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laisser Titre, ils ne lai octroient qne le devenir. Les deux partis, Théétète, se livrent sur oe point d'interminables combats. > Ces deux partis, que Platon ne nomme pas, nous paraissent être, sur le second point, le pythagorisme; et, sur le premier, l'ionisme. Toutefois, en attribuant i. cette philosophie le râle de représentant de l'esprit «ensualiste durant la première période de la philosophie grecque, il laut savoir tenir compte de toutes les exceptions et de toutes les réserves qui doivent être admises. Or, parmi les successeurs de Thaïes, il en est qui résolvent en un sens plus éléatique que véritablement ionien le problème de la légitimité de nos connaissances sensibles, en disant que le témoignage des sens ne peut en aucune façon nous conduire à la certitude, et en posant la raison comme le critérium unique du vrai. Cette doctrine est celle d'Héraclite, au rapport de Sextus {Adv. Mathem., lib. VII)^ et également celle d'Anaxagnre, d'après le témoignage du même Sextus, et d'après celui de Cicéron {Acad., liv. II, ch. m).
Consultez sur l'école ionienne en général, outre les principaux historiens de la philosophie : Tiedcmann, Première philotopnet de la Grèce, in-8, Leipzig, 1780 (ail.) ; — Fr. Bouterwock, de Primis philosophorum grœcorum decreli» physici», Comment. Soc. Gotting., t. II, ann. 1811 ; — Henri Ritter, Histoire de ta philolophie ionienne, in-8, Berlin, 1821 (ail.) ; — C. Hallet, Histoire de la philosophie ionienne, in-8, Pans, 1842; — Rzewuslci, de lonica philotophia, in4, Paris, 1824. — Voyez, pour complément de bibliographie, les articles consacrés aux principaux philosophes ioniens. C. H.
IKVrata (Charles-François d'), né à Berlin en 1728, et mort dans la même ville en 1801, après avoir rempli diverses fonctions ecclésiastiques et universitaires, a laissé sur plusieurs sujets de morale et de psychologie des ouvrages assez estimés. En voici les titres : Becherches el expériences sur le* hommes, 2 vol. in-8, Berlin, 1772 et 1777. Deux autres volumes ont été publiés en 1779 et en 1785 : Pensées sur les diverses théories de la méthode reçue en philosophie, in-8, ib., 1773; Essai sur l'origine de la connaissance de la vérité et des sciences, in-S, ib., 1781; Fragment de la morale naturelle, ou Considérations sur les moyens que la nature indique pour arriver au bonheur, in-8, ib., 1782. Tous ces ouvrages sont écrits en allemand.
I8IDOBE, l'un des derniers philosophes de l'école néo-platonicienne, successeur de Harinus et maître de Damascius, florissait vers la fin du V* siècle de notre ère. Il semble résulter des textes de Damascins, son biographe, qu'il était d'Alexandrie, et non de Gaza, comme on le suppose communément sur la fol de l'historien Agathias. Damascius dit que SjTianus d'Alexandrie était son concitoyen, et plus loin il ajoute qu'Isidore avait, comme tous les alexandrins, une foi aveugle dans les révélations des songes. Ce témoignage positif d'un disciple qui a longtemps vécu dans la familiarité d'Isidore doit prévaloir sur l'autorité assez contestable de l'historien byzantin. Rien ne prouve d'ailleurs que l'Isidore de Gaza, cité par Agathias comme une des victimes du décret de Justinien contre les philosophes (529), doive être confondu avec le chef de l'école athénienne, surtout si l'on considère que ce dernier jouissait déjà d'une certaine ré-
Sutation sous le règne de Vibius Sévère, c'est-àire soixante-dix ans auparavant.
