‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 148 sur 156 · JAGO · texte numérisé non relu

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morales, qni Trappeat et émeoTent les philosophes italiens.

Quant & l'&me, ils l'ont étudiée avec soin et succi>9 : mais ils ont analysé la pensée plus que la sensibilité, et la volonté moins encore que la sensibilité. Ils ont laissé de belles études sur les diverses fonctions de l'intelligence, sur le jugement et le raisonnement, sur l'attention, fa réflexion, et principalement sur cette intuition supérieure et immédiate de l'entendement qui est l'inspiration. Ils ont entrepris des recherches

Srofondes sur le don d'aimer et d'admirer, source u dévouement pratique aussi bien que des beaux-arts. Le problème de l'unité et de ridentité du mot, celui de son activité propre et spontanée, de sa spiritualité, ont été plus souvent agités par eux que la question de l'immortalité ; et celle-ci a été résolue du point de vue de la métaphysique, c'est-à-dire comme simplicité de substance, Slutôt qu'au point de vue de la morale, c'est-àire comme perpétuité de la conscience personnelle, du souvenir et de la responsabilité.

En ce qui concerne l'idée an monde, elle a été conçue ordinairement sous une forme vive et originale. Ce que la nature^ soumise à des lois fatales, a de sublime et d'invariable a été mis dans une étroite relation avec la grandeur et l'immuabilité de Dieu, avec l'infini. Ce rapprochement a été si intime quelquefois, que la cause de l'univers a failli être confondue, identifiée avec son effet, avec l'univers même ; on bien, que les mondes n'ont semblé qu'un vêtement périssable, un voile transparent de leur principe éternel. Oublions ces écarts, ne considérons que la tendance habituelle, et avouons que la philosophie italienne n'a cessé de voir dans la création une vivante et éclatante manifestation d'un être souverainement sage et puissant. C'est sons l'empire de cette persuasion consolante qu'elle a observé et classé les phénomènes, pesé et comparé les forces: et des lois de la matière et du mouvement, elle a induit avec assurtuice les desseins et les fins du géomètre céleste, de l'invisible physicien. Jamais elle ne s'est lassée de s'enquérir des données constantes, des rigoureuses démonstrations, et de tout co qui fonde l'harmonie et l'ordre dans le domaine d'une science. Voy. les articles Gaixuppi, Rosmini, Gioberti et l'ouvrage de M. Louis Ferri : Etaai sur l'histoire de la philosophie en Italie au ziz* siècle, 3 vol. in-8, Paris, 1869. G. Bs.

TTAUQUE (Ecole). C'est le nom que l'on donne à l'école pythagoricienne, parce qu'elle avait son siège à Crotone, dans cette partie de l'Italie qu'on nomme la Grande Grèce. Voy. Pr-

IBAOORS, PYTHADORISHE.

JACOB (Louis-Henri de), né à Wettin en 17S9, mort à Laucbstaedt en 1827, après avoir enseigné successivement la philosophie et l'économie politique, d'abord a Halle, ensuite à Cbarkow, en Russie, puis de nouveau à Halle, a beaucoup contribue, par son enseignement et par ses écrits, à la propagation du kantisme, et a développé d'une manière originale quelquesunes des parties les plus importantes de ce vaste système, entre autres la philosophie de la reli-

fion. Il a aussi laissé des travaux fort estimés en Ilemagne sur le droit naturel et plusieurs branches de l'économie politique. Voici les titres de ses principaux ouvrages, tous publiés en allemand : Eocamen des matinées de Mettdelssohn et de toute preuve spéculative de l'existence de Dieu, in-8, Leipzig, 1786; — Prolégomènes de la philosophie pratique, in-8, Halle, 1787 ; — £■»cuisse de la logique et éléments critiques d'une métaphysioue générale, in-8, ib., 1788, réimprimé en 1791, 1793 et 1800; — du Sentiment

