‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 5)Chapitre 17 sur 156 · ANTH · texte numérisé non relu

ANTH

Îa'il se Alt expliqué en ce sens, il me montra 'abord, de la manière la pins claire, la di fférence qni existe entre la volonté et la sensibilité. Ces preuves, il est certain qu'il ne les tirait pas de son propre fonds, mais plutôt de quelones ouvrages quMl avait à sa disposition, dans lesquels seulement ces idées étaient exposées moins nettement. Je me mis ensuite moi-même à employer sa méthode, aussi bien qu'il me fut possible, pour des interprétations du même genre, et à rechercher de tous côtés et avec une grande ardeur d'esprit les sens divers des Écritures, là où se trouvait quelque moralité cachée. »

I.es auteurs où l'on peut puiser des détails sur saint Anselme sont : Eadmer, qui vécut avec lui et écrivit sa vie: Jean de Salisbury, Guillaume de Malmesbury, de Geslis pontifieum anglorum; Ch. de Rémusat, Saint Anselme de Canlorb;ry, Paris, 1853, 1 vol. in-8. Il y a plusieurs éditions de ses ouvrages : 1° in-f, Nuremberg, 1491 ; î* in-f*, Paris, par D. Gabriel Gerberon, 1675; 3* réimprimé en 1721 ; 4* in-f», Venise, 2 vol., 1744. Le nationalisme chrétien à la fin du xi* tièele, par H. Bouchitté, Paris, 1842, in4, contient le texte et la traduction du Monologium et du Protloffium. — E. Saisset, de Varia S. Atuelmi m Prosloffio argumenti fortuna, Parisiis, 1840, in-8; Mélanges d'histoire, de morale et de crttique, Paris, 1859, in-12.— Victor Cousin, Fra^ ments de philosophie du moyen âge. Beaucoup de manuscrits de ses ouvrages sont répandus dans diverses bibliothèques. H. B.

ANTÉCÉDENT (de ante cedo, marcher avant) veut dire le premier terme d'un rapport, soit logique, soit métaphysique; le second terme se nomme conséquent. Par exemple, dans le rapport de causalité, la causalité est Vantécédent, les effets sont le conséquent.

ANTBROPOI4>OIE (de à>6p«>>ita( et de XéTO<> science de l'homme) signifie, chez les naturalistes, l'histoire naturelle de l'espèce humaine. Hais les philosophes allemands, surtout depuis Kant, ont donné à ce mot un sens beaucoup plus étendu. Us s'en servent pour désigner, soit isolément, soit dans leur réunion, tontes les sciences qui se rapportent à un point de vue quelconque de la nature humaine ; à l'âme comme au corps, à l'individu comme à l'espèce, aux faits historiques et aux phénomènes de conscience, aux rè- Ï;les absolues de la morale comme aux intérêts es plus matériels et les pins variables. Anssi at-il paru en Allemagne, sous ce même lUre d'Anthropologie, des ouvrages presque innombrables et traitant des matières les plus diverses. Nous nous contenterons de citer par exemple : l'ylnthropologie médicale et ph ilosophique de Platner, in-8, Leipzig, 1772; V Anthropologie physiognomoni^ue de Maass, in-8, Leipziç, 1791; VAnîhropologie pragmalique de Kant, m-8, Koenigsberg, 1798 ; l'Anthropologie psychologique de Abicht, in-8, Erlanpen, 1801 ; VAnIhropologie psychologique de Liebsch, in-8, Goëttingue, 180é; le Manuel d'Anthropologie physique dans ses applications à la vie pratique et au Code pénal, par Weber, in-8, Tubmgue, 1829, etc. Maine de Biran aégalement intitule unde ses ouvrages A'ouveauo; Cssata d'anthropologie. Autrefois, dans notre langue, on entendait par anthropologie une manière de s'exprimer qui attribue à Dieu les actions et les faiblesses de l'homme : c'est ce sens que nous voyons adopté par la plupart des philosophes et de* théologiens dn ivir siècle. Un terme aussi va^e, qui peut s'appliquer à la fois aux choses les pins disparates, est justement tombé parmi nous en désuétude, et doit être exclu à jamais de la langue philosophique.

