéroclès ne voit aucune contradiction entre ces dernières propositions et ce qu'il a dit du libre arbitre : grftce i cette explication, dit-il, il est également vrai que l'homme fait et que l'homme subit sa destinée; et il s'élève contre les théories qui font consister le destin dans la nécessité, la force ou la nature propre des individualité». II pose aussi ce principe, que la matière, quand Dieu l'a créée, n'existait point i part, et qu'il a suffi au Créateur, pour accomplir son œuvre, d'un acte de sa volonté. C'est à tort qu'on a vu là la création ex nihilo. Il est vrai seulement qu'Hiéroclès s'élève contre le dog^e de l'éternité indépendante attribuée à la matière par Platon luimême, au moins dans le Timée, et il reste éloigné du christianisme, en déclarant que la création n'a pu avoir de commencement. Lw âmes, selon lui, ont les unes trois mille, les autres dix mille ans d'existence. Ainsi que Porphyre, il n'admet la métempsycose que d^omme à homme. Enfin, bien que le gouvernement de Dieu s'étende à toutes les sphères, il regarde la première seule comme directement régie par lui; la deuxième l'est par la première, la troisième par la seconde, et conséquemment les âmes humaines sont sous l'empire immédiat des héros ou bons démons.
La meilleure édition d'Hiéroclès est celle de Needham, in-8, Cambridge, 1709, avec traduction latine de Courtier et Girardi, des prolégomènes de Pearson, des notes de Ficm, de Casaubon, de l'éditeur, et U vie d'Hiéroclès par ce dernier. On en a réimprimé le Commentaire sur les Ver» doré», !n-8. Londres, 1743. Des éditions partielles avaient été données à pnrtir de 1874 : la première parut à Padoue. Enfin il existe d'Hiéroclès des traductions i talienne (in-4, Venise, 1604, par Dardi Bembo), anglaise (in-S, Glasgow, 1756), française (2 vol. in- 12, Paris, 1706, par Dacier). V. P.
BIÉRONYICE SE Rhodes, philosophe péripa-
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titieien du m* siècle avant l'ère chrétienne, contemporain de Lycon, alors chef de la même école, et d'Arcésilas, le fondateur de la nouvelle Aca^ demie. Il avait beaucoup écrit, et ses ouvrages étaient très-^stimés dans l'antiquité; mais .ils sont complètement perdus pour nous. Nous savons seulement qu'il faisait consister le soliverain bien dtuis l'absence de la douleur, et que le plaisir, i ses yeux, n'était rien de réel ni de désintnle en sol. Voy. Diogène Laérce, liv. IV, ch. xu et xui; liv. V, ch. Lxvm, et Cicéron, de Finibus, lib. V, c. v ; lib. II, ;c. m ; et Aead. QiMEsr, lib. Il, e. XLn. X.
BILDEBERT, philosophe scolastiqne, était né & Lavardin en 1057. Comme il a composé une épitaphe en l'honneur de Bérenger de Tours, on a coiuecturé qu'il avait eu pour maître le célèbre archidiacre -mais cette opinion n'est rien moins qu'avérée. D'autres ont avancé, sans plus de fondement, qu'il avait été moine de Cfuny, et disciple de saint Hugues, abbé de ce monastère. Ce qui paraît mieux établi, c'est qu'étant encore très-jeune, il fut placé à la tête de l'école cathédrale du Hans, qu il la dirigea pendant plusieurs années, et qu'il succéda en 1097 à l'évêqne Hoël. Les commencements de son épiscopat furent troublés par la guerre qui s'éleva alors entre le comte du Mans et Guillaume le Roux, roi d'Angleterre. Effrayé de la gravité des circonstances. Il partit pour Rome, afin de résigner sa dignité ; mais les instances du souverain pontife Psiscal II le firent changer de résolution. A peine de retour en France, Hildebert eut à combattre les prédications de l'hérésiarque Henri, sectateur de Pierre de Bruys ; et, si l'on en croit les historiens, il employa contre lui d'autres armes que la persuasion. En 1125, il fut élevé à l'archevêché de Tours, et mourut en 1136, laissant une réputation de science et de vertu qui a valu i. sa mémoire le surnom de vénérable.
Hildebert est un des écrivains de son époque qui ont le mieux connu et le plus goûté les anciens. Il a laissé des poésies où respire le plus vif enthousiasme pour Rome et la Grèce, et qui sont pleines des souvenirs de la littérature et même, chose étrange chez un pontife chrétien, de la mythologie classique. Dans ses oeuvres théologiques, il aime i citer Virgile. Sénèque, Cicéron, Horace^ Aristote, Platon, et il avait certainement étudié tous ceux de leurs ouvrages qui étaient alors connus.