moral, in-8, ib., 1788;— Démonstration de l'immortalité de Vdme par le sentiment du devoir, in-8, Zullich, 1790, traduit en latin par l'auteur en 1794 ; — Traité de la nature humaine, de Hume, traduit en allemand avec des observations critiques, 3 vol. in-8. Halle, 1790- 1791; — Preuve morale de l'existence de Dieu, in-8, Liebau. 1791 et 1798 ; — Esquisse d'une théorie de Pâme fondée sur l'expérience, in-8, Halle, 1791 et 1795;— Anti-Maâiiavel, ou des Limites de Vobéissance civile, in-8, ib., 1794 et \196:— Théorie philosoj^ique des mceurs, in-8, ib., 1794: — Théorie philosophique du droit, ou Droxtnaturel,in.-i,\\).,\'\9h\—Uélangededissertalions philosophiques sur des sujets de téléologie, de politique ,de religion et de morale, in-8, ib., — 1798 ; — la Religion universMe, in-8, ib., 1797 ; — Principe» de la sagesse et delà vie humaine, in-8, ib., 1800; — Plan d'une encyclopédie de toutes les sciences et de tous les arts, in-8, ib., 1800; — Rapports du physique et du moral de l'homme, de Cabanis, avec un traité sur le* limite» de la physiologie et de l'anthropologie, in-8, ib., 1794 ; — Principe» de la législation et des institutions de la police, in-8. Halle et Leipzig, 1809 ; — Esquisse de la grammaire géniirale, in-8, Riga, 1814; — Esquisse de la psychoioqie empirique, in-8, ib., 1814; — Introduolion à l'élude des sciences politique», in-8. Halle, 1819 ; — Annales de la philosm>hie de l'esprit philosophique, journal publié a Halle, avec la collaboration de plusieurs savants^ de 1795 i 1797. Enfin nous citerons encore ici l'ouvrage suivant, publié en français par un Russe du nom de Michel de Polotika, où l'on trouve réunies les principales opinions de ce philosophe : Essai* philosophiques sur l'homme, ses principaux rapports et sa destinée, fondés sur l'expérience et la raison, suivis d'observations sur le beau, publiés dapris les manuscrits confiés par l'auteur, in-8. Halle, 1818. X.

JACOBI (Frédéric-Henri), un des principaux adversaires de l'idéalisme, naquit, le 25 janvier 1743, i Dusseldorf, fils d'un négociant riche et considéré. Ainsi que tous les autres chefs de la philosophie allemande, il était protestant. Destiné au commerce, le jeune Jacobi se sentit de bonne heure le besoin de la réOexion; et tourmenté de doutes philosophiques en même temps que porté aux méditations religieuses. Il raconte comment, étant enfant, il se prit à s'inquiéter des choses de l'autre monde et & éprouver à ce sujet des sensations singulières. A I ige de huit à neuf ans, l'idée de l'éternité le saisit un jour avec une telle force que, jetant un grand cri, il tomba sans connaissance. Revenu a lui, cette idée lui revint i l'esprit et le frappa de terreur. Bien qu'il ne put penser an néant sans horreur, la perspective d'une durée infinie le remplissait d'épouvante. Peu à peu il apprit à dompter cett« sorte d'apparition intellectuelle, et de dix-sept à vingt-trois ans, elle ne lui revint pas. Au sortir de l'adolescence^ elle lui apparut de nouveau plus vive que jamais ; mais cette fois il osa la regarder en face. « Depuis cette époque, dit-il en 1787, cette vision est encore venue souvent me surprendre, et j'ai lieu de croire qu'il dépendrait de moi de l'évoquer à mon gré et de me tuer en m'y livrant plusieurs fois de suite. *

Pour réprimer les indiscrétions de sa pensée, (jui alarmaient sa conscience, Jacobi s affilia, jeune encore, & une société de piétistes : c'est ainsi que, plus tard, devenu homme, pour échapper aux incertitudes et aux témérités de la spéculation, il se réfugia an sein de la philosophie de la foi et du sentiment.

Son père lui ayant permis d'achever son i^

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prenttssage commercial à Genève, il profita de son séjour dans cette cité savante pour se livrer i des études diverses. Il s'y lia surtout avec le philosophe physicien Lesage, dont les conseils exercèrent sur lui une grande influence. Dans les premiers temps de sa jeunesse, il avait une peine extrême à concevoir les pures abstractions; il ne comprenait que ce qui était intuitif, ce qui pouvait se ramener i des faits ou à son origine. On en concluait qu'il manquait d'intelligence; il en fit confidence i I^sage, qui le consola en lui disant que ce qu'il n'avait pas compris était vide de sens ou erroné. Du reste, i Genève, Jacobi se familiarisa avec la langue et la littérature française, et se prit surtout d'une grande admiration pour les écrits de 1. l. Rousseau. Tout l'avenir philosophique de Jacobi est indiqué, présagé, pour ainsi dire, dans ces traits de son enfance et de sa jeunesse.

A vingt ans, de retour de Genève, nous le voyons placé à la tète de la maison de commerce de son

§ère, et marié à une femme d'un rare mérite, Betty e Clermont. Ayant été nommé, par l'Ëlecteur palatin, conseiller des finances pour les duchés de Bergetde Juilliers, il put renoncer au commerce et donner plus de temps à ses études littéraires et philosopulques. Il se lia avec ce que la littérature allemaiide avait alors de plus illustre, avec Wieland^ Gcethe, Leasing, et ne tarda pas i prendre lui-même, parmi les écrivains de sa nation, un rang honorable. Bientât sa maison de Pempelfort, près de Dusseldorf, devenue le lieu de rendez-vous des esprits les plus distingués, fut, après Weimar et en dehors des villes universitaires, le point de réunion le plus remarquable de l'Allemagne littéraire.