ANTBROPOMOBPBmiB (de iv»|MMio«, hom-

me, et de |iopf4, forme). Ce nom a d'abord été donné, comme létymologir l'indique, àcetteantique conception de la Divi.'iii6 qji lui attribuait la forme corporelle de rbommo. £ le aval t son principe dans le besoin qu'a l'esprit humain d'ajouter toujours une image i. ses conceptions, même les plus pures, et qui a élé si bien constaté par Aristote dans l'aphorisme fameux, iuStv votitiv ivtu 9avTaiTia;. Ce besoin n'étant pas contre-balancé par une idée assez élevée de la Divinité et par les progrès de la raison, Dieu ou les dieux, disait-on, ne peuvent avoir que la plus belle de toutes les formes; or, selon les uns, la plus belle forme est la forme sphériqne, parce qu'elle est la plus régulière et la plus parfaite : les dieux ont donc la forme sphérique ; selon d'autres, la plus belle de toutes les formes est la forme humaine, elle est donc anssi la forme de la Divinité.

Aux exigences de l'imagination s'ajoutait, dans la seconde conclusion, cette antre tendance en vertu de laquelle l'homme conçoit volontiers tons les êtres à son image, se prend pour la mesure et le point de comparaison de toutes choses Ou même interprétant à la lettre le mot de la Genèse : • Dieu fit l'homiop à sa ressemblance, » on s'en autorisait pour reconstruire d'après la copie le modèle divin.

Cet anthropomorphisme est tellement grossier qu'il a depuis longtemps disparu de l'histoire avec la mythologie païenne et les premières hérésies du christianisme en voie de formation. Il ne subsiste plus que dans l'imagination des enfants et des simples ou à l'état d'innocente allégorie dans les œuvres des peintres et des poètes.

la. même dénomination a ensuite été appliquée par extension à tonte doctrine philosophique qui attribue & Dieu, non plus la figure humaine, mais les actions, les sentiments, les passions et en général les manières d'être ou d'agir de l'humanité. Cette nouvelle espèce d'anthropomorphisme, très-différente de la première, ne saurait être ugée aussi sommairement. Sans doute, c'est une

grave et dangereuse erreur que de concevoir ien à l'image de l'homme moral, de le doter de nos Imperfections ou même de nos perfections

finrement relatives. Hais d'une antre part, c'est a connaissance de nous-mêmes et du monde qui peut seule nous élever à la connaissance de Dieu; il est donc à la fois très-difficile de fixer et trèsaisé de franchir la limite en deçà de laquelle il est permis à la raison humaine de puiser dans la connaissance de sa propre nature et dans celle du monde les moyens de se faire quelque idée de la nature de Dieu.

L'anthropomorphisme est la grande et facile accusation que l'athéisme et le panthéisme adressent aux philosophes qui croient que l'on peut, non-seulement prouver l'existence de Dieu, mais encore concevoir quelque chose de sa nature, sans pour cela faire de Dieu un homme divin. Personne n'a attaqué plus vigoureusement l'anthropomorphisme et décrit d'une façon plus saisissante que Spinoza la difficile situation du philosophe qui prétend déterminer quelque perfection de la nature divine et lui attribuer, par exemple, la pensée on la volonté. Attribuera Dieu la pensée, disait-il, on bien c'est concevoir Dieu comme un homme en le dotant purement et simplement de la pensée humaine, ou bien c'est lui attribuer une puissance on une manière d'être dont nous n'avons aucune idée, car il n'existe pas, alors, plus de rapport entre la pensée humaine et ce que nous attribuons à Dieu sous le même nom qu'entre le Chien, constellation céleste, et le chien, animal aboyant. Vingt-deax siècles avant Spinoza, les Éléates disaient déjà : « L'Être est si grand, que nous n'en

ANTI

ANTI

pouTona rien dire qui soit digne de lui, que nons ne poDTons ni le connaître, ni le concevoir, ni mime le nommer. «

11 est impossible de nier qne ce ne soit au nomd'ane noble pensée que l'on défende ainsi à l'homme de parler de Dieu ponr ne pas s'en faire une idée indigne de sa grandeur et par conséquent erronée.