Ce commerce assidu avec l'antiquité annonce chez Hildebert une largeur de vues que ses ouvrages ne démentent pas. Moins original et moins profond que saint Anselme, il se distingue par l'étendue, la justesse et l'érudition. Selon lui, la foi est la certitude volontaire des choses absentes, supérieure i l'opinon, inférieure i la science. La raison a le pouvoir d'établir, par ses seules forces, l'existence de Dieu : car l'&me, qui ne peut l'ignorer entièrement, doit savoir qu'elle n'a pas toujours existé; or, si elle a commencé, elle n'a pu se donner l'être, et il faut qu'elle l'ait regn d'une cause qui ne peut elle-même avoir eu de commencement. Non-seulement la raison peut démontrer l'existence de la cause première, elle a la faculté de prouver encore que cette cause est une, puisque s'il existait deux causes imparfaites, elles seraient insuffisantes, et que si elles étaient parfaites toutes deux, une d'elles serait de trop. D'autres attributs de Dieu, suivant Hildebert, la justice, la bonté, la sagesse, l'immensité, peuvent être connus par la raison avant de l'être par la foi, de sorte qu'il existe une science de ces attributs en dehors de la révélation.
Cette opinion si grave et si libre du pieux évoque se trouve exposée dans son Traité théolo-
gique, on des plus anciens monuments de la théologie scolastique. Il a porté le même enirit et la même liberté dans un opuscule intinilé Philosophie morale : de l'utile et de l'honnête, qui, de son;aveu même, a été composé à l'imitation des anciens. Il y ramène la morale & trois questions principales : 1* ce que c'est que l'honnête ; 2' ce que c'est oue rutile : 3* comment l'utile s'accorde avec l'honnête. L'honnête est ce qui nous attire par sa vertu propre; il a quatre formes qui sont les quatre vertus : prudence, justice, courage, tempériuice. L'utile est ce qui est recherché en vue de ses avantag«s : il comprend les biens de l'esprit, ceux du corps, et ceux de la fortune. Ce sont bien là, selon la promesse de l'auteur, la méthode, les divisions, et jusqu'à la terminologie de Cicéron et de Sénèque. Il n'y a de neuf que l'entreprise de réhabiliter, sous le règne du christianisme, la morale des philosophes païens ; mais cette entreprise, qui nous piralt puérile, n'était pas entièrement vaine an commencement du xii* siècle, car elle coïncidait avec le réveil de la raison et de la philosophie.
Les œuvres d'Hildebert ont été publiées par Beaugendre, in-f*, Paris, 1708. Voy. Histoire littéraire de la France, par des religieux bénédictins, t. XI, p. 250 et suiv., et Histoire littéraire de la France lavant le xu* siècle, par M. Ampère, t. III, p, 437 et suiv. C. J.
HTlJiKBBAWD (Joseph), philosophe allemand, né en 1788, à Grossduengen dans le Hanovre. Il fît ses premières études au Gymnase catholique d'Hildesheim, les continua à Gottingue, devint professeur au < Josephinum • d'Hildeweim ; mais il s'en retira bientôt, et renonça au catholicisme pour embrasser la religion réformée. Il connut Hegel à Heidelberg, oii lui-même enseignait en qualité de professeur extraordinaire, et quand le grand philosophe quitta sa chaire pour celle de Berlin, en 1818, il le remplaça pendant (quelque temps; il quitta ensuite cette université pour celle de Giessen. Il entra un moment dans la vie politique en 1848 et présida la seconde Chambre du grand-duché de Hesse ; mais quand elle fut dissoute en 1850, il rentra dans la vie
Ê rivée et mourut en 1862 à Bedelheim, près de layence. 11 a laissé un grand nombre d'ouvrages ; le plus connu en Allemagne est une Histoire de la littérature nationale depuis le commencement du xvra* siècU. Ceux qui concernent la philosophie sont : P Anthropologie comme science, Mayence, 1822-1823; — Traué de philosophie théorique et de propédentique, ibid., 1826; — Prolégomènes de philosophie universelle, ibid., 1830: — l'Organisme de l'idée philosophique, Dresde et Leipzig, 1842, qui complète son livre le plus intéressant; la Philosophie de l'esprit, Heidelberg, 1835. Les doctrines d*Hillebrand n'ont rien de particulièrement original : elles se mêlent au mouvement de la philosophie hégélienne, et s'en distinguent seulement par une sorte d'éclectisme. Hillebrand se souvient de sa première éducation ; il n'a pas oublié la philoso-
Ehie de Wolf, et souvent il corrige Hegel par eibniz.