Le bonheur dont il jouissait, réunissant tons les plaisirs de l'opulence, des lettres et des arts, d'une société choisie et de la vie de famille, fui cniellement troublé en 1781 par la mort de son fils et celle de sa femme. Quelque temps après il perdit une partie de sa fortune. En 1794, 4 l'approche des Français, il dut faire ses adieux à son cher Pempelfort et se réfugia auprès d'un de ses amis du Holstein. Il passa dix années dans le nord de l'Allemagne, suivant toujours avec «n vif intérêt les mouvements politiques et littéraires de son temps. Il ne sortit qu une fois de cette retraite, en 1801, pour aller voir ses enfants restés sur les bords du Rhin, et pour faire un voyage à Paris. Il comptait terminer ses jpurs dans le Holstein, lorsqu'en 1804 il fut appelé à Munich comme membre de l'Académie des sciences qui allait être établie dans cette ville. £a 1807, il fut nommé président de cette même Académie. A l'âge de soixante-dix ans, il dut résigner ces fonctions en conservant son titre et son traitement. Il consacra ses dernières années k la révision de ses œuvres, qui l'avaient placé au premier rang parmi les écrivains et les philosophes de l'Allemagne, et mourut le 10 mars

Si l'on excepte son roman Woldemar, Jacobi n'a composé aucun écrit de longue haleine, ou <iul ait la forme sévère du traité. Cette forme n'allait ni à la nature do son génie, ni à celle de sa pensée. Une philosophie qui s'inspire uniquement du sentiment et s'adresse aux convictions naturelles, qui a pour source l'enthousiasme, s'accommode peu des lenteurs méthodiques et de l'appareil savant qu'exigent les ouvrages entrepris en vue de la science. Homme du monde, philosophe passionné, Jacobi songe peu à l'école, et se préoccupe peu de ses traditions et de ses exigences: il s'adresse directe- Sfi?» * b «<"='é'é, et ne s'occupe des questions philosophiques que dans leurs rapports avec

les intérêts de l'humanité. Là était sa force; mais là aussi était la source de ses défauts. Sa

Sensée ne s'exprime que sous la forme du roman, n dialoeue, de la familiarité épistolaire, ou de la gravite prétentieuse de l'aphorisme. Sa manière est en général poétique, passionnée, pleine d'écarts, mais éloquente, énergique, variée. Avec le temps ses défauts s'amoindrirent, tandis que ses qualités lui demeurèrent.

Jacobi ne se mit à écrire que fort tard. Il se contenta d'abord de faire des traductions et des analyses dans le Mercure publié par Wieùnd. Gœthe, qui, en général, exerça sur lui une grande influence, le pressa d essayer son talent & des compositions originales. Ses premiers ouvrages, qui le placèrent tout aussitôt parmi les bons écrivains de son pays, furent deux romans philosophiques, Wouiemar et la Correspondance (PAUwùX, dont le premier seul fut terminé. WoUlemar parut de 1779 à 1781, et fut refondu en 1794. C'est sons cette forme ou'il a été traduit en français parVanderbourg (Woldemar ou la Peinture de thumanité, 2 vol. in-8, Paris, 1796). La Correspondance cfilllwtU fut publiée en 1781.

Dans ces deux ouvrages Jacobi est surtout moraliste et peintre du coeur humain. Le style en est plein d'animation, vivement coloré, et souvent plus poétique qu'il ne convient & la matière. Il pèche par un excès de chaleur, par une emphase, qui souvent nuit à la clarté et i la justesse de la pensée, et qui, comme le lui reprocha Wieland, a quelque chose de gigantesque peu en proportion avec les idées et les choses. Mme de Staél a parfaitement apprécié le livre de Woldemar comme roman et comme morale {de V Allemagne, 3* partie, ch. xvii.)