U est encore impossible de «e pas reconnaître combien certains esprits abusent de ce procédé commode pçnr déterminer la nature de Dieu qui consiste à lui attribuer presque péle-méle tout ce qu'ils trouvent dans rbomme ou même dans ia nature, avec l'addition le plus souvent contradictoire ae l'infinité. Hais s'ensnit-il que la raison humaine soit condamnée i l'admiration muette et stérile d'un Dieu dont elle ne pourrait rien eonnattre, sons peine, dès qu'elle ouvrirait la Iwncbe, de le représenter grossièrement à notre image et de diviniser l'homme ou d'humaniser Dieu? La philosophie spiritnaliste ne le pense pas. Slle croit que si nous ne pouvons prétendre & comprendre la nature de Dieu, la connaissance de notre propre nature peut nons aider & concevoir dignement, quoique imparfaitement, celle de Dieu. Elle croit que Dieu n est pas l'être indétern^é, égal au néant, qu'il a des attributs ou des perfections, qu'il nons est possible de soupçonner et même de connaître dans nne certaine mesure. On doit passer condamnation snr tonte idée de Dieu qui transporte sans pins de façons dans la nature divine les anaUtés on les Ëicnltés de l'homme, telles quelles, fût-ce les moins imparfaites, et se contente de'lesagrandirpourqa'elles atteignent l'infinité de Dien. Hais il 7 a en notre âme quelques attributs de notre essence, quelques nobles facultés, qui, en elles-mêmes, débarrassées de toutes les conditions particulières , bumaines^ contingentes qui les limitent et les déparent, sont bonnes, belles, absolument excellentes. Celies-lft. il est certainement légitime deconcevoir qu'elfes ont dans la nature divine et leur type et leur cause, qu'elles représentent en nous, avec toute la disproportion qui sépare la créature du créateur, des attributs vraiment divins. Quoi de meilleur, par exemple, que de connaître le vrai, quoi de plus beau que la science, quoi de plus excellent que la bonté, quoi de plus {grand que la puissance et la liberté? Ce n'est pas ti dire qu'il faille attribuera Dieu l'intelligence bnmaine, acquérant péniblement par les Mnts procédés que nous savons une connaissance anccessive et partielle des choses; mais nous pouvons et nons devons lui attribuer nne science pleine, entière, absolue du vrai, sans nos défauts, nos lacunes, nos détours et nos lenteurs, aussi supérieure a notre ignorance que son inSnité l'est i notre petitesse. Est-ce donc une erreur monstrueuse, un grossier anthropomorphisme que de concevoir de Dieu de telles idées? Est-ce un idolâtre s'adorant lui-même dans son idole que le philosophe qui croit à l'existence d'un Dieu unique, éternel, souverainement puissant, sage, bon et libre? Voy. Dieo. à. L.

AimciPATTOM est la traduction littérale du mot icpé%ii<f ■< ("J* «poX«|iWvtiv, antecapere)j d'abord inis en usage par Ëpicure, pour désigner une connaissance ou nne notion gjénérale, servant à nous faire concevoir à l'avance un objet qui n'est pas encore tombé sons nos sens. Hais, lormées par abstraction d'une foule de notions particulières, antérieurement acquises, ces idées générales devaient, selon J^icure, dériver, comme toutes les antres, de la sensation. Le même terme. adopté par l'école stoïcienne, s'appliqua plus tard l la eonnaiuance naturelle de Cabsolu, c est-àdire l ce qu'on »ppeU6 aujourd'hui les principes