Les éloges forcés que prodigne Damascins à Isidore d'Alexandrie déguisent assez mal l'insuffisance du philosophe. Esprit vif et pénétrant,
caractère mobile et inqnîet, il avait tout d'abord séduit Proclus par la noblesse de son visage et l'expression de son regard inspiré. Enthousiaste jusqu'au fanatisme, comme la plupart des alexandrins, étranger aux habitudes studieuses de l'école d'Athènes, plus passionné qu'instruit, il se fit cependant remarquer parmi les disciples de Proclus et de Harinus par son imagination ardente et l'ascendant de son éloquence. Mais ces brillantes qualités du disciple étaient loin de suffire au chef d'une école qui depuis longtemps suppléait au génie par la science, à l'originalité par le culte des modèles antiques. Le dédain qu'il affectait pour les livres et poor toute étude sérieuse choquait même ses disciples les plus dévoués. Harinus avait essayé, mais sans succès, de contenir et de régler son imagination par l'étude d'Aristote; Isidore, fidèle aux leçons d'Asclépiodote, son premier maître, n'eut jamais que du mépris pour les procédés rigoureux et ta sévère méthode des péripatéticiens. Exclusivement adonné à l'interprétation des songes et à la théurgie, versé dans la connaissance des mystères égyptiens, il ressemblait plutôt (Damascius lui-même l'avoue] à un inspiré qu'à un philosophe. D'un autre côté, son excessive irritabilité, sa sévérité outrée pour la faiblesse d'autrui, excluaient le tact et la prudence nécessaires pour traverser des temps d orage et de persécution. Il eut toujours beaucoup plus d'ennemis que de partisans : aussi s'empressat-il de rejeter le fardeau que Harinus lui avait imposé, sur le refus d'Hermias. Harinus meurt quelque temps après l'avoir nommé son succecseur, et aussitôt Isidore se hite de retourner à Alexandrie, laissant à Zénodote la direction de l'école dont il n'avait jamais été que le chef nominal.
Jusque-là l'école d'Athènes avait puisé une partie de sa force dans les souvenirs de l'ancienne philosophie, qu'elle avait ravivés, et dans le respect qu'elle affectait pour les croyances populaires : Isidore répudie également les traditions religieuses et pailosopûiques , la poésie même ne trouve pas grâce à ses yeux. Il prend au sérieux son râle de thaumaturge, et s'y renferme : chaque matin il raconte et commente les songes de la nuit ; il ne va pas au temple, sous prétexte qu'il porte la Divinité en luimême; il rejette la dialectique, en disant qu'il ne veut ni conduire ni être conduit en aveugle par le syllogisme ; en un mot, il ne voit dans les livres qu'une source d'opinions et d'erreurs, et va iusqu'à déclarer que la science est inutile pour découvrir la vérité. Aristole et Chrysippe ne sont pour lui que des érudits sans profondeur, dépourvus de la véritable science, la science révélée et intuitive. A quoi bon, en efTet, les lon(p travaux, quand on peut, comme Isidore, « voir d'inspiration la vérité d'un ouvrage ». Proclus, avant lui^ avait mis la science au-dessous de la foi ; mais il la maintenait du moins comme moyen de perfection; Isidore supprima cet intermédiaire inutile.
La fin de sa vie, à partir du moment où il quitte Athènes pour Alexandrie, est fort obscure; on sait seulement qu'il épousa une femme du nom de Oomna, et qu'il en eut un fils appelé Proclus. Son mariagîs avec Hypathie est une fable qui ne repose que sur une fausse interprétation du texte de Damascius.
On cite parmi ses disciples le solitaire Sérapion, et Théodora, platonicienne ardente, à l'instigation de laquelle Damascius composa le Panégyrique d'Isidore, dont Photius nous a conservé un fragment. Consultez Photius, ch. clxxzi et ccxui;— Agathias, Hist., liv. II, ch. xxz; —
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Fabricius, Bibliol. grtcque, t. IXj — Snidas, aux mots Isidore, Marinus, Synantu, Sé-apion; — Simon, Hittoire de Péeoled^ Alexandrie, 2 vol. in-8, Paris, 1845, t. II, p. 593; — Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie. Paris, 1846-51, 3 vol. in-8. C. Z.
ITAUEmn: (Philosophie). Si cette expression devait désigner tous les essais philosophiques qui se sont produits à dater du vi* siècle avant l'ère chrétienne, sur le sol de l'Italie, il faudrait commencer par distinguer quatre époques successives. La première embrasserait les écoles de Pythagore, de Xénophane, d'Empédocle, la gloire de la Grande Grèce. La seconde contiendrait les œuvres spéculatives et morales des Romains, depuis Lucrèce jusqu'à BoSce et Cassiodore. La troisième comprendrait les diverses formes de la philosophie scolastique. La Snatrième s'étendrait de la cnute des institutions u moyen âge aux systèmes qui régnent actuellement.
Mais l'usage a réservé le titre de philosophie italienne aux doctrines qui se sont développées après le réveil des études classiques. Quant aux théories et aux événements qui appartiennent & l'antiquité, ils portent des noms en quelque sorte consacrés : l'une de ces périodes est appelée italique, l'autre latine. A l'égard des pensées et des enseignements qui caractérisent l'enfance de l'esprit moderne, le moyen ige, ils n'ont pas d'empreinte nationale : conçus et propagés sous la discipline tutélaire de l'Ëglise, ils sont universels, européens plutôt qu'italiens; du moins ont-ils pour tlié&tre principal, non une ville italienne, mais Paris. C'est Paris, en effet, que saint Thomas intitule la cité des philosophes, civitas philosophorum.