Cne entrevue qiril eut avec Lessing quelçrae temps avant la mort de cet écrivain, et dans laquelle Jacobi se convainquit cnie l'auteur de Nathan le Sage était spinoziste, donna lieu, en 17g&, à la publication de ses Lettres à Mendelssohn sur la philosophie de Spinosa, et i une polémique qui ne demeura pas sans influence sur la marche de la spéculation en Allemagne. Jacobi, dans ces lettres, donne on précis du spinozisme, qu'il regarde comme le système spéculatif le plus conséquent, et il en conclut que la philosophie démonstrative conduit nécessairement au fatalisme et au panthéisme, identique, à ses yeux, avec l'athéisme. Aux lettres sont joints des suppléments dont quelquesuns offrent de l'intérêt, notamment le premier qui présente un extrait de l'écrit de Bruno, délia Causa, del Principio et Uno, et le septième, où Jacobi retrace à sa manière l'histoire de la philosophie spéculative.

A cette première période de la vie littéraire de Jacobi, qui va jusqu'en 1786, appartient encore, outre sa correspondance avec Uamann, un petit écrit intitulé Un mot de Lessing, où il expose les principes généraux de sa politique toute libérale, ennemie de toute violence. Il avait rompu avec Wieland, i l'occasion d'un article sur le droit divin, que celui-ci avait inséré dans le Mercure, et qui était conçu dans les idées absolutistes de Linguet.

Les princinaux ouvrages de la seconde époque de la vie philosophique de Jacobi, époque de polémique contre la philosophie de Kant et de Fichte, sont au nombre de trois. Le premier est un dialogue intitulé David Hume, ou Fldéalitme et U Réalisme, 1787 j le secoua une Lettre à Fichte, 1799; et le troisième une diatribe contre Kant, sous ce titre : De l'entreprise du criticisme de rendre la raison raisonnable, ou de mettre la raison d'accord avec l'entendement {die Vernunft tu Verslande su bringen, 1801).

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L'onvrage principal de la vieillesse de Jaoobi est celni qui a pour titre des Choses divines, et qui est principalement dirigé contre la philosophie panthéiste de M. de Scbelling. Il parut en 1811, et donna lieu, de la part de celui-ci. à une réplique aussi vive que l'attaque avait été passionnée. Parmi les préraces qu'il mit en tête aes divers volumes de l'édition complète de ses œuvres, deux surtout sont remarquables et peuvent être considérées comme son testament philosophique : c'est d'abord celle qui précède Je Dialogne sur l'idéalisme et le réalisme et qu'il donne lui-même pour une introduction à ses écrits philosophiques; c'est ensuite celle qui est placée devant ses Lettres sur Spinoxa, qui résume sa pensée et qui renferme le dernier mot de sa philosoptiie.

Une des parties les plus intéressantes des œuvres de Jacolii est sa correspondance, qui, comme l'a ditGcethe, représente et récapitule tout un siècle. Parmi ses correspondants se rencontrent les hommes les plus considérables de l'Allemagne littéraire et philosophique, Wieland, Claudius, Hamann, Lessing, Gcethe, Schiller, Jean-Paul, Lavater, Lichtenberg, Fichte, Reinhold, Herder, Jacobs, Jean de Maller, etc., et des étrangers célèbres tels que Lesage de Genève, Necker, Hemsterhuis, Laharpe. Dans les dernières lettres on tronve les noms de Royer-Collard, de M. Cousin, de M. Bautain. Longtemps avant que sept collèges électoraux eussent choisi le premier comme député, en 1817, Jacobi écrivit : • Si l'humanité, la raison et la justice gagnent le dessus, nous le devrons surtout à la France, i. cette majorité de la nation que, faute d'un terme plus convenable, j'appellerai la majoiut£ Rotee- COLLARO. Une monarchie absolue, pour devenir légitime, suppose, selon Platon, un souverain qui soit, non-seulement aussi évidemment supérieur a ses sujets que le pasteur l'est à son troupeau, mais supérieur d^ine manière toute divine. »

La philosophie de Jacobi est en général un réalisme rationnel, faisant de la conscience actuelle la mesure de toute vérité et de toute réalité. Elle est réaliste en ce qu'elle reconnaît la vérité objective de la sensation et du sentiment, et elfe est rationaliste en ce sens qu'elle suppose l'esprit de l'homme dépositaire d'un savoir immeidiat, qu'il ne s'agit qae de comprendre et d'analyser. C'est la philosophie de la conscience, du sentiment, de la foi rationnelle. Ainsi que, selon lui, la moralité n'a d'autre règle que le sentiment de l'homme de bien; ainsi la mesure de toute vérité est le jugement naïf de l'homme raisonnable. Si tous les hommes de bien ne sont pas d'accord sur les principes de la morale, et si tous les hommes judicieux ne le sont pas davantage quant aux principes de tout savoir, la faute en est à la spéculation, au raisonnement, & la réflexion artificielle, qui, an lien d'accepter simplement les croyances naturelles, prétend s'élever au-dessus d'elles, et aspire à une science chimérique.