a prion. Enfin Kant, dans la Critique delà raison pure, lui donne un sens encore plus restreint; car il entend par Antieipaiion de la perception {Anticipation der Wahmehmung) un jugement a priori que nous portons, en général, sur les objets de l'expérience, avant de les avoir perçus,par exemple, celui-ci : tous les phénomènes su» ceptibles d'anecter nos sens ont un certain degré d'mtensité. Aujourd'hui, dans quelque sens ou on le prenne, le mot que nous venons d'expliquer a à peu près disparu de la langue philosophique. Voy. Cic.j deNat. Deor., lib.î, c. xvi. — Kemii, Dissert, tnfpicurt «poXrjiVti;, etc., Goétt., 1756. — Kant, onvr. cit., 7" édit., p. 151. AMTINCHflE. Kant appelle ainsi nne contra-

diction naturelle, par conséquent inévitable, qui résulte, non d'un raisonnement vicieux, mais iea lois mêmes de la raison, toutes les fois que, franchissant les limites de l'expérience, nons vou-

lons savoir de l'univers qnelc^e chose d'absolu : car, selon le philosophe allemand, nous nous trouvons alors dans l'alternative, onde ne pas répondre par nos résultats k l'idée de l'absolu, on de dépasser les limites naturelles de notre intelligence, qni n'atteint que les phénomènes. C'est ainsi que 1 on peut soutenir à la fois, par des arguments d'égale valeur, que le monde est étemel et infini, ou qu'il a nn commencement dans le temps et des limites dans l'espace; qu'il est composé de substances simples, on que de pareilles substances n'existent nulle part ; qu'au-dessus de tons les phénomènes, il y a une cause absolument libre, ou que tout est soumis aux lois avengles de la nature ; enfin, qu'il existe quelque part, soit dans le monde, soit hors du monde, un être nécessaire, ou qn'il n'y a partout que aes existences Shénoménales et contingentes. Ces quatre sortes e résultats contradictoires sont appelées les antinomies de la raison pttre. Chacune d'elles se compose d'une thèse et d'une antithèse : la thèse défend les droits du monde intelligible; l'antithèse nous retient dans les chaînes du monde sensible. Kant reconnaît aussi une antinomie de la raison pratique, qui a sa place dans nos recherches sur la morale et sur le souverain bien : d'une part, nous regardons comme nécessaire l'harmonie de la vertu et du bonheur ; de l'autre, cette harmonie est reconnue impossible ici-bas. Hais cette dernière contradiction n'est pas, comme les premières, absolument sans remède; elle trouve, an contraire, une solution satisfaisante, quoique dépouillée de la rigueur scientifique, dans la foi d'une antre vie. Ponr répondre à cette partie de la Critique de la raison pure où la métaphysique est entièrement sacrifiée au scepticisme, U faut s'attaquer au principe même de la philosophie de Kant et démontrer que la raison n'est pas, comme il le prétend, une faculté personnelle et subjective. Voy. Raison et Kant.

AMTIOCHIJS n'AscALOK, philosophe académicien, qui florissait environ un siècle avant l'ère chrétienne. Il enseigna la philosophie avec beaucoup de succès a Athènes, Alexandrie et Rome oii Cicéron fut au nombre de ses auditeurs,'et il eut même la gloire d'être regardé rninine le fondateur d'une cinquième Académie Œ avoUs^'^4 ^ Pl^"°° ^ '^'"* **' ''Aca-

îf™ inmulé Sosis, qui ne s'est pas plus coni ^Ttip le reste de ses œuvres. Antiochus serve ^,^,i écouté les leçons de Mnésarque ayant a^^|\re à ce dernier qn'il faut attribuer c ert P«?r^ nouveUe de ses opinions. Il comprit la "''^Intérêts moraux de l'homme ne s'accor- S'^^t ni a^^ '® scepticisme, ni avec le probabi-