Ce n'est pas a dire que lltalie n'ait pas donné à la scolastique autant de célèbres docteurs qu'en produisirent les antres parties de la chrétienté : non 1 Elle est la patrie de Thomas d'Âquin et de Bonaventure, deux personnages aussi grands dans l'histoire de la philosophie que dans celle de la religion. Mais il est notoire que la plupart de ses lumières allaient instruire les peuples étrangers, dès qu'elles s'étaient levées. Le dialecticien Lanfranc, Anselme le métaphysicien furent l'un après l'autre primats de Gantorbéry, Pierre Lombard fut évéque de Paris. Jean Italns enseigna à Constantinople, et Gérard de Crémone charma par son érudition les arabes de Tolède.
Ce n'est pas à dire non plus que ces différentes
S hases, parcourues par l'esprit philosophique ans cette presqu'île enchantée, n'aient pas entre elles certaines analogies. Ces ressemblances sont même telles qu'on s%st plu quelquefois i considérer les quatre époques dont nous venons de parler, comme autant de transformations d'un seul et même système, comme autant de variétés d'une grande et constante opinion. Le génie de Pythagore eût plané en ce cas, sans interruption, durant plus de deux mille ans, sur tons ces esprits si divers, et inspiré i la fois l'idéaliste et le matérialiste, le panthéiste et le déiste. Il faut admettre sans doute une perpétuité de tradition ; mais il ne faut pas prétendre en montrer le fil partout, ni soutenir que ce fil a été toujours respecté, ou même soigneusement entretenu par les invasions des barbares et par les irruptions d'idées nouvelles.
S'il est vrai que la pensée a besoin du langage, non-seulement pour se communiquer, mais pour se former, la pnilosophie, i proprement parler, italienne n'est pas antérieure à Pidiome italien. Ce sont les maîtres de Dante et de Pétrarque, Bmnetto Latini et Guido Cavalcanti, l'étemel
honneur de Florence, qu'il faut envisager comme les précepteurs des philosophes d'Italie. Dante et Pétrarque eux-mêmes furent les plus brillants, les plus énergiques précurseurs de ces mêmes philosophe». Ils n'exposent pas seulement, en vers mélodieux, les conceptions de cet Aristote qui était devenu l'instituteur des plus savants docteurs de l'Église,
.... U maestro di color che sanno;
ou de ce divin Platon dans lequel plusieurs Pères révérés avaient salué un disciple de Moïse, un devancier et un messager du Christ; mais ils impriment i. leurs expositions un cachet d'originalité, qui s'explique autant par l'imagination et la sensibilité propres à leur nation, que par leur génie individuel. En les lisant, on voit que les habitants de la péninsule ont appris, non-seulement à parler une langue admirable, mais & penser dans cette langue, et i vivre selon les moeurs qui semblent s'y réfléchir. Les ouvrages de ces d!eux héros de la parole ont donc servi à préparer le terrain aux semences que le siècle suivant apporta de Constantinople. Ils ont éveillé le désir de rêver et de méditer dans l'idiome maternel ; et le courage de préférer à l'étude des abstractions, au jargon de l'école, la vive admiration des œuvres de Dieu, le culte de tout ce qu'il y a de beau et de relevé dans la création et parmi les hommes. C'est la poésie, c'est l'enthousiasme de l'art, et non la critique, ni la controverse, qui disposa les Italiens à la philosophie.
Le moment est parfaitement connu ou ces étincelles se changèrent en flammes, où l'Italie fit un gigantesque effort pour s'approprier la cul» ture littéraire et scientifique des anciens, merveilleusement secondée par un instrument ignoré des anciens, l'imprimerie. Les malheurs et les faiblesses du Bas-Empire aidèrent, plus que tout le reste, à cette révolution qu'on est convenu d'appeler la renaissance. C'est vers le temps où vivait Jean de Ravenne, c'est en 1360, que Boccace obtient à Florence pour Léonce Pilati la première chaire de littérature grecque en Occident. En 1395 le sénat de Venise en érige une seconde, en faveur de Manuel Chrysoloras. En 1438 le Byzantin Gémiste Pléthon, envoyé avec l'empereur Jean Paléologue au concile de Florence, y fait mieux connaître et aimer davantage les dogmes de Platon, et se forme un disciple dans ce Bessarion qui depuis fut élevé à la dignité de cardinal. Voici enfin, en 1453, les derniers restes de la civilisation hellénique, les Argyropule, les Chalcondyle, les Lascaris, chassés de Byzance par les Ottomans, et forcés d'implorer l'hospitalité italienne.