HINDOUS, voy. Indiens.
HiPPARCUUi:, femme philosophe, de la secte des cyniques, épouse de Cratès. Elle naquit à Haronée, ville de Thrace, d'une famille riche et considérée, et florissait sous le règne d'Alexandre le Grand. Ni les efforts de ses parents ni les représentations de Cratès lui-même, étalant devant elle ses infirmités et sa misère, ne purent l'empêcher de choisir ce philosophe pour son époux. Revêtue comme lui d'un sale manteau, une besace sur l'épaule et un b&ton à la main, elle embrassa le genre de vie qui distinguait les dis-
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oip]«s (CÂntisthène, et ne garda plus rien de son Mze. En sooTenir de son dévouement, les cyniques instituèrent une fête que l'on célébrait an Pœcile, et qni reçut le nom de Cynogamie. On attritrae à Hipparctiie plusieurs onvrages, dont aneon n'est arrivé jusqu'à nous. Consultez Dio-
gn« Laéree, liv. VI, ch. Lzzzv-xczvm. Voye» ATts.
HIPPASE DB UÉTAPOKTE Un dcs anciens pythagoriciens, mais qui parait s'être écarté nn peu des principes généraux de son école. A l'exemple d'Heraclite, il regardait le feu comme le principe matériel de l'univers, comme la su]>stance impérissable dont les choses sont formées et dans laquelle elles vont se résoudre tour & tour. De sorte qu'il y a alternativement une période de génération et une période de destruction. Au reste, rien de plus confus que les traditions qu'on a conservées ne ce philosophe. On ne sait «li en qnel temps précisément ni en quel lieu il a vécu. Le plus grand nombre le fait naître à Métaponte, d'antres a Crotone, et d'antres encore à Sybaris. D'après un auteur cité par Diogène Lafiree, il n'aurait jamais rien écrit. D'après Diogène Laërce lui-même, il aurait publié, sous le nom de Pythaffore, un ouvrage maintenant complètement perdu, intitulé Âéfo; iiuircixé;. On veut encore qu'il soit le premier qui ait divulgué les doctrines pytha(^oriciennes, et qu'il ait expié par la mort cette infraction aux règles de son école. Les auteurs qui font mention d'Hippase sont : Diogène Laèrce, liv. VIII, ch. lzxxiv ; — Seitus Empiricus, Hyp. Pyrrh., lib. 111, c. xxxj — Ado. MtUhem., lib. IX; — Plutarque, de Plaoitit philotoph., lib. I, c. m ; — Simplicius, in Phyt. Arittot., p. 6 ;|— Jamblique, Vtta Pythagora, eh. xvin. X.
HIPPIAS d'Eus, célèbre sophiste du temps de Socrate, que Platon et son imitateur ont mis en scène dans les deux dialogues qui portent son nom. Il se vantait de tout savoir, de tout connaître, et de n'être pas moins habile dans la conduite des affaires que dans les sciences. Il paraît que ses concitoyens croyaient à ses talents, car, lorsqu'ils avaientàtraiterquelqueaffaire difficile avec les autres villes de la Grèce, ils ne man-
Ïnaient pas de le choisir pour leur ambawadeur. 'est encette qualité qu'il fut envoyé à Lacédémone, on il prononça sa fameuse harangue sur les belles occupations auxquelles un jeune homme doit se livrer. Hais les Lacédémoniens, peu sensibles aux charmes de sa rhétorique, le laissèrent partir comme il était venu, sans lui accorder ce qu'il demandait. Il prit sa revanche dans une autre occasion, quand il harangua la Grèce entière réunie aux jeux Olympiques. La gloire n'était pas la seule récompense qu'il recherch&t et dont il fit fier. Il se plaisait & raconter qu'en Sicile, pendant que Protagoras était au comble de la célébrité, et que la rivalité d'un tel homme pouvait lui être redoutable, il amassa en quinze jours, par ses harangues et ses leçons, plus de cent cinquante mines. Puisqu'il savait tout, il est tout naturel qu'il voulût tout enseigner. Aussi ses entretiens avec la jeunesse avaient-ils pour objet, non-seulement la rhétorique, la logique, la grammaire, l'harmonie, et tout ce qui composait habituellement la science des sophistes, mais les arts, et jusqu'aux métiers les plus vulgaires. Il a écrit sur la sta^ tuaire et sur la peinture. Il a composé un dialogue intitulé le Troyen (Tpulxé;), où Nestor donne & Néoptolème des conseils sur l'art de vivre honnêtement et d'acquérir une grande renommée. Il est regardé comme l'inventeur de la mnémotechnie. On n'avait qu'à lui dire une fois cinquante noms, il les répétait aussitôt, dans