ANTI

ANTI

ligme, et, ne voyant nalle part cet intérêt aussi bien défendu que dans le stoïcisme, il chercha & concilier cette philosophie avec celle d'Aristote et de Platon ; il allégua, en conséquence, que «es divers systèmes n^ffrent de différences entre eux qne dans la forme, mais qu'ils ne se distinguent pas les uns des antres, pour le fond, et qu'il ne faut que les entendre convenablement, pour que la conciliation se trouve opérée d'une manière évidente. C'est ainsi qu'Antiochus introduisit le syncrétisme dans l'Académie, et remplit le rdle de médiateur entre le platonisme ancien et l'école néo-platonicienne, qui. une fois entrée dans cette voie, ne tarda pas à le laisser bien loin derrière elle. Ce philosophe est fréquemment cité par les anciens, et surtout par Cicéron, avec lequel il entretenait des relations d'étroite amitié (Cic, Àead., lib. I. c. iv ; lib. II, c. IV, IX, XXII, xxxiT. XXXV, xun ; EpUt. ad fam., lib. K, ep. vm; de Finibua, lib. V, c. ni. v, XXV ; de Sat. Deor., lib. VU). Voy. aussi Plutarque, Vita Cieeroni». — SextusEmp.jiïupof/i. Pyrrh., lib. I, c. ccix, ccxxv. — Ensebe, Prcep. evana., lib. XIV, c. ix. — Saint Augustin, «onfra Aeaa., lib. III, c. iviii. — Zwanziger, Theoriedet stoïciens et des philosophes aeadémieiens, etc., in-8, Leipzig^ 1788. — Chappuis, de Antiodit Asealonitoe vita et doctrina, 1854, in-8.

AHTIOCHUS DB Laodicée, un philosophe sceptique qui vivait dans le r' et le u* siècle avant J. C. ; on n'a aucun renseignement sur lui, sinon qu'il fut disciple de Zenxis et maître de Uénodote.

AMTIPATER DB Ctbènb. disciple immédiat d'Aristippe, le fondateur de l'école cyrénafque. Il vivait dans le iv* siècle avant J. C, et ne s'est pas distingué par ses opinions personnelles, qui étaient en harmonie parfaite avec celles de récole dont il faisait partie. On en trouve la preuve dans ce que Cicéron dit à propos de lui dans ses Tusculanes (lib. V, c. xxxvni).

ANTIPATER DB SiDoii OU DB Târsb, philosophe stoïcien du n* siècle avant J. C. Disciple de Diogène le Babylonien, maître de Panétius et contemporain de Carnéade, il combattit dans ses écrits ce redoutable adversaire du stoïcisme ; de li lui vint le surnom de Kalamoboas (de xâXa|io<, plume, et de Poé», crier).

Cependant quelanes stoïciens jugèrent son argumentation insumsante, parce qu'il se contentait d'accuser ses adversaires d'inconséquence sans entrer plus avant dans l'examen de leur svstème (Cic, Acad., lib. II, c. vi, a, xxxrv). On n'a rien conservé des écrits d'Antiochus; nous «avons seulement (Cic.^ de Divin., lib. I, c. iv) qu'il ftit l'auteur d'un écrit intitulé : De tit quoi mirabiliter a Sœrate divinata sunt. Plutarque nous apprend qu'il reconnaissait dans la nature divine trois attributs principaux : la béatitude, l'immutabilité, la bonté. Différant en cela des autres stoïciens, il ne croyait pas que nos désirs, par cela seul que nous les tenons de la nature, pussent être regardés comme libres; mais il établissait, an contraire, une distinction entre la liberté et la nécessité que la nature nous impose (Nemes. de Nat. hom.). Quant au souverain bien, il s'est contenté d'éclaircir ce principe si commun dans l'école stoïcienne, que le but de la vie, c'est de vivre conformément à la nature (Stob., Ed.). Antipater accorde quelque prix aux biens extérieurs, regardés par les autres stoïciens comme entièrement indifférents; enfin Cicéron nous apprend {de Off., lib. III, 5^) qne, sur plusieurs points particuliers, il Pjwtalt plus loin que son maître la sévérité stoïcienne. Tontes ces différences en firent le chef A na« secte particulière à laquelle il donna son

nom. — Il a existé aussi, un siècle avant l'ère chrétienne, un autre stoïcien du même nom, originaire de Tyr(i4»itipater Tyrius), sur lequel on n'a pas d'autres renseignements.