A la faveur de ce concours de personnages éminents et de mémorables événements, il se dîvelomia dans les classes élevées entre les divers fbyers d'études, une émulation qui avait en peu d'exemples. Libéralement secouru par de nombreux souverains, infatigablement entretenu par des talents aussi variés que nombreux, ce mouvement devint une ère intellectuelle du premier ordre. La philologie, l'érudition, c'est-àdire la connaissance et l'imitation des modèles légués par le monde ancien, tel fut le point de départ. Une recherche indépendante de la nature et des fins des choses, de ce qui est à la fois ancien et nouveau, de tout temps et de tout lieu, voilà quel tat le résultat, et parfois le but. L'esprit humain est fait de telle sorte, qu'il ne peut s'adonner longtemps à l'étude des mots et des formes, sans être conduit à l'examen des pensées, a la comparaison des systèmes: et s'il débute par la grammaire, il finit par la méta-
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physique, la religion et la politique. Laurent Valla et Nizolius, en attaquant, l'un avec res-
Sect, l'autre avec rudesse, l'enseignement traitionnel, élevèrent leurs contemporains aux plus hardies investigations sur l'homme, l'univers et la Divinité. A lorce de débattre les maximes de l'autorité scientifique, on en vint à discuter les titres de tous les genres d'autorités; une fois en chemin^ l'analyse voulut achever sa course, i. la condition toutefois de s'arrêter devant 1 évidence et le bon droit.
Un caractère spécial distingue cet élan qui entraîna l'Italie pendant les zv* et xvi* siècles. On ne se livre pas seulement à des combinaisons isolées, à des efforts individuels ; on s'associe, on se concerte, on s'encourage mutuellement, pour h&ter le progrès. A l'ombre des vieilles universités, et quelquefois pour leur ruine, on fonde une multitude d'académies libres. A leur tête se place celle de Florence, créée par les Médieis et Marsile Ficin. C'est là qu'on restaurait le platonisme avec une érudition pleine d'enthousiasme. On y mêlait, il est vrai, les conceptions mystiques des derniers disciples de Platon, des alexandrins et des kabbalistes : on philosophait avec plus d'imagination que de circonspection. Toutefois, on donna aux travaux intellectuels une noble direction vers les plus pures beautés de la morale, on propagea le goût des hautes méditations; on affermit ou Ton rétablit le règne du spiritualisme.
TJn exemple si brillant lut suivi par toute l'Italie. On ne fît pas toujours profession des doctrines de l'Académie; mais on chercha partout à avoir une ou plusieurs académies. Les institutions qui appartiennent au xvi* siècle, et qui méritent d'être signalées après celle de Florence, parce qu'elles ont exercé une visible influence sur la marche de l'esprit italien, ce sont les académies des Secrets, de Cosenze et du Lynx. L'académie des Secrets, œuvre de J. B. Porta de Naples, a servi, comme celle de' Lincei à Rome, la cause des sciences physiques. L'académie de Cosenze, organisée par Bernardin Telesio, a enrichi, outre la physique et la physiologie, la psychologie et la morale ; et, quoiqu'elle n'ait pas réussi à secouer le joug de rhypothèse, elle a su recommander en termes élégants la recherche patiente de la réalité.