L'existence d'un Dieu vivant et personnel, la valeur absolue de la vertu, l'origine divine de r&me humaine, la réalité objective dn sentiment externe et interne, la vérité souveraine de tout ce qui est donné dans la conscience : voilà ce qu'il ne cessa d'affirmer et de défendre enyers et contre tous.

De là son opposition d'abord à la philosophie qui dominait vers 1775, puis à la critique de Kant, à l'idéalisme de Fichte, an panthéisme de Scbelling, à toute philosophie savante et spéculative. Ses convictions, que la critique trouva presque toutes faites, s'étaient formées par op-

position an scepticisme de Hume et à l'idéalisme de Bericeley, tout aussi bien qu'au matérialisme, tel surtout qu'il s'était exprimé dans les écrits d'Helvétins. et au naturalisme de Berlin, dont la Bibliothèque allemande était l'organe. Cette opposition, toute pratique et toute religieuse daiis son origine^ se transforma par l'étude de YÉlhique de Spinoza, qu'il regardait comme le système logiquement le plus partait, en une prévention systématique contre toute spéculation fondée sur l'abstraction et le raisonnement.

Sa grande erreur à cet égard, c'était de ne pas comprendre que sa spéculation était tout aussi bien critique et n'invoquait pas moins le raisonnement que toute autre philosophie, bien qu'elle suivît une autre méthode et qu'elle fût animée d'un antre esprit. VAgalhon de Wieland avait dit : « Je vois le soleil^ donc il existe; je me sens moi-même, donc je suis ; je sens l'esprit suprême, donc il est; j'ai besoin de croire a l'existence d'une inteUigence souveraine, donc elle existe. > Jacobi déclare qu'il admet tout cela, à l'exception de la dernière proposition; selon lui. Agathon aurait dû dire : je pense l'esprit suprême, donc il existe. «De cette manière, ajonte-t-il, il aurait u déduire une véritable preuve de l'existence e Dieu. Il faut admettre une cause première de

tout mouvement, laquelle soit autre chose que le mouvement. Je ne sais rien de la nature de cet être infini, si ce n'est qu'il est intelligent,

Snisqu'il a produit des intelligences; mais je ois reconnaître son existence à moins de renoncer à tout principe de connaissance, à toutes les lois de la pensée. • On voit par cet exemple que si Jacobi admet ce qui est donné dans le sentiment, il ne laisse pas que de raisonner : seulement ses raisonnements sont fondés sur des règles de méthode qu'il admet sans examen, parce qu'il les considère comme l'expression de notre nature intelligente, qui, selon lui, est d'une autorité infaillible.

Jacobi se taisait donc illusion quand il se persuadait qu'il était l'adversaire de toute spéculap tion méthodique, et que toute spéculation de ce genre devait conduire nécessairement au fatalisme, à l'idéalisme, à l'athéisme. Dans le fait, il opposait une philosophie à une autre, une morale généreuse à la morale égoïste, un dogmatisme imperturbable au scepticisme, une foi inébranlable dans la vérité objective du sentiment humain et de notre raison à tous les doutes et i toutes les critiques dont cette vérité était l'objet, un réalisme rationnel à toute espèce d'idéalisme. Il considérait celui-ci comme le produit d'une réflexion artificielle, tandis aue le réalisme était, selon lui, l'ouvrage immédiat de notre intelligence; aucun raisonnement ne peut ni le produire ni le détruire.

Jacobi donna le nom de foi à cette confiance dans le produit naturel et spontané de la raison ou de notre nature intelligente. Mais toute foi suppose un doute, une critique qui lui est opposée et qu'elle a vaincue. Cette foi philosophique n'est plus la confiance primitive dn sens commun, laquelle est antérieure à tonte réflexion libre et méthodique ; c'est cette confiance justifiée, protégée contre le doute, et par conséquent raisonnée : elle est le fruit de la réflexion et du raisonnement tont autant que celle qui conduit à l'idéalisme. La matière de cette philosophie, il est vrai, n'est pas le produit d'un raisonnement artificiel, puisqu'elle est donnée immédiatement dans le sentiment, et que le sens commun s*^ confie naturellement; mais en unt que cette foi devient philosophique, elle est l'ouvrage de la réflexion. Insister avec force sur la légitimité de ces croyances naturelles, les défendre contre

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tonte critique qui les met en qnestion, contre tont système factice qui tend à les modifier ou à se mettre à leur place ; telle était la mission que s'imposa Jacobi, la cause sacrée qu'il plaida avec un grand talent, mais non sans tomber, durant les premiers temps surtout, dans de grandes contradictions.