AMTIPATU1I3 (de &vT> et de nâSo;, passion contraire). On appelle ainsi, dans l'homme, un mouvement aveugle et instinctif qui, sans cause appréciable, nous éloigne d'une personne que nous apercevons souvent pour la première fois. Tout sentiment analogue, dont noas connaissons la cause et l'origine, n'est plus de Vantipalhie, mais de la haine, ou de l'envie, ou de la colère, selon les circonstances au sein desquelles il s'est développé. Il est, par conséquent, très-difficile de savoir quelque chose de certain sur la nature et l'origine véritable de l'antipathie. Faut-il la compter parmi les sensations ou parmi les sentiments? Est-elle fondée sur la constitution de l'àme et sur celle du corps? La dernière solution pourrait s'appuyer au besoin sur les antipathies de races entre plusieurs espèces d'animaux. Dans tous les cas, un mouvement aussi aveugle ne doit point être écouté; il faut juger les autres par leurs actions, et se conduire soimême d'après les principes avoués par la raison.

AMTIBTUËNE, le fondateur de l'école cynile, naquit à Athènes, d'un père athénien et l'une mère phrygienne ou thrace, la deuxième année de la Lxxxn* olympiade, c'est-i-dire 422 ans avant l'ère chrétienne. Il suivit d'abord les leçons de Gorgias, et ouvrit lui-même une école de sophistes et de rhéteurs. Hais, ayant assisté un jour aux entretiens de Socrate, il s'attacha irrévocablement à ce philosophe, et devint l'un de ses disciples les plus fervents, sinon les

§lus éclairés. Il faisait tous les jours un trajet e 40 stades pour se rendre du Pirée, où il demeurait, à la maison de son nouveau maître. Ce gui le frappait surtout dans la philosophie et dans la conduite de Socrate, c'était le mépris des richesses, la patience à supporter tous les maux et l'empire absolu de lui-même. Hais, au lien de remonter jusqu'au principe de ces vertus et de les maintenir dans leurs justes limites^ Ântisthène les poussa & un degré d'exagération qui les rendait impraticables, qui leur était tonte noblesse et qui le couvrait lui-même de ridicule. Déjà Socrate avait vainement essayé de lutter contre ces excès, où il méconnaissait le fhiit de son enseignement, et qu'il attribuait avec beaucoup de sens à la seule envie de se distinguer ; de là ce mot spirituel de Platon : • Antisthène, je vois ton orgueil à travers les trous de ton manteau. • Hais après la mort de Socrate, Antisthène ne connut plus de frein. Vêtu seulement d'un manteau, les pieds nus, une besace sur l'épaule, la barbe et les cheveux en désordre, un Dàton à la main, il voulut, par son exemple, et en leur offi«nt pour tout attrait cet extérieur ignoble, ramener les hommes à la simplicité de la nature. Cependant sa singularité même attira autour de lui un certain nombre de disciples qu'il réunissait dans le Cynosarge, gymnase situé près du temple d'Hercule. De là, et bien Îilus encore de leur mépris pour toute décence, enr vint le nom de philosophes cyniques , car ils s'appelaient eux-mêmes les Antisthéniens. Leur patience fut bientêt à bout^ et Antisthène, en mourant, vit l'école qu'il avait fondée représentée tout entière par Diogène de Sinope.