En même temps que ces jeunes établissements s'efforcent de répandre des idées nouvelles avec une nouvelle activité, les universités t&chent, pour ainsi dire, de rajeunir; et de là, une heureuse rivalité et une infinité de maîtres distingués. La branche d'enseignement favorisée pendant le moyen âge devient l'objet de soins redoublés et encore plus intelligents. Le chefd'œuvre d'Aristote, VOrganon, est étudié dans le texte original, et dans les plus légères variantes de ce texte; ce qui provoque, dans les universités mêmes, une lutte salutaire entre deux sortes de péripatéticiens, à savoir, ceux qui persistent & marcher dans l'ornière séculaire, et à maintenir une tradition dégradée et surannée, et ceux qui, en possession des leçons authentiques du Lycée, proclament le pur et primitif péripatétisme l'infaillible expression de la vérité même. Qu'on ajoute à ces combats des disputes qui duraient encore entre les alcxandristes et les averroïstes, et l'on se représentera aisément l'effet que cette savante agitation dut produire sur la philosophie italienne. Les écoles qui se firent particulièrement remarquer sont Naples, Bologne et Padoue. A Naples, la philosophie tut surtout utile au droit; à Bologne, où le droit avait toujours été cultivé avec icUt, où Savonarole avait enseigné la métaphy-
sique et écrit contre l'astrologie, la philosophie concourut à l'accroissement des sciences naturelles, aussi bien qu'à l'avancement de la jurisprudence. PadouR fut plus riche que toute autre université en interprètes d'Aristote, capables de faire apprécier leur maitre d'une manière digne de lui, c'est-à-dire philosophiquement. Cavalli et Leonico Tomeo, P. Pomponace, Achillini et Aug. Nifo, Passero et Zabarella, Cremonini et Fr. Piccolomini, sont des noms alors respectés dans toute l'Europe. La preuve que ces commentateurs, au lien de se borner a commenter Aristote, tentèrent de penser par eux-mêmes, tout en gardant le manteau de péripatétieien, c'est qu'ils furent sans cesse, tant qu'ils vécurent, décries comme épicuriens, comme athées. Plus d'une fois, en effet, ils transportèrent leurs pro-
Sres opinions dans ces pages du Stagirite où, urant une longue suite de siècles, chaque parti prenait ses armes, comme dans un arsenal. En dehors des académies et des universités,
Quantité d'écrivains s'empressèrent, avec autant e zèle qu'en montraient ces doctes compagnies, de stimuler l'esprit philosophique de la nation. Les plus profonds peut-être sont ceux qui faisaient gloire de suivre Platon et Pytnagore; c'était là du moins la prétention de Cardan, Patrizzi, Jordano Bruno. Césalpin, Yanini, et jusqu'à un certain point Campanella, reconnaissaient Aristote pour leur chef. Les uns et les autres préparèrent l'école de Galilée, où les observations les plus positives semblent supposer ou entraîner un vaste système de métaphysique. Cependant les écarts qu'on peut reprocher à plusieurs de ces philosophes, écarts inséparables peut-être de l'ambition désintéressée de tout connaître, ne tardèrent pas à exciter la défiance du clergé. Autant l'Église avait été indulgente envers les contemporains du cardinal Cusa, autant elle fut sévère pour les contemporains de Bellarmin. Un des partisans de Cusa, J. Bruno, expia sur le bûcher les hardiesses de sa théologie, et Galilée fut contraint de désavouer se* découvertes. Depuis cette époque de réaction, la raison se trouva intimidée, paralysée, et elle le demeura pendant près de deux cents ans.
La philosophie qui domine le zvn* siècle, celle qui porte le nom de Descartes, n'a eu que peu d'acMs en Italie, bien qu'elle eut reconnu Aconzio pour un de ses devanciers, quant à la grave
Question de la méthode. Thomas Cornelio, le ernier membre renommé de l'Académie de Cosenze, vanta inutilement le philosophe français, comme un émule peut-être supérieur de Galilée. Charles Majillo était fondé i dire aux Napolitains : Si je n'ai pas été martyr du cartésianisme, j'en ai été le confesseur. Il devait sortir de Naples même un jurisconsulte, un historien, décide à combattre le peu de cartésianisme qui s'était glissé en Italie. J. B. Yico jugeait l'indépendance spéculative incompatible avec le bonheur social, et demandait qu'on tirât la lumière de l'entendement et la règle des moeurs uniquement des langues, du droit, des religions, des traditions, en un mot, de l'histoire, de celte histoire que les cartésiens déclarèrent une bagatelle et une snperlluité. Vico eut raison quand il insista sur la nécessité d'approfondir les choses du passé ; il eut tort de vouloir réduire à cette tâche le rôle de la philosophie. Il aurait dû plaire à ses compatriotes par cet idéalisme symbolique, qui constitue le fond un peu conftas de sa théorie, et qu'on retrouve dans les doctrines d'un magistrat spirituel, Gravina. L'idéalisme n'a jamais entièrement quitté l'Italie. Pendant que Vico faisait à Descartes une guerre de philologue et de juriste, UalebrancDe rencontrait
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un intrépide sectateur dans Fardella. Ce professeur de Padoue n'hésita point à mettre en donte la réalité du monde matériel, à dé&er ses adversaires de démontrer l'existence des corps. Ainsi qne Malebranclie, Fardella recourut à la révélation, pour ^rantir la certitude des sens et la vérité physique; ce qui était en même temps garantir sa sûreté personnelle, mise en danger par les calomnies d ennemis puissants.