Jacobi rejetait la spéculation en tant qu'elle tendait à substituer une autre conscience i. la conscience naturelle, la vérité étant, selon lui, immédiatement présente dans la raison, considérée comme une faculté d'intuUion tnlellectueUe, comme l'organe d'une révélation intime. Il se persuada, par exemple, que l'existence de Dieu se révélait directement à la conscience, ainsi que la clarté du jour frappe les yeux, ne tenant aucnn compte du travail de la pensée, dont l'idée de Dieu est le résultat, et que la réflexion philosophique cherche & reproduire. Confondant la raison d'être avec la raison de eonnaitre {ratio cognoscendt)^ l'argumentation avec la déduction matérielle, il supposait au'ou ne pouvait déduire une existence que d'une autre existence; que, par conséquent, vouloir démontrer Dieu, qui a sa raison d'être en luimême, ce serait reconnaître au-dessus de lui une autre substance. Il considérait ainsi, avec Spinoza et avec Hegel, la dialectique comme une prétention à reproduire, à imiter par la pensée le mouvement de la création ou le développement progressif de la réalité primitive. Une telle dialectique, en effet, si elle part, avec Spinoza, de la substance divine, ne peut arriver au moi libre et personnel ; ou si elle part, avec Fichte, du moi ansolument libre et indépendant, ne peut pas logiquement s'élever jusqu'à Dieu. Mats, heureusement, la philosophie n'est pas condamnée à se déclarer soit pour Fichte, soit pour Spinoza. Sans prétendre déduire Dieu matériellement, elle peut rechercher dans la conscience l'origine de celte idée souveraine, s'efforcer par la pensée d'en établir la réalite et de la concilier avec la liberté; et c'est ce que Jacobi n'a cessé de faire lui-même. « Depuis que je pense par moi-même, disait-il en 1803, j'ai toujours cnercbé la vérité de toutes mes facultés, non pour m'en parer comme de quelque chose que j'eusse découvert ou produit; j'aspirais à une vérité qui éclairât la nuit dont j'étais environné, et qui m'apport&t la lumière dont j'avais en moi la promesse et le pressentiment. C'est la religion qui fait l'homme ; elle a toujours été l'objet de ma philosophie. Je m'appuie sur un sentiment invincible, irrécusable, qui est le fondement de toute science et de tonte religion. Ce sentiment m'apprend que j'ai un organe pour les choses intelligibles, spirituelles, et cet organe, je l'appelle raison. Ma philosophie demande qiu est Dieu, et non ce qu'il est. La liberté de l'homme et la providence sont si peu incompatibles, que la conviction de Dieu est en raison de celle de la personnalité. Dieu me parait plus sublime comme créateur de personnes telles que Socrate ou Fénelon, que comme auteur du mécanisme céleste. Je crois i la Providence, parce que je crois à la raison et à la liberté. La science spéculative, an lieu de dissiper notre ignorance et nos erreurs, souvent y ajoute une confusion nouvelle. Elle s'égale à Dieu : elle prétend créer son objet et la vérité. Ouvrage de la réflexion, elle rejette tont savoir primitif. Les Arabes, en disant qu'Âristote avait été une cou]>e qui puisait partout sans pouvoir épuiser l'univers, ont parfaitement caractérisé cette science de réflexion. C'est contre elle, ■ '-"

•ont du

voie spéculative pour s'élever i Dieu, et la spéculation peut servir uniquement i prouver qu'elle est vide sans les révélations du sentiment, et à les confirmer par là même, mais non k les fonder. A travers les ténèbres qui nous environnent, la raison armée de la foi entrevoit U vérité, ainsi qne l'oeil armé du télescope reconnaît dans les nébulosités de la voie lactée une armée innombrable d'étoiles. Cette foi est la lumière primitive de la raison, le principe du vrai rationalisme. Sans elle toute science est creuse et vide. Là vraie science est celle de l'esprit, qui rend témoignage de lui-même et de Dieu.... L objet de mes recherches a été constaoïment la vérité native, bien supérieure à la vérité scientifique. C'est elle que je n'ai cessé de défendre contre les systèmes coangeants du siècle....» «Ainsi que la réalité sensible externe n'a pas besoin d'être prouvée, disait Jacobi en 1819, étant garantie par elle-même, ainsi la réalité qui se révèle dans ce sens intime qui s'appelle la raison, est le mieux attestée par elle. L'homme a naturellement foi en ses sens et en sa raison, et il n'y a pas de certitude plus certaine que cette foi. • Pries, dans sa Nouvelle crtftçue, appelle sentiments objectifs ou pur* les jugements i^oi procèdent immédiatement de la raison. Jacobi admet cette dénomination, ea ajoutant que l'entendement est l'instrument lo> gique de ces jugements, tandis que la raison en est l'organe révélateur, oui ne juge pas plus que ne jugent les sens. Si l'oomme était borné aux sens et à J'jnlelligence des choses sensibles, il arriverait par la réflexion à ce résultat, que la nature seule est, et (ju'en dehors d'elle ii n'y a rien ; mais il est esprit, et l'esprit est sa véritable essence : c'est par lui que l'entendement devient entendement humain. Il est vrai que nous ne comprenons pas mieux l'univers comme ouvrage d'un créateur personnel et intelligent, que comme nature éternelle et indépendante; mais nous savons <iue si la providence et la liberté ne sont pas primitives, elles ne sont rien ; qu'elles ne peuvent pas venir à naître ; qne, si ces idées sont sans réalité, l'homme est trompé par sa conscience, qui les lui impose; çne, si elles sont chimériques, l'homme tout entier est un men> songe, et le Dieu de Socrate, le Dieu des chrétiens, le héros imaginaire d'un conte. >