La doctrine d'Antisthène n'est intéressante que par les conséquences qu'elle porta plus tard dans l'école stoïcienne, dont elle est le véritable antécédent : donner à l'homme la pleine jouissance de sa liberté en l'affranchissant de tons les besoins factices, et en le ramenant à la slm-

ANTI

ANTI

SUdté de la nature ; mettre la verta au-dessus e tontes cboses, faire consister en elle le son- Terain bien, et regarder le reste comme indifférent; s'exercer à la pratique de ce qni est juste par des habitudes austères, par le mépris du plaisir et des vaines distractions ; tels sont les principes fondamentaux, les principes raisonnables de cette doctrine, et l'on aperçoit immédiatement leur ressemblance avec la morale stoïcienne. Hais TOici <A l'exagération commence et où se montre le caractère personnel d'Antis-thène, peut-être aussi l'inHuence de son temps, dont la honteuse mollesse, érigée en système par Aristippe, a pu l'entraîner a l'extrême opposé. Le plaisir et les avantages extérieurs ne sont pas seulement indifférents, ils sont un mal réel, tandis que la souffrance est un bien ; par conséquent, il faut la rechercher pour elle-même, et non pas senlement comme un moyen de perfectionnement. Quant à la yertn, à part l'exercice de la Tolonté, elle n'offre aucun résultat positif; car on ne voit pas qu'elle soit autre chose, pour Antisthène, que l'absence de tous les besoins superQus: «Moins nous avons de besoins, disait-il^ plus nous ressemblons aux dieux, qui n'en ont aucun. • Toutefois, il fout reconnaître qu'il admettait certains plaisirs de l'âme, résultant des efforts mêmes que nous avons faits et des sacrifices que nous nous sommes imposés pour vivre conformément à notre fin. Socrate avait dit, avec une haute raison, que la vertu deyait être le but suprême on le véritable objet de U philosophie. Le chef de l'école cynique, outrant ce principe, allait Jusqu'à retrancher la science, comme chose inutile et même pemiciense. Si nous en croyons Biogène Laërce, il ne voulait pas même qu'on apprit i lire, sons prétexte que c'est déjà s'éloigner de la nature et du but de la vie. Cest à peu près l'équivalent de cette proposition célèbre : « L'homme qni médite est nn animal dépravé. « De li une autre exagération non moins ridicule : la vertn, aux yenx d'Antisthène, consistait dans l'habitude de vivre d'une certaine manière, et cette habitude, une fois acquise, ne pouvant ni se perdre ni nous abandonner nn instant, il en résulte^ puisque la science, e'esir&rdire la philosophie, est identique à la vertu, qne le sage est an-dessus de l'erreur (ri oo^&v ovoviâpni'cov). On retronve encore ici le germe d'une idée stoïcienne, celle qui nous représente le sage comme le type de tontes les perfections. Enfin, défigurant de la même manière l'idée de la liberté, et voulant que l'homme puisse absolument se suffire à luimême, il anéantissait tous les liens, par conséquent tous les devoirs sociaux. Il dépouillait de tout caractère moral l'institution du mariage et l'amour des enfants ponr les parents, il mettait les lois de l'Ëtat aux pieds du sage, qui ne doit obéir, selon lui, qu^aux lois de la vertu^ c'est-irdire à sa propre raison. Il méprisait encore bien davantage tons les usages et toutes les bienséances de la vie sociale. Rien ne loi paraissait inconvenant que le mal ; rien, i ses yenz, n'était bienséant et beau, si ce n'est la vertu.

Bien que l'esprit d'Antisthène fût dirigé presque entièrement vers la morale, il ne pouvait pas cependant garder nn silence absolu sur la métapnysique et sur la logique. De sa métaphysique, ou plnt6t de sa physique (car la science des causes premières se confondait alors avec la science de la nature), on ne connaît que cette seule phrase : « Il y a beaucoup de dieux adorés par le peuple, mais il n'y en a qu'un dans la nature. ■ iPopulare» deos muUot. naturaian vnum esse. Cic., «fe Nat. Deor., lib. 1, c. xui.)

Ici, du moins, les idées de Socrate paraissent avoir été conservées dans tonte leur pureté.