An znn* siècle, l'esprit italien manifesta pourtant une disposition opposée. C'était l'âge d'or de la philosophie expérimentale et pratique. Les auteurs français répandaient mille projets généreux ou chimériques, pour améliorer le sort des individus et des États, pour rendre le bien-être plus assuré et plus général, pour délivrer de leurs préjugés les grands et les petits. Les notions de tolérance et do philanthropie devaient être bien accueillies et vivement retentir en Italie, an moment oîi Lambertini et Ganganelli les Sersonnifiaient sur le saint-siége. Dans la patrie e Serra, ce créateur infortuné de l'économie politique, on vit Filangieri et Mario Pagano introduire la discussion et l'humanité dans l'édifice de la législation. Dans la patrie de Serpi, on Vit Beccaria et Verri réformer le système de la énalité, en contestant la légitimité de la peine ue mort, en condamnant la torture, et en soutenant avec éloquence l'inviolabilité de la vie et la dignité de la personne humaine. Grippa, Galiani, Algarotti, Felici montrèrent à l'Europe combien le peuple qui a produit Machiavel est capable d'explorer la nature de l'homme, de décomposer le mécanisme et de régler le jeu de l'activité publique. Le droit de la nature et des gens a peut-être autant d'obligations à l'Italie que les sciences physiques et mathématiques. La morale proprement dite que le Florentin Vettori avait avancée au xvi' siècle, en interprétant avec sagacité i'ÈlUique et la Politiijue d'Arislote, fut cultivée au xvm* siècle, tantôt avec grâce et finesse^ tantôt avec une solide érudition, par Muraton et par Stellini. Muratori avait bien mérité déjà de la philosophie, en vengeant Descartes et la raison humaine des censures et des mépris du sceptique Buet.
Il n'est pas douteux qne la route suivie par ces esprits supérieurs ne conduisît quelquefois an sensualisme et au matérialisme, comme chez Romagnosi^ ou chez les PP. Compagnoni et Soave ; mais ces excès furent promptement combattus par quelques écrivains, Dabifes à unir les sages résultats du xvii* siècle avec tout ce que le XVIII* s'était proposé de louable. Tel fut l'éclectique Genovesi, penseur invulnérable aux sarcasmes dont le P. Buenafede, connu sous le nom de Cromaziano, tenta de couvrir les philosophes, ses contemporains.
L'éclectisme est aevenu, sous plusieurs formes, avec la prépondérance de tel ou tel principe, la méthode chérie du xix* siècle. On peut dire qu'il respire aussi dans les productions de l'Italie actuelle. Sans faire mention de travaux qui, comme ceux de Baldinotti, tiennent un rang distingué dans les annales des sciences philosophiques, on doit convenir que Rosmini et Gioberti, c'est-àdire les métaphysiciens qui se livrent avec le {ilus de confiance au vol de l'ontologie, sont oln de dédaigner les observations plus humbles et pins précises de l'historien et du psychologue. Les moyens d'étude employés par Galluppi et Hamiani, par Tedeschi et Mancini, et par d'autres soutiens du spiritualisme, procédés qui consistent à passer de la science de Vàme à celle de l'univers et de la Divinité, et par lesquels l'induction se combine avec une méditation libre et conséquente à la fois; ces moyens sem-
blent destinés i un succès durable. U est peu d'écoles italiennes où la philosophie ne se relève avec un énergique essor, pour entreprendre d'heureux exercices. Ce qui nous remplit d'une douce espérance, c'est qu'elle quitte les voies exclusives, et qu'elle semble vouloir démentir ceux qui, comme Languet on Naudé, lui reprochèrent autrefois d'être excessive en tout, nimia. D'une part, elle se familiarise avec les systèmes qui ont occupé l'Europe pendant les trois derniers siècles, et les juge avec une équitable fermeté^ témoin la critique à laquelle Ermenegildo Pino, Galluppi, Mamiani, ont soumis les doctrines de Conoillac, de Reid et de Kant. D'autre part, elle recueille pieusement ses antiquités nationales, elle célèbre les auteurs de la renaissance, elle renoue la chaîne précieuse des traditions intellectuelles. Ses ancêtres lui prodiguent les préceptes et les exemples, et, comme les étrangers, ils lui servent d'aiguillon et de pierre de touche. Peut-être, dans cette direction excellente, aura-t-elle à fuir plusieurs sortes de dangers : ainsi, l'on voit les uns prétendre s'arrêter a Dante^ comme à l'unique source des lettres et des lumières italiennes; les autres, ramenés par l'étude du xiii* siècle, non-seulement au milieu des luttes dialectiques de l'école, mais aux beaux jours des Pères de l'Église, voudraient prendre pour guides, tantôt saint Thomas, tantôt Ambroise, saint Augustin, Lactance même ; d'autres encore, après avoir franchi la période qu'illustrèrent Séneque et Cicéron^ s'imaginent descendre en droite ligne des philosophes d'Élêe et de Crotone. La vérité est, sans contredit, que chaque mouvement de mœurs et d'opinions survenu, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, a laissé quelque trace lumineuse sur cette terre féconde. Mais cette succession de systèmes et de sociétés doit elle-même, mieux que toute autre chose, apprendre aux philosophes italiens que le retour au passé n'est que le commencement du progrès.