Demander si les intuitions de la raison ou du sentiment sont vraies, c'est, selon Jacobi, demander si l'esprit humain est un fantdme ou un mensonge. Toute philosophie véritable part de la foi et finit par la foi. La philosophie de Jacobi, dit un de ses disciples, est croyante comme l'humanité, comme la conscience; mais elle sait ce qu'elle croit et pourquoi elle croit Elle ne repousse pas le secours de la pensée, mais à la condition qu'elle se contente de n'être qu'un organe. Le savoir naturel et primitif, la pensée ne le produit pas: mais nous en prenons possession par elle. Elle est le fondement de toute connaissance réelle, et c'est lui que Jacobi oppose à la conscience démonstrative. C'est parce qu'ils prétendent démontrer ce qui est au-dessus de toute démonstration, savoir de quelle manière le sujet pensant connaît la réalité des choses gui ne sont pas lui, ç[ue tous les systèmes de réflexion sont plus ou moins idéalistes ou scepti^es.

D^ les premiers temps, Jacobi avait pris le mot raison dans le sens ordinaire, comme faculté logique et discursive; pins tard, se fondant sur l'étymologie du mot allemand correspondant {Vemunft, de vemAmen, intelligere, sentir, percevoir, entendre), il en fit le synonyme de sens intime, de sentiment, de conscience, et la considéra comme l'organe de l'intuition des choses

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intelligihles et supérieures j et il pria les lecteurs de ses écrits, partout où il aurait parlé mal de la raison, d'y substituer le mot en^ tendement (yerttand), qui, au fond, signifie la même chose, et qui n'est pas plus coupable. Plus tard, il se reconcilie même avec l'entendement comme faculté logique des notions et des jugements, comprenant que c'est par la pensée seulement que nous donnons la conscience actuelle des intuitions de la raison ou du sentiment, considéré comme conscience virtuelle ; mais il le borna an rôle secondaire d'un instrument et d'un serviteur, d'une part des sens externes, par lesquels se manifeste à l'esprit le monde matériel, et de l'autre de la raison ou du sens intime, qui est l'organe par lequel se révèle à la conscience le monde moral et spirituel.

En résumé, la supposition fondamentale de Jacobi, son point de départ, c'est qu'il faut accorder une confiance entière i la conscience naturelle de l'bomme; qu'il y a une harmonie préétablie entre la nature intelligente de l'homme et la réalité des choses; que, par conséquent, ce qui est véritablement donné dans la conscience est par là même vrai et réel; que la réalité, pour être connue, doit être donnée et que par la seule dialectique il est impossible de la connaître. Le contenu de la conscience rationnelle est l'objet de la vraie philosophie, qui est la science des choses métaphysiques données dans l'intuition intime et révélées à l'entendement par la raison. La philosophie réfléchie ne peut rien ajouter i la philosophie naturelle ; elle ne peut que la reproduire, et chercher non à la prouver, mais à en vérifier l'origine, en la ramenant aux intuitions qui ont fourni la matière etqui en sont la source toujours jaillissante.