Ce qu'il y a de plus obscur pour nous dans la doctrine d Antisthène, ce sont les propositions qu'Aristote lui attribue sur la logique. A l'exemple de Socrate, et l'on peut dire de tous les philosophes sortis de son école, il attachait une extrême importance à l'art des définitions. Mais il prétendait qu'aucune chose ne peut être définie selon son essence (lâ xi iori), et qu'il faut se contenter de la désigner par ses qualités extérieures ^noTov] ou par ses rapports avec d'autres objets. Ainsi, voulons-nous faire connaître la matière de l'argent? nous sommes obligés de dire que c'est quelque chose d'analogue à l'étain (Arist, Metaph., lib. VIII, c. m, et lib. XIV, c. m). Il enseignait aussi que, ponr chaque sujet d'une proposition, il n'y a qu'un seul attribut, et que cet attribut devait être l'équivalent du sujet; en d'autres termes, il n'admettait comme intelligibles que des propositions identiques (u6i supra, lib. Y. c. xxix), et il arrivât à cette conséquence qu'il nous est impossible de contredire nos semblables; bien entendu sous le rapport logique, et nullement au point de vne des faits. L'esprit que respirent ces conrts fragments est éminemment sceptique. Uais comment ce scepticisme peut-il se concilier avec le dogmatisme moral et religieux que nous avons exposé tout à l'heure 7 Est-ce nn reste des doctrines de Gorgias, ou bien un moyen sophistique imaginé pour détruire toute philosophie spécmap tive, et élever sur ses mines la morale pratique? Cette dernière supposition, que nous empruntons à Teunemann, parait la plus fondée.

Antisthène, si nous en jugeons d'après la liste que Diogène Laërce (liv. VI, c. xvni) nous a conservée de ses ouvrages, a considérablement écrit; mais il ne nous reste de lui que des lambeaux disséminés de toutes parts. Voy., outre le grand ouvrage de Tennemann, t. II, p. 87, et VHutoir» de la philos, de Ritter, t II, p. 93, de la traduction de Tissot, les deux dissertations suivantes : Richteri , Dùaerl. de vita, moriirus ac pUtcUiê Anlùlhenù Cynici, in-4, lena, 1724. — Crellii, Progr. de Antisthène Cynico, in-8, Leipzig, 1728. — Delaunay, de Cynismo, ac praeipue de Anliithene, Diogene ei Cratele, in-4, Paris, 1831. — Chappuis, Antisthène, 1854, in-é.

ANTTTTFIE, mot formé du grec et signifiant proprement la propriété de rendre coup ponr coup. Les philosophes s'en sont servis pour désigner un des caractères essentiels de la matière, équivalant i la fois i la résistance et à l'impénétrabilité. Lorsque Descartes eut fait consister la nature on l'essence de la matière dans la simple étendue, il y eut des philosophes, entre autres Gassendi, qui y ajoutèrent la propriété de résister et d'exclure du même lieu tout autre corps, et qui empruntèrent au grec l'expression A'antitypie. Elle fut reprise par Leibniz ; on lit dans sa dissertation sur la vraie méthode : « Ceux qui pour constituer la nature du corps ont ajouté à l'extension une certaine résistance ou impénétrabilité, ou, pour parler comme eux, l'anUtÇpie ou la masse, comme^GjiS|^ndi^eJ dan-

cWlosophes que les Cartésiens; mais Us n'ont Pépuisé la^ifflculté.... il «*''*X'?J^°,'?^"' [•acUon. . Leibniz distingue en effet la matière crémière et la maUère seconde, comme 1 École f'IvSt f^t avant lui. L'une est une simple pui». sS^ paUive, un pur «>°=«Pt 4iîf/ !?£« ! «"e a pouî essoAce l'inertie : • Elle n ajoute pas plu^ïi .SÎts, dit-il d««,."'^!.>«i^«.,^ Wagner, Sue le point n'ajoute à la Ugne car elle consiste Seulement dans l'antitypie et 1 extension qui ne

APAT

Page 1