Si l'on jette maintenant un coup d'œil sur Tensemble de la philosophie italienne, on est frappé des caractères suivants.
Elle présente, dans la série de ses développements, un fidèle tableau de l'histoire de la nation. Elle offre une vérité historique telle qu'il est impossible de méconnaître les traits de famille qui rapprochent les penseurs du xix* siècle, comme ceux du xvl* ou du xiii*, de Lucrèce, de Philolaûiî, de Parménide. Le principal de ces traits, c'est une manière poétique de considérer U nature des choses, c'est l'habitude de concevoir les idées métaphysiques sous des figures grandes et vives. Il n'y a guère de philosophe Italien qui ne brille par une imagination hardie, sinon fertile. Cette aisposition semble tellement propre au génie national qu'il n'est pas rare de rencontrer des métaphysiciens qui allient la sagacité, la subtilité à l'exubérance d'une fantaisie téméraire. Il suffît, pour s'en convaincre, de comparer entre eux, soit les membres de l'Académie florentine, soit les Napolitains Telesio, Bruno, Campanella, Vanini.
De cette tournure particulière d'esprit dérive le penchant d'unir à la culture des sciences celle des lettres, et à l'étude de la pensée celle de l'expression. En Italie, les philosophes ne négligent ni ne dédaignent, comme on fait ailleurs, Part de parler et d'écrire. Ils pèchent souvent contre la pureté du goiit, contre la tempérance en fait de langage ; mais ils ne sont jamais indifférents pour l'éloquence et le style. L'amour du beau les domine quelquefois à un tel point, qu'ils n'hésitent pas à lui sacrifier le respect du vrai. Une cause, par exemple, de l'influence
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exercée par l'Académie de Cosenze tut le talent littéraire des académiciens. J. B. Porta, Sarpi, Galilée auraient été inscrits dans les fastes de l'art oratoire, alors même que le génie scientifique leur eût manqué ; et les poêles de l'Italie, en retour, s'adonnent volontiers aux méditations philosophiques.
A l'amour de la poésie et au goût des lettres, les philosophes italiens joignent une foi inébranlable à la réalité, soit du monde extérieur, soit des idées du vrai, du juste et du beau. Ils ont enseigné tour i tour le sensualisme, le spiritualisme, et jusqu'au mysticisme; mais le scepticisme, jamais. Il ne se peut, en effet, que des intelligences si ardemment éprises des merveilles de la création qu'elles inclinent à diviniser le soleil, mettent en problème l'existence de cette création ; ni que. remplies d'enthousiasme
Sour les prodiges de l'art humain, elles doutent e l'existence d'un esprit et d'une &me, c'est-àdire des véritables origines de cet art. Le caractère italien est en quelque sorte ennemi du pyrrhonisme.
Hais, par le même motif, il adopte volontiers le système qui est diamétralement opposé au pyrrnonisme. le système qui est dogmatique par excellence, le panthéisme. Cette façon de voir devient facilement l'opinion favorite de ceux qui recherchent la grandeur et la magnificence^ plutôt que la rigueur et la sobriété. Elle est l'ecueil de quiconque s'applique à réduire tout ce qui existe, tout ce qui se conçoit, à une absolue et immuable unité^ et s'ingénie pour représenter chaque être individuel comme un fragment de l'être infini. L'Italien, naturellement porté à animer ce qui est inerte, à personnifier ce qui n'a ni conscience ni raison, doit difficilement résister à un genre de philosophie qui vivifie et spiritualise toutes choses, au risque de priver l'àme humaine des attributs réels de la vie spirituelle, le sentiment du mot et la liberté morale. La doctrine de l'&me du monde ne joua nulle part un réle aussi important qu'en Italie, d'abord parmi les sectateurs de Pytbagore, puis, à l'époque du réveil de la philosophie, depuis Zorzi et Pomponace jusqu'à Telesio et Bruno.
C'est peut-être cette ardente affection pour la nature qui tourne les Italiens vers les études physiques, vers ce qu'on appelle, depuis le XVI* siècle, la philosophie naturelle. Et (jn doit faire remarquer ici une particularité fort honorable pour cette nation : c'est qu'en dépit de toute leur verve, ses philosophes sont capables d'une rare patience et d'une habileté extraordinaire, dès qu'il s'agit d'observer avec les sens et d'expérimenter. Aucun naturaliste étranger ne surpasse par ces dons inestimables Léonard de Vinci, Galilée, Viviani, Toricelli, les Cassini.