l'ordre où il les avait entendus, sans se tromper d|un seul. Dans cette réunion des jeux Olympiques où il recueillit tant d'honneurs, il assura avoir fait lui-même les sandales qu'il avait aux pieds, le manteau qui couvrait ses épaules, la brillante tunique dont il était revêtu, et la bague qu'il portait au doigt. En parlant ainsi de tout, peu lui importait de se contredire, puisqu'il faisait profession de soutenir avec le même succès le pour et le contre. Des nombreux ouvrages qu'on lui attribue, il ne nous reste que quelques maximes citées par Stobée : « Les envieux, disait-il, sont doublement malheureux, de leur malheur propre et du bonheur d'autrui. — La calomnie devrait être .punie plus sévèrement que le vol : car les calomniateurs nous dérobent Pestime publique, qui est notre plus grand bien. >
On peut consulter sur Hippias les deux dialogues qui portent son nom. le Qorgias et le Scholioête du Oorgiat; — Philostrate, Vit. lophitt., lib. I, c. xi; — Cicéron, de Orat., lib.:ill, c. xxxn ; — Quintilien, Irutit. oral., lib. XII, tubfine; — Apulée. Floride» ; — Xéaophon, Memorab. Sacral., lib. IV. X.
HIPFOCRATE est, comme on le sait, le plus illustre médecinde l'antiquité, et ilest naturel de se demander s'il n'est pas enmême temps un philosophe. Pour lui donner ce titre, il faudra trouver daJis ses écrits quelque souci des problèmes de la philosophie, quelques solutions précises des questions qu'elle agitait de son temps ; car si l'on se contentaitdeqnelqnes vérités moral es,de quelques préceptes de méthode, on même de quelque opinion sommaire sur la nature de l'homme, ce serait trop peu pour lui accorder dans l'histoire de la philosophie une place que nul historien considérable n'a songé à lui faire. Il est certain qu'avec de la bonne volonté on finira toujours par extraire des idées philosophiques d'un traité de médecine, surtout s'il est écrit par un ancien ; mais à ce compte, tons les médecins seront des philosophes, sans le savoir et sans le vouloir, et il n'y aura pas de raison pour ne pas inscrire leurs noms dans ce Dictionnaire. Celui d'Hippocrate ne doit y figurer que pour une très-brève mention : car il y a bien peu de philosophie dans les nombreux ouvrages qu'on lui attribue, et dont la plupart appartiennent seulement à son école. Il était presque du même âge que Socrate, mais rien n'indique qu'il ait connu sa doctrine. Sans doute on trouve entre ces deux grands hommes quelques traits de ressemblance : Hippocrate veut détourner la science des vaines recherches, et des systèmes arbitraires pour l'appliquer a l'observation des faits; sa méthode, il le dit expressément, se résume en deux mots, expérience et raisonnement, et encore le raisonnement estil d'après hii « une sorte de mémoire > ; il a une haute idée de la dignité morale de l'homme, et des devoirs propres au médecin ; il fait aux charlatans qni discréditent la médecine la même guerre que Socrate aux sophistes qui diSiunent la philosophie ; mais ces anal(^es s'expliquent d'elles-mêmes et on ne peut s'en autoriser pour ranger Hippocrate parmi les socratiques. Quelques passages assez obscurs permettraient de conjecturer qu'il se rattache plus directement à l'enseignement des écoles dlonie, et surtout & Heraclite : le feu est pour lui le principe éternel des choses, et dans la nature, dit-il, rien ne meurt, rien ne natt^ tout se transforme, grâce à la constante activité de cet élément. Hais ailleurs il semble assigner le même rêle à l'air, on à l'étber, qui pour lui est à peu près comme l'âme du monde, et par suite pénètre l'organisation des animaux et y éveille la vie et même la pensée. C'est une force universelle, qui est à la fois une dans son
HIPP