La philosophie de Jacobi compte encore beaucoup de partisans, du moins quant & son principe ; et, bien que dans l'origine elle fût opposée à celle de Kant, il s'est formé entre ses disciples et ci'UX de la philosophie critique une heureuse alliance : • Jacobi, dit un historien estimé de nos jours (M. Cbalibœus), osa plaider contre la philosophie dominante la cause de la conscience naturelle; son grand mérite fut de comprendre la présence dans l'àme d'un trésor caché auquel à peine on avait encore touché : et s'il ne lui fut paa donné de Uver ce trésor, au moins il sut le

Farder et le défendre, et y appeler incessamment attention, de telle sorte qu aujourd'hui encore la plus grande partie du public cultivé est de son parti sur ce point. Jacobi était entièrement d'accord avec Kant sur les fonctions de l'entendement, lui refusant, comme celui-ci, toute faculté de rien connaître par lui-même; mais il distinguait plus exactement dans les idées des choses sensibles ce qui appartient aux sens comme organes, et à I entendement comme faculté logique. Il re^rdait comme un mystère impénétrable la manière dont la matière donnée par les sens devient sensation, l'entendement ne pouvant observer que son action sur les données sensibles et non ce qui se passe auparavant. Cependant tonte sensation, toute perception est accompagnée dans la conscience d« la certitude immédiate qu'elle est fournie par les sens et produite par la présence d'un oojet. Jacobi posait en fait que toute la matière des représentations était introduite dans l'esprit par les sens; et, ce fait, il le regardait comme le fondement de tout travail logii^uc ultérieur. Par là, ajoute U. Chalibœus, Jacobi introduisit le premier dans la philosophie le principe des faits. Pour sauver la certitude du monde extérieur, il faut persister à soutenir comme un fait l'existence

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des sensations et des images, et se garder de vouloir les expliquer par notre organisation intellectuelle, puisqu'une pareille explication en fait des productions de l'esprit, et l'idéalisme alors devient invincible. Be même les idées des choses purement intelligibles existent de fait en nous et nous sont révélées par la raison. De ce fait, Jacobi conclut à leur réalité. Toute démonstration suppose un premier principe, un premier fait, au delà duquel il n'est plus possible de s'élever. Il y a des faits et des idées ?[ui s'imposent immédiatement, et qui sont le ondement de toute science, et le plus grand mérite de Jacobi est d'avoir insisté sur ce point. Il montra qu'il y a dans l'esprit autre chose qu'un mécanisme logique, vide en soi; qu'il y a au fond de l'àme nn dépôt de virtualité infinie, et s'il n'a pas osé, avec le flambeau de la critique, pénétrer plus avant dans ce sanctuaire, il y a du moins appelé l'attention des penseurs. Il nous a remis en possession de ce trésor ; mais la philosophie ne peut se contenter de cette tranquille possession ; il lui appartient d'en faire l'analyse et de s'enquérir même de sa légitimité.

En effet, la philosophie ne peut qu'accepter ce qui est donné dans la conscience, et elle n'a sur son contenu d'autre droit que celui de le vérifier et de le développer par l'observation intellectuelle et la réflexion. Elle a pour objet de nous donner la conscience explicite et actuelle de ce qui est virtuellement et implicitement dans la conscience humaine. Là se borne son ministère, selon Jacobi. Mais la philosophie ne se résignera pas à ce rôle de simple observation et de récapitulation. La philosophie, comme analyse réfléchie de la conscience naturelle, est d'abord énumération et description des sentiments essentiels de l'&me, des idées et des jugements qui en résultent naturellement. Mais, dans cette opération, la pensée devient nécessairement critique. Cette critique s'exerce d'abord comme la critique historique, et ensuite d'une antre manière encore. U y a des illusions d'optique : pourquoi n'y aurait-il pas des illusions de conscience, des visions internes fausses ou altérées? Jacobi distingue les sentiments purs et objectifs des sentiments subjectifs, produits individuels ou nés d'une expérience partielle. Dès lors ne faut-il pas un critérium par lequel on puisse reconnaître ceux qui constituent le contenu vrai et légitime de la conscience raisonnable? D'ailleurs les sentiments ne peuvent s'offrir à la réflexion qu'à l'état d'idées, de jugements : il faut donc examiner jusqu'à quel point ces jugements et ces idées représentent exactement leurs objets. Ainsi la philosophie n'est déjà plus un simple inventaire du contenu de !a raison, une simple prise de possession du trésor rationnel : c'est, de plus, un examen sévère de l'authenticité des faits de conscience, vérification qui suppose un critérium qu'il faut déterminer avant tout, et qui est d'autant plus difficile à trouver qu'il semble se supposer luimême. U y a plus, ainsi qu'il y a progrès dans la science physique, et que le système de Newton est plus parfait que celui du vulgaire ou même que celui d'Aristote ou de Descartes, la philosopliie n'a-t-elle pas à corriger bien des méprises de la conscience commune, à la rectifier, à la développer, à la compléter même?

Enfin, en supposant que tout ce travail de vérification, de réduction, de rectification et de développement soit heureusement terminé, la tiche de la philosophie ne serait pas encore remplie, et l'amour de la vérité, de la science pour elle-même, qui est aussi un des plus nobles

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