L'imagination qui fait obstacle chez d'autres à la connaissance du monde matériel, a conduit ces maîtres de l'expérience aux découvertes les mieux avérées et aux plus utiles inventions. L'instinct de l'infini les guide à travers l'empire du fini, et leur signale au fond de cet empire des lois et des causes infinies. L'exactitude et la persévérance de leurs investigations les empêchent de conclure précipitamment où il faut attendre pour constater ce qui est certain et invariable. Sous ce rapport, les philosophes italiens réunissent fréquemment des qualités qui semblent ailleurs inconciliables.
Dans le champ de la philosophie morale, ils ont été moins heureux. Non qu'ils manquent des facultés qu'exige cette sorte de travaux : ils ont de la finesse et de la pénétration, ils sont aussi
t'udicienx qu'Ingénieux; ils ont, comme l'ancienne tome, le génie de l'action; ils savent observer
etapprécier les mœurs et les coutumes, en voyageurs et en législateurs ; ils apportent dariS tontes ces occupations une merveilleuse délicatesse de tact; ils comptent, enfin, des historiens da premier ordre, bon nombre de jurisconsultes, plusieurs publlcistes, plusieurs moralistes fort respectables. Toutefois, ils possèdent une moindre quantité de monuments uii éclatent la connaissance du coeur humain et la sagesse des préceptes moraux. En psychologie et en morale, il sont bien plus pauvres qu'en logique, en métaphysique et en philosophie naturelle. Mais dans les écrits qui ont la philosophie morale ponr objet, ils suivent généralement une direction élevée. S'ils donnent dans un excès, c'est dans la mysticité plutôt que dans le matérialisme, c'està-aire qu'ils recommandent moins souvent la recherche du plaisir et de l'intérêt personnel que le dévouement absolu, l'amour idéal, et ce que Bruno nommait une héroïgue fureur. Il faut ajouter qu'ils sont capables de modération, de justesse, et que ni les saillies ni les caprices de leur imagination ne les empêchent de s appuyer sur le bon sens et la droiture naturelle du jugement. ,
C'est enfin un trait curieux que la philosophie italienne, quoique éminemment dramatique, comme le témoigne sa prédilection pour les formes du dialogue, abandonne rarement la bonne méthode, celle qui fait marcher la synthèse et l'analyse de front, corrige et complète l'une par l'autre, et s'efforce de puiser la vérité dans toutes les sources de la vie. Elle a tenté les voies les plus variées, excepté celle qui mène à l'immo- Dilité ou au désespoir, le scepticisme; mais les routes qu'elle préfère sont les routes larges, celles de l'induction. Les procédés qu'elle met en oeuvre sont pour elle une afTaire sérieuse, et non un simple jeu ; ce qui le prouve, c'est que
Plusieurs philosophes, sortis des montagnes de oscane et de Calaore, n'ont pas balancé i sceller leurs convictions de leur sang.
Il serait donc aisé de répondre à cette question : Quels services l'Italie a-t-elle rendus i la philosophie européenne? Cette antique reine du monde,
Anlica regina del mondo,
a rallumé plusieurs fois le flambeau presque éteint de la civilisation. Elle a rivalisé avec la Grèce de savoir et de génie, et, en dernier lieu, elle lui a ouvert un glorieux asile. Elle a, au début des temps modernes, provoqué dans rOccident une fièvre intellectuelle, une soif insatiable de lumières et de découvertes. Elle a attiré, pour les instruire, les meilleurs esprits des antres pays; elle les a même conviés i venir accroître l'éclat de ses propres institutions. Elle a concouru à éclairer le nord, d'abord par ses écrits, tantôt pathétiques, tantôt divertissants ; ensuite par la multitude de ses fils morts dans l'exil. Est-il une cour, une académie, qui n'ait pas en parmi ses hôtes les plus distingués quelque lettré ou quelque savant de l'Italie?
Lorsqu'en examinant la philosophie italienne, on recherche quelle part de soins elle a donnée a chacune des trois familles d'Idées qui se partagent le domaine de la haute science, on obtient, ce semble, le résultat que voici.
La Divinité est pour elle un artiste, dont l'atelier est la nature tout entière, les astres qui peuplent l'immensité, comme les règnes connus de l'homme. Elle considère Dieu plus souvent comme créateur et régulateur de l'univers, que comme législateur et juge de la conscience. C« sont ses attributs physiques, son infînitude en espace et en durée, plutôt que ses perfection!
JACO